


{"id":3042,"date":"2019-07-12T23:46:04","date_gmt":"2019-07-12T21:46:04","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/?p=3042"},"modified":"2019-07-12T23:46:04","modified_gmt":"2019-07-12T21:46:04","slug":"if-en-cour-premier-jour-la-voie-libertaire","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/if-en-cour-premier-jour-la-voie-libertaire\/","title":{"rendered":"\u00ab\u00a0If \u2013\u00a0En cour \u00bb, premier jour | la voie libertaire\u00a0"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: center;\">\u00ab Festival If &#8211; En cour \u00bb,<br \/>\nune programmation libre propos\u00e9e avec le soutien de la D\u00e9viation et de l&rsquo;Insens\u00e9.<\/p>\n<p><b><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-3049 aligncenter\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2019\/07\/IMG_1294-600x450.jpg\" alt=\"\" width=\"600\" height=\"450\" \/><\/b><br \/>\n<b>Au milieu, un figuier. On voit l\u2019absence de nuages \u00e0 travers ses branches. La cour int\u00e9rieure est \u00e0 ciel ouvert. Quelques chaises. La rumeur d\u2019Avignon<\/b><b>\u2009<\/b><b>? Elle est loin. Nous aussi. Mais on est tout pr\u00e8s aussi\u00a0: \u00e0 quelques m\u00e8tres de nous, ceux qui disent les textes nous regardent dans les yeux. C\u2019est le If\u00a0: ni off ni in. Simplement l\u2019hypoth\u00e8se d\u2019emprunter une voie plus libre. Se suivent et ne se ressemblent pas des lectures, des paroles\u00a0: oui, on prend la parole o\u00f9 elle est, et elle est l\u00e0, au milieu de la cour au pied du figuier. Retour sur un premier jour, regards sur une autre mani\u00e8re de penser un th\u00e9\u00e2tre sans le th\u00e9\u00e2tre. Le if, ni hors-lieu, ni tiers-lieu\u00a0: comme un autre lieu.<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span><\/b><br \/>\n<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-3054 aligncenter\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2019\/07\/IMG_1359-600x450.jpg\" alt=\"\" width=\"600\" height=\"450\" \/>Lire ce que propose le IF \u2014 en cour.<\/p>\n<p style=\"padding-left: 60px;\"><em>\u00ab\u00a0Le Festival \u201cIf \u2014En Cour\u201d consiste en l\u2019occupation d\u2019une cour int\u00e9rieure \u00e0 Avignon (23 rue des trois Colombes) pendant le Festival d\u2019Avignon IN et OFF. Nous voulons y exp\u00e9rimenter la possibilit\u00e9 d\u2019un autre espace-temps qui ne soit pas soumis \u00e0 la logique de marchandisation des \u0153uvres et de la mise en concurrence des artistes. Nous cherchons \u00e0 cr\u00e9er des espaces qui rendent possibles un autre rapport \u00e0 l\u2019art, c\u2019est-\u00e0-dire o\u00f9 ce rapport ne se r\u00e9duit pas \u00e0 de la consommation, ni \u00e0 de la valorisation culturelle, o\u00f9 l\u2019art n\u2019est pas l\u2019instrument d\u2019une exclusion. Cela implique que nous refuserons que cet espace devienne un espace de promotion ou de vente. Nous ne cherchons pas des \u201cprogrammateurs\u201d, nous esp\u00e9rons de pouvoir partager quelque chose avec des gens, se rencontrer entre ami. e. s et camarades, chercher un rapport critique \u00e0 nos travaux et peut-\u00eatre construire par l\u00e0 de nouvelles solidarit\u00e9s. Ni IN, ni OFF, mais le conditionnel toujours en cours d\u2019autre chose.<\/em><br \/>\n<em> Les trois jours proposeront des lectures de textes divers\u00a0: jeunes et moins jeunes auteurs qui lisent leur propre travail, Mat\u00e9riaux pour des travaux \u00e0 venir, critiques\u2026 Tout cela dans la l\u00e9g\u00e8ret\u00e9, l\u2019insouciance et la joie de n\u2019avoir rien \u00e0 perdre ni \u00e0 gagner, mais simplement de vivre et de tenter \u00e0 faire r\u00e9sonner les mots.