


{"id":3162,"date":"2019-07-16T13:10:47","date_gmt":"2019-07-16T11:10:47","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/?p=3162"},"modified":"2019-07-16T13:10:47","modified_gmt":"2019-07-16T11:10:47","slug":"un-homme-un-accident-et-la-vie","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/un-homme-un-accident-et-la-vie\/","title":{"rendered":"Un Homme, un accident et la vie"},"content":{"rendered":"<p align=\"justify\"><i><b>Un homme <\/b><\/i><b>de Ga\u00ebl Leveugle <\/b><b>se joue du 6 au 22 juillet 2019 dans le cadre du Festival OFF d\u2019Avignon \u00e0 La Caserne. Une forme qui ne travaille pas sur la signification et sa domination. C\u2019est devenu rare, ces jours-ci.<br \/>\n<\/b><\/p>\n<p align=\"justify\"><i>Un homme<\/i> est une virtuose \u00e9criture de plateau (et pour une fois, ce terme a un sens) o\u00f9 la forme se d\u00e9cline par variations autour d\u2019une petite sc\u00e9nette inspir\u00e9e de Bukowski. Les gestes et les mots se r\u00e9p\u00e8tent, une fois projet\u00e9s, une fois dits, jusqu\u2019\u00e0 ce que la sc\u00e8ne finale se joue de A \u00e0 Z. Il y a une sorte de d\u00e9veloppement contrapuntique jusqu\u2019\u00e0 la finale, o\u00f9 le th\u00e9\u00e2tre, ou ce qu\u2019on en entend de mani\u00e8re classique, n\u2019est plus morcel\u00e9 par ses \u00e9l\u00e9ments auditifs et visuels.<\/p>\n<p align=\"justify\">D\u2019abord, c\u2019est du playback. La com\u00e9dienne Charlotte Corman est en avant sc\u00e8ne et lit, ou fait semblant de lire. Plus tard il y aura les actions, mais les sons seront doubl\u00e9s artificiellement. Comme s\u2019il s\u2019agissait d\u2019un dur labeur pour se d\u00e9p\u00eatrer de quelque chose et arriver \u00e0 la vie. \u00ab\u00a0Il y a ce petit oiseau bleu au fond de moi, mais que je ne laisserai pas sortir. Je suis brillant. Il ne sera vu de personne.\u00a0\u00bb Et voir cette repr\u00e9sentation du 15 juillet, o\u00f9 un magnifique accident \u2013 le bar dont manque une roue et qui chavire d\u00e8s lors que Charlotte Corman s\u2019assoie dessus renversant l\u2019eau, les verres et la bouteille de whisky \u2013 o\u00f9 cet accident semble tout \u00e0 coup avoir bris\u00e9, fissur\u00e9 quelque chose. \u00ab\u00a01. La vie est un texte. 2. Nous voulons faire des trous dedans. [\u2026] 4. Ce n\u2019est pas vrai que quand on veut on peut.\u00a0\u00bb C\u2019est donc cet accident qui a <i>pu<\/i> faire un trou. La vie battait en pleine force et c\u2019\u00e9tait comme un r\u00e9veil depuis une longue et astreignante cong\u00e9lation.<\/p>\n<p align=\"justify\">Pour faire sauter quelque chose, pour arriver \u00e0 faire les trous, il y avait la tentative de gueuler un texte et tirer dans l\u2019air avec une arme \u00e0 feu. O\u00f9 \u00ab\u00a0the worst\u00a0\u00bb est cette vie partout proclam\u00e9e et norm\u00e9e, cette vie que l\u2019on devrait mener, et o\u00f9 \u00ab\u00a0the best\u00a0\u00bb, c\u2019est tout le contraire\u00a0: cette vie-l\u00e0, socialement m\u00e9prisable et sans doute le verre de whisky. Et \u00e0 chaque phrase ou presque, un coup de pistolet comme une tentative de d\u00e9chirer l\u2019air et avec l\u2019air cette chose qui nous emp\u00eache, mais de voir clairement l\u2019impuissance de la force. C\u2019est donc un jeu, un passe-temps, plut\u00f4t qu\u2019un manifeste dans lequel on croirait encore et ainsi on traverse la vie.