


{"id":1928,"date":"2018-07-18T23:04:21","date_gmt":"2018-07-18T21:04:21","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/?p=1928"},"modified":"2018-07-18T23:04:21","modified_gmt":"2018-07-18T21:04:21","slug":"hedda-scene-de-crime","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/hedda-scene-de-crime\/","title":{"rendered":"Hedda\u00a0\u2013 sc\u00e8ne de crime"},"content":{"rendered":"<div id=\"contenu\">\n<div class=\"auteur\"><a class=\"lienAuteur\" title=\"Envoyer un maiaral \u00e0 Malte Schwind\" href=\"http:\/\/insense-scenes.net\/spip.php?auteur4\">Malte Schwind<\/a>\u00a0&#8211; 18 juillet 2018<\/div>\n<hr \/>\n<div id=\"chapo\"><small><\/small><center><small><i>Hedda<\/i>, Texte de Sigrid Carr\u00e9-Lecoindre, Cie Alexandre,<br \/>\nmise en sc\u00e8ne et interpr\u00e9t\u00e9 par L\u00e9na Paugam,<br \/>\nLa Manufacture, Avignon Off 2018<\/small><\/center><\/p>\n<hr class=\"spip\" \/>\n<i>Hedda<\/i>\u00a0se joue du 6 au 26 juillet \u00e0 14h45 \u00e0 La Manufacture \u00e0 Avignon. C\u2019est une sorte de sc\u00e8ne de crime, son \u00e9tat de lieu, son analyse le plus finement possible. C\u2019est encore une histoire d\u2019amour. Qui se d\u00e9lite comme toute histoire d\u2019amour \u00e0 des degr\u00e9s diff\u00e9rents.\n<\/div>\n<hr \/>\n<p><span class=\"spip_document_764 spip_documents spip_documents_center\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/insense-scenes.net\/local\/cache-vignettes\/L650xH300\/38e979_4dff0af88b06413d8a82fab261ffb81c_mv2-85741.png?1531936206\" alt=\"\" width=\"650\" height=\"300\" \/><\/span><br \/>\nL\u00e9na Paugam vient seule sur la sc\u00e8ne comme sur une sc\u00e8ne de crime et retrace cette histoire d\u2019amour, si d\u2019amour il s\u2019agissait. Elle endosse la narration &#8211; adresse directe au public &#8211; et la femme et cet homme, en reconstituant parfois des sc\u00e8nes pass\u00e9es. Pour se rappeler, pour comprendre\u00a0? Elle glisse d\u2019un espace \u00e0 l\u2019autre, les lumi\u00e8res la suivent. Et ces glissement s\u2019op\u00e8rent au point o\u00f9 les limites entre personnage et actrice, actrice et narratrice, narratrice et personnage deviennent flous. \u00ab\u00a0Qui parle\u00a0? D\u2019o\u00f9 parle-t-elle\u00a0?\u00a0\u00bb La sc\u00e9nographe consiste en une sorte de salon vide. Seul objet\u00a0: une chaise et un miroir. Une fen\u00eatre et une ouverture baillant derri\u00e8re laquelle on peut apercevoir une salle de bain, avec bain et lavabo.<br \/>\nC\u2019est donc our revenir \u00e0 une sc\u00e8ne de crime qu\u2019il s\u2019agit, pour noter chaque d\u00e9tail le plus pr\u00e9cis\u00e9ment possible. Il y avait donc ce regard, ce mot, cet objet, ce geste qui raconte, qui justifie, qui explique ce qui s\u2019est pass\u00e9. Et l\u2019\u00e9criture de Sigrid Carr\u00e9-Lecoindre a le m\u00e9rite de travailler dans la complexit\u00e9 du r\u00e9el, son ambigu\u00eft\u00e9 permanente, m\u00eame aux endroits qui sont g\u00e9n\u00e9ralement jug\u00e9s d\u2019un revers de main. C\u2019est peut-\u00eatre l\u00e0 que r\u00e9side la n\u00e9cessit\u00e9 de cette dramaturgie des points de vue multiples\u00a0; complexifier et ne pas pouvoir venir \u00e0 bout du r\u00e9el.