


{"id":2928,"date":"2019-07-05T22:54:01","date_gmt":"2019-07-05T20:54:01","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/?p=2928"},"modified":"2019-07-05T22:54:01","modified_gmt":"2019-07-05T20:54:01","slug":"servitude-volontaire-meditations-dun-acteur","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/servitude-volontaire-meditations-dun-acteur\/","title":{"rendered":"Servitude volontaire, M\u00e9ditations d&rsquo;un acteur"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: center;\"><em>Discours sur la servitude volontaire<\/em>, mise en sc\u00e8ne St\u00e9phane Verrue,<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">au Th\u00e9\u00e2tre de la Bourse du Travail\/CGT.<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-2931 aligncenter\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2019\/07\/P1030960-600x400.jpg\" alt=\"\" width=\"413\" height=\"275\" \/><\/p>\n<p>Pr\u00e9sent\u00e9 au Th\u00e9\u00e2tre de la Bourse du Travail\/CGT, jusqu\u2019au 26 juillet, <em>Le Discours de la servitude volontaire<\/em> d\u2019\u00c9tienne de La Bo\u00ebtie, mis en sc\u00e8ne par St\u00e9phane Verrue et interpr\u00e9t\u00e9 par Fran\u00e7ois Clavier, prendra un peu plus d\u2019une petite heure \u00e0 ceux qui fr\u00e9quentent le Off d\u2019Avignon. Un solo, donn\u00e9 dans un espace noir, dit humblement par un com\u00e9dien soucieux de faire entendre et r\u00e9sonner un texte lointain (XVIe si\u00e8cle), que Montaigne d\u00e9fendra, et qui, par la nature de son questionnement, met la puce \u00e0 l\u2019oreille sur les formes de l\u2019actualit\u00e9 politique, et plus g\u00e9n\u00e9ralement les comportements entre \u00ab\u00a0nous\u00a0\u00bb.<br \/>\nComme le rappelle St\u00e9phane Verrue, quand en 2010 ce texte lui \u00ab\u00a0sauta \u00e0 la figure\u00a0\u00bb et qu\u2019un an plus tard, en 2011, Alain Timar le programmait au TdH, il \u00e9tait loin de se douter que 8 ans apr\u00e8s, le travail qu\u2019il m\u00e8ne avec Fran\u00e7ois Clavier, aurait \u00e9t\u00e9 jou\u00e9 plus de 130 fois, aurait rencontr\u00e9 15000 spectateurs, \u00e0 travers une quarantaine de ville. Soit, en terme comptable, \u00e0 l\u2019\u00e9vidence, un succ\u00e8s.<br \/>\nMais, ce n\u2019est vraisemblablement pas ces chiffres (qui font le ravissement des d\u00e9cideurs de l\u2019institution) qui sont la preuve et l\u2019origine du succ\u00e8s. Peut-\u00eatre alors faut-il chercher ailleurs, notamment dans le plaisir qu\u2019il peut y avoir \u00e0 penser quand une proposition th\u00e9\u00e2trale y invite. Or c\u2019est le propre du <em>Discours de la servitude volontaire<\/em> que de solliciter cette facult\u00e9. Car s\u2019inqui\u00e9tant du rapport que le peuple entretient aux Ma\u00eetres, La Bo\u00ebtie ne fait pas autre chose que de proposer un texte philosophico-litt\u00e9raire qui s\u2019entend comme une m\u00e9ditation. C\u2019est-\u00e0-dire \u2013 et rappelons que son ain\u00e9 Descartes le pr\u00e9c\u00e8de en la mati\u00e8re \u2013 de mettre la logique, l\u2019entendement, la rh\u00e9torique, la dialectique\u2026 \u00e0 l\u2019\u00e9preuve de trouver un fondement \u00e0 quelque chose qui \u00e9chappe \u00e0 la \u00ab\u00a0raison\u00a0\u00bb. Car enfin, et \u00e7a serait la question, \u00ab\u00a0qu\u2019est-ce qui conduit le sujet \u00e0 d\u00e9l\u00e9guer \u00e0 un tiers (politique, mari, amant, etc.) une autorit\u00e9 sur sa vie, sa conduite et ainsi abandonner sa libert\u00e9 au risque de se trouver ali\u00e9n\u00e9, domestiqu\u00e9, vassalis\u00e9, asservi, etc.