


{"id":3123,"date":"2019-07-14T10:35:53","date_gmt":"2019-07-14T08:35:53","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/?p=3123"},"modified":"2019-07-14T10:35:53","modified_gmt":"2019-07-14T08:35:53","slug":"compagnie-emile-saar-un-pur-instant","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/compagnie-emile-saar-un-pur-instant\/","title":{"rendered":"Compagnie Emile Saar&#8230; Un pur instant."},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: center;\"><strong> Comme si on pouvait s\u2019en aller Ici\u2026 par la Compagnie Emile Saar<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>Festival IF en cour. 23 rue des Colombes.<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-3125 aligncenter\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2019\/07\/P1040044-600x450.jpg\" alt=\"\" width=\"508\" height=\"381\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">En marge du In et du Off, le festival \u00ab\u00a0IF en cour\u00a0\u00bb, \u00e0 l\u2019initiative de la D\u00e9viation, proposait de multiples rencontres au 23 rue des trois Colombes, chez Marie-Jo. Et comme si le nom de la petite rue avignonnaise \u00e9tait un appel ou une \u00e9tape pour \u00ab\u00a0dr\u00f4les d\u2019oiseaux\u00a0\u00bb nomades et migrateurs, entre autres groupes, performers, lecteurs et auteurs\u2026, la compagnie marseillaise Emile Saar s\u2019y posa avec <em>Plume<\/em> \u00e0 12H30 et 18H00 ce vendredi. Plume, un personnage \u00e0 part dans le monde po\u00e9tique, impr\u00e9visible et pour tout dire \u00ab\u00a0curieux\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0suspect\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0effront\u00e9\u00a0\u00bb, n\u00e9 de la caboche d\u2019Henri Michaux.<\/p>\n<p><strong>Les petites histoires qui font les grandes\u2026<\/strong><br \/>\n\u00ab\u00a0Jules, pour la performance <em>Plume<\/em>, dans la petite cour sous le figuier, il faudrait que l\u2019on puisse disposer de 2 enceintes, 3 pieds de micros et 3 micros, plus 1 mixette. C\u00f4t\u00e9 cablage, 1 long jack-jack, 3 longs XLR, 1 mini jack-RCA\u00a0\u00bb est-il \u00e9crit au bas d\u2019un mail de Marie.<br \/>\nOn imagine bien qu\u2019aux trois micros, on retrouvera Marie Lelardoux, Le\u00efla Lemaire et Audrey Ruzor qui forment le trio d\u2019Emile Saar. Les trois interpr\u00e8tes visibles de ce \u00ab\u00a0mini\u00a0\u00bb spectacle d\u2019une vingtaine de minutes qui, par ailleurs, se prolonge par la diffusion de ce qu\u2019elles font \u00e0 la radio. Une radio peu commune que www.radionunc.org o\u00f9 sur les ondes elles diffusent des bruits de tous les jours pris \u00e0 la ville, \u00e0 la campagne et \u00e0 l\u2019oc\u00e9an des sons.<br \/>\n\u00c0 Malte Schwind qui organise tout dans le \u00ab\u00a0IF en cour\u00a0\u00bb, elles proposeront un texte de pr\u00e9sentation pour leur travail autour de <em>Plume<\/em>\u00a0:<br \/>\nTitre\u00a0: \u00ab\u00a0Comme si on pouvait s\u2019en aller ici\u00a0\u00bb (\u00e7a sera la premi\u00e8re dite par Le\u00efla)<br \/>\nCie Emile Saar\/Marie Lelardoux, Le\u00efla Lemaire, Audrey Ruzor<br \/>\navec les voix de Lucien Bertolina, Daria Deflorian, Catherine Germain, Alexis Nouss, Eug\u00e8ne Savitzkaya.<br \/>\nDans \u00ab\u00a0Comme si on pouvait s\u2019en aller ici\u00a0\u00bb, trois com\u00e9diennes inventent une partition sc\u00e9nique \u00e0 partir d\u2019un montage radiophonique autour de Plume, personnage \u00e9nigmatique cr\u00e9\u00e9 par le po\u00e8te Henri Michaux. Ce montage est issu de quatre entretiens au sujet des textes Plume voyage, Plume \u00e0 Casablanca, Plume au plafond. Des voix cern\u00e9es par l\u2019\u00e9preuve du \u00ab comment dire \u00bb tentent de dessiner les contours d\u2019une silhouette qui se pr\u00e9cise, se diffracte, s\u2019\u00e9chappe.