


{"id":3002,"date":"2019-07-10T10:07:30","date_gmt":"2019-07-10T08:07:30","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/?p=3002"},"modified":"2019-07-10T10:07:30","modified_gmt":"2019-07-10T08:07:30","slug":"mawlana-mon-frere-de-liberte","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/mawlana-mon-frere-de-liberte\/","title":{"rendered":"Mawlana\u2026 Mon fr\u00e8re de libert\u00e9."},"content":{"rendered":"<p style=\"margin: 0cm 0cm 0.0001pt; text-align: center;\"><em><strong>Mawlana<\/strong><\/em>, <strong>mise en sc\u00e8ne et jeu Nawar Bulbul<\/strong><\/p>\n<p style=\"margin: 0cm 0cm 0.0001pt; text-align: center;\"><strong>Th\u00e9\u00e2tre de la Bourse du travail CGT.<\/strong><\/p>\n<p style=\"margin: 0cm; margin-bottom: .0001pt; text-align: justify;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-3008 aligncenter\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2019\/07\/Z-450x600.jpg\" alt=\"\" width=\"385\" height=\"514\" \/><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"margin: 0cm; margin-bottom: .0001pt; text-align: justify;\">Dans la tradition du th\u00e9\u00e2tre Hakawati, l\u2019acteur et metteur en sc\u00e8ne syrien Nawar Bulbul joue <i>Mawlana<\/i> de Fares al-Dhahabi, traduit par Vanessa Gueno. <i>Mawlana<\/i>, (\u00ab\u00a0notre ma\u00eetre\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0notre guide\u00a0\u00bb en arabe, au sens de celui qui sait). Un solo o\u00f9 le com\u00e9dien finit par faire oublier le sur-titrage, puisque son jeu, son r\u00e9cit, son mime\u2026 l\u2019inscrivent dans la grande tradition des \u00ab\u00a0personnages\u00a0\u00bb malmen\u00e9s par le sort, par la vie, par leur conscience, sur un mode tant\u00f4t comique, tant\u00f4t dramatique qu\u2019il fait vivre et que l\u2019on reconnait. Abed (c\u2019est le nom de sc\u00e8ne de Nawar Bulbul) vaut ainsi pour un fr\u00e8re de Sganarelle, un frangin d\u2019Arlequin et de Figaro, un jumeau de Mutti chez Brecht, un Zarathoustra dansant\u2026 Et nous rappelle que devant la vie et ses choix nous avons bien plus en commun que le peu qui nous distingue. Et qu\u2019au th\u00e9\u00e2tre, au-del\u00e0 de la langue, le personnage du \u00ab\u00a0petit\u00a0\u00bb, du \u00ab\u00a0fragile\u00a0\u00bb, du \u00ab\u00a0malmen\u00e9\u00a0\u00bb\u2026 sur sc\u00e8ne, n\u2019a jamais sa \u00ab\u00a0langue dans sa poche\u00a0\u00bb pour son plus grand malheur, mais aussi \u00e0 cause de son go\u00fbt pour la libert\u00e9.<\/p>\n<p style=\"margin: 0cm; margin-bottom: .0001pt; text-align: justify;\">Dans l\u2019histoire du th\u00e9\u00e2tre arabe, le th\u00e9\u00e2tre Hakawati sera tout d\u2019abord une r\u00e9ponse endog\u00e8ne des peuples arabes \u00e0 la colonisation europ\u00e9enne qui imposait un th\u00e9\u00e2tre classique et son r\u00e9pertoire. Le th\u00e9\u00e2tre Hakawati jouait alors une fonction politique, sans aucun doute, mais surtout il d\u00e9veloppa des enjeux esth\u00e9tiques et po\u00e9tiques propres \u00e0 des populations qui \u00e9taient priv\u00e9s de th\u00e9\u00e2tre. Ainsi, le Hakawati repose-t-il sur un travail th\u00e9\u00e2tral qui, partant de ce que vivent les gens, renvoie et repr\u00e9sente sur sc\u00e8ne les situations de la vie quotidienne. Comprenons la vie de tous les jours, la vie parfois d\u2019un quartier ou d\u2019une rue avec ses figures typiques et reconnaissables. En d\u2019autres termes, on pourrait confondre le Hakawati avec un th\u00e9\u00e2tre populaire de proximit\u00e9 o\u00f9 le canevas des pi\u00e8ces se nourrit de la quotidiennet\u00e9.