


{"id":3031,"date":"2019-07-12T09:56:55","date_gmt":"2019-07-12T07:56:55","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/?p=3031"},"modified":"2019-07-12T09:56:55","modified_gmt":"2019-07-12T07:56:55","slug":"lhomme-frigorifie","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/lhomme-frigorifie\/","title":{"rendered":"L\u2019Homme\u2026 frigorifi\u00e9"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: center;\"><strong>L&rsquo;Homme,\u00a0 mise en sc\u00e8ne de Gael Leveugle<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>d&rsquo;apr\u00e8s Charles Bukowski<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>\u00e0 la Caserne, Avignon Off.<\/strong><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-3032 aligncenter\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2019\/07\/images-4.jpg\" alt=\"\" width=\"199\" height=\"253\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si un temps on a consid\u00e9r\u00e9 que le th\u00e9\u00e2tre r\u00e9fl\u00e9chissait le monde, dans un h\u00e9ritage o\u00f9 la sc\u00e8ne actualiserait celui-l\u00e0 et en soulignerait le sens et la signification\u00a0; si un temps on a pens\u00e9 le th\u00e9\u00e2tre comme un \u00ab\u00a0remake\u00a0\u00bb de notre quotidien au prisme d\u2019esth\u00e9tiques \u00e9voluant en fonction des libert\u00e9s que l\u2019on prend avec l\u2019\u00e9poque\u2026 il y a, \u00e0 l\u2019endroit de la pratique des arts, en musique, en danse, au th\u00e9\u00e2tre, en arts plastiques\u2026 des penseurs et des artistes qui se sont toujours affranchis de toutes les contraintes. Par le choix de convoquer Charles Bukowski, Ga\u00ebl Leveugle s\u2019inscrit \u00e0 l\u2019endroit de ces voix anarchistes, en lieu et place d\u2019une parole lib\u00e9r\u00e9e de toute omerta, l\u00e0 o\u00f9 l\u2019interdit est d\u00e9funt. L\u00e0 o\u00f9, au plateau, les pens\u00e9es viennent des visc\u00e8res et o\u00f9 les mamelles de la po\u00e9sie s\u2019apparentent au goulot des bouteilles, aux t\u00e9tons gonfl\u00e9s de muses alcoolis\u00e9es, aux sexes mouill\u00e9s et \u00e0 la profonde solitude qui en est l\u2019humus.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Fr\u00e8re des po\u00e8tes crott\u00e9s et maudits promis \u00e0 l\u2019errance et au gibet, jumeau du vagabond qui \u00e9crira une <i>Saison en Enfer<\/i>, reflet de Van Gogh, d\u2019Artaud, de Lowry, d\u2019Antoine Blondin\u2026 Bukowski appartient \u00e0 la famille des po\u00e8tes dont Derrida a saisi le trait essentiel puisque leur folie s\u2019apparente \u00e0 une \u00ab\u00a0crise de raison\u00a0\u00bb. Bien loin de l\u2019esprit des Lumi\u00e8res et d\u2019un monde organis\u00e9 ou sous contr\u00f4le, leur po\u00e9sie se livre dans l\u2019exc\u00e8s, la d\u00e9mesure, l\u00e0 o\u00f9 \u00ab\u00a0la vie d\u2019artiste\u00a0\u00bb les tient en \u00e9quilibre sur le fil d\u2019un rasoir. Avec Bukowski, au tournant du XXI\u00e8 si\u00e8cle, le pas s\u2019est acc\u00e9l\u00e9r\u00e9 et le geste libertaire a gagn\u00e9 en radicalit\u00e9, s\u2019\u00e9cartant d\u00e9finitivement, de la po\u00e9sie de salon et du bon go\u00fbt bourgeois. Bukowski ne verra donc pas dans la litt\u00e9rature ce qu\u2019y voient ses contemporains en leur majorit\u00e9 et Pivot en sera catastroph\u00e9 lui qui cherchait le Buzz m\u00e9diatique avec ses \u00e9missions litt\u00e9raires \u00e0 \u00ab\u00a0deux balles\u00a0\u00bb qui avaient n\u00e9anmoins le m\u00e9rite d\u2019exister. C\u2019est que Bukowski, quant \u00e0 la litt\u00e9rature qu\u2019il peut pisser ou produire est clair, c&rsquo;est \u00ab une activite\u0301 stupide [&#8230;] un jeu de cons, un jeu de pharisiens et de profs de lettres, un jeu de lourdauds. [&#8230;] Mais boire, c\u0327a c\u2019est le nirvana !\u00a0\u00bb. Et d\u2019ajouter qu\u2019il ne cessera, pour \u00e9crire, de boire, comme on dit \u00ab\u00a0plus que de raison\u00a0\u00bb. Sans doute, comme il s\u2019en expliqua, parce que l\u2019alcool l\u2019a sauv\u00e9 de la destruction et lui a \u00e9pargn\u00e9 une \u00ab\u00a0normalit\u00e9\u00a0\u00bb qu\u2019il d\u00e9testait et qui est porteuse d\u2019indiff\u00e9rence et d\u2019inhumanit\u00e9. Et parce que \u00ab\u00a0Boire est une affaire de quantit\u00e9\u00a0\u00bb rappelle Deleuze, et que l\u2019alcoolique cherche \u00e0 rester debout, Bukowski s\u2019apparente \u00e0 l\u2019ivrogne deleuzien qui tire de l\u2019alcool l\u2019\u00e9criture qui le tient debout\u00a0: <i>Le ragout du septuag\u00e9naire<\/i>, <i>Women<\/i>, <i>Le Postier<\/i>, <i>les po\u00e8mes<\/i>\u2026 nous le disent.