


{"id":3188,"date":"2019-07-16T15:25:24","date_gmt":"2019-07-16T13:25:24","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/?p=3188"},"modified":"2019-07-16T15:25:24","modified_gmt":"2019-07-16T13:25:24","slug":"pistou-ladolescence-a-bout-touchant","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/pistou-ladolescence-a-bout-touchant\/","title":{"rendered":"Pistou, l&rsquo;adolescence \u00e0 bout touchant"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: center;\">Pistou, r\u00e9cit d&rsquo;adolescence, de la cie Pas de l&rsquo;Oiseau,<br \/>\nde et avec Am\u00e9lie Chamoux, mise en sc\u00e8ne Laurent Eyraud-Chaume<br \/>\nTh\u00e9\u00e2tre de la bourse de travail CGT, Avignon Off 2019<\/p>\n<p><strong>Th\u00e9\u00e2tre \u00e0 hauteur d\u2019\u00e9paules de l\u2019adolescence, de l\u2019autre, de soi et du th\u00e9\u00e2tre : une sc\u00e8ne nue comme une simple adresse, le plateau vide pour mieux prendre appui et raconter \u00e0 bout touchant ce qui traverse une vie quand elle commence. Pas m\u00eame une vie, seulement l\u2019adolescence au moment o\u00f9 on lui demande de choisir son avenir en quelques semaines et qu\u2019elle affronte ses d\u00e9sirs amoureux \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 mesquine. Alors sur la petite sc\u00e8ne du th\u00e9\u00e2tre de la bourse du travail CGT, la compagnie du pas de l\u2019oiseau comme \u00e0 mains nues ou pour seul arme le th\u00e9\u00e2tre-r\u00e9cit affronte tout cela, le th\u00e9\u00e2tre, le r\u00e9cit et l\u2019adolescence. Am\u00e9lie Chamoux endosse les milles voix et r\u00f4les de cette trag\u00e9die minuscule du quotidien pour dire que l\u2019adolescence n\u2019est pas vou\u00e9e \u00e0 \u00eatre \u00e9cras\u00e9e ni par le monde ni par le regard qu\u2019on peut lui porter.<\/strong><br \/>\nDire l\u2019adolescence au moment o\u00f9 elle bascule vers on ne sait o\u00f9, l\u2019\u00e2ge des d\u00e9cisions, des choix quand on ne sait pas qui les fait pour nous, les violences absurdes que les adultes commettent l\u2019air de rien parce qu\u2019eux, ils sont \u00ab\u00a0responsables\u00a0\u00bb, et ces lyc\u00e9es v\u00e9rol\u00e9s par l\u2019habitude, les exclusions de tous ordres, tranquilles et l\u00e2ches, selon qu\u2019on est filles ou gar\u00e7ons, pas vraiment d\u2019ici et m\u00eame d\u2019ailleurs, et ces familles qui sont d\u2019autres lieux de silence, d\u2019exclusion, les amours qui pourraient \u00eatre des bouff\u00e9es d\u2019air mais qui parfois relancent la douleur d\u2019\u00eatre rejet\u00e9 ou d\u2019\u00eatre soi. Oui, toute l\u2019adolescence, ce m\u00e9lange des sensations libres et des oppression qui enserrent : alors, tout cela, qu\u2019on le jette sur un plateau, avec ce qui la compose, ses affects et ses pens\u00e9es, ses poses et ses ridicules, ses h\u00e9ro\u00efsmes quand on finit par enfin parler en son nom, et \u00e7a fabriquerait une vie, le d\u00e9but d\u2019une vie. C\u2019est immense et c\u2019est banal. C\u2019est fabriqu\u00e9 de milles fragments, de milles vapeurs. Le th\u00e9\u00e2tre du Pas de l\u2019Oiseau ose dire ce tout dans le minuscule d\u2019un r\u00e9cit d\u2019adolescente : et par le minuscule, le singulier, touche \u00e0 cette simplicit\u00e9 de reconna\u00eetre ce monde en partage qui n\u2019offre que des voies de garage, et dont le salut r\u00e9side peut-\u00eatre seulement dans les chemins de traverse.<br \/>\nC\u2019est un pari, qui porte en lui tout une fa\u00e7on de penser le monde et le th\u00e9\u00e2tre ensemble. Un plateau nu, une simple actrice, trois cagettes de bois, quelques lumi\u00e8res, un \u00e9cran qui projettera quelques phrases. Trois fois rien \u2014 et depuis ce rien, toute une vie donc. Et pas seulement une : l\u2019actrice dira donc toutes les voix qui font le paysage d\u2019adolescence d\u2019une jeune fille, Lucienne \u2014 voix des amies, des parents, des enseignants, des psychologues, de toute cette masse d\u2019alt\u00e9rit\u00e9 qui emp\u00eache d\u2019\u00eatre soi, et qui permet de s\u2019affirmer autre. D\u2019une posture \u00e0 l\u2019autre, et sans spectaculaire, sans l\u2019outrance vulgaire du stand-up, mais avec une sensible gr\u00e2ce, on endosse une voix avant une autre, et tel corps soudain d\u2019emprunt pour faire lever la pr\u00e9sence de tel ou tel. L\u2019affleurement de la caricature sans le grincement de la d\u00e9rision, la souplesse seulement d\u2019esquisser des visages et d\u2019autres vies qui passent. Tout le th\u00e9\u00e2tre des corps avec un seul ; et des lieux, dans le simple geste de le laisser voir, et de montrer qu\u2019il est de pur fabrication. Un jeu avec le th\u00e9\u00e2tre, et dans la tendresse de ses moyens d\u00e9risoires o\u00f9 tout lever.