


{"id":2849,"date":"2019-05-17T22:24:24","date_gmt":"2019-05-17T20:24:24","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/?p=2849"},"modified":"2019-05-17T22:24:24","modified_gmt":"2019-05-17T20:24:24","slug":"le-coup-fantome-1948-1989-2018","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/le-coup-fantome-1948-1989-2018\/","title":{"rendered":"Le Coup Fant\u00f4me, 1948-1989-2018\u2026"},"content":{"rendered":"<p><em><strong>Au fin fond de la friche La Belle de mai, dans le hangar qu\u2019est la salle Seita, comme au plus loin d\u2019un quai \u00e0 l\u2019ouest de New York, le metteur en sc\u00e8ne Franck Dimech et le dramaturge Arnaud Maisetti proposaient, quatre jours durant, Le Coup Fant\u00f4me d\u2019apr\u00e8s Bernard-Marie Kolt\u00e8s. Dans cette aventure, \u00e0 eux deux ils entra\u00eenent les \u00e9tudiants de la section d\u2019\u00e9tudes th\u00e9\u00e2trales de l\u2019universit\u00e9 d\u2019Aix-Marseille\u00a0; de jeunes com\u00e9diens et com\u00e9diennes, techniciens, r\u00e9gisseurs, sc\u00e9nographes, etc. habit\u00e9s par le d\u00e9sir du plateau, cet ailleurs o\u00f9 est la vraie vie \u00e9crirait Rimbaud.<\/strong><\/em><br \/>\n<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-2861 aligncenter\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2019\/05\/affiche-424x600.png\" alt=\"\" width=\"424\" height=\"600\" \/><br \/>\nAccumuler des fragments sans se soucier de l\u2019intrigue\u00a0; oublier l\u2019intrigue et privil\u00e9gier des points d\u2019intensit\u00e9. Faire de chaque instant une situation, et \u00e9chapper ainsi \u00e0 toute id\u00e9e de commencement. Pr\u00e9f\u00e9rer un jeu o\u00f9 l\u2019acteur serait dans un espace interm\u00e9diaire\u00a0; pr\u00e9f\u00e9rer les lignes de fuites, les \u00e9tats al\u00e9atoires et inaccomplis. Faire en sorte que l\u2019espace soit une couleur \u00e9cartel\u00e9e entre un noir r\u00e9current et une clart\u00e9 incandescente. Jouer des t\u00e9n\u00e8bres et de la surexposition. Faire miroiter des sons, des musiques, plut\u00f4t des fragments qui inscrivent l\u2019oreille et le regard dans le souvenir. Ne pas avoir oubli\u00e9 l\u2019\u00e9criture en projetant sur un pan lat\u00e9ral des signifiants arbitraires, sortes d\u2019esquisses po\u00e9tiques promis \u00e0 la r\u00e9volte\u2026 S\u2019approcher du d\u00e9nuement en s\u2019habillant de la nudit\u00e9\u2026<br \/>\nFaire r\u00e9sonner la voix de Kolt\u00e8s dans un entretien o\u00f9 il dit sa haine de \u00ab\u00a0l\u2019europ\u00e9en, du fran\u00e7ais\u00a0\u00bb. Faire entendre la correspondance de celui qui observera l\u2019exil et la croiser avec d\u2019autres textes, y compris ceux \u00e9crits par les jeunes interpr\u00e8tes inquiets de l\u2019actualit\u00e9. Consid\u00e9rer l\u2019\u0153uvre de Kolt\u00e8s au regard de sa vie, v\u00e9cue et r\u00eav\u00e9e. Alors revenir dans les traces plus que dans les preuves et \u00e9viter de jouer Kolt\u00e8s afin, peut-\u00eatre, d\u2019arriver \u00e0 l\u2019endroit de la naissance d\u2019une \u0153uvre qui se donne d\u2019abord sous la forme d\u2019une \u00e9nergie\u00a0: un d\u00e9sir affol\u00e9. Conduire les interpr\u00e8tes de ce Coup Fant\u00f4me \u00e0 l\u2019endroit du pacte que Kolt\u00e8s a pass\u00e9 avec lui-m\u00eame. \u00ab\u00a0\u00catre soi-m\u00eame l\u2019auteur de sa vie [\u2026] n\u2019avoir qu\u2019une morale\u00a0: celle de la beaut\u00e9. Et qu\u2019une loi\u00a0: le d\u00e9sir\u00a0\u00bb comme le souligne la quatri\u00e8me de couverture de <em>Bernard-Marie Kolt\u00e8s<\/em> d\u2019Arnaud Maisetti ((\u00c0 lire, l&rsquo;essai d&rsquo;Arnaud Maisetti, <em>Bernard-Marie Kolt\u00e8s<\/em>, Paris, \u00e9d. Minuit, 2018.))