


{"id":2650,"date":"2018-11-10T21:52:34","date_gmt":"2018-11-10T20:52:34","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/?p=2650"},"modified":"2018-11-10T21:52:34","modified_gmt":"2018-11-10T20:52:34","slug":"la-pose-poetique-sombre-riviere-de-lazare","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/la-pose-poetique-sombre-riviere-de-lazare\/","title":{"rendered":"La pose po\u00e9tique\u00a0: Sombre Rivi\u00e8re de Lazare"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: center;\"><em>Sombre Rivi\u00e8re<\/em> de Lazare, 7-9 novembre 2018,<br \/>\nCom\u00e9die de Saint-\u00c9tienne<\/p>\n<p><em>\u2014 Par J\u00e9r\u00e9mie Majorel<\/em><br \/>\n<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-2651 aligncenter\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2018\/11\/20162017_lazare_sombreriviereg-rfernandezjeanlouis_135-600x400.jpg\" alt=\"\" width=\"600\" height=\"400\" \/><br \/>\n\u00ab\u00a0Si on se met \u00e0 couronner de leur vivant les po\u00e8tes maudits, la carri\u00e8re de po\u00e8te maudit va \u00eatre singuli\u00e8rement encombr\u00e9e. On va y jouer des coudes. Et Baudelaire va \u00eatre tout \u00e0 fait ridicule avec \u201fsa m\u00e8re \u00e9pouvant\u00e9e et pleine de blasph\u00e8mes\u201d, d\u00e8s que nous entendrons les m\u00e8res dire\u00a0: \u201fMon fils est po\u00e8te maudit de deuxi\u00e8me classe au minist\u00e8re de l\u2019\u00c9ducation.\u201d\u00a0\u00bb (Jacques Lemarchand)<br \/>\nLazare a \u00e9crit cette pi\u00e8ce peu apr\u00e8s les attentats de novembre 2015. Les com\u00e9diens de sa compagnie Vita Nova font corps avec lui et campent une distribution non uniforme qu\u2019on aimerait voir plus souvent sur les sc\u00e8nes contemporaines. Ils r\u00e9investissent avec \u00e9nergie une th\u00e9\u00e2tralit\u00e9 issue du music-hall, de la revue et du caf\u00e9-concert. Jusque dans leur ultime salut, ils tentent de communiquer leur bel enthousiasme au public.<br \/>\nMais le spectacle de Lazare d\u00e9montre surtout par la n\u00e9gative tout ce qu\u2019un po\u00e8te de la sc\u00e8ne, estampill\u00e9 comme tel en tout cas, croit devoir faire pour transmettre ses textes \u00e0 un public aujourd\u2019hui, ainsi que tout ce \u00e0 quoi de jeunes com\u00e9diens croient devoir s\u2019adonner pour exister un tant soit peu sur sc\u00e8ne actuellement : filmer une vid\u00e9o en direct, jouer de la musique live, d\u00e9placer des praticables, se mettre seins nus ou se d\u00e9guiser en ours polaire, chanter, danser, dessiner, ma\u00eetriser les ficelles du seul-en-sc\u00e8ne, faire chorus, prof\u00e9rer quelques r\u00e9pliques dans une langue \u00e9trang\u00e8re, gesticuler, vocif\u00e9rer, imiter des accents, grimacer, s\u2019agiter, suer, postillonner, cabotiner, etc. Les acteurs, le spectacle sont sans cesse en surr\u00e9gime, comme aimant\u00e9s par une \u00e9vidente peur du vide, \u00e0 la recherche d\u2019une intensit\u00e9 de chaque instant, dans la d\u00e9monstration de force, le volontarisme vain, la d\u00e9bauche de moyens, o\u00f9 se diluent finalement propos et \u00e9motions.<br \/>\nLe texte ne nous parvient plus que dans une logorrh\u00e9e, encha\u00eene platitudes et coq-\u00e0-l\u2019\u00e2ne : po\u00e9sie de pacotille \u00e0 force de vouloir faire po\u00e9sie. Rechercher \u00e0 tout prix une adresse directe et frontale avec le public est le meilleur moyen d\u2019aboutir au r\u00e9sultat contraire. Malgr\u00e9 tous ses efforts, Lazare n\u2019atteint pas une once de la puissance chaotique qu\u2019un Vincent Macaigne, un Rodrigo Garcia ou une Angelica Liddell instaurent parfois sur sc\u00e8ne et jusque dans la salle.