


{"id":3151,"date":"2019-07-16T10:04:23","date_gmt":"2019-07-16T08:04:23","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/?p=3151"},"modified":"2019-07-16T10:04:23","modified_gmt":"2019-07-16T08:04:23","slug":"vivre-sa-vie-godardien-berling","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/vivre-sa-vie-godardien-berling\/","title":{"rendered":"Vivre sa vie\u2026 Godardien Berling"},"content":{"rendered":"<p style=\"margin: 0cm 0cm 0.0001pt; text-align: center;\"><strong><em>Vivre sa vie<\/em>, mise en sc\u00e8ne Charles Berling<\/strong><\/p>\n<p style=\"margin: 0cm 0cm 0.0001pt; text-align: center;\"><strong>avec H\u00e9l\u00e8ne Alexandridis, Pauline Cheviller, S\u00e9bastien Depommier, Gr\u00e9goire L\u00e9aut\u00e9, au Th\u00e9\u00e2tre des Halles.<\/strong><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" wp-image-3152 aligncenter\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2019\/07\/vivre-sa-vie-\u00a9-nicolas-martinez-600x409.jpg\" alt=\"\" width=\"497\" height=\"339\" \/><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"margin: 0cm; margin-bottom: .0001pt; text-align: justify;\">Baroque, Kitch, expressionniste\u2026 la mise en sc\u00e8ne <i>Vivre sa Vie<\/i> de Charles Berling, d\u2019apr\u00e8s le film de Jean-Luc Godard, est pr\u00e9sent\u00e9e au Th\u00e9\u00e2tre des Halles dans la salle du chapitre, \u00e0 Avignon, \u00e0 l\u2019occasion de la 72<sup>\u00e8me<\/sup> \u00e9dition du festival. Pas un hommage, pas un remake, mais une \u0153uvre, ou disons un \u00ab\u00a0\u00e9tat d\u2019esprit ou d\u2019\u00e2me\u00a0\u00bb, que Charles Berling partage avec Godard et qui le conduit \u00e0 regarder \u00e0 l\u2019entour en y ajoutant un grain de po\u00e9sie comme on dirait un grain de folie. Quelque chose aussi d\u2019une esth\u00e9tique picturale qui, sur le mode des M\u00e9nines comment\u00e9es par Foucault, fait que ce tableau que forme <i>Vivre sa vie<\/i> abrite Berling en ses plis, en ses recoins. Entre portrait d\u2019Anna chez Godard, et portrait de Nana chez Berling, c\u2019est donc aussi un autoportrait tout entier fondu dans un flux de r\u00e9cits, un oc\u00e9an d\u2019images \u00e0 l\u2019endroit d\u2019une intimit\u00e9 expos\u00e9e avec pudeur. Godardien Berling\u00a0! Sans aucun doute, mais et surtout, spectateur et acteur, c\u2019est un regard qu\u2019il livre sur \u00ab\u00a0le film d\u2019une vie\u00a0\u00bb. Ou, pour le dire autrement, un film auquel on pr\u00eate un amour unique.<\/p>\n<p style=\"margin: 0cm; margin-bottom: .0001pt; text-align: justify;\">En m\u00e9moire, les images du film <i>Vivre sa vie<\/i> de Godard sorti en 1962, pas encore inscrit dans ce que l\u2019on appellera le cin\u00e9ma du r\u00e9el, mais d\u00e9j\u00e0 tent\u00e9 par un cin\u00e9ma qui nous rapprocherait du r\u00e9el. Image de Jean Ferrat qui caresse un flipper. Image d\u2019un visage \u00e9blouissant de la Passion de Jeanne d\u2019arc de Dreyer. Visage et regard d\u2019Anna Karina, belle, au regard noir qui danse \u00e0 en perdre l\u2019\u00e9quilibre, qui tapine \u00e0 s\u2019\u00e9tourdir. Image de livres et des nouvelles d\u2019Edgar Alan Poe. Images de t\u00eate \u00e0 t\u00eate triste et inqui\u00e9tant, de larmes qui montent aux yeux, de bar de quartier, de salle de billard, de rues parisiennes l\u00e9preuses