<br \/>\nAvec l\u2019accompagnement de Radio Grenouille &#8211; Atelier\/studio Euphonia (Marseille), Radio Zinzine (Aix-en-Provence), Radio Campus Paris.<br \/>\nVoil\u00e0, tout est dit dans le corps de ce mail et les artistes, qui fr\u00e9quentent la D\u00e9viation qui a \u00e9lu domicile chez Marie-Jo, se tiennent \u00e0 la r\u00e8gle du \u00ab\u00a0pas de chichi\u00a0\u00bb qui est le principe ma\u00eetre de ce lieu insolite qu\u2019est La D\u00e9viation, une ancienne cimenterie, \u00e0 l\u2019Estaque, reconvertie en p\u00f4le de cr\u00e9ation et de r\u00e9sidence o\u00f9 l\u2019on met en place, au jour le jour, une alternative \u00e0 l\u2019\u00e9conomie du spectacle.<br \/>\n<strong><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-3128 aligncenter\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2019\/07\/P1040045-600x450.jpg\" alt=\"\" width=\"435\" height=\"326\" \/><\/strong><br \/>\n<strong>Comme si on pouvait s\u2019en aller Ici\u2026<\/strong><br \/>\nC\u2019est la phrase\u00a0! L\u2019ouverture\u00a0! Dite sur le mode de l\u2019\u00e9vidence qui donne au visage de Le\u00efla, qui \u00e9carquille les yeux et s\u2019y reprend \u00e0 plusieurs fois, un air mi constern\u00e9, mi r\u00e9sign\u00e9. L\u2019air entendu, la moue logique et pourtant un peu d\u00e9rout\u00e9e, Le\u00efla dit la phrase qui commence son <em>Plume<\/em>. Et pour un peu on dirait, \u00e0 la regarder, qu\u2019elle subodore que la po\u00e9sie c\u2019est pas de la tarte et qu\u2019\u00e0 cet endroit, il faut faire attention o\u00f9 l\u2019on met les \u00ab\u00a0pieds\u00a0\u00bb. Dans son haut rouge p\u00e9tard, \u00e9l\u00e9gante, elle semble avoir endoss\u00e9e le r\u00f4le de Maestro alors que Marie et Audrey, impassibles ou d\u00e9j\u00e0 hors de port\u00e9e \u00e0 m\u00e9diter la phrase, perdues en pens\u00e9es, assises devant les micros perch\u00e9s, comme dans une salle d\u2019attente, attendent leur tour. Oui, c\u2019est \u00e7a. \u00c7a ressemble \u00e0 une salle d\u2019attente d\u2019ailleurs, bizarre comme toutes les salles d&rsquo;attente, en tous les cas une salle d\u2019attente pas d\u2019ici. Et alors, autour d\u2019un enregistrement dont on suppose que c\u2019est Michaux qui s\u2019explique sur <em>Plume<\/em>, elles entrent en r\u00e9sonance avec ce qui se dit, l\u00e0, \u00e0 la radio.<br \/>\nEn r\u00e9sonance, en \u00e9cho, comme si les ondes de la radio venaient les percuter ou les attendrir, elles reprennent, en ch\u0153ur ou seules, les phrases qui sont dites par Michaux qu\u2019un critique litt\u00e9raire semble mettre \u00e0 la torture avec des questions saugrenues, des intuitions purement subjectives et des affirmations ou des projections d\u2019enqu\u00eateur. Alors elles tendent l\u2019oreille, m\u00e9ditent les r\u00e9ponses, s\u2019amusent des questions, pr\u00e9c\u00e8dent l\u2019interview\u2026 parce que dans la salle d\u2019attente d\u2019ailleurs, elles connaissent le <em>Plume<\/em> sur le bout des doigts ou \u00ab\u00a0par c\u0153ur\u00a0\u00bb (expression qui les rapproche de l\u2019amour qu\u2019elles lui portent). L\u2019expression la plus juste, encore, serait d\u2019ailleurs de dire qu\u2019elles l\u2019ont sur le \u00ab bout de la langue\u00a0\u00bb et qu\u2019elles se le partagent avec une gourmandise amoureuse. C\u2019est un bonheur de les regarder feindre, s\u2019amuser d\u2019un air entendu, se reprendre, parler \u00e0 l\u2019unisson, soliloquer, monologuer\u2026<br \/>\nEt de les voir jouer un embarras qui passe par un embouteillage de la parole