<br \/>\nOn chercherait vainement quelles r\u00e9flexions sur les attentats de novembre 2015 ni quelles r\u00e9sonances sensibles innervent ce spectacle, par-del\u00e0 ce qu\u2019on a d\u00e9j\u00e0 entendu, vu, pens\u00e9, \u00e9prouv\u00e9 sur le sujet depuis lors. Ce qui perce tr\u00e8s nettement en revanche, c\u2019est un petit ego surdimensionn\u00e9 qui accouche d\u2019une souris. Qui peut encore se laisser prendre \u00e0 la pose du po\u00e8te maudit dans laquelle semble se complaire Lazare\u00a0? Celui-ci est \u00e0 la fois partout et nulle part. Absent de la sc\u00e8ne, il est incarn\u00e9 par trois acteurs et appara\u00eet dans deux vid\u00e9os, dont celle qui cl\u00f4t le spectacle. Il se plaint d\u2019\u00eatre censur\u00e9, de ne pas avoir de soutiens, d\u2019\u00eatre retard\u00e9 dans ses cr\u00e9ations par la recherche de financements, de devoir recycler les costumes, etc. alors que tout son spectacle d\u00e9montre le contraire\u00a0: libre parole, moyens cons\u00e9quents, neuf acteurs dans la grande salle de cet \u00e9crin rouge qu\u2019est la Com\u00e9die de Saint-\u00c9tienne. Le spectacle a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 au TNS en mars 2017, repr\u00e9sent\u00e9 \u00e0 la MC93, \u00e0 la Sc\u00e8ne nationale de Toulon, tournera \u00e0 la MC2 Grenoble, au Rond-Point (ah le fameux \u00ab\u00a0rire de r\u00e9sistance\u00a0\u00bb cher \u00e0 l\u2019insubmersible Jean-Michel Ribes\u00a0!). Il est largement couvert par la presse, suscite maints \u00e9chos favorables (voir par exemple les douze critiques du spectacle rassembl\u00e9es sur le site theatre-contemporain.net). Les textes de Lazare sont publi\u00e9s dans les prestigieuses \u00e9ditions Les Solitaires Intempestifs. Il jouit de la reconnaissance de \u00ab\u00a0Claude\u00a0\u00bb (R\u00e9gy), de Fran\u00e7ois Tanguy, de Stanislas Nordey, est soutenu, ou l\u2019a \u00e9t\u00e9, par La Fonderie au Mans, le Studio-Th\u00e9\u00e2tre de Vitry-sur-Seine, l\u2019\u00c9changeur \u00e0 Bagnolet, le TNS, le T2G, etc.<br \/>\nCette pose de po\u00e8te maudit, ces plaintes prof\u00e9r\u00e9es \u00e0 plusieurs reprises sur sc\u00e8ne, sont une insulte aux compagnies, aux dramaturges, aux metteurs en sc\u00e8ne qui gal\u00e8rent v\u00e9ritablement. Sous le po\u00e8te maudit, se trouve un communiquant qui finit par croire \u00e0 son propre masque. Le programme de salle est une perle en la mati\u00e8re\u00a0: outre bien s\u00fbr le g\u00e9n\u00e9rique du spectacle, on peut lire deux pages consacr\u00e9es \u00e0 Lazare, un pan\u00e9gyrique de saint Lazare com\u00e9dien et martyr, et un d\u00e9veloppement aussi minuscule que vague en guise de note d\u2019intention\u00a0: \u00ab\u00a0Dans <em>Sombre Rivi\u00e8re<\/em>, c\u2019est dans la musique et le chant que nous vous entra\u00eenerons. \u00c0 partir de conversations t\u00e9l\u00e9phoniques apr\u00e8s les attentats de novembre 2015, l\u2019une avec ma m\u00e8re, l\u2019autre avec un ami dramaturge, j\u2019ai \u00e9crit <em>Sombre Rivi\u00e8re<\/em> pour dire tout \u00e0 la fois, la violence trop actuelle du monde et la force des songes.\u00a0\u00bb On peut ne pas adh\u00e9rer, voire \u00eatre franchement irrit\u00e9, par cette po\u00e9sie du consensus, cette po\u00e9sie-refuge-hors-du-r\u00e9el, qui tente de gagner sur tous les tableaux, la subversion et la s\u00e9duction.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Sombre Rivi\u00e8re de Lazare, 7-9 novembre 2018, Com\u00e9die de Saint-\u00c9tienne \u2014 Par J\u00e9r\u00e9mie Majorel \u00ab\u00a0Si on se met \u00e0 couronner de leur vivant les po\u00e8tes maudits, la carri\u00e8re de po\u00e8te maudit va \u00eatre singuli\u00e8rement encombr\u00e9e. On va y jouer des coudes. Et Baudelaire va \u00eatre tout \u00e0 fait ridicule avec \u201fsa m\u00e8re \u00e9pouvant\u00e9e et pleine de blasph\u00e8mes\u201d, d\u00e8s que nous entendrons les m\u00e8res dire\u00a0: \u201fMon fils est po\u00e8te maudit de deuxi\u00e8me classe au minist\u00e8re de l\u2019\u00c9ducation.\u201d\u00a0\u00bb (Jacques Lemarchand) Lazare a<\/p>\n","protected":false},"author":35,"featured_media":2651,"menu_order":0,"template":"","categorie_article":[27],"class_list":["post-2650","article","type-article","status-publish","has-post-thumbnail","hentry","categorie_article-critique"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/article\/2650","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/article"}],"about":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/types\/article"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/users\/35"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/media\/2651"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2650"}],"wp:term":[{"taxonomy":"categorie_article","embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/categorie_article?post=2650"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}