


{"id":1948,"date":"2018-07-20T23:10:37","date_gmt":"2018-07-20T21:10:37","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/?p=1948"},"modified":"2018-07-20T23:10:37","modified_gmt":"2018-07-20T21:10:37","slug":"rapport-sur-la-banalite-de-lamour-par-dela-le-bien-et-le-mal","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/rapport-sur-la-banalite-de-lamour-par-dela-le-bien-et-le-mal\/","title":{"rendered":"Rapport sur la banalit\u00e9 de l\u2019amour, par-dela le bien et le mal"},"content":{"rendered":"<div id=\"contenu\">\n<hr \/>\n<div id=\"chapo\"><center><small><i>Par Yannick Butel. Rapport sur la banalit\u00e9 de l \u2019amour<\/i>, mise en sc\u00e8ne d\u2019Andr\u00e9 Nerman,<br \/>\navec Emmanuelle Wion, Andr\u00e9 Nerman,<br \/>\nTh\u00e9\u00e2tre La Luna. Avignon Off 2018<\/small><\/center><\/p>\n<hr class=\"spip\" \/>\nAu th\u00e9\u00e2tre La Luna, Andr\u00e9 Nerman et Emmanuelle Wion jouent\u00a0<i>Un Rapport sur la banalit\u00e9 de l\u2019amour<\/i>, dans une mise en sc\u00e8ne d\u2019Andr\u00e9 Nerman. L\u2019histoire d\u2019un amour entre Hannah Arendt et Martin Heidegger. Histoire d\u2019un titre que la mise en sc\u00e8ne probl\u00e9matise, et fait jouer. C\u2019est \u00e0 voir.\n<\/div>\n<hr \/>\n<p><span class=\"spip_document_792 spip_documents spip_documents_center\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/insense-scenes.net\/local\/cache-vignettes\/L650xH585\/getfileattachment-1-0df87.jpg?1532106841\" alt=\"\" width=\"650\" height=\"585\" \/><\/span><br \/>\n<strong>\u00c7a me revient&#8230;<\/strong><br \/>\nJ\u2019avais une vingtaine d\u2019ann\u00e9e, et j\u2019\u00e9tais \u00e9tudiant en philo. Fran\u00e7ois Mitterrand venait d\u2019\u00eatre \u00e9lu pr\u00e9sident. Les universit\u00e9s ressemblaient encore \u00e0 des lieux d\u2019agitation de la pens\u00e9e o\u00f9, comme l\u2019\u00e9crira Jean-Fran\u00e7ois Lyotard, \u00ab\u00a0penser, c\u2019\u00e9tait se pr\u00e9parer \u00e0 penser ce que nous n\u2019\u00e9tions pas pr\u00eat \u00e0 penser\u00a0\u00bb. J\u2019\u00e9tais Heidegerrien (lecteur d\u2019Holderlin, de Trakl, de Rilke\u2026), mais aussi Foucaldien, Derridien, Deleuzien (auteurs majuscules). Trotskiste aussi, pas comme Jospin. Au coup de sifflet de l\u2019\u00e9preuve de natation, un peu avant, pour le bacho, alors qu\u2019on nous demandait de \u00ab\u00a0scorer\u00a0\u00bb, mes potes et moi faisions la planche. 0\/20. On \u00e9tait des \u00ab\u00a0petits cons\u00a0\u00bb de gauche \u00e9lev\u00e9s dans le besoin de 68, loin de La Pens\u00e9e 68 de Ferry &amp; co (le m\u00eame, sp\u00e9cialiste (?) de Kant, qui a appel\u00e9 son voilier \u00ab\u00a0l\u2019ap\u00e9ritif cat\u00e9gorique\u00a0\u00bb).<br \/>\nGallimard qui g\u00e9rait l\u2019\u0153uvre d\u2019Heidegger ne voulait pas publier encore le\u00a0<i>Sein und Zeit<\/i>, et l\u2019on devait se contenter du fac-simil\u00e9 qu\u2019est\u00a0<i>L\u2019\u00catre et le n\u00e9ant<\/i>\u00a0de JPS. Qu\u2019importe, il y avait Philippe Lacoue-Labarthe, Jean-Luc Nancy (le cercle de Strasbourg) et la voix de Granel, qui buvait d\u00e9j\u00e0 trop comme Lowry, \u00e0 Toulouse. Eux avaient traduit le livre que Gallimard ne publiait pas. Et eux ont commenc\u00e9 \u00e0 faire circuler la traduction sous la forme d\u2019une liasse de photocopies, reli\u00e9e par une spirale blanche. Je me souviens du jour o\u00f9 mon ami Yves m\u2019a donn\u00e9 cette traduction pirate de\u00a0<i>\u00catre et Temps<\/i>. J\u2019avais l\u2019impression d\u2019avoir re\u00e7u un Tr\u00e9sor. Et j\u2019ai toujours cette sensation.