<br \/>\nQue s\u2019est-il donc pass\u00e9\u00a0? Un coup de foudre. Pourquoi\u00a0? Peut-\u00eatre parce que par un quelconque hasard, cette femme et cet homme se sont ennuy\u00e9s au m\u00eame moment au m\u00eame endroit. Peut-\u00eatre autre chose. En tout cas, comme elle dit, il faut se m\u00e9fier des d\u00e9buts. Quels d\u00e9buts\u00a0? Et comment \u00e0 un moment, ce besoin \u00e9tait de se retrouver dans les bras de l\u2019autre. Une maison. Comment quitter cette maison lorsqu\u2019elle n\u2019est plus que cendre\u00a0? Comment quitter cette maison m\u00eame si l\u2019on sait qu\u2019on a d\u00e9pass\u00e9 un point de non-retour\u00a0? Et les besoins de se dire \u00ab\u00a0Je t\u2019aime\u00a0\u00bb pour se rassurer que cet amour existe toujours. Se convaincre. \u00ab\u00a0On ne peut pas laisser succomber l\u2019amour pour un simple erreur de passage\u00a0!?\u00a0\u00bb<br \/>\nQue s\u2019est-il donc pass\u00e9\u00a0? Comment sa fragilit\u00e9 \u00e0 elle s\u2019est transform\u00e9e en une force que lui ne pouvait supporter\u00a0? Est-ce pour la perte de son pouvoir sur elle que sa col\u00e8re ne pouvait le retenir\u00a0? Est-ce l\u2019absence totale de d\u00e9sir pour lui et le fait qu\u2019il l\u2019a vue qui l\u2019a pouss\u00e9 \u00e0 frapper\u00a0? Est-ce le fait qu\u2019elle a d\u00e9velopp\u00e9 la force gr\u00e2ce \u00e0 lui et l\u2019a jet\u00e9 apr\u00e8s ou est-ce que c\u2019est sa manipulation sur elle dont elle s\u2019est lib\u00e9r\u00e9 un moment et qu\u2019il ne pouvait supporter\u00a0? Ou est-ce sa manipulation qui la poussait \u00e0 devenir autre chose qu\u2019elle, mais que cet autre chose, elle a r\u00e9ussie de s\u2019approprier, l\u2019a pouss\u00e9 \u00e0 ces actes\u00a0? Enfin, Hedda Gabler ou Hedwig Tanner\u00a0? Ou quelque chose entre\u00a0? \u00ab\u00a0Pour \u00eatre respect\u00e9, il faut mettre des talons. Il faut marcher au dessus du monde.\u00a0\u00bb Dommage qu\u2019il n\u2019a pas lu Walser et sa s\u0153ur Hedwig, dont Hedda est un diminutif, qui dit\u00a0:<\/p>\n<blockquote class=\"spip\"><p>Qu\u2019est-ce que le respect qu\u2019on vous t\u00e9moigne en comparaison de cette autre chose\u00a0: \u00eatre heureux et avoir content\u00e9 la fiert\u00e9 de son c\u0153ur \u00e0 soi. M\u00eame \u00eatre malheureux, c\u2019est encore mieux que d\u2019\u00eatre respect\u00e9. Je suis malheureuse malgr\u00e9 le respect dont je jouis\u00a0; \u00e0 mes yeux je ne m\u00e9rite donc pas ce respect puisqu\u2019il n\u2019y a pour moi que le bonheur de respectable. Par cons\u00e9quent je dois essayer de voir s\u2019il est possible d\u2019\u00eatre heureux sans pr\u00e9tendre \u00eatre respect\u00e9. Peut-\u00eatre y a-t-il un bonheur de ce genre quelque part pour moi, et un respect accord\u00e9 \u00e0 l\u2019amour et au d\u00e9sir et non au bon sens. Je ne vais pas me mettre \u00e0 \u00eatre malheureuse parce que je n\u2019aurais pas eu le courage de reconna\u00eetre qu\u2019on peut \u00eatre malheureux pour avoir voulu \u00eatre heureux. \u00catre malheureux ainsi est respectable\u00a0; de l\u2019autre mani\u00e8re non\u00a0; on ne peut pas respecter le manque de courage. Comment me voir plus longtemps condamn\u00e9e \u00e0 mener une vie qui ne me vaut que du respect, le respect des autres, qui veulent toujours qu\u2019on soit comme ils le d\u00e9sirent. Pourquoi tout cela\u00a0? Et pourquoi attendre de d\u00e9couvrir \u00e0 la fin que ce qu\u2019il vous apporte, ce respect, ne vaut rien\u00a0?<\/p><\/blockquote>\n<p><strong>\u00ab\u00a0Les choses ne sont pas blanc ou noir. Non.