


{"id":3198,"date":"2019-07-17T01:50:58","date_gmt":"2019-07-16T23:50:58","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/?p=3198"},"modified":"2019-07-17T01:50:58","modified_gmt":"2019-07-16T23:50:58","slug":"crash-texte","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/crash-texte\/","title":{"rendered":"Crash-texte"},"content":{"rendered":"<p><strong><em>Burnout<\/em><\/strong><strong> d\u2019Alexandra Badea, par Marie Denys, Gilgamesh Belleville, 5-26 juillet 2019.<\/strong><br \/>\n&nbsp;<br \/>\n<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-3201 aligncenter\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2019\/07\/Burnout-1-600x345.jpg\" alt=\"\" width=\"600\" height=\"345\" \/><br \/>\n&nbsp;<br \/>\nLe spectacle de Marie Denys est fond\u00e9 sur deux s\u00e9quences en contraste total, qui se succ\u00e8dent. La premi\u00e8re fait entendre <em>Burnout<\/em> d\u2019Alexandra Badea, publi\u00e9 chez L\u2019Arche en 2009, par l\u2019entremise de Pierre-Marie Paturel, dans le r\u00f4le d\u2019un \u00e9valuateur de ressources humaines, et d\u2019H\u00e9l\u00e8ne Tisserand, dans celui d\u2019une jeune cadre dynamique. La reproduction de l\u2019<em>open space<\/em> d\u2019une <em>start-up<\/em> en pleine expansion est heureusement \u00e9vacu\u00e9e au profit d\u2019un carr\u00e9 blanc de n\u00e9ons pos\u00e9 \u00e0 m\u00eame le plateau nu, aux allures d\u2019ar\u00e8ne. Le duo interpr\u00e8te la partition de Badea qui explore une po\u00e9tique de la saturation et de la liste, de la r\u00e9p\u00e9tition-variation de slogans issus des manuels de <em>management<\/em> contaminant tous les discours \u2012 des conversations quotidiennes aux d\u00e9bats politiques \u2012, mots d\u2019ordre int\u00e9rioris\u00e9s, auto-injonctions qui obs\u00e8dent les subjectivit\u00e9s entrepreneuriales, r\u00e9pandent \u00ab\u00a0la nouvelle raison du monde\u00a0\u00bb (Pierre Dardot &amp; Christian Laval), accroissent \u00ab\u00a0la fatigue d\u2019\u00eatre soi\u00a0\u00bb (Alain Ehrenberg), r\u00e9duisent la libido aux gratifications li\u00e9es au monde du travail\u00a0:<br \/>\n&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center\">\u00ab\u00a0dynamique\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0travailler plus\u00a0\u00bb,<\/p>\n<p style=\"text-align: center\">\u00ab\u00a0il ne faut pas avoir honte de vouloir une vie plus facile pour sa famille\u00a0\u00bb,<\/p>\n<p style=\"text-align: center\">\u00ab\u00a0je m\u00e9rite\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0j\u2019ai peur d\u2019oublier quelque chose\u00a0\u00bb,<\/p>\n<p style=\"text-align: center\">\u00ab\u00a0calories\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0ch\u00e8ques\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0jouir\u00a0\u00bb,<\/p>\n<p style=\"text-align: center\">\u00ab\u00a0<em>post-it<\/em>\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0\u00e9valuer\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>&nbsp;<br \/>\nEt d\u2019entrechoquer ces mots dans l\u2019ar\u00e8ne comme des atomes jusqu\u2019\u00e0 l\u2019acc\u00e9l\u00e9ration, la cacophonie, l\u2019implosion, tandis que les corps demeurent corset\u00e9s, entrav\u00e9s, dans leurs costumes impeccables.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-3200 aligncenter\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2019\/07\/Burnout-2.jpg\" alt=\"\" width=\"320\" height=\"381\" \/><br \/>\nC\u2019est alors que par un fondu encha\u00een\u00e9 d\u00e9bute une deuxi\u00e8me s\u00e9quence que la metteuse en sc\u00e8ne justifie ainsi\u00a0: \u00ab\u00a0au c\u0153ur de la crise s\u2019ouvre la br\u00e8che o\u00f9 un espace de respiration, de po\u00e9sie et d\u2019onirisme redevient possible. L\u00e0 o\u00f9 l\u2019\u00e9l\u00e9mentaire, le min\u00e9ral et l\u2019organique peuvent encore imposer leur pulsation vitale. Par l\u2019eau et le r\u00eave, retrouver le souffle.