<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span><\/em><br \/>\n<em> L\u2019entr\u00e9e est libre. Venez boire une limonade. Une l\u00e9g\u00e8re restauration se trouvera sur place \u00e0 prix libre.<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span>Un chapeau tournera pour chaque proposition..\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p style=\"padding-left: 60px;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-3051 aligncenter\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2019\/07\/IMG_1335-600x450.jpg\" alt=\"\" width=\"600\" height=\"450\" \/><\/p>\n<p>Premier jour\u00a0: un chemin de traverse qui finit par frayer entre les all\u00e9es incertaines de l\u2019\u00e9poque une direction. C\u2019est la marche qui fait de l\u2019horizon un paysage. Ce premier jour, c\u2019est une voie libertaire qui d\u00e9gage les perspectives. Est-ce un hasard\u2009? Un signe\u2009? Une volont\u00e9 propre \u00e0 une programmation qui d\u2019instinct a su que c\u2019\u00e9tait l\u00e0 la condition premi\u00e8re de tout geste que d\u2019abord s\u2019\u00e9tablir dans la joie d\u2019\u00eatre \u00e0 soi-m\u00eame son propre ma\u00eetre.<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span><br \/>\nC\u2019est le d\u00e9but de l\u2019apr\u00e8s-midi, le soleil frappe \u00e0 la verticale des choses. On est dans la fatigue d\u2019Avignon d\u00e9j\u00e0 \u2014 le culte de ce qui se donne de plein droit comme admirable. Le haut lieu. Ici, il n\u2019y a m\u00eame pas l\u2019arrogance de s\u2019arracher aux lieux. Il y a un arbre et des chaises. C\u2019est 14\u00a0h\u00a030 et Mathilde Soulheban lit <i>Les Endett\u00e9s <\/i>comme une \u00e9vidence. Il y a la dette qui encha\u00eene un \u00eatre \u00e0 un l\u2019autre\u00a0: la dette par contrainte qui ali\u00e8ne et sur quoi repose l\u2019\u00e9conomie quand elle devient l\u2019ordre du monde. Et puis il y a l\u2019autre dette\u00a0: celle qui fabrique l\u2019\u00e9change et le contre-don, qui sait inventer des fa\u00e7ons de produire du temps. <em>Les Endett\u00e9s<\/em> remontent loin dans l\u2019histoire pour affronter les premi\u00e8res villes o\u00f9 l\u2019\u00e9conomie servit d\u2019abord \u00e0 compter les fleurs et les bl\u00e9s. Partant de l\u2019origine, il ne suffit pas de grand-chose pour aller encore avant l\u2019origine et imm\u00e9diatement on se retrouve dans la fiction, le r\u00eave, l\u2019hypoth\u00e8se d\u2019une autre histoire qui vengerait l\u2019autre, la v\u00e9ritable, l\u2019insupportable.<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p style=\"padding-left: 60px;\"><em>\u00ab\u00a0L\u2019origine, c\u2019est ma question pr\u00e9f\u00e9r\u00e9e. On peut remonter et remonter, le cours des choses, des \u00e9v\u00e9nements, du temps et m\u00eame avant le temps, plus l\u2019\u00e9chelle grandit, plus ses barreaux paraissent n\u00e9gligeables. Tout le temps j\u2019aimerais qu\u2019il ne reste que le n\u00e9cessaire. Et \u00e0 essayer d\u2019y parvenir, j\u2019\u00e9cope des seaux et des seaux de contingent, je finis par jeter le seau par-dessus bord, et il ne reste rien que de l\u2019eau, comme moi aussi je ne suis pratiquement que de l\u2019eau, c\u2019est laborieux de se maintenir au sec. Il faut marquer un point et dire\u00a0: l\u00e0 c\u2019est le d\u00e9but, pour cette fois. C\u2019est de l\u00e0 qu\u2019il faut tracer.