<br \/>\nLe r\u00e9cit : de m\u00eame. Travers\u00e9e d\u2019une ann\u00e9e de lyc\u00e9e en une heure et tout y passe. Les passages oblig\u00e9s sont autant de portes d\u2019un slalom lentement et vigoureusement men\u00e9 \u2014 l\u2019allant est une \u00e9nergie. Le r\u00e9cit n\u2019est pas seulement t\u00e9moignage, il est une composition musicale, et plus encore : culinaire. Pour faire vivre ensemble les drames et les joies, il fallait bien le liant qui les rehausse. Le pistou, dans la cuisine du sud, sert \u00e0 tout relever : exhausse le go\u00fbt de chaque plat. Du pistou comme image d\u2019un th\u00e9\u00e2tre qui relie, assemble, rel\u00e8ve. Pistou, c\u2019est le surnom de la jeune fille parce qu\u2019elle trouve chez sa grand-m\u00e8re l\u2019ingr\u00e9dient qui donne saveur \u00e0 tout, m\u00eame au plus fade. Et quand c\u2019est la vie qui est la fadeur m\u00eame ?<br \/>\nDans le lyc\u00e9e, elle fait face aux violences ordinaires. Aux plus sournoises aussi. Aux plus ridiculement politiques. Par exemple \u00e0 la cantine, c\u2019est viande tous les midis, et tant pis pour ceux qui n\u2019en mangent pas, par go\u00fbt ou par croyance. Alors la jeune fille prend la t\u00eate d\u2019une petite mobilisation contre cette exclusion de fait. \u00c9pop\u00e9e minuscule qui touche \u00e0 plus grand qu\u2019elle : les sous-bassement d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 organis\u00e9e contre tout ce qui semble autre. Et dans ce monde qu\u2019on nous raconte, l\u2019adolescence est bien cet autre que toutes les politiques disent vouloir mettre au centre des discours pour mieux l\u2019\u00e9vacuer de toutes actions politiques. L\u2019adolescence n\u2019a pas le droit de vote, c\u2019est seulement une part de march\u00e9 pour les communicants, publicitaires ou d\u00e9magogues. Donner la parole \u00e0 l\u2019adolescence, \u00e0 une adolescente, sans condescendre \u00e0 parler pour elle, c\u2019est d\u2019une certaine mani\u00e8re la relever aussi : et faire du th\u00e9\u00e2tre moins une tribune qu\u2019un point de vue.<br \/>\n\u00ab\u00a0La sensibilit\u00e9 de chacun, c&rsquo;est son g\u00e9nie.\u00a0\u00bb phrase de Baudelaire qui lance le spectacle. C\u2019est la psychologue scolaire (ou la conseill\u00e8re d\u2019orientation ?) qui la propose \u00e0 la jeune fille. Mais c\u2019est tout le programme de ce th\u00e9\u00e2tre. Non d\u2019affirmer un g\u00e9nie du surplomb, mais chercher dans le commun de vies sensibles un tout un chacun qui pourrait \u00eatre partag\u00e9 : et qu\u2019on habiterait ce monde des violences subies, consenties ou faites, cette existence o\u00f9 la bureaucratie d\u00e9cide des vies, cette exp\u00e9rience de l\u2019autre o\u00f9 soi-m\u00eame on ne sait qui on est. Les lignes qui s\u2019esquissent \u00e0 la fin du r\u00e9cit proposent l\u2019hypoth\u00e8se des perspectives fuyantes : non pas pour tourner le dos au monde, mais pour l\u2019affronter par la tangente. Refuser les circuits balis\u00e9s de <i>l\u2019admission post-bac<\/i>, chercher sa voie ailleurs, o\u00f9 on n\u2019est pas, o\u00f9 on ne sait pas : par la marche fabriquer le chemin.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Pistou, r\u00e9cit d&rsquo;adolescence, de la cie Pas de l&rsquo;Oiseau, de et avec Am\u00e9lie Chamoux, mise en sc\u00e8ne Laurent Eyraud-Chaume Th\u00e9\u00e2tre de la bourse de travail CGT, Avignon Off 2019 Th\u00e9\u00e2tre \u00e0 hauteur d\u2019\u00e9paules de l\u2019adolescence, de l\u2019autre, de soi et du th\u00e9\u00e2tre : une sc\u00e8ne nue comme une simple adresse, le plateau vide pour mieux prendre appui et raconter \u00e0 bout touchant ce qui traverse une vie quand elle commence. 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