<br \/>\nUne vingtaine d\u2019ann\u00e9e plus tard, Pierre P\u00e9an balan\u00e7ait\u00a0<i>Une jeunesse fran\u00e7aise <\/i>chez Fayard. Jospin dans la foul\u00e9e demandait \u00ab\u00a0le droit d\u2019inventaire\u00a0\u00bb, lui qu\u2019on perdra de vue en 2002, battu par Le Pen qui se trouve au second tour de l\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle contre Chirac. Le monde bascule, mais mon attachement \u00e9clair\u00e9 \u00e0 Mitterrand demeure. La cohorte des petits juges est en marche. De mon bureau \u00e0 l\u2019universit\u00e9, je les vois, eux qui courent apr\u00e8s les scandales et les motifs \u00e0 la mode lanc\u00e9s par une industrie du livre qui est \u00e0 la peine\u2026 L\u2019universit\u00e9 a chang\u00e9 et embo\u00eete le pas \u00e0 ce monde-l\u00e0 qui substitue \u00e0 la recherche approfondie, la recherche m\u00e9diatique sponsoris\u00e9e.<br \/>\n1987, le chilien Victor Farias, apr\u00e8s Adorno, revient sur l\u2019histoire. \u00c7a sera\u00a0<i>Heidegger et le nazisme<\/i>\u00a0publi\u00e9 par Verdier. La cabale est lanc\u00e9e. En 2005, Emmanuel Faye publie\u00a0<i>Heidegger, l\u2019introduction du nazisme dans la philosophie<\/i>(Albin Michel). Suivi plus tard par\u00a0<i>Les Cahiers noirs<\/i>\u00a0(journal de pens\u00e9e que Heidegger a tenu de 1930 \u00e0 1970 et qu\u2019il souhaitait publier \u00e0 titre posthume. Heidegger qui n\u2019a accord\u00e9 aucun entretien sur son r\u00f4le et qui vit dans sa cabane, en for\u00eat noire\u00a0: une redoute).\u00a0<i>Cahiers noirs<\/i>\u00a0qui, comme le commente l\u2019\u00e9diteur allemand Peter Trawny, disent un \u00ab\u00a0antis\u00e9mitisme inscrit dans l\u2019histoire de l\u2019\u00eatre\u00a0\u00bb. Point de d\u00e9part sans doute du livre de Jean-Luc Nancy qui n\u2019est pas ignorant des amiti\u00e9s d\u2019Heidegger avec Jean Beaufret, ancien r\u00e9sistant (son interpr\u00e8te et repr\u00e9sentant en France) et Ren\u00e9 Char. Nancy, courageusement, fort d\u2019une lecture fine et pr\u00e9cise, publie chez Galil\u00e9e\u00a0<i>La Banalit\u00e9 de Heidegger<\/i>. Livre qui met en \u00e9vidence l\u2019ignorance d\u2019Heidegger quant au juda\u00efsme et souligne en d\u00e9finitive la b\u00eatise vulgaire du philosophe antis\u00e9mite. Ce que Lacoue-labarthe appellera \u00ab\u00a0la c\u00e9cit\u00e9 politique\u00a0\u00bb.\u00a0<i>La Banalit\u00e9\u2026<\/i>Titre volontairement calqu\u00e9 sur celui qu\u2019a choisi Hannah Arendt (apr\u00e8s qu\u2019elle a suivi le proc\u00e8s Eichmann \u00e0 J\u00e9rusalem)\u00a0<i>Rapport sur la banalit\u00e9 du mal\u00a0<\/i>(Gallimard 1991). Arendt qui conna\u00eetra alors, \u00e0 cause de ce titre\/concept, le jugement violent de sa communaut\u00e9 et l\u2019opprobre d\u2019un monde d\u2019intellos ne sachant pas lire, et sans doute qui aura permis \u00e0 Emmanuel Faye, de voir en l\u2019adh\u00e9sion intellectuelle et l\u2019amour d\u2019Arendt pour Heidegger quelque chose qui \u00ab\u00a0en vient \u00e0 disculper les intellectuels nazis\u00a0\u00bb.