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p>Mathilde Soulheban \u00e9crit comme on raconte l\u2019histoire qui n\u2019a pas eu lieu, celle qui pourrait advenir apr\u00e8s\u00a0: qui pourrait rendre possible l\u2019histoire qui vient, qui tient dans nos mains. C\u2019est une fable ample qui pourrait fabriquer un roman majestueux, mais qu\u2019elle pr\u00e9f\u00e8re maintenir \u00e0 hauteur d\u2019\u00e9paules d\u2019hommes et de femmes aux secrets vertigineux et simples. C\u2019est le choix du th\u00e9\u00e2tre de donner la parole et de ne jamais se pr\u00e9f\u00e9rer \u00e0 ceux-l\u00e0 qui tentent de vivre par les mots et les gestes. Les Endett\u00e9s disent ce qu\u2019on doit \u00e0 l\u2019autre et comment ce d\u00fb peut parfois \u00eatre une menace, et comment il peut aussi \u00eatre ce lien qui nous lib\u00e8re de nous-m\u00eames.<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span><br \/>\nApr\u00e8s <em>Les Endett\u00e9s<\/em> suivent des nouvelles qui sont autant de lignes fuyant librement dans les formes du r\u00e9cit ou du th\u00e9\u00e2tre, de la nouvelle, de la fable \u2014 sans morale, non pas sans point de vue\u00a0: celui qui sait le regard de biais et mordre.<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span><br \/>\n<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-3046 aligncenter\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2019\/07\/IMG_1232-600x450.jpg\" alt=\"\" width=\"600\" height=\"450\" \/><br \/>\nDe biais, peut-\u00eatre est-ce la position propre de ceux qui tout \u00e0 la fois ne veulent plus jouer le jeu que la com\u00e9die de ce monde impose \u2014 celui des r\u00f4les qui sont autant de situations de pouvoir \u2014, mais qui n\u2019ont pas renonc\u00e9 \u00e0 voir ce monde et lui porter des assauts. De biais, donc, comment voir ce qui nous lie \u00e0 ce qu\u2019on ignore\u2009?<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span><br \/>\nIl y a la r\u00e9ponse toute faite et qui partout ici aussi r\u00e8gne en ma\u00eetre. Dans les programmes du festival ces derni\u00e8res ann\u00e9es, on lit en creux le nom de ce qui semble gage d\u2019une unit\u00e9 partout perdue et par lui retrouv\u00e9e\u2009; d\u2019un lien entre pass\u00e9 et avenir\u2009; d\u2019une suture entre l\u2019ici et l\u2019ailleurs. Dieu, dont l\u2019absence est \u2014 ruse supr\u00eame \u2014 la preuve ultime de son existence para\u00eet la r\u00e9ponse \u00e0 toutes les contradictions. Une transcendance qui donne forme et sens \u00e0 la c\u00e9l\u00e9bration culturelle\u00a0: ce qu\u2019on adore dans l\u2019art, ce serait donc la forme prise par le dieu sous nos yeux\u2009? \u00c9videmment, c\u2019est \u00e9c\u0153urant\u00a0: \u00e9videmment, c\u2019est ali\u00e9nant.<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span><br \/>\nAlors on regarde cela de biais aussi, et plut\u00f4t que d\u2019effacer toute possibilit\u00e9 des forces, on prend ce mot de dieu et on t\u00e2che d\u2019en faire non pas la r\u00e9ponse qui arraisonne, plut\u00f4t l\u2019effort pour approcher la folie qui lib\u00e8re.<br \/>\nSophie Agathe Amazias n\u2019a pas renonc\u00e9 \u00e0 ce mot. Mais comment d\u00e9chirer en dieu ce qui l\u2019arrime \u00e0 ces r\u00e9ductions par la croyance, \u00e0 ces replis vers la n\u00e9gation des contradictions\u2009? Comment faire de dieu encore l\u2019espace de la d\u00e9chirure qui f\u00e9conde, et non pas seulement ce pr\u00e9cipit\u00e9 qui fait des solutions la lie des calices aux breuvages imbuvables\u2009?