


{"id":2965,"date":"2019-07-07T18:16:26","date_gmt":"2019-07-07T16:16:26","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/?p=2965"},"modified":"2019-07-07T18:16:26","modified_gmt":"2019-07-07T16:16:26","slug":"desobeir-titre-pretentieux","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/desobeir-titre-pretentieux\/","title":{"rendered":"D\u00e9sob\u00e9ir&#8230; titre pr\u00e9tentieux"},"content":{"rendered":"<p style=\"margin: 0cm; margin-bottom: .0001pt; text-align: justify;\">Julie Ber\u00e8s, qui dirige la compagnie Les Cambrioleurs, propose <i>D\u00e9sob\u00e9ir<\/i>. Spectacle programm\u00e9 par la Manufacture. Si la presse est unanime sur le sujet abord\u00e9 (famille, religion, l\u2019avenir) parce qu\u2019au plateau quatre jeunes femmes issues de l\u2019immigration font le spectacle\u00a0; on peut douter que cette forme, qui ravit les spectateurs, soit en d\u00e9finitive au bon endroit. Peut-\u00eatre parce que cette Pi\u00e8ce d\u2019actualit\u00e9 n\u00b09, produite dans le cadre du cycle de th\u00e9\u00e2tre militant de La Commune d\u2019Aubervilliers, trouve difficilement sa place dans un festival estival (o\u00f9 les touristes viennent se divertir) et que les enjeux tant politiques que sociaux et esth\u00e9tiques se trouvent d\u00e9natur\u00e9s par le lieu o\u00f9 elle se manifeste pour n\u2019\u00eatre plus qu\u2019exotiques.<\/p>\n<p style=\"margin: 0cm; margin-bottom: .0001pt; text-align: justify;\">Comprenons bien ce qui s\u2019\u00e9crira bient\u00f4t. Nul doute que les 4 interpr\u00e8tes au plateau font montre d\u2019une belle \u00e9nergie et qu\u2019il n\u2019est pas question ici de remettre en cause leur travail de com\u00e9dienne. M\u00eame si on peut toujours s\u2019interroger sur le jeu, quand on joue ce que l\u2019on est. Ce ne sont pas davantage les th\u00e8mes qui seront abord\u00e9s qui auront \u00e9t\u00e9 embarrassants. Apr\u00e8s tout, on peut discuter de tout avec l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 au plateau\u00a0: du foulard, du racisme des blancs, de la conversion, de l\u2019islam comme ferment de la communion, du regard des hommes sur les femmes, de cul et de sexe pour peu que dans la chaleur moite on ait encore le souvenir de la bite qui enfle et de la chatte qui mouille (j\u2019\u00e9cris aussi proche que possible de ce que j\u2019ai entendu). On peut, de la m\u00eame mani\u00e8re, se satisfaire de s\u00e9quences dans\u00e9es sur le rythme de musiques que l\u2019on capte de loin en passant aux abords des \u00ab\u00a0quartiers\u00a0\u00bb. On peut se dire que la vulgarit\u00e9 est une option esth\u00e9tique qui vient contrefaire la \u00ab\u00a0beaut\u00e9\u00a0\u00bb qui semble r\u00e9currente aux recherches th\u00e9\u00e2trales. Et ainsi se payer une tranche de \u00ab\u00a0spectateur bourgeois\u00a0\u00bb ou consid\u00e9r\u00e9 comme tel.<\/p>\n<p style=\"margin: 0cm; margin-bottom: .0001pt; text-align: justify;\">On peut tout faire, en d\u00e9finitive, y compris actualiser une sc\u00e9nette de Moli\u00e8re entre Arnolphe et Agn\u00e8s. On peut encore, \u00e0 certains endroits, verser dans le path\u00e9tique, histoire de rendre sensible la condition de ces filles d\u2019ailleurs que d\u2019aucuns d\u00e9couvriraient pour la premi\u00e8re fois au th\u00e9\u00e2tre.<\/p>\n<p style=\"margin: 0cm; margin-bottom: .0001pt; text-align: justify;\">On peut aussi d\u00e9sesp\u00e9rer que ce path\u00e9tique vienne suppl\u00e9er le manque de rigueur de Julie Ber\u00e8s dont le spectacle se regarde comme \u00ab\u00a0un th\u00e9\u00e2tre food\u00a0\u00bb aussi fast qu\u2019indigeste, puisqu\u2019il ne prend le temps de rien. Rien d\u00e9velopper, rien aboutir, rien dire d\u2019un peu soutenu et pertinent. Ainsi, par exemple, s\u2019inqui\u00e9ter du regard des hommes sur les femmes et justifier le port du foulard comme une protection contre ce priapisme r\u00e9tinien aurait m\u00e9rit\u00e9 une r\u00e9flexion un peu plus profonde. Et pourquoi pas une pi\u00e8ce enti\u00e8re.<\/p>\n<p style=\"margin: 0cm; margin-bottom: .0001pt; text-align: justify;\">Mais Ber\u00e8s est press\u00e9e. Alors elle bacle, et elle boucle en une heure ce qui, aujourd\u2019hui, est au c\u0153ur de nombreux questionnements qui suscitent la division, voire aussi et surtout, la renaissance de fascisme europ\u00e9ens. Et tout cela pour le plus grand plaisir de nombre de spectateurs qui auront vu, finalement, ce qu\u2019ils croisent dans les magazines chez le dentiste. Faut tout de m\u00eame effrayer le vacancier avec un effort de pens\u00e9e\u2026<\/p>\n<p style=\"margin: 0cm; margin-bottom: .0001pt; text-align: justify;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-2967 aligncenter\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2019\/07\/degueuli_monster_by_pocom_d90h8uv-pre-600x486.jpg\" alt=\"\" width=\"328\" height=\"266\" \/><\/p>\n<p style=\"margin: 0cm; margin-bottom: .0001pt; text-align: justify;\">On ne peut donc pas souscrire \u00e0 cette mise en spectacle qui aurait sans doute conduit Guy Debord \u00e0 fulminer. D\u00e9sob\u00e9ir rel\u00e8ve exclusivement de la soci\u00e9t\u00e9 du spectacle dans ce qu\u2019elle a de caricatural et de vulgaire, de d\u00e9ficit d\u2019exigences et de souci du lieu qu\u2019on occupe. Et bien entendu de la responsabilit\u00e9 de l\u2019artiste dans le champ social. D\u00e9sob\u00e9ir, c\u2019est juste un faux titre pour un faux spectacle. Il n\u2019y a que \u00e7a de juste, au vrai, mais il faut malheureusement en faire l\u2019\u00e9preuve pour le v\u00e9rifier. Et malheureusement donc, \u00e7a fait le tour des cantines culturelles qui ne manquent jamais une occasion de s&rsquo;\u00e9gosiller sur un engagement, un spectacle politique, etc. Comme disait L\u00e9o \u00ab\u00a0de quoi d\u00e9gueuler, vraiment\u00a0\u00bb.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Julie Ber\u00e8s, qui dirige la compagnie Les Cambrioleurs, propose D\u00e9sob\u00e9ir. Spectacle programm\u00e9 par la Manufacture. Si la presse est unanime sur le sujet abord\u00e9 (famille, religion, l\u2019avenir) parce qu\u2019au plateau quatre jeunes femmes issues de l\u2019immigration font le spectacle\u00a0; on peut douter que cette forme, qui ravit les spectateurs, soit en d\u00e9finitive au bon endroit. 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