


{"id":3145,"date":"2019-07-16T01:31:56","date_gmt":"2019-07-15T23:31:56","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/?p=3145"},"modified":"2019-07-16T01:31:56","modified_gmt":"2019-07-15T23:31:56","slug":"dix-shakespeare-pour-un-auteur-contemporain","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/dix-shakespeare-pour-un-auteur-contemporain\/","title":{"rendered":"\u00ab\u00a0Dix Shakespeare pour un auteur contemporain\u00a0\u00bb"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: left\"><strong>Fran\u00e7ois Cervant\u00e8s, Claudine Galea, Perrine G\u00e9rard, Marilyn Mattei, Julie M\u00e9nard, Julie Rossello-Rochet, Alexandra Badea, Samuel Gallet, Michel Vinaver, Magali Mougel, Pauline Peyrade&#8230;<\/strong><\/p>\n<blockquote><p>\u00ab\u00a0Ce n\u2019est pas vrai que des auteurs qui ont cent ou deux cents ou trois cents ans racontent des histoires d\u2019aujourd\u2019hui [\u2026]. [M]\u00eame si notre \u00e9poque ne compte pas d\u2019auteurs de cette qualit\u00e9, je donnerais dix Shakespeare pour un auteur contemporain avec tous ses d\u00e9fauts. [\u2026] C\u2019est terrible de laisser dire qu\u2019il n\u2019y a pas d\u2019auteurs\u00a0; bien s\u00fbr qu\u2019il n\u2019y en a pas, puisqu\u2019on ne les monte pas, et que cela est consid\u00e9r\u00e9 comme une chance inou\u00efe d\u2019\u00eatre jou\u00e9 aujourd\u2019hui dans de bonnes conditions\u00a0; alors que c\u2019est quand m\u00eame la moindre des choses.\u00a0\u00bb<br \/>\n&nbsp;<\/p><\/blockquote>\n<p>Cette mise au point \u00e9nergique que Bernard-Marie Kolt\u00e8s opposait \u00e0 un journaliste dans les ann\u00e9es 1980 vaut plus que jamais aujourd\u2019hui. Plusieurs papiers parus dans <em>Lib\u00e9ration<\/em> s\u2019en \u00e9taient fait l\u2019\u00e9cho. Les r\u00e9cents \u00c9tats G\u00e9n\u00e9raux des \u00c9crivaines et \u00c9crivains de th\u00e9\u00e2tre qui se sont tenus \u00e0 la Chartreuse de Villeneuve lez Avignon sont pass\u00e9s de la d\u00e9ploration \u00e0 l\u2019action collective (voir le compte-rendu de Yannick Butel ici m\u00eame).<br \/>\nLe temps n\u2019est m\u00eame plus celui o\u00f9 des metteurs en sc\u00e8ne \u00ab\u00a0revisitaient les classiques\u00a0\u00bb. Le passage oblig\u00e9 consiste maintenant dans l\u2019adaptation de sc\u00e9nario ou de roman-fleuve. Et la figure du metteur en sc\u00e8ne tend \u00e0 s\u2019amoindrir au profit de \u00ab\u00a0cr\u00e9ations collectives\u00a0\u00bb qui s\u2019engouffrent dans l\u2019orni\u00e8re du th\u00e9\u00e2tre documentaire \u2012 loin des <em>punchlines<\/em> militantes d\u2019un Weiss ou d\u2019un Gatti. On multiplie les <em>biopics<\/em>, on abrite sous l\u2019aura de noms propres une dramaturgie platement lin\u00e9aire, chronologique, sans langue. Il est rare que ces d\u00e9marches h\u00e9g\u00e9moniques soient sous-tendues par une n\u00e9cessit\u00e9, une contrainte. La sati\u00e9t\u00e9 guette. Peu tentent d\u2019imposer un auteur contemporain, de risquer une distribution et une sc\u00e9nographie pour d\u00e9fendre une \u0153uvre en devenir, de s\u2019exposer aux frictions d\u2019un compagnonnage au long cours.<br \/>\nEncore faut-il que les dramaturges vivants frayent une dramaturgie vivante, portent \u00e9criture et vie \u00e0 un point d\u2019incandescence, ne se contentent pas d\u2019attendre la reconnaissance d\u2019un \u00ab\u00a0grand\u00a0\u00bb metteur en sc\u00e8ne, ne se satisfassent pas des aum\u00f4nes du CNL, ne reconduisent pas la formule efficace de la pi\u00e8ce pr\u00e9c\u00e9dente dans la suivante, ne d\u00e9fendent pas une puret\u00e9 illusoire du texte dramatique sans aucun frottement avec d\u2019autres genres, ne soient pas amn\u00e9siques de ceux qui les ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9s \u2012 meilleur moyen d\u2019y rester sans le savoir.