<br \/>\nAlors que\u2026<br \/>\nAlors que la \u00ab\u00a0banalit\u00e9 du mal\u00a0\u00bb dit plus pr\u00e9cis\u00e9ment que le sujet n\u2019est pas la source du mal, mais un de ses lieux de manifestations. Essai qui n\u2019excuse pas le bourreau qu\u2019est Eichmann, mais renvoie in fine \u00e0 ce que Primo Levi d\u00e9crivait dans\u00a0<i>Si c\u2019est un homme<\/i>\u00a0\u00ab\u00a0\u00a0: ils \u00e9taient fait de la m\u00eame \u00e9toffe que nous, c\u2019\u00e9taient des \u00eatres humains, moyens, moyennement intelligents, d\u2019une m\u00e9chancet\u00e9 moyenne\u00a0: sauf exception, ce n\u2019\u00e9taient pas des monstres, ils avaient notre visage\u00a0\u00bb.<br \/>\nLe temps a pass\u00e9, rien ne s\u2019oublie. Les r\u00e9ponses et les questionnements de l\u2019\u0153uvre demeurent aussi (Derrida Heidegger et\u00a0<i>La Question<\/i>, Lacoue Labarthe\u00a0<i>La fiction du politique<\/i>, Bourdieu\u00a0<i>L\u2019ontologie politique de Martin Heidegger)<\/i>.<br \/>\nDevant\u00a0<i>Un rapport sur la banalit\u00e9 de l\u2019amour<\/i>, mise en sc\u00e8ne Andr\u00e9 Nerman, interpr\u00e9t\u00e9 par lui-m\u00eame et Emmanuelle Wion, tout cela se remet en dialogue. L\u2019\u00e2ge aidant, pas pr\u00e9par\u00e9 \u00e0 penser ce qui point, je me demande, en d\u00e9finitive, si la grande entreprise lib\u00e9rale et ses interm\u00e9diaires (Faye, BHL, Onfray et autres valets du lobby m\u00e9diatique) ne sont pas au service de la liquidation des penseurs et leurs pens\u00e9es. Si, comme on le dit, on peut rester aveugle et muet devant ceux qui \u00ab\u00a0jettent le b\u00e9b\u00e9 avec l\u2019eau du bain\u00a0\u00bb. C\u2019est l\u2019\u00e9poque peut-\u00eatre\u2026 Certainement. \u00c9poque o\u00f9 les espaces dialectiques se r\u00e9duisent, o\u00f9 la politique elle-m\u00eame se recroqueville et produit du Centre plus que du clivage\u2026 Mais qu\u2019on s\u2019en souvienne, la pr\u00e9dilection de l\u2019UN, de l\u2019unit\u00e9, de l\u2019unifi\u00e9\u2026 sur le rapport et la division entre l\u2019un et l\u2019autre, est toujours la voie qu\u2019emprunte l\u2019\u00c9tat totalitaire. Dans l\u2019ombre de l\u2019UN, il y a le Tout absolu et il gagne du terrain. Quelque chose qui tend \u00e0 d\u00e9truire ce qui \u00ab\u00a0reste des cultures non capitalistes\u00a0\u00bb comme l\u2019\u00e9crit le penseur des\u00a0<i>Dispositifs pulsionnels<\/i>. Et pendant que j\u2019\u00e9coute Andr\u00e9 Nerman et Emmanuelle Wion, je pense \u00e0 \u00e7a\u2026 \u00e7a qui est l\u2019histoire o\u00f9 les mots se perdent, o\u00f9 les mots moisissent, o\u00f9 les mots d\u00e9funts n\u2019en finissent pas de venir peupler le cimeti\u00e8re que devient le langage appauvri\u2026 la pens\u00e9e blette et grasse. Et je me rem\u00e9more le po\u00e8me d\u2019Heidegger,\u00a0<i>Die Sprache<\/i>\u00a0:<br \/>\n<center>Wann werden W\u00f6rter wieder Wort\u00a0? Wann weilt der Wind weisender Wende\u00a0?(Quand les mots se feront-ils de nouveau parole\u00a0?\u00a0<br class=\"autobr\" \/>Quand le vent sera-t-il lev\u00e9 d\u2019un tournant dans le signe\u00a0?)