


{"id":3157,"date":"2019-07-16T12:10:22","date_gmt":"2019-07-16T10:10:22","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/?p=3157"},"modified":"2019-07-16T12:10:22","modified_gmt":"2019-07-16T10:10:22","slug":"un-nimporte-quoi-salutaire","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/un-nimporte-quoi-salutaire\/","title":{"rendered":"Un n\u2019importe quoi salutaire"},"content":{"rendered":"<p align=\"justify\"><b>La Clairi\u00e8re du Grand n\u2019importe quoi se joue dans le Festival OFF d\u2019Avignon 2019 \u00e0 l\u2019Art\u00e9phile \u00e0 16h35. Une \u00e9pop\u00e9e g\u00e9o-politico-\u00e9cologique qui d\u00e9lire notre monde et ouvre quelques br\u00e8ches par le rire de cette r\u00e9alit\u00e9 qu\u2019est la n\u00f4tre, alors que l\u2019on pourrait en pleurer. Cela donne de l\u2019air\u00a0! <\/b><\/p>\n<p align=\"justify\">\n<p align=\"justify\">Au retour en force de l\u2019ordre moral, lorsque le th\u00e9\u00e2tre est \u00e0 nouveau inf\u00e9od\u00e9 sinon \u00e0 un message, du moins \u00e0 une utilit\u00e9 sociale traitant les probl\u00e8mes de notre soci\u00e9t\u00e9, o\u00f9 il est si souvent r\u00e9duit \u00e0 une exposition plate d\u2019opinions et \u00e0 la signification claire de chaque mot \u00e0 une chose, o\u00f9 le monde se r\u00e9duit \u00e0 une simplicit\u00e9 manich\u00e9en et rassure ainsi la gauche bien-pensante, le n\u2019importe quoi de Alain B\u00e9har ne peut qu\u2019\u00eatre une clairi\u00e8re, un souffle, de l\u2019air dans l\u2019ennui actuel des plateaux de th\u00e9\u00e2tre. Surtout quand \u00e0 fur et \u00e0 mesure notre rire sur ce d\u00e9lire \u00e9cologique (car c\u2019est dr\u00f4le!) se frappe au fait que ce d\u00e9lire du n\u2019importe quoi nous est pas si \u00e9tranger, n\u2019est pas si \u00e9loign\u00e9 et qu\u2019il nous est m\u00eame plut\u00f4t familier. Les sens se renverse, les personnes errent, les directions s\u2019intervertissent. Il pleut et quand le soleil arrive, le trou d\u2019ozone br\u00fble tout. Les papiers montent en flamme. Les b\u00e9b\u00e9s cr\u00e8vent, sont cuites et pourrissent. Tout se rempli d\u2019eau qui devient lait \u00e0 cause des poudres de lait d\u00e9shydrat\u00e9 abandonn\u00e9s dans des paysages apocalyptiques. Des gens se collent \u00e0 nous, maigre et suant, nous embrassent avec la langue. Des bombes explosent. Boum. Des mitraillettes. Tack. Il y a des rats g\u00e9ants. Des cadavres. \u00c7a pu. Une journaliste capte les derni\u00e8res images attendrissants et chante un nouveau tube qui s\u2019appelle \u00ab\u00a0Moi aussi\u00a0\u00bb. Un artiste veut \u00ab\u00a0provoquer\u00a0\u00bb en foutant une meuf sur une bite \u00e9norme en gla\u00e7on qui fond au soleil&#8230;<\/p>\n<p align=\"justify\">Comment ne pas alors penser \u00e0 la \u00ab\u00a0Barca Nostra\u00a0\u00bb expos\u00e9e \u00e0 la Biennale de Venise et \u00e0 tout ce r\u00e9alisme n\u00e9olib\u00e9rale qui pr\u00e9tend \u00ab\u00a0critiquer\u00a0\u00bb cette soci\u00e9t\u00e9 alors qu\u2019il permet tout juste que le monde continue \u00e0 tourner ainsi, car on donne l\u2019impression de se soucier des catastrophes actuelles et \u00e0 venir.<\/p>\n<p align=\"justify\">La terre tourne dans un sens, s\u2019arr\u00eate et tourne dans l\u2019autre autour de n\u2019importe quoi. La solution aura lieu en 2147. Il suffit d\u2019attendre un peu. Jusqu\u2019ici on est bien en cage, mieux que dehors, merci Total, merci vraiment. On finit quand m\u00eame de sortir, de s\u2019\u00e9vader, ce qui semble tout de m\u00eame beaucoup plus simple qu\u2019on croyait. On sacrifie toute sorte d\u2019objets, on d\u00e9truit, un enfant pleure parce que son papa \u00e9clate son t\u00e9l\u00e9phone ce qui le fait rire et une exode du monde entier se fait sur un bateau en papier au milieu de la Sahara vers l\u2019imagination. Effacement du monde. Du code, du big data pleut du ciel et fait pousser des choses \u00e9tranges. De nouveaux jeux se tissent entre nous, de nouvelles espaces et c\u2019est remis \u00e0 demain.