


{"id":1936,"date":"2018-07-19T23:07:11","date_gmt":"2018-07-19T21:07:11","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/?p=1936"},"modified":"2018-07-19T23:07:11","modified_gmt":"2018-07-19T21:07:11","slug":"speed-leving-grand-corps-malade-ii","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/speed-leving-grand-corps-malade-ii\/","title":{"rendered":"Speed Leving\u00a0: grand corps malade II"},"content":{"rendered":"<div id=\"contenu\">\n<hr \/>\n<div id=\"chapo\"><center><small><i>Par Yannick Butel. Speed Leving<\/i>, d\u2019Hanokh Levin,<br \/>\nmis en sc\u00e8ne Laurent Brethome, avec les acteurs de l\u2019ERACM,<br \/>\nLa Manufacture, Avignon Off 2018.<br \/>\n<\/small><\/center><\/p>\n<hr class=\"spip\" \/>\nQuand il \u00e9voque Speed Leving, le metteur en sc\u00e8ne Laurent Brethome \u00e9voque le fait que \u00ab\u00a0De plus en plus d\u2019histoires de vie et d\u2019amour prennent naissance \u00e0 l\u2019issue de rencontres \u00ab\u00a0calibr\u00e9es\u00a0\u00bb dans un cadre \u00ab\u00a0minut\u00e9\u00a0\u00bb\u00a0: les soir\u00e9es \u00ab\u00a0Speed dating\u00a0\u00bb. \u00c9crivant Speed leving \u00e0 partir de quatre pi\u00e8ces de cabarets de Hanokh Levin (Une mouche &#8211; \u00catre ou ne pas \u00eatre &#8211; Que d\u2019espoir &#8211; Parce que moi aussi je suis un \u00eatre humain \u2013 ainsi que des chansons de l\u2019auteur) Brethome investit le territoire de l\u2019auteur de th\u00e9\u00e2tre isra\u00e9lien et dirige les jeunes com\u00e9diens du Nissan nativ acting studio de Tel Aviv et de l\u2019ERACM.\u00a0Un travail d\u2019\u00e9cole pr\u00e9sent\u00e9 \u00e0 la friche belle de mai<span class=\"spip_note_ref\">\u00a0[<a id=\"nh1\" class=\"spip_note\" title=\"Voir la critique de ce travail dans l\u2019Insens\u00e9.\" href=\"http:\/\/insense-scenes.net\/spip.php?article634#nb1\" rel=\"appendix\">1<\/a>]<\/span>\u00a0en juin dernier, n\u00e9 de l\u2019ann\u00e9e France-Israel 2018, qui prend forme maintenant \u00e0 la Manufacture, en trois langues anglais, h\u00e9breu, fran\u00e7ais\u2026\n<\/div>\n<hr \/>\n<p><center><span class=\"spip_document_765 spip_documents spip_documents_center\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/insense-scenes.net\/local\/cache-vignettes\/L320xH381\/spectacle_22565-f9241.jpg?1531998478\" alt=\"\" width=\"320\" height=\"381\" \/><\/span><\/center><strong>Levin ou l\u2019attraction du Deuil.<\/strong><br \/>\nDans l\u2019histoire du cabaret, berlinois, parisiens, anglais qui apparaissent dans le courant de la fin du XIX\u00e8me si\u00e8cle, et se d\u00e9veloppent tout long de l\u2019entre-deux guerres\u00a0; aux c\u00f4t\u00e9s de Karl Valentin et ses solos, duos infernaux, il y a sans doute, au Panth\u00e9on de ces lieux d\u00e9r\u00e9gl\u00e9s et de ces clowns inquiets, la silhouette de Hanokh Levin, l\u2019isra\u00e9lien de Tel Aviv, mort \u00e0 56 ans, le 18 aout 1999. Hanokh Levin, ou celui qui a construit une \u0153uvre litt\u00e9raire, chant\u00e9e et th\u00e9\u00e2trale s\u2019appuyant sur les soubresauts de la soci\u00e9t\u00e9 isra\u00e9lienne. Une \u0153uvre importante (plus de cinquante titres), au moins en volume, publi\u00e9e aux \u00e9ditions th\u00e9\u00e2trales et traduite notamment par Laurence Sendrowicz.