<\/center>Et aussi au discours d\u2019Arendt (celle que Laure Adler appelle \u00ab\u00a0cette t\u00eate brul\u00e9e de l\u2019amour\u00a0\u00bb, in\u00a0<i>Dans les pas de Hannah Arendt<\/i>), le 26 septembre 1969, pour le 80\u00e8me anniversaire de son vieil amant, ce \u00ab\u00a0Roi Secret\u00a0\u00bb dit-elle\u2026\u00a0:<\/p>\n<blockquote class=\"spip\"><p>\u00ab\u00a0\u00c0 toi, apr\u00e8s quarante- cinq ans comme depuis toujours [\u2026] Quant \u00e0 nous qui voulons honorer les penseurs, bien que notre s\u00e9jour soit au milieu du monde, nous ne pouvons gu\u00e8re nous emp\u00eacher de trouver frappant, et peut-\u00eatre scandaleux, que Platon comme Heidegger, alors qu\u2019ils s\u2019engageaient dans les affaires humaines, aient eu recours aux tyrans et aux dictateurs.\u00a0\u00bb<\/p><\/blockquote>\n<p><span class=\"spip_document_793 spip_documents spip_documents_center\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/insense-scenes.net\/local\/cache-vignettes\/L650xH434\/getfileattachment-2-4ad19.jpg?1532106842\" alt=\"\" width=\"650\" height=\"434\" \/><\/span><br \/>\n<strong>Sur la sc\u00e8ne\u2026 de l\u2019Histoire \u00e0 l\u2019histoire.<\/strong><br \/>\nElle a dix-huit ans, il en a le double. Elle est \u00e9tudiante et lui professeur. Elle est juive, il est catholique. Elle aime la ville, elle aime sortir, ses th\u00e9\u00e2tres, a le go\u00fbt de Brecht et d\u2019une modernit\u00e9 artistique\u00a0; il aime la terre, il est un paysan, il aime la po\u00e9sie classique, la commente, la r\u00e9\u00e9crit et les jeunes femmes, il est mari\u00e9 \u00e0 Elfriede, bourrue antis\u00e9mite.<br \/>\nEt l\u2019Allemagne, se nazifiant, perdant la parole et lui substituant l\u2019aboiement comme le commentera Kraus, va les s\u00e9parer, mais pas les \u00e9loigner.<br \/>\nElle se nomme Hannah Arendt et lui Martin Heidegger, et ils vont vivre une passion furtive, longue, cach\u00e9e, de 1925 date de leur premi\u00e8re rencontre \u00e0 Marbourg jusqu\u2019\u00e0 la mort du philosophe en 1976, \u00e0 Fribourg.<br \/>\nEt du premier jour, celle que Hans Georg Gadamer appelait \u00ab\u00a0la jeune fille toujours en robe verte qu\u2019on ne pouvait pas manquer de remarquer\u00a0\u00bb au dernier jour de celui qu\u2019elle appelle le \u00ab\u00a0magicien de Messkirch\u00a0\u00bb, une passion construite sur \u00ab\u00a0un amour qui ne rend pas aveugle\u00a0\u00bb va les unir.<br \/>\nAu plateau, l\u2019int\u00e9rieur imagin\u00e9 par la sc\u00e9nographe St\u00e9phanie Laurent, ressemblera non \u00e0 un appartement, non \u00e0 un bureau, non \u00e0 un parc, non \u00e0 un caf\u00e9, mais sera tous ces lieux \u00e0 la fois qui marquent simultan\u00e9ment le nomadisme de l\u2019amour, son \u00e9volution, ses m\u00e9tamorphoses et l\u2019Histoire qui les bouscule. Seul un tableau de Laszlo Moholy-Nagy, intemporel, \u00ab\u00a0quelque chose du Bauhaus qui probl\u00e9matise cette p\u00e9riode\u00a0\u00bb me dira St\u00e9phanie Laurent, demeurera tout au long de La Banalit\u00e9 de l\u2019amour. Un Laszlo Moholy-Nagy \u00e0 vue, en vie, o\u00f9 l\u2019\u00e9nigme des lignes et les aplats de couleurs r\u00e9fl\u00e9chissent quelque chose du secret qui unira Hannah et Martin, de 1925 \u00e0 1950. Ann\u00e9e qu\u2019a choisie Andr\u00e9 Nerman pour refermer sa cr\u00e9ation.