<br \/>\nEt pourtant des maisons d\u2019\u00e9dition font opini\u00e2trement leur travail indispensable de d\u00e9frichage\u00a0: de Quartett \u00e0 L\u2019Arche en passant par Espace 34, les \u00e9ditions Th\u00e9\u00e2trales, Les Solitaires Intempestifs, Actes Sud\u2026 Elles publient des livres d\u2019auteurs dramatiques vivants, souvent de v\u00e9ritables livres qui ne se r\u00e9duisent pas aux rebuts d\u2019une \u00ab\u00a0\u00e9criture de plateau\u00a0\u00bb, mais des po\u00e8mes dramatiques qui investissent la page comme une sc\u00e8ne,\u00a0 retravaillent les t\u00e9moignages, all\u00e9gorisent les exp\u00e9riences, les d\u00e9placent, les alt\u00e8rent, ne c\u00e8dent rien sur l\u2019exigence formelle, l\u2019exp\u00e9rimentation typographique, la recherche d\u2019une langue inou\u00efe, \u00e0 la mesure des enjeux contemporains, o\u00f9 la \u00ab\u00a0petite affaire priv\u00e9e\u00a0\u00bb (Deleuze) n\u2019est pas dissoci\u00e9e de g\u00e9ographies politiques, de territoires imaginaires, de r\u00e9manences historiques, de peuples introuvables, invention po\u00e9tique justement pour ne pas aborder les d\u00e9chirures actuelles dans des moules \u00e9cul\u00e9s, des formes qui calcifient les forces, fabriquent du consensus, de la r\u00e9cup\u00e9ration culturelle, de la reconnaissance institutionnelle, pourvoyeuse de subventions, de r\u00e9sidences, de r\u00e9parations, de th\u00e9\u00e2tre qui panse au lieu de penser ou d\u2019\u00e9manciper.<br \/>\nEt de tous ces auteurs vivants, pour ne pas parler du IN (et en attendant qu\u2019IF EN COUR poursuive son cours d\u00e9viant), voici ce qui surnage du programme touffu du OFF\u00a0: Dennis Kelly (six spectacles), Mat\u00e9i Visniec (cinq spectacles) et Fabrice Melquiot (cinq spectacles). Je m\u2019interroge sur ce trio de t\u00eate, loin devant, eux-m\u00eames fondus dans Moli\u00e8re, Feydeau, Tchekhov et consorts, eux-m\u00eames effac\u00e9s par\u2026 ainsi de suite. Il ne s\u2019agit pas de leur d\u00e9nier tout int\u00e9r\u00eat, mais je crains ne percevoir derri\u00e8re cet emballement pour Kelly que la facile recette des \u00e9pisodes de s\u00e9rie du genre dystopique dont il a \u00e9t\u00e9 un fer de lance, pour Visniec une nostalgie absurde de l\u2019\u00e8re Ionesco et pour le prolifique Melquiot l\u2019occupation de la niche rentable du \u00ab\u00a0th\u00e9\u00e2tre de jeunesse\u00a0\u00bb.<br \/>\nJe pr\u00e9f\u00e8re, et ce sera mon fil rouge aux c\u00f4t\u00e9s des insens\u00e9s, des d\u00e9viants, entre derni\u00e8re bande et contrebande, \u00e9crire sur, avec, \u00e0 partir d\u2019\u00e9critures mineures. Qu\u2019une critique mineure en somme, loin de l\u2019aristocratie cr\u00e9pusculaire de la presse nationale, de la vitrine promotionnelle du web, de l\u2019humeur massacrante ou du go\u00fbt ineffable des blogueurs, s\u2019allie aux \u00e9critures mineures, celles de Fran\u00e7ois Cervant\u00e8s ou Alexandra Badea au Gilgamesh Belleville, de Claudine Galea \u00e0 la Manufacture, de Samuel Gallet, Perrine G\u00e9rard, Marilyn Mattei, Julie M\u00e9nard et Julie Rossello-Rochet au Parvis, de Michel Vinaver aux Halles (<em>11 septembre 2001<\/em> c\u2019est de la dramaturgie vivante oui), de Magali Mougel \u00e0 l\u2019Archipel Th\u00e9\u00e2tre, de Pauline Peyrade \u00e0 la Chartreuse, et j\u2019en oublie.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Fran\u00e7ois Cervant\u00e8s, Claudine Galea, Perrine G\u00e9rard, Marilyn Mattei, Julie M\u00e9nard, Julie Rossello-Rochet, Alexandra Badea, Samuel Gallet, Michel Vinaver, Magali Mougel, Pauline Peyrade&#8230; \u00ab\u00a0Ce n\u2019est pas vrai que des auteurs qui ont cent ou deux cents ou trois cents ans racontent des histoires d\u2019aujourd\u2019hui [\u2026]. 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