


{"id":1920,"date":"2018-07-18T23:01:09","date_gmt":"2018-07-18T21:01:09","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/?p=1920"},"modified":"2018-07-18T23:01:09","modified_gmt":"2018-07-18T21:01:09","slug":"sourire-melancolique-dun-theatre-kibboutz","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/sourire-melancolique-dun-theatre-kibboutz\/","title":{"rendered":"Sourire m\u00e9lancolique d\u2019un th\u00e9\u00e2tre-kibboutz"},"content":{"rendered":"<div id=\"contenu\">\n<div class=\"auteur\"><a class=\"lienAuteur\" title=\"Envoyer un maiaral \u00e0 J\u00e9r\u00e9mie Majorel\" href=\"http:\/\/insense-scenes.net\/spip.php?auteur38\">J\u00e9r\u00e9mie Majorel<\/a>\u00a0&#8211; 18 juillet 2018<\/div>\n<hr \/>\n<div id=\"chapo\">\nCr\u00e9\u00e9 au Th\u00e9\u00e2tre National de Nice d\u00e9but 2017, ce spectacle est un feuillet\u00e9\u00a0: il y a d\u2019abord le voyage r\u00e9el de Miriam Schulte-Frisch, jeune allemande qui d\u00e9cide de partir plusieurs semaines dans un kibboutz en 2012, puis sa r\u00e9\u00e9criture fictionnelle en Miriam Coretta Frisch \u2012 \u00ab\u00a0Coretta\u00a0\u00bb en r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la femme de Martin Luther King \u2012, avant sa r\u00e9fraction dans les propres questionnements de quatre com\u00e9diens fran\u00e7ais de m\u00eame g\u00e9n\u00e9ration mais d\u2019origines diverses\u00a0: Calypso Baquey, William Edimo, Cyril Texier et Ang\u00e9lique Zaini.\n<\/div>\n<hr \/>\n<p><span class=\"spip_document_748 spip_documents spip_documents_center\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/insense-scenes.net\/local\/cache-vignettes\/L650xH375\/vlcsnap-2018-07-18-15h37m32s577-9fa54.png?1531922046\" alt=\"\" width=\"650\" height=\"375\" \/><\/span><br \/>\nEn une heure vingt, nous sommes convi\u00e9s \u00e0 faire l\u2019exp\u00e9rience sensible et pensive de ce que repr\u00e9sente la vie dans un kibboutz<span class=\"spip_note_ref\">\u00a0[<a id=\"nh1\" class=\"spip_note\" title=\"\u00ab Communaut\u00e9 agricole de l\u2019\u00c9tat d\u2019Isra\u00ebl, bas\u00e9e sur une identit\u00e9 de pens\u00e9e, sur\u00a0(...)\" href=\"http:\/\/insense-scenes.net\/spip.php?article628#nb1\" rel=\"appendix\">1<\/a>]<\/span>\u00a0aujourd\u2019hui, en regard de l\u2019utopie socialiste des premiers kibboutz au d\u00e9but du 20e si\u00e8cle, puis de la vague n\u00e9olib\u00e9rale des ann\u00e9es 1990 et de leur relatif abandon. Il est vrai que certaines photographies projet\u00e9es me feront penser moins \u00e0 un kibboutz qu\u2019\u00e0 une maison de retraite ou \u00e0 un club du troisi\u00e8me \u00e2ge, sauf qu\u2019ici les m\u00e9moires sur le point de s\u2019\u00e9teindre sont marqu\u00e9es par les d\u00e9chirures tacites de la survivance. Je repense ainsi \u00e0 la photographie de la doyenne du kibboutz, dont il nous est dit qu\u2019elle est tout le temps m\u00e9lancolique \u2012 sauf lorsqu\u2019elle sourit. Et ce sourire m\u00e9lancolique, ou cette m\u00e9lancolie souriante, est la tonalit\u00e9 d\u2019ensemble de ce spectacle d\u00e9licat, pudique.