\u00a0?\u00a0\u00bb<br \/>\nDe fait, la question est d\u2019importance. Ranci\u00e8re s\u2019en emparera \u00e0 sa mani\u00e8re en posant la question de la repr\u00e9sentativit\u00e9 du pouvoir en d\u00e9mocratie\u00a0; avant lui Michel Foucault, lui, s\u2019inqui\u00e9tait de l\u2019assujettissement, et proposait dans ce magnifique essai qu\u2019est <em>Qu\u2019est-ce que la critique<\/em> de penser le \u00ab\u00a0gouvernement de soi\u00a0\u00bb. Miguel Abensour (relire <em>l&rsquo;Homme est un animal utopique<\/em> publi\u00e9 chez Sens&amp;Tonka) l\u2019aura lui trait\u00e9 \u00e0 sa mani\u00e8re \u00e0 travers une \u0153uvre fondamentale qui r\u00e9habilite et r\u00e9actualise sans cesse le d\u00e9sir d\u2019\u00e9mancipation du sujet. Etc.<br \/>\n<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-2935 aligncenter\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2019\/07\/1A-400x600.jpg\" alt=\"\" width=\"315\" height=\"473\" \/><br \/>\nAu plateau, Fran\u00e7ois Clavier, assis parmi des livres qui sont consult\u00e9s, debout \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019un Faust qui tourne les pages des ouvrages pour y trouver une v\u00e9rit\u00e9, ressemble \u00e0 un enqu\u00eateur pos\u00e9. S\u2019interrogeant, faisant le \u00ab\u00a0tour des questions\u00a0\u00bb qui impriment \u00e0 la sc\u00e8ne son seul mouvement, il livre ses p\u00e9r\u00e9grinations pour lui-m\u00eame. En jeu, sans doute et simplement, \u00ab\u00a0avancer\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0avancer une r\u00e9ponse\u00a0\u00bb qui permettrait d\u2019avoir un fondement solide afin que s\u2019exercent le droit, la justice, etc. La sc\u00e8ne est simple, au mieux de temps en temps, un \u00e9cart vers le public, quand il aborde l\u2019actualit\u00e9 (rarement), fait de <em>Discours de la servitude volontaire<\/em> un texte adress\u00e9. Mais, et c\u2019est le principe sc\u00e9nographique et dramaturgique, la plupart du temps, l\u2019acteur se donne juste \u00e0 voir et \u00e0 entendre dans les m\u00e9andres de la complexit\u00e9 de penser que l\u2019on puisse brader l\u2019un des biens les plus chers qui soit\u00a0: la libert\u00e9. Sans doute y a-t-il \u00e0 cet endroit ce qui est le plus audible et le plus visible pour les spectateurs qui ont pris place.<br \/>\nPourtant, c\u2019est autre chose qui, nous semble-t-il, est sous-jacent \u00e0 la mise en sc\u00e8ne de St\u00e9phane Verrue. Quelque chose que le d\u00e9cor humble des livres fait miroiter et qui s\u2019entend au d\u00e9tour de l\u2019un des \u00e9nonc\u00e9s qu\u2019il a pris au texte de La Bo\u00ebtie\u00a0: \u00ab\u00a0les livres et la pense\u0301e donnent plus que toute autre chose aux hommes le sentiment de leur dignite\u0301 et la haine de la tyrannie\u00a0\u00bb.