<br \/>\nBeaut\u00e9 des images d\u00e8s lors o\u00f9 derri\u00e8re un tulle, une gymnaste en \u00e9quilibre sur une poutre d\u00e9veloppe et augmente pendant un long temps un mouvement. On la regardera comme la funambule de Genet. Plus loin, un homme d\u2019apparence inqui\u00e8te tiendra un verre en \u00e9quilibre sur son cr\u00e2ne tel un Malcolm Lowry. Une jeune femme, en front de sc\u00e8ne, les mains sur la t\u00eate, restera immobile jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019imit\u00e9e par tous et toutes, ils et elles figurent des prisonniers qui n\u2019en auraient pas l\u2019\u00e2ge comme les lyc\u00e9ens de Mantes-la-Jolie. Un guitariste qui entonne Gainsbourg se voit pisser dessus\u2026 Suivre le pisseur qui se r\u00e9pand ou marque un territoire diurne. Regarder une meute fascisante \u00e0 moustache, une meute de colons de la deuxi\u00e8me g\u00e9n\u00e9ration, petits capitalistes convaincus de leur sup\u00e9riorit\u00e9 qui \u00e9coutent du Lepen (P\u00e8re) qui a engendr\u00e9 une fille brune d\u00e9guis\u00e9e en fausse blonde. Regarder une violoniste prendre des claques dans la gueule. Etc. Etc. Etc. jusqu\u2019au terme de l\u2019heure vingt o\u00f9, assembl\u00e9e autour du cadavre d\u2019une morte que tous et toutes vont honorer d\u2019un rituel intime, la meute redevienne forme chorale et, dans une nudit\u00e9 partielle, vienne s\u2019accoupler au cadavre pour former un charnier. Et tout ce temps, en fond de sc\u00e8ne, une armoire \u00e9lectrique \u00e9clair\u00e9e s\u2019apparentera \u00e0 un autel scintillant ou un cierge technologique allum\u00e9 sur les deuils que l\u2019on fait, et qui se sont \u00e9crits au plateau.<br \/>\nEt alors saisir \u00e0 travers cette construction archip\u00e9lique que chacun des \u00ab\u00a0\u00e9pisodes\u00a0\u00bb (aurait dit Didier-Georges Gabily), mettait en jeu autant qu\u2019en sc\u00e8ne un rapport \u00e0 la fronti\u00e8re et \u00e0 la limite\u00a0; l\u00e0 o\u00f9 l\u2019acteur se tient en \u00e9quilibre, pris en otage, justement, par les limites et les fronti\u00e8res. \u00c9pisodes, donc, qui se regardaient encore comme des moments de \u00ab\u00a0dos au mur\u00a0\u00bb o\u00f9 il n\u2019est possible qu\u2019une fuite en avant laquelle rapproche toujours de la mort que figurait le dernier tableau.<br \/>\nLi\u00e9e \u00e0 un geste plastique qui n\u2019est pas \u00e9tranger au montage godardien, dans le voisinage aussi du regard de Pasolini sur les d\u00e9rives humaines et les lucioles disparaissantes, la mise en sc\u00e8ne de Franck Dimech se regarde comme un espace travers\u00e9. Une succession d\u2019arr\u00eats sur image, de sensations furtives o\u00f9 Mara, Marine, Augusto, Laura, Claire, David, Aude, Edel, Manon, Louise, Fanette, Catherine, Jade, Antoine, Romain, Joia, Elisa, Ma\u00eblle, Cl\u00e9mentine, Alice, Laureen, Hamoun, Irian, Siwei, Fleurines\u2026 forment le ch\u0153ur qui portait en lui une voix, celle de Kolt\u00e8s et de ses questionnements \u00ab\u00a0In God We trust, DO WE\u00a0?\u00a0\u00bb. Derni\u00e8re question de Kolt\u00e8s adress\u00e9e \u00e0 son fr\u00e8re Fran\u00e7ois (quelques jours avant de mourir), lisible et visible sur le mur, d\u00e8s qu&rsquo;\u00e9taient franchies les portes du hangar Seita.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Au fin fond de la friche La Belle de mai, dans le hangar qu\u2019est la salle Seita, comme au plus loin d\u2019un quai \u00e0 l\u2019ouest de New York, le metteur en sc\u00e8ne Franck Dimech et le dramaturge Arnaud Maisetti proposaient, quatre jours durant, Le Coup Fant\u00f4me d\u2019apr\u00e8s Bernard-Marie Kolt\u00e8s. Dans cette aventure, \u00e0 eux deux ils entra\u00eenent les \u00e9tudiants de la section d\u2019\u00e9tudes th\u00e9\u00e2trales de l\u2019universit\u00e9 d\u2019Aix-Marseille\u00a0; de jeunes com\u00e9diens et com\u00e9diennes, techniciens, r\u00e9gisseurs, sc\u00e9nographes, etc. habit\u00e9s par le d\u00e9sir<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":2851,"menu_order":0,"template":"","categorie_article":[27],"class_list":["post-2849","article","type-article","status-publish","has-post-thumbnail","hentry","categorie_article-critique"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/article\/2849","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/article"}],"about":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/types\/article"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/media\/2851"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2849"}],"wp:term":[{"taxonomy":"categorie_article","embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/categorie_article?post=2849"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}