<br \/>\n\u0152uvre organis\u00e9e autour de petits rien, de tous les petits rien\u00a0; des satires politiques aussi, des t\u00e9moignages du mal \u00eatre et des soucis, des exp\u00e9riences amoureuses\u2026 le plus souvent grotesque, prenant appui sur le ridicule et l\u2019insolite\u2026 non \u00e9trang\u00e8re \u00e0 la violence, lorgnant sur les voisinages, les travers des conduites humaines, les mariages arrang\u00e9s et rat\u00e9s, les familles n\u00e9vrotiques et hyst\u00e9riques, les oiseaux et les mouches, les minutes, etc. \u0152uvre prot\u00e9iforme organis\u00e9e un peu rapidement autour de trois genres\u00a0: les com\u00e9dies, les trag\u00e9dies et les sketches, dont une partie porte un regard sur la lente \u00e9volution de l\u2019homme vers la mort.<br \/>\nCe qui fait d\u2019Hanokh Levin une sorte de clown railleur et de figure inqui\u00e8te que son \u00e9criture porte, d\u00e9veloppe, contient. Une \u0153uvre o\u00f9 la gravit\u00e9 est d\u2019abord un point ou un rep\u00e8re autour duquel gravite un oc\u00e9an de sensations complexes, de divagations impertinentes o\u00f9 le grotesque est la partie \u00e9merg\u00e9e d\u2019un monde plus sombre qui est la fondation de son \u00e9criture. C\u2019est bien souvent cela que le public croisera au Th\u00e9\u00e2tre municipal de Cam\u00e9ri o\u00f9 Hanokh Levin a pris ses quartiers. C\u2019est l\u00e0 que l\u2019absurdit\u00e9, l\u2019insondable b\u00eatise, la cr\u00e9tinerie et l\u2019humanit\u00e9 de figures sans int\u00e9r\u00eats seront mises en sc\u00e8ne. C\u2019est l\u00e0 que bien souvent, traitant du corps comme d\u2019un appareil ins\u00e9parable de la volont\u00e9\u00a0; autopsiant le corps comme ce qui trompe l\u2019esprit\u00a0; Hanokh Levin a exerc\u00e9. Sorte de Docteur Tchekhov de son \u00e9poque et de son environnement, Levin le toubib aura scrut\u00e9 un monde m\u00e9tastas\u00e9 qui n\u2019en finit pas d\u2019agonir dans des spasmes et autres contractions qui sont les manifestations du monde d\u2019en bas. Celui qui se trouve en dessous de la ceinture, et parfois au niveau des chevilles quand le pantalon tombe sur les pieds, dans une zone, en d\u00e9finitive, o\u00f9 le corps expos\u00e9 enl\u00e8ve \u00e0 l\u2019\u00eatre humain toute sa splendeur pour ne le pr\u00e9senter que sous une image du d\u00e9soeuvrement ridicule. Levin est ainsi un farceur, un satiriste, un caricaturiste, un parodieur\u2026 ayant pour ligne d\u2019horizon la mort et les morts (ceux des camps), comme ceux \u00e0 venir.<br \/>\nEn d\u00e9finitive, et c\u2019est peut-\u00eatre l\u2019un des th\u00e8mes majeurs de son \u0153uvre, Levin n\u2019aura jamais \u00e9crit autre chose que l\u2019histoire d\u2019un deuil. Mot que les titres de ses \u00e9crits accentuent comme bon lui semble, en en riant, en faisant pleurer de rire, en pleurant.