\u00a0\u00bb Les corps se d\u00e9v\u00eatent partiellement, le duo erre, muni de lampes-torches, dans la p\u00e9nombre de leur espace mental. La logorrh\u00e9e incontr\u00f4l\u00e9e, le langage ali\u00e9nant, le psittacisme, l\u2019\u00e9ructation comme tentative de d\u00e9possession, c\u00e8dent la place \u00e0 un passage d\u2019<em>Extr\u00eamophile<\/em>, autre pi\u00e8ce de Badea publi\u00e9e en 2015, qui \u00ab\u00a0d\u00e9crit la plong\u00e9e en fonds sous-marins d\u2019une scientifique\u00a0\u00bb, mais ce passage est murmur\u00e9 par les deux com\u00e9diens, \u00e0 peine audible, englob\u00e9 dans une composition sonore d\u2019Antoine Delagoutte. L\u2019ar\u00e8ne se d\u00e9fait, la sc\u00e8ne est envahie par la fum\u00e9e, une b\u00e2che en plastique ondule comme des vagues, des reflets ondoyants sont projet\u00e9s sur une toile au lointain.<br \/>\nLa seule \u00e9chappatoire au <em>burnout<\/em> organis\u00e9 par les m\u00e9thodes de gouvernance disruptive, ce serait donc la fuite en avant dans l\u2019imaginaire, l\u2019\u00e9vasion illusoire, la plong\u00e9e dans une r\u00eaverie bachelardienne (<em>L\u2019Eau et les R\u00eaves<\/em>, 1942), le repli intra-ut\u00e9rin, le sentiment oc\u00e9anique\u00a0? La deuxi\u00e8me s\u00e9quence d\u00e9samorce la charge politique de la premi\u00e8re. Pendant ce temps-l\u00e0, en dehors des th\u00e9\u00e2tres, <em>extra-muros<\/em>, des PDG refusent la qualification de <em>burnout<\/em> qui corr\u00e8lerait des suicides de salari\u00e9s, \u00e0 France T\u00e9l\u00e9com par exemple, et la d\u00e9t\u00e9rioration des conditions de travail due \u00e0 une \u00ab\u00a0n\u00e9cessaire modernisation\u00a0\u00bb.<br \/>\n\u00c0 tout prendre, je per\u00e7ois l\u2019impasse imaginaire de ce spectacle comme le sympt\u00f4me, voire la mise en abyme, de la situation actuelle des compagnies dites\u00a0\u00ab\u00a0\u00e9mergentes\u00a0\u00bb, accul\u00e9es \u00e0 la concurrence comme jamais, surtout dans un OFF en surchauffe o\u00f9 chaque minute de repr\u00e9sentation est compt\u00e9e, au bord de la bulle sp\u00e9culative. Je vois aussi dans ce spectacle bifrons le dilemme auquel doit faire face aujourd\u2019hui une jeune metteuse en sc\u00e8ne entre th\u00e9\u00e2tre dramatique et th\u00e9\u00e2tre postdramatique, texte contemporain \u00e0 teneur documentaire et \u00e9criture de plateau o\u00f9 les autres constituants sc\u00e9niques prennent le dessus. Marie Denys ne tranche pas, maintient ce faux dilemme en l\u2019\u00e9tat, faute d\u2019en r\u00e9articuler v\u00e9ritablement les termes, de frayer une voie in\u00e9dite. Et on la comprend. Donnons-lui le temps.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Burnout d\u2019Alexandra Badea, par Marie Denys, Gilgamesh Belleville, 5-26 juillet 2019. &nbsp; &nbsp; Le spectacle de Marie Denys est fond\u00e9 sur deux s\u00e9quences en contraste total, qui se succ\u00e8dent. La premi\u00e8re fait entendre Burnout d\u2019Alexandra Badea, publi\u00e9 chez L\u2019Arche en 2009, par l\u2019entremise de Pierre-Marie Paturel, dans le r\u00f4le d\u2019un \u00e9valuateur de ressources humaines, et d\u2019H\u00e9l\u00e8ne Tisserand, dans celui d\u2019une jeune cadre dynamique. La reproduction de l\u2019open space d\u2019une start-up en pleine expansion est heureusement \u00e9vacu\u00e9e au profit d\u2019un carr\u00e9<\/p>\n","protected":false},"author":35,"featured_media":3199,"menu_order":0,"template":"","categorie_article":[27],"class_list":["post-3198","article","type-article","status-publish","has-post-thumbnail","hentry","categorie_article-critique"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/article\/3198","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/article"}],"about":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/types\/article"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/users\/35"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/media\/3199"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=3198"}],"wp:term":[{"taxonomy":"categorie_article","embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/categorie_article?post=3198"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}