


{"id":1901,"date":"2018-07-17T22:52:58","date_gmt":"2018-07-17T20:52:58","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/?p=1901"},"modified":"2018-07-17T22:52:58","modified_gmt":"2018-07-17T20:52:58","slug":"die-strasse-meme-les-chiens-nont-plus-le-droit-daboyer","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/die-strasse-meme-les-chiens-nont-plus-le-droit-daboyer\/","title":{"rendered":"Die Strasse, m\u00eame les chiens n\u2019ont plus le droit d\u2019aboyer"},"content":{"rendered":"<div id=\"contenu\">\n<div class=\"auteur\"><a class=\"lienAuteur\" title=\"Envoyer un maiaral \u00e0 Yannick Butel\" href=\"http:\/\/insense-scenes.net\/spip.php?auteur2\">Yannick Butel<\/a>\u00a0&#8211; 17 juillet 2018<\/div>\n<hr \/>\n<div id=\"chapo\"><center><i>Par Yannick Butel. Die Strasse<\/i>, Cie Boll &amp; Roche,<br \/>\navec St\u00e9phanie Boll et Joanie Ecuyer<br \/>\nGilgamesh Belleville, Avignon Off 2018.<\/center><\/p>\n<hr class=\"spip\" \/>\nPartir du 11 \u2022 Gilgamesh Belleville et suivre dans les rues d\u2019Avignon\u00a0<i>Die Strasse<\/i>. Suivre deux femmes dans la rue. Suivre \u00e0 la trace, oui, deux performeuses en cavale comme on dirait deux prisonni\u00e8res qui fuient un monde trop carc\u00e9ral. Avec\u00a0<i>Die Strasse<\/i>, St\u00e9phanie Boll et Joanie Ecuyer d\u00e9ambulent dans la ville \u00e0 la recherche d\u2019un ailleurs, \u00e9paul\u00e9es dans leur p\u00e9riple par Alain Roche (Perche et son), ainsi que S\u00e9bastien Ribaux. Moins d\u2019une heure pour habiter l\u2019espace urbain quand on a quitt\u00e9 une autre vie.\n<\/div>\n<hr \/>\n<p><span class=\"spip_document_718 spip_documents spip_documents_center\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/insense-scenes.net\/local\/cache-vignettes\/L446xH531\/spectacle_22768-19bbc.jpg?1531832260\" alt=\"\" width=\"446\" height=\"531\" \/><\/span><br \/>\nDans un festival qui multiplie les rencontres impr\u00e9visibles et les offres de spectacle,\u00a0<i>Die Strasse<\/i>\u00a0rel\u00e8ve d\u2019une intervention urbaine o\u00f9 St\u00e9phanie Boll et Joanie Ecuyer s\u2019inscrivent dans une pratique performative. C\u2019est-\u00e0-dire, une pratique qui, entre autres, d\u00e9place le rapport que l\u2019on peut entretenir \u00e0 la place de l\u2019art et \u00e0 celui qui le rencontre\u00a0: le spectateur.<br \/>\nDans\u00e9, th\u00e9\u00e2tralis\u00e9, sonoris\u00e9\u2026\u00a0<i>Die Strasse<\/i>\u00a0prend ainsi place dans les rues, dans le mouvement d\u00e9ambulatoire, dans les plis de la ville. Et sur le pav\u00e9 avignonnais, sur le macadam, contre un mur, en coup de vent devant les vitrines endormies, sous un hall, etc. quelque chose se met en place qui ressemble \u00e0 un road-movie. Celui de deux jeunes femmes qui semblent \u00e9corch\u00e9es par ce qu\u2019elles ont v\u00e9cu dans des vies d\u2019avant.