<br \/>\nPour aborder un tel sujet, Linda Blanchet ne r\u00e9instaure pas un rapport frontal entre sc\u00e8ne et salle. Le sujet am\u00e8ne chez elle un changement d\u2019esth\u00e9tique sc\u00e9nique au profit d\u2019une immersion et d\u2019une participation du public. Les planches du th\u00e9\u00e2tre semblent avoir \u00e9t\u00e9 d\u00e9clou\u00e9es une \u00e0 une par la sc\u00e9nographe B\u00e9n\u00e9dicte Jolys pour fabriquer deux tables et des bancs o\u00f9 les spectateurs puissent se serrer. Sc\u00e8ne et salle presque confondues, l\u2019espace devient quadrilat\u00e8re\u00a0: deux c\u00f4t\u00e9s permettent de projeter photographies et vid\u00e9os \u2012 t\u00e9moignages par Skype de ce qui semble \u00eatre la v\u00e9ritable Miriam, aper\u00e7us de la vie quotidienne du kibboutz (bo\u00eetes aux lettres, blanchisserie, r\u00e9fectoire, habitants&#8230;) ou d\u2019exp\u00e9riences inspir\u00e9es de cette vie (un couple adepte de la permaculture), archive o\u00f9 la philosophe Hannah Arendt parle de la possibilit\u00e9 de sauvegarder la langue allemande apr\u00e8s le nazisme&#8230;\u00a0; les deux c\u00f4t\u00e9s restant offrent des moments de choralit\u00e9, de musique live, de r\u00e9cits&#8230; Les com\u00e9diens par ailleurs s\u2019attablent avec nous ou montent sur la table, celle-ci redevenant alors un tr\u00e9teau de th\u00e9\u00e2tre.<br \/>\nLa pi\u00e8ce documente, imagine et pense son sujet en nous faisant vivre un semblant d\u2019exp\u00e9rience de celui-ci. Au tout d\u00e9but, les com\u00e9diens se lavent les mains \u00e0 l\u2019eau clair, reproduisant l\u2019ablution rituelle d\u2019avant repas (le \u00ab\u00a0<i>n\u00e9tilat yadayim<\/i>\u00a0\u00bb), enflamment des allumettes pour les bougies dispos\u00e9es sur les tables, font passer une bouteille de vin et une bouteille d\u2019eau dont on peut remplir son petit verre donn\u00e9 en entrant dans la salle&#8230; Au Th\u00e9\u00e2tre du Soleil nous pouvons boire et manger, accueillis par l\u2019\u00e9quipe d\u2019Ariane Mnouchkine, avant d\u2019assister au spectacle\u00a0; \u00e0 La Fonderie au Mans le moment de convivialit\u00e9 partag\u00e9e avec Fran\u00e7ois Tanguy et le th\u00e9\u00e2tre du Radeau se passe souvent apr\u00e8s\u00a0; ici, il a lieu pendant la repr\u00e9sentation et fait partie int\u00e9grante de son exp\u00e9rience. Les habitants du kibboutz aper\u00e7us lors des projections s\u2019invitent m\u00eame \u00e0 table\u00a0: dans notre assiette on d\u00e9couvre leurs silhouettes d\u00e9coup\u00e9es sur des photographies tir\u00e9es \u00e0 part et on est invit\u00e9 \u00e0 les disposer entre les rainures de la table.<br \/>\n<span class=\"spip_document_749 spip_documents spip_documents_center\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/insense-scenes.net\/local\/cache-vignettes\/L650xH366\/maxresdefault-2-7818b.jpg?1531922046\" alt=\"\" width=\"650\" height=\"366\" \/><\/span><br \/>\nLinda Blanchet n\u2019introduit du didactisme que par touches l\u00e9g\u00e8res. Elle ne fait pas une apologie du kibboutz ni de la qu\u00eate de cette jeune allemande. Son questionnement porte avant tout sur les limites r\u00e9ciproques de l\u2019individualisme et du collectivisme \u2012 tel ce corps de Calypso Baquey, Miriam fictionnelle, perdu au milieu de ce qui semble les bo\u00eetes aux lettres des habitants du kibboutz. Dit en termes th\u00e9\u00e2traux\u00a0: tandis que les acteurs d\u00e9ploient une palette de jeu entre choralit\u00e9 et voix singuli\u00e8re nous \u00e9prouvons notre position de spectateur au sein d\u2019un public. Est r\u00e9alis\u00e9e sur sc\u00e8ne une recette apprise au kibboutz dont on peut manger une infime part. Plat trop consistant pour \u00eatre ingurgit\u00e9 par soi seul, mais assez pour \u00eatre partag\u00e9 par une salle comble, f\u00fbt-ce une bouch\u00e9e, exp\u00e9rience simple d\u2019un \u00ab\u00a0partage du sensible\u00a0\u00bb (Ranci\u00e8re). Sur un mode plus humoristique, sont organis\u00e9s en sept minutes chrono deux d\u00e9bats o\u00f9 chacun est invit\u00e9 \u00e0 trancher sur les bienfaits de la vie en communaut\u00e9 jusque dans ses cons\u00e9quences les plus extr\u00eames.