<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span><br \/>\nDans un po\u00e8me de pur vertige, elle propose l\u2019approche par le corps et son d\u00e9sir \u2014 l\u2019\u00e9rotisme comme pulsation o\u00f9 le dieu saurait encore tisser de l\u2019inconnu et de l\u2019appel. C\u2019est la vieille geste mystique\u00a0: le corps comme le contraire d\u2019une enveloppe, plut\u00f4t des puissances sans solution de continuit\u00e9. Alors elle affronte l\u2019\u00e9poque\u00a0: la marchandisation des corps, le d\u00e9sir comme des violences, le sexe comme le territoire des dominations \u2014 et lance l\u2019assaut pour trouver de quoi renverser les propositions.<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span><br \/>\nPeut-\u00eatre qu\u2019on n\u2019a jamais eu tant besoin d\u2019un sacr\u00e9 d\u00e9livr\u00e9 enfin d\u2019une religiosit\u00e9, et qu\u2019\u00e0 cet \u00e9gard, l\u2019\u00e9rotisme serait vraiment le lieu d\u2019une r\u00e9appropriation de nos imaginaires o\u00f9 se noueraient des rapports \u00e0 l\u2019autre et au monde librement invent\u00e9. Toute sexualit\u00e9 est une perversion disait Breton. Oui, puisqu\u2019elle se donne toujours ses r\u00e8gles qui n\u2019ob\u00e9issent qu\u2019\u00e0 elle, qu\u2019aux amants qui se les donnent, au risque des violences peut-\u00eatre, et des d\u00e9faites, et des regrets. Mais au risque aussi d\u2019un emportement qui ferait de l\u2019amour l\u2019exp\u00e9rience d\u2019un temps o\u00f9 le pr\u00e9sent se donne comme pour toujours.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><em>Bienvenues filles de dieu !<\/em><br \/>\n<em> Retirez-vous d\u2019elle,qui n&rsquo;a pas d\u2019existence l\u2019in-femme rendue b\u00eate par la haine et l&rsquo;amour de sa schize<\/em><br \/>\n<em> Mais reste encore pour jouir et d\u00e9truire pour dire et finir<\/em><br \/>\n<em> ne plus \u00eatre que ce reste<\/em><br \/>\n<em> Incarn\u00e9es,<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><em>les filles de dieu mettent leur \u00e9rotisme \u00e0 l\u2019\u00e9preuve de ma chastet\u00e9,<br \/>\nrencontrent l\u2019homme par le c\u00f4t\u00e9 renversent son amour contrari\u00e9 d\u00e9tournent les \u00e2mes<\/em><br \/>\n<em> en un fractal<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><em>Oh rapt divin<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><em>Les filles de dieu connaissent la r\u00e9versibilit\u00e9 ce myst\u00e8re<\/em><br \/>\n<em> elles le savent sur terre<\/em><br \/>\n<em> Alors elles doivent se laver<\/em><br \/>\n<em> d\u2019avoir su,<\/em><br \/>\n<em> d\u2019avoir vu, d\u2019avoir mis<\/em><br \/>\n<em> leur salut dans un fils<\/em><\/p>\n<p><em>Les Filles de dieu<\/em> racontent cette histoire\u00a0: t\u00e9moignent de cette exp\u00e9rience. Chaque vers livre la bataille. \u00c0 chaque ligne, le d\u00e9sir peut se renverser en violence. Mais chaque ligne reprend la lutte. Texte comme un corps \u00e0 corps avec lui-m\u00eame qui rejoint celui des corps. De la mystique, le po\u00e8me renoue les accents profond\u00e9ment politiques\u00a0: inventer une libert\u00e9 qui pourrait d\u00e9fier les pouvoirs. On sait que c\u2019est sur les corps que les pouvoirs autoritaires ont toujours d\u2019abord port\u00e9 les coups. L\u2019exercice libre de la sexualit\u00e9 est une injure \u00e0 tout pouvoir qui s\u2019\u00e9tablit d\u2019abord sur la conduite de nos d\u00e9sirs. \u00c9crire ce jeu des d\u00e9sirs, dans l\u2019affolement et le risque consenti des blessures, en leur nom m\u00eame pour mieux les traverser, c\u2019est poser le sacr\u00e9 sur le plan d\u2019immanence qui le rend essentiel, et m\u00eame d\u2019une urgence br\u00fblante, d\u00e9vorante.