ou mornes, de chambres d\u2019h\u00f4tel sans aucun luxe, de lettres manuscrites griffonn\u00e9es sur des cahiers d\u2019\u00e9colier, de clopes qui fument, de baisers vol\u00e9s, images de regards cam\u00e9ras qui n\u2019en finissent pas, de dos d\u2019hommes qui se servent et \u00e9treignent Anna comme une proie, de s\u00e9quences pudiques d\u2019habillage et de d\u00e9shabillage, de larmes \u00e9normes qui roulent en silence\u2026 Histoire de voix off, et d\u2019une m\u00e9lodie lancinante et triste compos\u00e9e par Michel Legrand\u2026 quelque chose de l\u2019ordre d\u2019une ritournelle pour violons et de plans coup\u00e9s pour faire sentir \u00ab\u00a0une bande passante\u00a0\u00bb d\u2019hommes aux petites vies qui viennent fr\u00e9quenter les \u00ab\u00a0femmes de mauvaises vies\u00a0\u00bb. Histoire encore de petites phrases cinglantes o\u00f9 les mecs souhaitent acheter aussi le sourire de la prostitu\u00e9e dont ils vont louer une partie. Petites phrases arbitraires, phrases o\u00f9 tra\u00eenent le pognon qui permet de s\u2019offrir un corps, un cul\u2026 Phrases de deal kolt\u00e9sien (Berling en sait quelque chose pour l\u2019avoir mont\u00e9) o\u00f9 le d\u00e9sir est \u00e9valu\u00e9 \u00e0 l\u2019aune de quelques billets. Et malgr\u00e9 tout, pour autant, histoire d&rsquo;un sourire qui dit le \u00ab\u00a0sel de la vie\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=SZhBYsvyJ2I<\/p>\n<p style=\"margin: 0cm; margin-bottom: .0001pt; text-align: justify;\">Et puis la voix de Godard, aussi, parlant du film tourn\u00e9 en noir et blanc. Une phrase\u00a0: \u00ab c\u2019est notre histoire, un peintre qui fait le portrait de sa femme\u00a0\u00bb dit le cin\u00e9aste alors que dans la vraie vie il vient de se s\u00e9parer de celle qui cr\u00e8ve l\u2019\u00e9cran\u00a0: Karina. Et elle de dire d\u2019un ton philosophique et na\u00eff\u00a0: \u00ab\u00a0y a qu\u2019\u00e0 s\u2019int\u00e9resser aux choses et les trouver belles\u00a0\u00bb. Et de sentir que l\u2019alternance de rythme y\u00e9y\u00e9 endiabl\u00e9 ne vaincra pas les violons de la tristesse qui reviennent sans cesse \u00e0 chaque tournant de vie, et que c\u2019est un silence qui pr\u00e9c\u00e8de la derni\u00e8re image d\u2019Anna tu\u00e9e, abandonn\u00e9e sur le macadam et qui, juste avant, dit \u00ab\u00a0non pas moi\u00a0\u00bb. Trop tard\u2026 et de regarder sa silhouette recroquevill\u00e9e comme celle d\u2019une \u00e9coli\u00e8re qui aurait travers\u00e9 la vie au mauvais endroit. Une vie de pas de chance qui l\u2019aura oblig\u00e9e \u00e0 battre le pav\u00e9 qui la mena\u00e7ait. Une vie \u00e0 peine choisie, o\u00f9 faire le trottoir aura \u00e9tait une \u00ab\u00a0solution\u00a0\u00bb provisoire qui finira par mal tourn\u00e9e. \u00c0 suivre le visage de Anna dans <i>Vivre sa vie<\/i>, on se rendra \u00e0 l\u2019\u00e9vidence. Comme le pr\u00e9nom qui est un palindrome et se lit de droite \u00e0 gauche ou l\u2019inverse, la vie est sans issue pour les \u00ab\u00a0petits\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"margin: 0cm; margin-bottom: .0001pt; text-align: justify;\">Et de saisir que le travail de Charles Berling invite au plateau ces souvenirs et que son regard sur le film les augmente, d\u00e8s la premi\u00e8re image. L\u00e0, une sorte de \u00ab\u00a0Marylin\u00a0\u00bb blonde plaqu\u00e9, dans une robe de mousseline blanche, interpr\u00e9t\u00e9e par H\u00e9l\u00e8ne Alexandridis, descend un escalier en citant <i>Lulu<\/i> de Franck Wedekind. Titre qui marque, au d\u00e9but du XX\u00e8 la pr\u00e9sence au th\u00e9\u00e2tre, pour la premi\u00e8re fois, d\u2019une prostitu\u00e9e dans un r\u00f4le-titre. Premi\u00e8re image s\u00e8che et crue, o\u00f9 depuis les travaux de Domenach, on sait que l\u2019escalier est le lieu du tragique. En marge, un guitariste \u00e0 la silhouette de Rocky Picture Horror Show balance trois accords stridents. Le ton est donn\u00e9 et cette premi\u00e8re image qu\u2019on pourrait imaginer \u00e0 la Une de Paris-Match inscrit le spectateur \u00e0 l\u2019endroit d\u2019un regard glac\u00e9. Gla\u00e7ant aussi, comme le sera l\u2019apparition d\u2019un dompteur ou d\u2019un entraineur de revue, fouet \u00e0 la main, au maquillage de clown. Une figure de Joker cynique et mena\u00e7ant. Aux premiers instants, donc, dans un d\u00e9cor que l\u2019on pourrait identifier \u00e0 un bar interlope, mais qui se regarde aussi comme une loge surdimensionn\u00e9e devant un miroir qui s\u2019\u00e9tend pratiquement sur tout le fond de sc\u00e8ne ou un cabaret, le ton est donn\u00e9. Il n\u2019y aura pas d\u2019issue. Et c\u2019est dans cet espace semi circulaire que va se jouer la vie de Nana (personnage interpr\u00e9t\u00e9 par Pauline Cheviller) \u00e0 qui Charles Berling confie le r\u00f4le phare de l\u2019Anna\/Nana de Godard. Et contrairement \u00e0 l\u2019expression \u00ab\u00a0fille de joie\u00a0\u00bb, Nana sera cette \u00ab\u00a0fille du feu\u00a0\u00bb nervalienne promise \u00e0 une vie o\u00f9, du trottoir \u00e0 la chambre, il faut prendre l\u2019escalier qui la m\u00e8ne dans les draps froiss\u00e9s par la sueur des inconnus, en lieu et place du plus vieux m\u00e9tier du monde.<\/p>\n<p style=\"margin: 0cm; margin-bottom: .0001pt; text-align: justify;\">En fond, l\u2019\u00e9cran qui r\u00e9fl\u00e9chit des images ou au contraire joue de transparence, fera appara\u00eetre une sorte de composition Klimtienne, aux premiers instants.<\/p>\n<p style=\"margin: 0cm; margin-bottom: .0001pt; text-align: justify;\">\u00c0 partir de ce premier temps, s\u2019en suivront douze tableaux qui, comme dans le film de Godard, marquent \u00e0 chaque fois une \u00e9tape de l\u2019histoire de Nana. Douze tableaux ou un chemin de croix. Mais Berling ne se suffit pas de cette r\u00e9f\u00e9rence et il les travaille et les sculpte pour le th\u00e9\u00e2tre et la sc\u00e8ne, y ajoutant l\u00e0 un fragment de texte de Simone Weil qui fait entendre la condition ouvri\u00e8re des femmes des usines. Plus loin un extrait de Virginie Despentes qui nomme les conditions de vie des \u00ab\u00a0travailleuses du sexe\u00a0\u00bb ou un fragment de Duras consacr\u00e9 \u00e0 la Jeanne Socquet qui peint les bordels de Montmartre, plus en amont encore un passage de <i>La Passe imaginaire<\/i> de Gris\u00e9lidis Real qui raconte le quotidien d\u2019une prostitu\u00e9e. Non qu\u2019il s\u2019agisse chez Berling de faire tomber la mise en sc\u00e8ne dans un essai critique sur la place des femmes et des prostitu\u00e9es\u00a0; mais plut\u00f4t \u00e0 chaque fois de faire entendre le monde int\u00e9rieur de