\u00a0\u00bb<\/strong><br \/>\nEt puis, c\u2019est le sch\u00e9ma habituel de la violence conjugale. Entre \u00e9lan de violence et lunes de miel. N\u2019importe quel livre de psychologie nous l\u2019apprend.\u00a0<i>Honey moon<\/i>\u00a0: on se rassure, on rassure notre amour, on se dit qu\u2019il doit exister, continuer exister, une derni\u00e8re fois exister. Que peut-\u00eatre l\u2019on peut encore une fois retrouver la joie du d\u00e9but et peut-\u00eatre m\u00eame qu\u2019on la trouve.<br \/>\nJusqu\u2019\u00e0 ce que les mots se r\u00e9tr\u00e9cissent de plus en plus, qu\u2019il devient de moins en moins possible d\u2019en parler. Elle devient muette. Elle \u00e9tait toujours b\u00e8gue. Les mots se brisait avant de sortir de sa bouche. Impossible de dire. Et le silence alors. Et la r\u00e9silience d\u2019abord, et puis la r\u00e9siliation et attendre le coup ultime \u00ab\u00a0qui te tue ou qui te lib\u00e8re.\u00a0\u00bb<br \/>\nEt comme elle dit dans la pi\u00e8ce qu\u2019il ne faut pas rater la derni\u00e8re sc\u00e8ne, il y a quelque part cet enjeu particulier dans la dramaturgie d\u00e9ploy\u00e9e par L\u00e9na Paugam qui, avec sa complice, a voulu \u00ab\u00a0\u00e9viter toute forme de pathos\u00a0\u00bb. Alors que ces va-et-viens entre les diff\u00e9rentes instances de parole fonctionnent bien \u00e0 cet endroit, se tisse tout de m\u00eame \u00e0 fur et \u00e0 mesure dans le spectacle une contamination affective, si j\u2019ose dire, pour arriver \u00e0 la fin \u00e0 l\u2019\u00e9cueil qu\u2019elles auraient voulu \u00e9viter. La distance dispara\u00eet, la femme dans son bain, nue, attend le coup fatal, une mont\u00e9e dans la parole et dans l\u2019affect d\u00e9ploy\u00e9 qui tire peut-\u00eatre trop sur la corde de l\u2019effet, du clou. Et si cette derni\u00e8re tirade \u00e9tait dit dans la simplicit\u00e9 de la narratrice\u00a0? Si on n\u2019appuyait pas l\u2019affect cherch\u00e9\u00a0? Si on tenait jusqu\u2019au bout une dramaturgie de la distance qui tente \u00ab\u00a0une certaine objectivit\u00e9\u00a0\u00bb\u00a0?<br \/>\nCe qui demeure appr\u00e9ciable est le fait que malgr\u00e9 le fait que le d\u00e9sir de ce spectacle est venu d\u2019une loi russe qui d\u00e9p\u00e9nalisait les violences conjugales, l\u2019actualit\u00e9 politique du monde n\u2019emp\u00eache pas L\u00e9na Paugam et Sigrid Carr\u00e9-Lecoindre de creuser des questions qui d\u00e9passent cette r\u00e9alit\u00e9 et trouver une dramaturgie qui n\u2019est pas un didactisme r\u00e9aliste plat, si souvent oppos\u00e9 \u00e0 notre r\u00e9alit\u00e9 de tous les jours. Didactisme si rarement op\u00e9rant. R\u00e9alisme si souvent redondant. Ici nous pouvons faire une certaine exp\u00e9rience de la complexit\u00e9 de la question. Crime il y a, la culpabilit\u00e9 complexe.\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Malte Schwind\u00a0&#8211; 18 juillet 2018 Hedda, Texte de Sigrid Carr\u00e9-Lecoindre, Cie Alexandre, mise en sc\u00e8ne et interpr\u00e9t\u00e9 par L\u00e9na Paugam, La Manufacture, Avignon Off 2018 Hedda\u00a0se joue du 6 au 26 juillet \u00e0 14h45 \u00e0 La Manufacture \u00e0 Avignon. C\u2019est une sorte de sc\u00e8ne de crime, son \u00e9tat de lieu, son analyse le plus finement possible. C\u2019est encore une histoire d\u2019amour. Qui se d\u00e9lite comme toute histoire d\u2019amour \u00e0 des degr\u00e9s diff\u00e9rents. 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