<br \/>\n<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-3047 aligncenter\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2019\/07\/IMG_1233-600x450.jpg\" alt=\"\" width=\"600\" height=\"450\" \/><br \/>\nLa vie d\u2019Emma Goldman porte le sceau de cette br\u00fblure, jusqu\u2019\u00e0 la blessure, jusqu\u2019\u00e0 la joie. \u00c0 18\u00a0h\u00a030, Mirabelle Rousseau et Sarah Chaumette \u2014 de la Cie T.O.C \u2014 proposent une travers\u00e9e de cette existence radicale. Femme, juive, anarchiste\u00a0: c\u2019\u00e9tait trois fois trop pour l\u2019\u00e9poque \u2014 Emma Goldman fit de sa vie non une provocation, plut\u00f4t l\u2019audace d\u2019accepter de la vivre. \u00ab\u00a0Vivre ma vie\u00a0\u00bb, titre sublime de son autobiographie, dit tout ce que cela suppose d\u2019arrachement, de violence aussi.<br \/>\nEn traversant cette vie par la lecture de lettres ou de r\u00e9cits de cette femme, c\u2019est surtout le parcours d\u2019une parcours qu\u2019on suit, et qui vient se confondre avec l\u2019existence. Premi\u00e8re gr\u00e8ve, premi\u00e8re prise de parole publique, premi\u00e8res actions\u00a0: l\u2019exp\u00e9rience de la prison, des brimades. Des trahisons. Des alliances. Des erreurs aussi. Et sur toute cette vie r\u00e9sonne la basse continue des amours non comme un arri\u00e8re-plan joyeux, des parenth\u00e8ses ou des respirations pour se donner des forces, mais comme le lieu privil\u00e9gi\u00e9 o\u00f9 mettre \u00e0 l\u2019\u00e9preuve sa vie dans la vie, comme l\u2019exp\u00e9rience premi\u00e8re et derni\u00e8re de l\u2019existence libre.<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span><br \/>\nCe fil \u00e9rotique et politique que tisse la vie d\u2019Emma Goldman, ou qu\u2019Emma Goldman tisse dans sa vie, est un scandale\u00a0: en regard de l\u2019\u00e9poque, et pour la notre aussi, la sexualit\u00e9 semble une concession accord\u00e9e \u00e0 notre vie priv\u00e9e, pas l\u2019enjeu de l\u2019\u00e9mancipation qui rend possible toutes les autres.<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span><br \/>\n\u00ab\u00a0Si je ne peux danser dans la r\u00e9volution, je ne veux pas faire partie de cette r\u00e9volution\u00a0\u00bb. Du corps dans\u00e9 et dansant, Emma Goldman, par del\u00e0 ses choix politiques, son statut de passionaria de l\u2019anarchie anglo-saxonne, propose une vie inexemplaire dans la mesure o\u00f9 chaque pas de danse est unique, s\u2019invente son chemin, s\u2019\u00e9prouve lui-m\u00eame dans la libert\u00e9 de le tracer.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-3050 aligncenter\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2019\/07\/IMG_1329-600x450.jpg\" alt=\"\" width=\"600\" height=\"450\" \/><br \/>\nLe soir, la voie libre s\u2019ouvre encore et r\u00e9sonnera davantage. Au pied de l\u2019arbre, Lorenzo Valera et ses amis proposent une travers\u00e9e de l\u2019Histoire r\u00e9cente de l\u2019Italie \u00e0 travers les chansons populaires. C\u2019est une autre histoire qu\u2019on \u00e9coute, qu\u2019on apprend. Une histoire qui n\u2019appartient pas aux livres \u00e9crits par les gouvernements\u00a0: une histoire o\u00f9 cette fois les poilus chantent la haine de la guerre, et le paysan celle du cur\u00e9, o\u00f9 des solidarit\u00e9s naissent qui ne rel\u00e8vent pas des fronti\u00e8res, plut\u00f4t du partage d\u2019une m\u00eame sueur sur toutes les faces du monde.