<br \/>\nCensur\u00e9, applaudi, ignor\u00e9 ou revendiqu\u00e9\u2026 c\u2019est \u00e7a Levin, ou l\u2019histoire d\u2019une provocation ambulante, ambiante, r\u00e9currente \u00e0 un geste o\u00f9 la d\u00e9rision marque l\u2019impossible influence que l\u2019\u00e9criture, autant que la litt\u00e9rature dramatique, exercent sur un environnement qui n\u2019a, finalement, pas plus de sens que d\u2019intelligence, qu\u2019elle se fonde sur les mythes fondateurs ou sur les myth\u00e8mes dont Barthes nous a appris qu\u2019ils \u00e9taient les constituants de nos \u00ab\u00a0petites vies\u00a0\u00bb artificielles et perdues d\u2019avance. Et de comprendre qu\u2019au moment de dispara\u00eetre, Hanokh Levin livre d\u2019abord\u00a0<i>Ceux qui marchent dans l\u2019obscurit\u00e9<\/i>, puis\u00a0<i>Requiem<\/i>\u2026 Tout est l\u00e0, dit une derni\u00e8re fois.<br \/>\n<strong><i>Speed Leving<\/i>\u2026 \u00e9crit, pens\u00e9 par Brethome<\/strong><br \/>\nSur le plateau noir de la patinoire qu\u2019occupe la Manufacture, une s\u00e9rie de flash lumineux laisse appara\u00eetre des corps surexpos\u00e9s pris isol\u00e9ment. Par la suite, quand l\u2019ensemble du plateau est \u00e9clair\u00e9, dans un arc de cercle qui laisse appara\u00eetre du mobilier d\u2019appartement, les \u00ab\u00a0locataires\u00a0\u00bb, toujours dans l\u2019isolement, semblent se livrer \u00e0 une s\u00e9ance de branlette collective, mais solitaire. Onanisme et masturbation r\u00e8glent ainsi les premi\u00e8res images de\u00a0<i>Speed Leving<\/i>\u00a0et d\u2019\u00e9vidence, si Hanokh Leving n\u2019y est pour rien (Brethome tr\u00e8s librement s\u2019est install\u00e9 dans l\u2019\u0153uvre et en extrait des fragments en toute libert\u00e9), il n\u2019aurait pas reni\u00e9 cette entr\u00e9e en mati\u00e8re. Entr\u00e9e en mati\u00e8re o\u00f9 table des mati\u00e8res des s\u00e9quences qui vont suivre\u00a0: 1\/ Noir voix r\u00e8gle du jeux 2\/ Chor\u00e9graphie 3\/ femme mal en point 4\/ Complications 5\/ monologue d\u2019une femme mal en point 6\/ Chanson de l\u2019attente de l\u2019homme 7\/ mots d\u2019excuse 8\/ Le ministre 9\/ Chanson 10\/ Grande Angoisse 11 \/ 1\u00e8re minute 1\/2 12\/ Devant la porte 13\/ rencontr\u00e9e mon mari 14\/ une mouche 15\/ femme mal en point 16\/ chanson de la femme qui s\u2019est fait avoir 17\/ quand un gar\u00e7on honn\u00eate rencontre une fille en bonne sant\u00e9 18\/ Interm\u00e8de 19\/ \u00e0 huit heures 20\/ chanson Tu m\u2019as retourn\u00e9 les entrailles 21\/ chanson des morts (choral).<br \/>\nSoit une s\u00e9rie de sketches qui met les com\u00e9diens \u00e0 l\u2019endroit du monologue, du chant solo ou choral, du dialogue de sourds\u2026 qui traitent des affres amoureuses et existentielles que tous et toutes subissent, entretiennent et restituent sur un mode grotesque, burlesque, comique caricatural, en limite de d\u00e9lires improbables et incongrus. C\u2019est-\u00e0-dire, et ne nous y trompons pas, sur le mode du \u00ab\u00a0rire jaune\u00a0\u00bb et du rire de soi parce que \u00ab\u00a0se pleurer dessus\u00a0\u00bb ne changerait rien \u00e0 l\u2019affaire.