<\/p>\n<p align=\"justify\">Un autre intermezzo\u00a0: La sc\u00e8ne est presque en noir, Pascal Battus fait des bruits avec des bouts de plastique sur un disque qui tourne. Une musique bruitiste qui semble participer aux craqu\u00e8lements d\u2019une couche de glace qui nous enferme durant tout le spectacle. Et en dessous de la glace doit se trouver ce corps tortueux et tortur\u00e9, \u00e9clair\u00e9 par bouff\u00e9e de lumi\u00e8re tant\u00f4t d\u2019une c\u00f4t\u00e9, tant\u00f4t de l\u2019autre. Les articulations d\u00e9sax\u00e9s, pli\u00e9 en deux ou trois. On ne voit pas clairement et on devine une grimace terrifiante, mais qui se d\u00e9voile d\u2019\u00eatre au finale la t\u00eate et des cheveux&#8230;<\/p>\n<p align=\"justify\">La lumi\u00e8re et la sc\u00e9nographie font un et ils proc\u00e8dent aussi par ajouts successifs pour construire, pour aller vers une construction quelconque. Des espaces se dessinent. La chambre dessin\u00e9e par des lignes d\u2019une guinde rappelle les cadres dans les tableaux de Bacon. Nombreuses ampoules sont r\u00e9fl\u00e9chies dans l\u2019entour miroitant. Souvent ils s\u2019\u00e9clairent eux-m\u00eame avec des miroirs en r\u00e9fl\u00e9chissant la lumi\u00e8re sur leurs partenaires de jeu&#8230;<\/p>\n<p align=\"justify\">Ce n\u2019est pas un rythme qui se h\u00e2te. Tout au contraire. Il construit tranquillement, lentement autour de ce moment o\u00f9 Constance retourne chez George, o\u00f9 les deux sont \u00e0 nouveau pris par un d\u00e9sir, mais o\u00f9 Constance \u00e0 la fin (mais il n\u2019y a pas vraiment de fin puisqu\u2019il n\u2019y avait pas d\u2019histoire, et il n\u2019y avait pas de d\u00e9but non plus) le quitte et repars chez Walter. Une lenteur par moment insupportable ou du moins aga\u00e7ante comme quand il verse le whisky avec le m\u00eame geste m\u00e9ticuleux, obsessionnel et \u00e0 r\u00e9p\u00e9tition infinie dans son verre. Moment de vie o\u00f9 le d\u00e9sir <i>aurait pu<\/i> cheminer vers quelque chose, nous ouvrir tout \u00e0 coup \u00e0 la vie et o\u00f9 l\u2019accident du th\u00e9\u00e2tre l\u2019accomplit.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Un homme de Ga\u00ebl Leveugle se joue du 6 au 22 juillet 2019 dans le cadre du Festival OFF d\u2019Avignon \u00e0 La Caserne. Une forme qui ne travaille pas sur la signification et sa domination. C\u2019est devenu rare, ces jours-ci. Un homme est une virtuose \u00e9criture de plateau (et pour une fois, ce terme a un sens) o\u00f9 la forme se d\u00e9cline par variations autour d\u2019une petite sc\u00e9nette inspir\u00e9e de Bukowski. Les gestes et les mots se r\u00e9p\u00e8tent, une fois<\/p>\n","protected":false},"author":5,"featured_media":3169,"menu_order":0,"template":"","categorie_article":[27],"class_list":["post-3162","article","type-article","status-publish","has-post-thumbnail","hentry","categorie_article-critique"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/article\/3162","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/article"}],"about":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/types\/article"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/users\/5"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/media\/3169"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=3162"}],"wp:term":[{"taxonomy":"categorie_article","embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/categorie_article?post=3162"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}