<\/p>\n<p align=\"justify\">Alain B\u00e9har, qui a collabor\u00e9 ici, comme dans son pr\u00e9c\u00e9dent spectacle <i>Les Vagabondes<\/i>, avec Marie Vayssi\u00e8re, entre dans son d\u00e9lire avec une simplicit\u00e9 et une vitesse qui ne s\u2019attardent pas aux mots car c\u2019est de toute fa\u00e7on n\u2019importe quoi. Il semble que rien ne compte vraiment, les cadavres sont sur la m\u00eame \u00e9chelle de valeur qu\u2019un homme qui passe, de la pluie qui tombe. C\u2019est un n\u2019importe quoi postmoderne o\u00f9 tout rep\u00e8re est perdu, le haut et le bas, la droite et la gauche n\u2019existent plus. Et le th\u00e9\u00e2tre est alors lib\u00e9r\u00e9 d\u2019une injonction dramaturgique qui doit se vouloir intelligente. La terre tourne, les lumi\u00e8res tournent. Paf et \u00ab\u00a0Paf\u00a0\u00bb est projet\u00e9 sur le mur. C\u2019est n\u2019importe quoi, mais ce n\u2019est pas grave, ce n\u2019est pas jug\u00e9. Tout se passe tr\u00e8s bien au final. Et puis, quand m\u00eame, des fois, ext\u00e9nu\u00e9, au bout d\u2019un d\u00e9sespoir ou simplement \u00e9puis\u00e9, \u00e0 bout de souffle car fuyant les rats \u00e9normes ou suant de la chaleur des projos, Alain B\u00e9har s\u2019arr\u00eate et quelque chose d\u2019un abandon, quelque chose d\u2019en dessous de cette course effrayante contre l\u2019absurdit\u00e9 s\u2019adresse \u00e0 nous, se manifeste et on se demande\u00a0: Pourquoi personne ne s\u2019arr\u00eate de courir, ce pourrait \u00eatre si simple pourtant.<\/p>\n<p align=\"justify\">Mais m\u00eame quand on aurait pu se noyer, l\u2019eau ne va pas plus haut que la m\u00e2choire, pour tout le monde, petit ou grand, personne ne se noie dans l\u2019oc\u00e9an de lait qui a envahit tout.<\/p>\n<p align=\"justify\">La sc\u00e9nographie est simple. Trois panneaux peints en blanc jusqu\u2019au milieu \u00e0 peu pr\u00e8s, en fait jusqu\u2019\u00e0 la hauteur du cou de B\u00e9har, des cartons par terre, un scotch bleu qu\u2019il scotche et coupe pour cr\u00e9er des espaces, n\u2019importe quoi. Le th\u00e9\u00e2tre ici n\u2019est pas l\u2019illusion du lieu de fiction, ni m\u00eame sa repr\u00e9sentation, mais quelque chose comme un plan d\u2019immanence qui peut accueillir ce texte. Cela se regarde peut-\u00eatre comme une reconstitution ou mieux la construction de ce d\u00e9lire \u00e9co-cosmique dans ce petit th\u00e9\u00e2tre qui n\u2019a peut-\u00eatre pas plus de 2m20 de hauteur sous les plafonds. \u00c0 un moment, Alain B\u00e9har semble avoir un trou de texte. Il se gratte la t\u00eate, tire une grimace au spectateur et va lire ses papiers qui sont l\u00e0 sur le plateau. Il ne s\u2019agit pas d\u2019y croire, mais comme Alain B\u00e9har fait l\u2019exp\u00e9rience de ce monde fou, de ces mots, nous sommes avec lui, rions beaucoup, beaucoup et nous nous disons \u00e0 la fin que peut-\u00eatre c\u2019est quand m\u00eame par l\u00e0, par le grand n\u2019importe quoi et par un rire qu\u2019il faut prendre ce monde de tar\u00e9s, que son d\u00e9lire du grand n\u2019importe quoi nous donne de la force pour s\u2019attaquer au n\u2019importe quoi de notre monde. Un n\u2019importe quoi salutaire.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La Clairi\u00e8re du Grand n\u2019importe quoi se joue dans le Festival OFF d\u2019Avignon 2019 \u00e0 l\u2019Art\u00e9phile \u00e0 16h35. Une \u00e9pop\u00e9e g\u00e9o-politico-\u00e9cologique qui d\u00e9lire notre monde et ouvre quelques br\u00e8ches par le rire de cette r\u00e9alit\u00e9 qu\u2019est la n\u00f4tre, alors que l\u2019on pourrait en pleurer. Cela donne de l\u2019air\u00a0! Au retour en force de l\u2019ordre moral, lorsque le th\u00e9\u00e2tre est \u00e0 nouveau inf\u00e9od\u00e9 sinon \u00e0 un message, du moins \u00e0 une utilit\u00e9 sociale traitant les probl\u00e8mes de notre soci\u00e9t\u00e9, o\u00f9 il<\/p>\n","protected":false},"author":5,"featured_media":3158,"menu_order":0,"template":"","categorie_article":[27],"class_list":["post-3157","article","type-article","status-publish","has-post-thumbnail","hentry","categorie_article-critique"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/article\/3157","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/article"}],"about":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/types\/article"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/users\/5"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/media\/3158"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=3157"}],"wp:term":[{"taxonomy":"categorie_article","embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/categorie_article?post=3157"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}