<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span><br \/>\n\u00ab\u00a0Fleurs de barricades\u00a0\u00bb \u2014 le nom de ce tour de chants \u2014 rassemblent un bouquet aux fleurs qui sont parfois celles des deuils et des d\u00e9faites, mais qu\u2019on porte \u00e0 la boutonni\u00e8re par d\u00e9fi, et pour la beaut\u00e9 des couleurs qui affrontent le gris en face du ciel et des redingotes.<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span><br \/>\nContre-histoire\u00a0: celle d\u2019une joie libertaire aussi, de la dr\u00f4lerie des mots et des rimes, des images qui naissent toutes seules, des m\u00e9lodies qui restent en m\u00e9moire et qui permettent de refaire le chemin des mots. Les chansons nous sont parvenues de m\u00e9moire, malgr\u00e9 les censures d\u2019\u00e9tat et les accidents de l\u2019histoire, ou les fascismes toujours trouv\u00e9s en travers de la route \u2014 mais on sait les chemins de traverse. Les chansons se sont faufil\u00e9es dans le si\u00e8cle, hors toute litt\u00e9rature officielle, plut\u00f4t comme on verse le vin d\u2019un verre \u00e0 l\u2019autre, et s\u2019il arrive qu\u2019on perde tels ou tels vers, peu importe\u00a0: l\u2019essentiel est dans ce geste qui transmet la m\u00e9moire, et ce geste est intact.<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span><br \/>\nAinsi nous, ce soir-l\u00e0. On nous apprend les chansons comme autrefois ils se sont appris. Un vers apr\u00e8s l\u2019autre. On chante de bon c\u0153ur, celui qu\u2019on saisit \u00e0 m\u00eame la chanson. On est une quinzaine au pied du figuier et toutes les images de la journ\u00e9e s\u2019y amassent et prennent corps.<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span><br \/>\nLes figures des <em>Endett\u00e9s<\/em>, les filles de dieu, d\u2019Emma Goldman \u2014 de Saint-Just ((j&rsquo;aurais ainsi propos\u00e9 un r\u00e9cit, au cours de cet apr\u00e8s-midi, commis \u00e0 partir de la figure de Saint-Just, de ce qu&rsquo;il en reste)) \u2014, trouvent l\u00e0 leur fa\u00e7on de s\u2019\u00e9prouver et d\u2019agir. Non plus seulement dans la diction, mais le partage des mots, des m\u00e9lodies.<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span><br \/>\nOn est \u00e0 la t\u00e2che\u00a0: on chante.<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span><br \/>\n<audio class=\"wp-audio-shortcode\" id=\"audio-3042-1\" preload=\"none\" style=\"width: 100%;\" controls=\"controls\"><source type=\"audio\/mpeg\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2019\/07\/Fleurs-de-barricades_-1.mp3?_=1\" \/><a href=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2019\/07\/Fleurs-de-barricades_-1.mp3\">https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2019\/07\/Fleurs-de-barricades_-1.mp3<\/a><\/audio><br \/>\n&nbsp;<br \/>\nPeut-\u00eatre est-ce la seule forme que peut prendre le th\u00e9\u00e2tre quand il se propose d\u2019\u00eatre l\u2019exercice libre des corps et des pens\u00e9es \u2014 une forme libertaire.<br \/>\nLes figures d\u2019anarchie de ce jour sont autre chose que des mod\u00e8les ou des pr\u00eats-\u00e0-penser\u00a0: des puissances d\u2019agir. \u00c9videmment, chanter ne change rien du monde qui dehors continue d\u2019\u0153uvrer sa grande \u0153uvre de mort. Simplement, la nuit, on complote lentement. On fait l\u2019exercice d\u2019un autre usage du temps et de nos corps. On fait la preuve que le libert\u00e9 est un usage qui nous d\u00e9lie. On est la preuve qu\u2019on n\u2019est pas seulement ce que le monde fait de nous.