<br \/>\nEn cinq tableaux qui se regardent comme autant d\u2019\u00e9tapes de la vie des amants, Banalit\u00e9 de l\u2019amour commence avec le moment de l\u2019aveu o\u00f9 s\u00e9duction intellectuelle et \u00e9rotisme de l\u2019esprit se croisent et se m\u00ealent. Sc\u00e8ne d\u2019embarras mutuel jou\u00e9e avec finesse o\u00f9 les traits d\u2019esprit et le dialogue philosophique entre M et H est le chemin d\u00e9tourn\u00e9 du discours amoureux. La raideur des premiers instants fera place aux r\u00e9deries et aux r\u00eaveries qui s\u2019\u00e9changent dans la cabane d\u2019Heidegger en for\u00eat. Second tableau bref, o\u00f9 aux corps, allusivement d\u00e9nud\u00e9s, sont substitu\u00e9es les pr\u00e9occupations de la pens\u00e9e qui conduit l\u2019un vers Jaspers et Heidelberg, quand l\u2019autre quitte Marburg pour Fribourg. Dehors, au-del\u00e0 du nid amoureux, le terrain est m\u00fbr pour le nid d\u2019aigle. Dans les rues nous parvient le boycott des juifs. Hannah s\u2019en rend compte, s\u2019alarme et s\u2019inqui\u00e8te. Martin n\u2019y voit qu\u2019un avatar de l\u2019histoire, une sorte de passage oblig\u00e9 n\u00e9cessaire et accessoire qui p\u00e9rira.<br \/>\n<span class=\"spip_document_795 spip_documents spip_documents_center\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/insense-scenes.net\/local\/cache-vignettes\/L650xH434\/getfileattachment-3-9eb08.jpg?1532106842\" alt=\"\" width=\"650\" height=\"434\" \/><\/span><br \/>\nAu retour de la s\u00e9paration g\u00e9ographique, c\u2019est dans un parc anonyme, sous quelques arbres immobiles que l\u2019un et l\u2019autre se retrouvent. Tableau de l\u2019exil envisag\u00e9 puisque Hannah sait que vivre en Allemagne ne sera plus possible. Martin, lui, est \u00e0 son \u0153uvre, \u00e0 pied d\u2019\u0153uvre sans autre regard pour ce qui agit l\u2019ann\u00e9e 1930 o\u00f9 les nazis se r\u00e9pandent.<br \/>\n1933, valise \u00e0 la main, dans une chambre d\u2019h\u00f4tel ou tableau 4. Le Bundestag a br\u00fbl\u00e9 et Hannah part pour la France. Heidegger, aimerait lui faire l\u2019amour\u2026 D\u00e9j\u00e0, s\u2019entend dans le dialogue la diff\u00e9rence qui les unira, elle qui se d\u00e9finira comme \u00ab\u00a0politologue\u00a0\u00bb, lui comme philosophe. Elle qui a trouv\u00e9 une s\u0153ur en Rahel Varnhagen (auteur de ce livre fabuleux qu\u2019est Vie d\u2019une juive\u2026 qui \u00e9crira \u00ab\u00a0La chose qui toute ma vie me sembla la plus grande honte, qui \u00e9tait la mis\u00e8re et l\u2019infortune de ma vie \u2013\u00eatre n\u00e9e juive-, je ne voudrais pour rien au monde l\u2019avoir manqu\u00e9e\u2026\u00a0\u00bb. Lui, qui signe d\u00e9sormais des ordonnances comme Recteur contre les juifs. Et c\u2019est en 1950, que Banalit\u00e9 de l\u2019amour se retire. \u00c0 la table d\u2019un caf\u00e9 de Fribourg, Heidegger a eu son proc\u00e8s comme celui d\u2019Eichmann qu\u2019a couvert Arendt. L\u2019un et l\u2019autre n\u2019ont jamais cess\u00e9 de s\u2019aimer, sans jamais se comprendre.<br \/>\n<span class=\"spip_document_794 spip_documents spip_documents_center\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/insense-scenes.net\/local\/cache-vignettes\/L650xH434\/getfileattachment-ae2a4.jpg?1532106842\" alt=\"\" width=\"650\" height=\"434\" \/><\/span><br \/>\nDans la proximit\u00e9 du public, le dialogue des deux acteurs tient \u00e0 leur pr\u00e9sence, \u00e0 l\u2019\u00e9l\u00e9gance de leur jeu, \u00e0 cette mani\u00e8re qu\u2019ils ont l\u2019un l\u2019autre de se d\u00e9couvrir \u00e0 chaque tableau. \u00c0 quelques m\u00e8tres du public, le