<\/p>\n<p style=\"margin: 0cm; margin-bottom: .0001pt; text-align: justify;\">Au plan du jeu et de l\u2019acteur, cette pratique aura alors mis en avant un travail singulier. Le mime, la caricature, le conte\u2026 furent promus et se trouvent, de mani\u00e8re r\u00e9currente dans les pi\u00e8ces, le moyen le plus simple (ce qui ne signifie pas le moins construit) de s\u2019adresser au spectateur. Mime, caricature, conte\u2026 ou une pratique qui \u00e9tait famili\u00e8re aux publics puisqu\u2019elle reposait sur un principe de reconnaissance et de simplicit\u00e9 accessibles \u00e0 tous et toutes. Et si d\u2019aventure il y a l\u00e0 les principes structurants de la th\u00e9\u00e2tralit\u00e9 arabe, on mesure qu\u2019ils sont communs \u00e0 des genres occidentaux que l\u2019on peut inventorier\u00a0: la comedia dell\u2019arte, entre autres, en t\u00eate. Mais aussi les petites morit\u00e4t produites dans les rues par Brecht, ou encore les farces et les satires qui ont perdur\u00e9 longtemps au th\u00e9\u00e2tre. \u00c0 l\u2019avantage de ceux-ci, le d\u00e9guisement, le retournement fabuleux, les \u00ab\u00a0crises\u00a0\u00bb, les moments r\u00e9flexifs, les situations pensives comiques et dramatiques\u2026 formaient une ribambelle de \u00ab\u00a0tableaux\u00a0\u00bb, pr\u00e9sent\u00e9s en s\u00e9rie et en alternance, qui avait fonction de divertir autant que de passionner et de faire r\u00e9fl\u00e9chir.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"margin: 0cm; margin-bottom: .0001pt; text-align: justify;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-3006 aligncenter\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2019\/07\/P1030988-600x450.jpg\" alt=\"\" width=\"463\" height=\"347\" \/><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"margin: 0cm; margin-bottom: .0001pt; text-align: justify;\">Sur sc\u00e8ne Nawar Bulbul joue ainsi les troubles et les malheurs de Abed\u00a0: celui qui doute, celui qui h\u00e9site, celui qui, dans un monde o\u00f9 l\u2019h\u00e9ritage des p\u00e8res et de la tradition religieuse sont ind\u00e9passables, s\u2019accorde mal avec la loi puisqu\u2019il est un homme qui aime la vie. Abed le subtile, pourrait-on dire (sans faire \u00ab\u00a0r\u00e9f\u00e9rence\u00a0\u00bb \u00e0 Badiou) qui commente, parle trop, parle vrai, et qui analyse, voire fait valoir un point de vue critique sur le chemin qui est tout trac\u00e9 et que le Shaikh, son p\u00e8re, et vraisemblablement toute une communaut\u00e9, voudraient lui faire prendre. Alors Abed souffre et, souffrant, va o\u00f9 le porte le d\u00e9chirement qui l\u2019\u00e9treint. Mais, et comme un amoureux de la vie qu\u2019il est, la douleur qui le ronge, le conduit \u00e0 \u00e9crire sa vie, aussi, en en riant, en la caricaturant, en la jouant sur toutes les couleurs des sentiments int\u00e9rieurs, la sienne oui, comme celle de ceux qui l\u2019entourent. On ne peut r\u00e9sumer ici, les sc\u00e9nettes qui se succ\u00e8dent sur fond de grouillement sonore et qui montrent Nawar Bulbul parodiait un imam (son p\u00e8re), s\u2019amuser des Haram (interdits), caricaturer sa rencontre amoureuse avec Marie\u00a0: la jeune fille aux cheveux d\u2019or et aux jambes blanches\u2026 Et d\u2019ajouter que dans le m\u00eame temps, sa rencontre avec la peintre \u00ab\u00a0libertaire\u00a0\u00bb Omram lui donne des ailes et le titille jusqu\u2019\u00e0 une autre s\u00e9quence o\u00f9 le peintre a \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9 par la \u00ab\u00a0s\u00e9curit\u00e9\u00a0\u00bb, son appartement et ses \u0153uvres saccag\u00e9es\u2026 qui conduisent Abed \u00e0 pleurer la disparition de cet esprit libre.<\/p>\n<p style=\"margin: 0cm; margin-bottom: .0001pt; text-align: justify;\">Tout, dans la mise en sc\u00e8ne qui se d\u00e9roule \u00ab\u00a0tambour battant\u00a0\u00bb joue ainsi, alternativement, du grave au l\u00e9ger, du s\u00e9rieux au risible\u2026 et la sc\u00e8ne de l\u2019apprentissage du Coran (\u00ab\u00a0la moiti\u00e9 pour 2000 livres syriennes. 