<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span><br \/>\nDans une des chansons, on chante\u00a0:<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><em>Au couvent je passe mon temps \u00e0 prier<\/em><br \/>\n<em> et quand je serai morte, au ciel je volerai<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><em>Mais j\u2019y vole bien avant toi<\/em><br \/>\n<em> quand j\u2019embrasse le visage de Beppino<\/em><br \/>\n<em> cinq minutes suffisent \u00e0 me consoler<\/em><br \/>\n<em> les portes du paradis, il ouvre pour moi<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><em>La lune les \u00e9toiles, tout \u00e7a il me fait voir<\/em><br \/>\n<em> alors que t\u2019attends de mourir pour monter au ciel.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><em>Gismonda tu m\u2019as fait bl\u00eamir<\/em><br \/>\n<em> tu as fait battre mon c\u0153ur<\/em><br \/>\n<em> loin du couvent je veux fuir<\/em><br \/>\n<em> je veux ressentir moi aussi ce qu\u2019est l\u2019amour<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><em>je le vois bien, tu vis tant de joie<\/em><br \/>\n<em> moi aussi je suis n\u00e9e femme et l\u2019amour je veux faire.<\/em><\/p>\n<p>Journ\u00e9e en cour, au pied du figuier. If, ou la voie libertaire\u00a0: if, ou la voix qui chante l\u2019insubordination et la fuite de tous les couvents, de tous les murs de tous les palais de tous les papes que ce monde sait dresser avant de nous dresser \u2014 if, comme une fa\u00e7on de dire combien l\u2019amour est fa\u00e7on de traverser, combien l\u2019amour que l\u2019on fait se fait contre le monde d\u2019abord, et qu\u2019il nous fait pour mieux voir les \u00e9toiles et la lune\u00a0: cette force qui op\u00e8re ce renversement de la nuit en jour, premi\u00e8re t\u00e2che avant de renverser ce monde.<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span><br \/>\n&nbsp;<br \/>\n<audio class=\"wp-audio-shortcode\" id=\"audio-3042-2\" preload=\"none\" style=\"width: 100%;\" controls=\"controls\"><source type=\"audio\/mpeg\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2019\/07\/Fleurs-de-barricades_-2.mp3?_=2\" \/><a href=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2019\/07\/Fleurs-de-barricades_-2.mp3\">https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2019\/07\/Fleurs-de-barricades_-2.mp3<\/a><\/audio><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab Festival If &#8211; En cour \u00bb, une programmation libre propos\u00e9e avec le soutien de la D\u00e9viation et de l&rsquo;Insens\u00e9. Au milieu, un figuier. On voit l\u2019absence de nuages \u00e0 travers ses branches. La cour int\u00e9rieure est \u00e0 ciel ouvert. Quelques chaises. La rumeur d\u2019Avignon\u2009? Elle est loin. Nous aussi. Mais on est tout pr\u00e8s aussi\u00a0: \u00e0 quelques m\u00e8tres de nous, ceux qui disent les textes nous regardent dans les yeux. C\u2019est le If\u00a0: ni off ni in. Simplement l\u2019hypoth\u00e8se<\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":3052,"menu_order":0,"template":"","categorie_article":[27],"class_list":["post-3042","article","type-article","status-publish","has-post-thumbnail","hentry","categorie_article-critique"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/article\/3042","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/article"}],"about":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/types\/article"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/media\/3052"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=3042"}],"wp:term":[{"taxonomy":"categorie_article","embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/categorie_article?post=3042"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}