Nana. Le faire entendre autrement et donner \u00e0 la sc\u00e8ne un double \u00e9cho qui se r\u00e9partit entre les paroles du quotidien, et les pens\u00e9es int\u00e9rieures. Mani\u00e8re pertinente et juste, esth\u00e9tiquement et po\u00e9tiquement, de faire sentir l\u2019articulation entre le corps vendu et l\u2019esprit libre, le corps \u00e0 vendre et les pens\u00e9es d\u2019ailleurs. Mani\u00e8re encore de souligner une complexit\u00e9 vivante \u00e0 l\u2019endroit d\u2019une vie monotone.<\/p>\n<p style=\"margin: 0cm; margin-bottom: .0001pt; text-align: justify;\">C\u2019est cette dualit\u00e9, encore, que le public peut sentir \u00e0 travers le dispositif sc\u00e9nique o\u00f9 en front de sc\u00e8ne, comme derri\u00e8re l\u2019\u00e9cran, une double vie qui n\u2019en forme qu\u2019une se laisse apercevoir. Mani\u00e8re libre de travailler un \u00ab\u00a0pile et un face\u00a0\u00bb o\u00f9 ce qui se joue au premier plan est mis en perspective \u00e0 l\u2019arri\u00e8re-plan. Mani\u00e8re de jouer d\u2019un d\u00e9voilement donc o\u00f9 ce qui est dit devant fait image derri\u00e8re. Principe du masque, en quelque sorte comme le sont les com\u00e9diens fard\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"margin: 0cm; margin-bottom: .0001pt; text-align: justify;\">Derri\u00e8re, justement, la sexualit\u00e9 monnay\u00e9e s\u2019y d\u00e9ploiera et la sc\u00e8ne de p\u00e9n\u00e9tration, non pas caricaturale mais stylis\u00e9e, ne laisse aucun doute sur le quotidien de Nana qui subit les assauts de ses clients. Crudit\u00e9 et violence du sexe sont ici habill\u00e9es d\u2019une ombre chinoise qui suffit \u00e0 rendre l\u2019ombre d\u2019une vie de catin. S\u00e9quence radicale o\u00f9 la r\u00e9p\u00e9tition du geste souligne moins un acte sexuel que les conditions d\u2019un travail \u00e0 la cha\u00eene. C\u2019est terrible \u00e0 voir, c\u2019est sans \u00e9rotisme, et c\u2019est brutal puisqu\u2019ici se dessine une image d\u2019ouvri\u00e8re tenue \u00e0 la rentabilit\u00e9, \u00e0 la cadence, \u00e0 l\u2019asservissement\u2026 que d\u00e9non\u00e7ait le petit texte de Simone Weil.<\/p>\n<p style=\"margin: 0cm; margin-bottom: .0001pt; text-align: justify;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-3153 aligncenter\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2019\/07\/vivre-sa-vie-anna-karina-nana-kleinfrankenheim_2_-600x438.jpg\" alt=\"\" width=\"501\" height=\"366\" \/>Il est difficile ici de rendre la multitude et la diversit\u00e9, le flux des images sonores et visuelles qui compose le <i>Vivre sa vie<\/i> de Charles Berling. Mais, et parce que le cin\u00e9ma est aussi le monde auquel il appartient, il n\u2019est pas possible d\u2019ignorer que l\u2019acteur qu\u2019il est a eu le go\u00fbt de l\u2019insinuer dans sa mise en sc\u00e8ne. L\u2019\u00e9cran est bien entendu l\u2019un des sympt\u00f4mes de son attachement au 7<sup>\u00e8me<\/sup> art. Il est le plus visible mais, en d\u00e9finitive, cet \u00e9cran trouve ici une fonction th\u00e9\u00e2trale qui abrite les all\u00e9s et venus de Nana entre deux mondes. L\u2019usage de la vid\u00e9o dans la mise en sc\u00e8ne, en revanche, s\u2019approche au plus proche de la technique cin\u00e9matographique. Comprenons par-l\u00e0 qu\u2019il nous rappelle que la question du