<br \/>\nSoudainement, alors, dans ce monologue qui traite essentiellement et <em>a priori <\/em>d\u2019un rapport au politique\u00a0; une id\u00e9e fait son chemin qui nous met \u00e0 l\u2019endroit de La Bo\u00ebtie\u00a0: lecteur intransigeant des humanit\u00e9s qui innerve <em>Discours sur la servitude volontaire<\/em>. C\u2019est bien du livre, lieu de la pens\u00e9e qui s\u2019\u00e9mancipe et des tentatives de donner au possible une chance de devenir qui est au c\u0153ur de ce texte\u2026 Ces livres qui, sur le plateau, se regardent comme les t\u00e9moignages, les exercices de r\u00e9flexion, les savoirs qui ont \u00e9t\u00e9 cumul\u00e9s sur la nature humaine. Livre et lecture de ces livres qui rappellent que les soci\u00e9t\u00e9s disciplinaires, de contr\u00f4le, de capture, tyranniques et fascistes s\u2019en prennent toujours au Livre. Et de regarder ces livres ouverts, sur la tranche, corn\u00e9s, comme les spectres qui abritent les penseurs de notre libert\u00e9.<br \/>\n<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-2934 aligncenter\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2019\/07\/2A-400x600.jpg\" alt=\"\" width=\"225\" height=\"338\" \/><br \/>\nDe cela, de ce geste du metteur en sc\u00e8ne de donner une mat\u00e9rialit\u00e9 \u00e0 ce qui n\u2019est que mots dans le texte de La Bo\u00ebtie, on doit remercier St\u00e9phane Verrue qui rappelle que la vie des \u00eatres qui s\u2019accomplissent passe vraisemblablement par le livre. Et soudain comprendre, peut-\u00eatre, que l\u2019actualit\u00e9 de La Bo\u00ebtie se mesure aux t\u00eates de gondoles st\u00e9riles chez les libraires dont on peut dire qu\u2019ils ont oubli\u00e9 ce qu\u2019est le livre pour lui substituer des produits de communication. Produits frelat\u00e9s que ces livres \u00e9crits en six mois par des politiques en mal de m\u00e9diatisation. Bien loin des M\u00e9ditations de La Bo\u00ebtie.<br \/>\nAu final, Fran\u00e7ois Clavier, ayant fait son \u00ab\u00a0ouvrage\u00a0\u00bb, remettra ses livres dans sa besace. Et comme un colporteur ira sans doute dans une autre salle raconter l\u2019histoire que racontent les livres. Ces lieux de la pens\u00e9e en construction\u2026 Au fait, \u00ab\u00a0qu\u2019avez-vous lu derni\u00e8rement\u00a0?\u00a0\u00bb s&rsquo;inqui\u00e9terait La Bo\u00ebtie.<br \/>\nPrimo Moroni et Nanni Balestrini, <em>La horde d\u2019or<\/em>, aux \u00e9ditions de l\u2019\u00c9clat ? <em>Figures de la r\u00e9volution africaine<\/em> de Sa\u00efd Bouamama, aux \u00e9ditions Zones ? <em>Les miroirs vagabonds ou la d\u00e9colonisation des savoirs<\/em> de Seloua Luste Boulbina aux \u00e9ditions Les presses du r\u00e9el ? <em>Votre paix sera la mort de ma nation<\/em>, lettres d\u2019Hendrik Witbooi, aux \u00e9ditions Le passager clandestin ?<br \/>\nIl en va des \u00e9diteurs m\u00e9diatiques comme des livres bacl\u00e9s et inutiles des politiques. Et des \u00e9diteurs, Ivernel dirait \u00ab\u00a0clandestins et fragiles\u00a0\u00bb, comme des livres de m\u00e9ditations rares qui nous accueillent et nous accompagnent dans le monde. <em>Discours de la servitude volontaire<\/em> participe des seconds.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Discours sur la servitude volontaire, mise en sc\u00e8ne St\u00e9phane Verrue, au Th\u00e9\u00e2tre de la Bourse du Travail\/CGT. Pr\u00e9sent\u00e9 au Th\u00e9\u00e2tre de la Bourse du Travail\/CGT, jusqu\u2019au 26 juillet, Le Discours de la servitude volontaire d\u2019\u00c9tienne de La Bo\u00ebtie, mis en sc\u00e8ne par St\u00e9phane Verrue et interpr\u00e9t\u00e9 par Fran\u00e7ois Clavier, prendra un peu plus d\u2019une petite heure \u00e0 ceux qui fr\u00e9quentent le Off d\u2019Avignon. 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