qui parfois les inscrit \u00e0 l\u2019endroit du circonspect, parfois celui de l\u2019amusement et vraisemblablement toujours celui de la passion. Avec cette performance sonore qui joue sur les silences, les cacophonies douces et arythm\u00e9es, les voix d\u2019ailleurs, leurs propres voix, c\u2019est un travail artistique et po\u00e9tique qui met en jeu ce que Nancy, un jour, parlant de la parodie, nommait par souci d\u2019\u00e9tymologie, le \u00ab\u00a0<em>Para od\u00e9<\/em>\u00a0\u00bb. Du grec donc, qui rappelle que la parodie est un \u00ab\u00a0chant d\u00e9cal\u00e9\u00a0\u00bb. Quelque chose qui fait que la <em>phon\u00e9<\/em> (le son, la parole) est le lieu, avant tout du d\u00e9placement, de l\u2019\u00e9cart, de l\u2019intervalle qui entretient avec l\u2019original un rapport distanci\u00e9 qui le met en relief.<br \/>\nAvec \u00ab\u00a0comme si on pouvait s\u2019en aller d\u2019ici\u00a0\u00bb, Marie, Le\u00efla, Audrey sont sans doute \u00e0 l\u2019endroit d\u2019une forme performative qui met en jeu la parole. Pr\u00e9cis\u00e9ment le rapport que l\u2019on entretient aux mots, aux \u00e9nonc\u00e9s et aux lieux d\u2019\u00e9nonciation. Et avec <em>Plume<\/em>, multipliant les sources de la parole (paroles enregistr\u00e9es, paroles d\u00e9cal\u00e9es, paroles diff\u00e9r\u00e9es, paroles archives, paroles <em>in situ<\/em>\u2026) elles livrent passage \u00e0 l\u2019id\u00e9e que la po\u00e9sie, et notamment celle de Michaux, fait de la parole un espace \u00e0 part enti\u00e8re. Un espace d\u2019aucun territoire, d\u2019aucune \u00e9poque, d\u2019aucune utilit\u00e9, d\u2019aucun temps sinon celui qui se forme dans l\u2019instant d\u2019un acte de cr\u00e9ation. Parole qui n\u2019assigne plus, qui ne nomme plus, mais qui fraie avec l\u2019id\u00e9e qu\u2019elle serait un passage, un moyen de rester nomade, un outil de voyage\u2026 L\u00e0 o\u00f9 la po\u00e9sie, dite par trois jeunes femmes devant des micros, comme dans une salle d\u2019attente o\u00f9 viennent les pens\u00e9es, se plaisent \u00e0 ignorer le temps rentable, le monde utile, et donnent \u00e0 voir et \u00e0 entendre un anachronisme, un \u00ab\u00a0pur instant\u00a0\u00bb, comme le r\u00eavait Walter Benjamin qui avait le souci de \u00ab\u00a0l\u2019esprit adamique de la langue\u00a0\u00bb.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Comme si on pouvait s\u2019en aller Ici\u2026 par la Compagnie Emile Saar Festival IF en cour. 23 rue des Colombes. En marge du In et du Off, le festival \u00ab\u00a0IF en cour\u00a0\u00bb, \u00e0 l\u2019initiative de la D\u00e9viation, proposait de multiples rencontres au 23 rue des trois Colombes, chez Marie-Jo. Et comme si le nom de la petite rue avignonnaise \u00e9tait un appel ou une \u00e9tape pour \u00ab\u00a0dr\u00f4les d\u2019oiseaux\u00a0\u00bb nomades et migrateurs, entre autres groupes, performers, lecteurs et auteurs\u2026, la compagnie<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":3126,"menu_order":0,"template":"","categorie_article":[27],"class_list":["post-3123","article","type-article","status-publish","has-post-thumbnail","hentry","categorie_article-critique"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/article\/3123","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/article"}],"about":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/types\/article"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/media\/3126"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=3123"}],"wp:term":[{"taxonomy":"categorie_article","embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/categorie_article?post=3123"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}