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au plateau, Gael Leveugle , qui s\u2019est entour\u00e9 de la com\u00e9dienne Charlotte Corman, et des acteurs Julien Defaye et Pascal Battus joue un agencement. Soit, une m\u00eame sc\u00e8ne, reprise et respectant la seule r\u00e8gle qui vaut\u00a0: la r\u00e9p\u00e9tition. \u00ab\u00a0R\u00e9p\u00e9tition d\u2019un agencement\u00a0\u00bb pourrait \u00eatre l\u2019autre nom de <i>L\u2019Homme<\/i>. Parce que, d\u2019une certaine mani\u00e8re, le syndrome de la r\u00e9p\u00e9tition vaut pour la m\u00e9taphore d\u2019une obsession. Obsession qui se donne sur le mode de la variation et o\u00f9 la reprise ne vaut jamais pour l\u2019identique, mais ressemble \u00e0 celle qui la pr\u00e9c\u00e8de. Et observant ce principe de construction, l\u2019Homme s\u2019augmente de d\u00e9tails, s\u2019\u00e9paissi \u00e0 mesure que la ritournelle s\u2019accomplie. <i>L\u2019Homme<\/i> de Gael Leveugle campe ainsi trois figures g\u00e9n\u00e9riques, prises \u00e0 l\u2019\u0153uvre de Bukowski, qui au pi\u00e8ge de l\u2019espace se regardent comme prisonni\u00e8res d\u2019un monde dont elles ne peuvent s\u2019\u00e9chapper. Monde interlope, pris dans la glue des relations \u00ab\u00a0humaines\u00a0\u00bb obsessionnelles o\u00f9 il est question de l\u2019intello, de la chatte, du Whisky, du plaisir donner \u00e0 une femme, de violences\u2026 Et tout le temps de la repr\u00e9sentation, soumise \u00e0 r\u00e9p\u00e9titions et diff\u00e9rences, ce que travaille Gael Leveugle porte sur une image et un son. Une image, insolite, redondante, incongrue, hypernaturaliste ou au contraire inqui\u00e9tante. Un son, diff\u00e9r\u00e9, d\u00e9cal\u00e9, travaill\u00e9 ou brut\u2026 C\u2019est que jouant d\u2019agencements en agencements, Gael Leveugle s\u2019introduit dans le langage de Bukowski, dans la langue de l\u2019am\u00e9ricain o\u00f9 les mots n\u2019ont pas pour fonction de nommer, mais de se rapprocher d\u2019une sensation \u00e0 identifier, d\u2019un int\u00e9rieur \u00e0 d\u00e9nouer, d\u2019une profondeur qu\u2019il faut toucher\u2026 l\u00e0 o\u00f9, sous la cro\u00fbte des mots, il y a l\u2019ossuaire des pens\u00e9es.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une com\u00e9dienne recourt au playback, un homme monte sur un escabeau et tombe inerte sur un lit avant de recommencer, un canap\u00e9 accueille les confidences d\u2019une femme qui s\u2019inqui\u00e8te de son sexe, un \u00ab\u00a0bruitiste\u00a0\u00bb en fond de sc\u00e8ne fait des exp\u00e9riences sonores, un bar portatif donne l\u2019occasion \u00e0 tous de boire sans retenue et infiniment\u2026 un 9 millim\u00e8tre est utilis\u00e9 et ponctue de d\u00e9tonations une lettre lue, la sc\u00e8ne soudainement est habill\u00e9e de papier alu\u2026 A la premi\u00e8re image, dans un espace ent\u00e9n\u00e9br\u00e9, un type esquisse une danse\u2026 Une porte s\u2019ouvre et se ferme qui ne donne sur rien.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au terme de L\u2019Homme, dans ce th\u00e9\u00e2tre qu\u2019est la Caserne, on songe \u00e0 cette \u00e9ni\u00e8me phrase de Bukowski, \u00ab\u00a0la position d\u2019Homme Frigorifie\u0301, c\u2019est autrement plus invivable qu\u2019une simple position mais c\u2019est histoire de vous faire conside\u0301rer ce corps insensible avec un tant soit peu d\u2019humour, sinon vous ne supporteriez pas la noirceur de la situation\u00a0\u00bb. Contrat rempli pour cette mise en sc\u00e8ne qui prend le parti d\u2019une immersion dans le petit monde pliss\u00e9 de Bukowsk qui se signait H.F. (homme frigorifi\u00e9). Non pas les bas-fonds, mais plut\u00f4t le monde des arri\u00e8res pens\u00e9es.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&rsquo;Homme,\u00a0 mise en sc\u00e8ne de Gael Leveugle d&rsquo;apr\u00e8s Charles Bukowski \u00e0 la Caserne, Avignon Off. 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