5000 pour la totalit\u00e9\u00a0\u00bb) n\u2019est rien moins que r\u00e9ellement dr\u00f4le quand Abed qui bachote le livre saint, un doigt dans le nez, sans plus de conviction qu\u2019un Arlequin qui chercherait \u00e0 se faire de la monnaie, entend la chanson de Patrick Coutin \u00ab\u00a0j\u2019aime regarder les filles\u00a0\u00bb qui le rappelle \u00e0 sa nature d\u2019h\u00e9doniste ou, et tout simplement, d\u2019\u00eatre humain.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"margin: 0cm; margin-bottom: .0001pt; text-align: justify;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-3005 aligncenter\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2019\/07\/P1040002-600x450.jpg\" alt=\"\" width=\"467\" height=\"351\" \/><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"margin: 0cm; margin-bottom: .0001pt; text-align: justify;\">Et tout cela pourrait \u00eatre l\u00e9ger et juste caustique, mais il y a la premi\u00e8re image et la premi\u00e8re phrase, au d\u00e9but du spectacle. \u00ab\u00a0Je suis Abed le fou et je commence \u00e0 sentir le roussi\u00a0\u00bb. Premi\u00e8re phrase, et premi\u00e8re image, o\u00f9 Abed, sorte de prince Michkine des sables, les cheveux voilant le visage, est seul, isol\u00e9, marginalis\u00e9. Premi\u00e8re phrase, premi\u00e8re image que l\u2019on retrouve \u00e0 la fin de <i>Mawlana<\/i>, apr\u00e8s qu\u2019il aura dans\u00e9, sa vie en derviche tourneur qu\u2019il avait cru \u00eatre un art. Mais l\u2019ordre Mevlevi, ordre musulman Soufi, dont les membres sont appel\u00e9s Derviche tourneur, est encore trop contraignant. Et si Abed quand il tourne est au plus proche d\u2019un art chor\u00e9graphique, il se br\u00fble encore trop, comme Icare, d\u2019un divin qui le contraint. Alors il arr\u00eatera de tourner et dans un cri terriblement humain, une plainte r\u00e9elle, expliquera que son amour de Dieu ne peut passer par la loi des hommes, qu\u2019elle soit \u00e9crite ou pas.<\/p>\n<p style=\"margin: 0cm; margin-bottom: .0001pt; text-align: justify;\">Et de sortir de la salle, un peu plus d\u2019une heure apr\u00e8s le d\u00e9but de cette \u00e9pop\u00e9e, en regardant Abed comme un fr\u00e8re de libert\u00e9. Un fr\u00e8re dont chaque partie de peau, chaque membre, des traits du visage \u00e0 l\u2019extr\u00e9mit\u00e9 des mains, dansait. Un fr\u00e8re qui nous parlait, s\u2019adressait \u00e0 nous, en nous rappelant, comme Brecht le fit quand il \u00e9crivit \u00ab\u00a0celui qui dit oui, celui qui dit non\u00a0\u00bb, qu\u2019il est important de savoir \u00ab\u00a0pourquoi l\u2019on est d\u2019accord\u00a0\u00bb ou pas. Quand Nawar Bulbul sortira de la salle, c\u2019est cette m\u00eame g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 et amiti\u00e9 qui le conduit \u00e0 parler \u00e0 ceux qui le regardaient.<\/p>\n<p style=\"margin: 0cm; margin-bottom: .0001pt; text-align: justify;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-3003 aligncenter\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2019\/07\/P1030985-600x450.jpg\" alt=\"\" width=\"463\" height=\"347\" \/><\/p>\n<p>&nbsp;<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nIci, Patrick Coutin chante \u00ab\u00a0j&rsquo;aime regarder les filles\u00a0\u00bb <a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=MVtzQHaLmUM\">https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=MVtzQHaLmUM<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Mawlana, mise en sc\u00e8ne et jeu Nawar Bulbul Th\u00e9\u00e2tre de la Bourse du travail CGT. &nbsp; Dans la tradition du th\u00e9\u00e2tre Hakawati, l\u2019acteur et metteur en sc\u00e8ne syrien Nawar Bulbul joue Mawlana de Fares al-Dhahabi, traduit par Vanessa Gueno. 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