<br \/>\n<i>Speed Leving\u00a0<\/i>se joue ainsi sur un mode syncop\u00e9, elliptique, hyst\u00e9rique o\u00f9 le discontinu sc\u00e9nographi\u00e9 renvoie ces figures \u00e0 l\u2019absence d\u2019Histoire. Leur incapacit\u00e9 \u00e0 \u00e9crire leur propre histoire, sinon celle des \u00e9checs de chaque jour et de chaque soir. Lard\u00e9s, coup\u00e9s, entrecoup\u00e9s de noirs sonores d\u00e9raillant (genre platine de DJ qui s\u2019enrouerait), sketches et historiettes se succ\u00e8dent, et si c\u2019est parfois dur \u00e0 suivre (ou \u00e0 avaler), ce n\u2019est pas le manque d\u2019\u00e9nergie des com\u00e9diens et des com\u00e9diennes qui est en cause, mais peut-\u00eatre les th\u00e8mes obsessionnels de Levin qui nous privent d\u2019un rythme. La s\u00e9quence du Pipi-Caca restera sans doute l\u2019une des sc\u00e8nes les plus douloureuses \u00e0 encaisser. Celle du pet est un peu plus dr\u00f4le et dramatique. \u00c0 c\u00f4t\u00e9 d\u2019elles, celle o\u00f9 r\u00e9sonne la voix fabuleuse et sculpt\u00e9e de Diana Golbi qui chante \u00ab\u00a0la chanson de la femme qui s\u2019est fait avoir\u00a0\u00bb (en h\u00e9breu), appelle l\u2019\u00e9coute et la fascination.<br \/>\nObjet de d\u00e9rision, objet de corrosion,\u00a0<i>Speed Leving<\/i>\u00a0est d\u2019abord une pi\u00e8ce sur la solitude qui g\u00e9n\u00e8re, pour des \u00eatres en mal de l\u2019autre, un corps malade. C\u2019est \u00e7a qui est donn\u00e9 \u00e0 voir \u00e0 travers les petits r\u00e9cits improbables et le plus souvent sexu\u00e9s, des uns et des autres. Fa\u00e7on, chez Brethome peut-\u00eatre, \u00e0 travers Levin, de relire Foucault\u00a0:<\/p>\n<blockquote class=\"spip\"><p>\u00ab\u00a0C\u2019est de l\u2019instance du sexe qu\u2019il faut s\u2019affranchir si, par un retournement tactique des divers m\u00e9canismes de la sexualit\u00e9, on veut faire valoir contre les prises du pouvoir les corps, les plaisirs, les savoirs, dans leur multiplicit\u00e9 et leur possibilit\u00e9 de r\u00e9sistance. Contre le dispositif de sexualit\u00e9, le point d\u2019appui de la contre-attaque ne doit pas \u00eatre le sexe-d\u00e9sir, mais les corps et les plaisirs\u00a0\u00bb.<\/p><\/blockquote>\n<p><i>Speed Leving<\/i>\u00a0o\u00f9 la m\u00e9taphore d\u2019un corps malade, corps social foutu, m\u00e9taphore du grand corps malade (politique celui-l\u00e0). Au dernier instant de\u00a0<i>Speed Leving<\/i>, comme coup\u00e9 dans leur \u00e9lan de respiration vitale, c\u2019est le visage tendu et la bouche ouverte qui fait entendre un souffle qui se perd. Noir.<\/p>\n<hr \/>\n<\/div>\n<div id=\"lateral\"><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par Yannick Butel. Speed Leving, d\u2019Hanokh Levin, mis en sc\u00e8ne Laurent Brethome, avec les acteurs de l\u2019ERACM, La Manufacture, Avignon Off 2018. 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