montage est r\u00e9currente au cin\u00e9ma. Recourant \u00e0 cette image cin\u00e9matographique, Charles Berling en fera un \u00e9ni\u00e8me tableau, un treizi\u00e8me si l\u2019on veut. Peut-\u00eatre qu\u2019\u00e0 cet endroit se r\u00e9unissaient th\u00e9\u00e2tre et cin\u00e9ma, balayant la fronti\u00e8re entre l\u2019un et l\u2019autre. \u00c0 la derni\u00e8re image qui r\u00e9fl\u00e9chit la mort de Nana, le corps inerte en front de sc\u00e8ne sera projet\u00e9 sur l\u2019\u00e9cran. Image de \u00ab\u00a0The End\u00a0\u00bb qui fige la vie dans un tableau carr\u00e9. La mort s\u2019y d\u00e9ploie avec intensit\u00e9 et se contemple alors comme s\u2019il s\u2019agissait d\u2019une toile, une vanit\u00e9. Image pure d\u2019un portrait accroch\u00e9 \u00e0 un mur. Image qui fait \u00e9cho \u00e0 l\u2019ultime citation que Nana faisait au dernier souffle citant Simone Weil comme \u00e0 la premi\u00e8re s\u00e9quence\u00a0: \u00ab\u00a0la force, c\u2019est ce qui fait de quiconque lui est soumise une chose. Quand elle s\u2019exerce jusqu\u2019au bout, elle fait de l\u2019homme une chose au sens le plus litt\u00e9ral, car elle en fait un cadavre\u00a0\u00bb\u2026<\/p>\n<p style=\"margin: 0cm; margin-bottom: .0001pt; text-align: justify;\">La boucle est boucl\u00e9e. Le temps du th\u00e9\u00e2tre, celui de la repr\u00e9sentation, aura \u00e9t\u00e9 celui d\u2019un tableau que Berling a peint.<\/p>\n<p style=\"margin: 0cm; margin-bottom: .0001pt; text-align: justify;\">En rupture avec le pathos et la psychologie, le geste de metteur en sc\u00e8ne de Charles Berling s\u2019ouvre \u00e0 un th\u00e9\u00e2tre brut o\u00f9 les com\u00e9diens entretiennent une distance continue avec l\u2019histoire qu\u2019ils campent et rendent la diversit\u00e9 des rythmes de la vie. Brut d\u2019intensit\u00e9, \u00e0 l\u2019\u00e9cart de toute tension dramatique qui voudrait faire un \u00ab\u00a0effet\u00a0\u00bb, <i>Vivre sa vie<\/i> de Charles Berling, assist\u00e9 d\u2019Ir\u00e8ne Bonnaud \u00e0 la dramaturgie, ne cherche pas \u00e0 jouer l\u2019\u00e9motion, mais \u00e0 la faire na\u00eetre dans l\u2019esprit du public. Et comme le petit manteau de Nana qu\u2019elle passe et enl\u00e8ve sans arr\u00eat, si le th\u00e9\u00e2tre se d\u00e9finit aussi comme le \u00ab\u00a0manteau d\u2019arlequin\u00a0\u00bb, alors au terme de la repr\u00e9sentation, du film est n\u00e9 le th\u00e9\u00e2tre, de l\u2019\u00e9cran est n\u00e9 la sc\u00e8ne. Ce n\u2019est pas beau, c\u2019est vrai. L\u00e0, se rejoignent Godard et Berling qui pr\u00eatent, l\u2019un et l\u2019autre, \u00e0 leur art, la capacit\u00e9 de faire appara\u00eetre \u00e7a qui est l\u2019un des enjeux de leurs pratiques.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Vivre sa vie, mise en sc\u00e8ne Charles Berling avec H\u00e9l\u00e8ne Alexandridis, Pauline Cheviller, S\u00e9bastien Depommier, Gr\u00e9goire L\u00e9aut\u00e9, au Th\u00e9\u00e2tre des Halles. &nbsp; Baroque, Kitch, expressionniste\u2026 la mise en sc\u00e8ne Vivre sa Vie de Charles Berling, d\u2019apr\u00e8s le film de Jean-Luc Godard, est pr\u00e9sent\u00e9e au Th\u00e9\u00e2tre des Halles dans la salle du chapitre, \u00e0 Avignon, \u00e0 l\u2019occasion de la 72\u00e8me \u00e9dition du festival. 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