<br \/>\n<i>Die Strasse<\/i>\u00a0s\u2019inscrit d\u00e8s lors dans le temps du passage. Passer d\u2019une vie \u00e0 une autre. Passer et vivre un pr\u00e9sent incertain que la rue rend sensible. La performance rel\u00e8ve ainsi d\u2019un voyage o\u00f9 elles se heurtent au nouveau, \u00e0 l\u2019interm\u00e9diaire, \u00e0 leur m\u00e9moire qui les poursuit aussi et que l\u2019on entend dans les casques audio distribu\u00e9s aux spectateurs, aux ombres des passants\u2026 Quelque chose qui, en d\u00e9finitive, ressemblerait \u00e0 une menace qui les met en demeure d\u2019abandonner tout domicile, tout \u00ab\u00a0Domus\u00a0\u00bb dont on se souvient qu\u2019en latin, le mot \u00e0 donner \u00ab\u00a0domestique\u00a0\u00bb. Fuir \u00e7a, fuir le \u00ab\u00a0domestique\u00a0\u00bb retrouver, peut-\u00eatre, au bout de la rue dans\u00e9e, un espace de libert\u00e9.<br \/>\nEt c\u2019est bien peut-\u00eatre cet espace-l\u00e0 qui est d\u2019ailleurs partag\u00e9 et sensible. L\u2019espace de libert\u00e9 que\u00a0<i>Die Strasse<\/i>\u00a0met en place dans la ville. Cette mani\u00e8re, aussi, que le casque a de cr\u00e9er un espace sonore inattendu dans un monde satur\u00e9 de sons publicitaires. Espace de libert\u00e9 du spectateur aussi qui, plut\u00f4t que courir apr\u00e8s\u00a0<i>Die Strasse<\/i>\u00a0peut aussi faire le choix de marcher, loin derri\u00e8re le cort\u00e8ge, de n\u2019apercevoir qu\u2019un bras lev\u00e9, voire d\u2019accepter de n\u2019\u00eatre en contact avec la performance qu\u2019en suivant sans voir. Apprendre cela enfin et en finir avec cette tendance f\u00e2cheuse du \u00ab\u00a0je veux tout voir ou je veux bien voir\u00a0\u00bb qui justifie le prix des places et les alignements num\u00e9rot\u00e9s que l\u2019on rencontre ici et l\u00e0, dans les th\u00e9\u00e2tres. \u00ab\u00a0montre ton oseille mon pote et je t\u2019offre le paysage\u00a0\u00bb.<br \/>\n<i>Die Strasse<\/i>\u00a0est ainsi une invitation \u00e0 rompre avec le regard absolu, avec le voir absolu\u2026 avec la condition de spectateur qui paie pour tout voir. Et peut-\u00eatre, \u00e0 partir de l\u00e0, \u00e0 partir aussi du regard qu\u2019il peut exercer sur autre chose (la vie et la nuit de la ville), \u00e0 partir de ce qu\u2019il entend et que lui livre la bande son, faire l\u2019exp\u00e9rience du monde qu\u2019il habite pour le d\u00e9couvrir autrement.<br \/>\nEt soudain, marchant ainsi sur la trace de\u00a0<i>Die Strasse<\/i>, au d\u00e9tour d\u2019un porche o\u00f9 se masse le public, un type\u00a0: SDF, allong\u00e9, son chien \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de lui, ses fringues dans des plastiques\u2026 est r\u00e9veill\u00e9 par la bande de zombie que forment les spectateurs. Et comme inquiet d\u2019\u00eatre chass\u00e9 de cet \u00ab\u00a0abri\u00a0\u00bb si son chien aboie (parce qu\u2019il voit arriver les zombies), le type tient fermement le museau de son chien pour qu\u2019il reste muet.<br \/>\nM\u00eame les chiens n\u2019ont plus le droit d\u2019aboyer.<\/p>\n<hr \/>\n<\/div>\n<div id=\"lateral\"><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Yannick Butel\u00a0&#8211; 17 juillet 2018 Par Yannick Butel. Die Strasse, Cie Boll &amp; Roche, avec St\u00e9phanie Boll et Joanie Ecuyer Gilgamesh Belleville, Avignon Off 2018. Partir du 11 \u2022 Gilgamesh Belleville et suivre dans les rues d\u2019Avignon\u00a0Die Strasse. Suivre deux femmes dans la rue. Suivre \u00e0 la trace, oui, deux performeuses en cavale comme on dirait deux prisonni\u00e8res qui fuient un monde trop carc\u00e9ral. 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