<br \/>\n<span class=\"spip_document_750 spip_documents spip_documents_center\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/insense-scenes.net\/local\/cache-vignettes\/L650xH411\/thumb_28910_project_medium-317bb.jpg?1531922046\" alt=\"\" width=\"650\" height=\"411\" \/><\/span><br \/>\nReste que la participation du public est globalement guid\u00e9e par les acteurs. Ce sont eux qui lancent gestes ou questions, points de d\u00e9part d\u2019un encha\u00eenement par mim\u00e9tisme qui laisse peu de marge \u00e0 un spectateur qui choisirait de ne rien faire, de se taire (sans que ce silence soit interpr\u00e9t\u00e9 comme une abstention) ou de prendre la parole. Pour mieux se voir ou se c\u00f4toyer, le public n\u2019\u00e9change pas plus que dans une salle frontale plong\u00e9e dans le noir.<br \/>\nLa vie en kibboutz n\u2019est abord\u00e9e que par le filtre d\u2019une g\u00e9n\u00e9ration qui a quelque chose \u00e0 r\u00e9gler avec son pass\u00e9 europ\u00e9en. La s\u00e9quence sur le couple qui vit en autarcie \u00e0 deux pas de la bande de Gaza est la seule qui \u00e9voque le conflit isra\u00e9lo-palestinien, sur un mode manich\u00e9en\u00a0: \u00ab\u00a0que signifie une vie bonne (celle de ce couple \u00e9colo) dans une vie mauvaise (les agissements d\u2019Isra\u00ebl dans la bande de Gaza non loin)\u00a0?\u00a0\u00bb. Par cette tache aveugle et cette th\u00e9\u00e2tralit\u00e9 mod\u00e9ratrice \u2012 qui oublie en passant la force critique que rec\u00e8le toute utopie \u2012, Linda Blanchet n\u2019est pas sans aplanir ou \u00e9vacuer trop rapidement les contradictions. Elle r\u00e9introduit du consensus l\u00e0 o\u00f9 il n\u2019y en a pas. On esp\u00e8re que les prochains travaux de sa compagnie Hanna R \u2012 ayant d\u00e9j\u00e0 travers\u00e9 des \u0153uvres de Martin Crimp, de Modiano, de Perec \u2012 mettront davantage ces contradictions sur la table.<\/p>\n<hr \/>\n<\/div>\n<div id=\"lateral\"><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>J\u00e9r\u00e9mie Majorel\u00a0&#8211; 18 juillet 2018 Cr\u00e9\u00e9 au Th\u00e9\u00e2tre National de Nice d\u00e9but 2017, ce spectacle est un feuillet\u00e9\u00a0: il y a d\u2019abord le voyage r\u00e9el de Miriam Schulte-Frisch, jeune allemande qui d\u00e9cide de partir plusieurs semaines dans un kibboutz en 2012, puis sa r\u00e9\u00e9criture fictionnelle en Miriam Coretta Frisch \u2012 \u00ab\u00a0Coretta\u00a0\u00bb en r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la femme de Martin Luther King \u2012, avant sa r\u00e9fraction dans les propres questionnements de quatre com\u00e9diens fran\u00e7ais de m\u00eame g\u00e9n\u00e9ration mais d\u2019origines diverses\u00a0: Calypso Baquey,<\/p>\n","protected":false},"author":35,"featured_media":1921,"menu_order":0,"template":"","categorie_article":[27],"class_list":["post-1920","article","type-article","status-publish","has-post-thumbnail","hentry","categorie_article-critique"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/article\/1920","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/article"}],"about":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/types\/article"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/users\/35"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/media\/1921"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1920"}],"wp:term":[{"taxonomy":"categorie_article","embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/categorie_article?post=1920"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}