temps d\u2019un peu moins d\u2019une heure trente, ils jouent 25 ans. Et si pour partie cela tient \u00e0 un dialogue d\u2019exil\u00e9s o\u00f9 le rythme de la voix, la hauteur de timbre\u2026 font entendre les nuances de deux existences, il faut souligner que l\u2019on assiste, comme hypnotis\u00e9, \u00e0 un vieillissement, \u00e0 une usure de leurs silhouettes qui n\u2019atteindra jamais leur \u00e2me commune. Ici, et devant nous, \u00e0 quelques m\u00e8tres, le jeu de l\u2019acteur est habill\u00e9 de d\u00e9tails (intelligence des costumes de Ma\u00efna Thareau) qui sont autant de touches de leurs vies. Devant nous, le brillant Heidegger du premier tableau (gilet clair, chemise blanche\u2026) se meut lentement en homme vout\u00e9, habill\u00e9 sombrement, casquette sur la t\u00eate qui dissimule peut-\u00eatre la honte qui se lirait sur son visage. Et de voir ainsi Andr\u00e9 Nerman, s\u2019assombrir et se vouter. Devenir plus lent, moins fringuant, face \u00e0 Hannah. Elle, de sa petite coiffure \u00e0 tresses, en passant par sa chevelure d\u00e9nou\u00e9e, pour finalement adopter un chignon s\u00e9rieux aura vieilli aussi au rythme de la pens\u00e9e, de l\u2019\u00e9preuve de l\u2019exil, de la conscience politique qui l\u2019a gagn\u00e9e. \u00c0 travers cette silhouette, c\u2019est le corps de la pens\u00e9e d\u2019Arendt que joue Emmanuelle Wion qui prive sa voix \u00ab\u00a0heureuse des d\u00e9buts\u00a0\u00bb pour lui donner l\u2019inflexion d\u2019un timbre d\u00e9termin\u00e9 et serein.<br \/>\nAux derniers mots, comme pes\u00e9s et r\u00e9fl\u00e9chis, c\u2019est encore cette voix aimante que l\u2019on entend alors qu\u2019elle signe une lettre \u00e0 Heidegger \u00ab\u00a0A toi pour toujours Hannah\u00a0\u00bb. Et l\u2019un et l\u2019autre sont tout simplement rares, humbles \u00e0 l\u2019extr\u00eame, accomplis dans leur art.\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par Yannick Butel. Rapport sur la banalit\u00e9 de l \u2019amour, mise en sc\u00e8ne d\u2019Andr\u00e9 Nerman, avec Emmanuelle Wion, Andr\u00e9 Nerman, Th\u00e9\u00e2tre La Luna. Avignon Off 2018 Au th\u00e9\u00e2tre La Luna, Andr\u00e9 Nerman et Emmanuelle Wion jouent\u00a0Un Rapport sur la banalit\u00e9 de l\u2019amour, dans une mise en sc\u00e8ne d\u2019Andr\u00e9 Nerman. L\u2019histoire d\u2019un amour entre Hannah Arendt et Martin Heidegger. Histoire d\u2019un titre que la mise en sc\u00e8ne probl\u00e9matise, et fait jouer. C\u2019est \u00e0 voir. \u00c7a me revient&#8230; J\u2019avais une vingtaine d\u2019ann\u00e9e,<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":1949,"menu_order":0,"template":"","categorie_article":[27],"class_list":["post-1948","article","type-article","status-publish","has-post-thumbnail","hentry","categorie_article-critique"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/article\/1948","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/article"}],"about":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/types\/article"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/media\/1949"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1948"}],"wp:term":[{"taxonomy":"categorie_article","embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/categorie_article?post=1948"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}