


{"id":3225,"date":"2019-07-17T18:01:24","date_gmt":"2019-07-17T16:01:24","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/?p=3225"},"modified":"2019-07-17T18:01:24","modified_gmt":"2019-07-17T16:01:24","slug":"tria-fata-ou-un-chagall-vivant","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/tria-fata-ou-un-chagall-vivant\/","title":{"rendered":"Tria Fata\u2026 Ou un Chagall vivant."},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: center;\"><strong>Tria Fata avec Estelle Charlier et Martin Kaspar. Mise en sc\u00e8ne Romuald Collinet<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>Th\u00e9\u00e2tre des Lucioles. Avignon Off.<\/strong><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-3227 aligncenter\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2019\/07\/P1040098-600x400.jpg\" alt=\"\" width=\"317\" height=\"212\" \/><\/p>\n<p>Au Th\u00e9\u00e2tre des Lucioles, \u00e0 m\u00eame pratiquement les remparts, la compagnie La Pendue, fond\u00e9e en 2003 \u00e0 Grenoble, est la synth\u00e8se du travail de deux anciens \u00e9l\u00e8ves de l\u2019Ecole Sup\u00e9rieure Nationale des Arts de la Marionnette de Charleville-M\u00e9zi\u00e8res. Elle, Estelle Charlier, manipulatrice (comme on dit dans le m\u00e9tier) et lui, Martin Kaspar, homme-orchestre, pr\u00e9sentent <em>Tria Fata <\/em>dans la mise en sc\u00e8ne de Romuald Collinet. Une all\u00e9gorie, un conte, une parabole o\u00f9, en jeu, l\u2019un et l\u2019autre donnent vie \u00e0 un monde onirique et fun\u00e8bre, drolatique et grave. Juste \u00e9patant d\u2019ing\u00e9niosit\u00e9, de provocations, d\u2019humanit\u00e9. A voir, \u00e0 d\u00e9couvrir absolument.<br \/>\nEt si la vie tenait \u00e0 l\u2019histoire de la couleur des cheveux. Disons un d\u00e9grad\u00e9 qui ferait passer d\u2019un brun, d\u2019un blond, ici d\u2019un roux p\u00e9tard qui chapote les lutins, \u00e0 un gris commun, voire un blanc lav\u00e9 pour les plus vieux. Si la vie donc, \u00e9tait le temps d\u2019une couleur que la soci\u00e9t\u00e9 cosm\u00e9tique tend \u00e0 vouloir effacer\u2026<br \/>\nEt si la vie \u00e9tait un son, l\u2019histoire de sonorit\u00e9s. Vives, puis plus lentes, enjou\u00e9es et plus fun\u00e8bres jusqu\u2019au silence que porte la fin de vie.<br \/>\nEt si la vie tenait \u00e0 un fil, \u00e0 des fils, qui d\u00e9filent et filent plus ou moins lentement, plus ou moins \u00ab\u00a0brouillonnement\u00a0\u00bb, plus ou moins tendus ou rel\u00e2ch\u00e9s.<br \/>\nEt si la vie, pour l\u2019appr\u00e9hender, la comprendre, en saisir le nuancier, tenait \u00e0 la distance qu\u2019induit la marionnette dont on sait, depuis Kleist et son trait\u00e9, qu\u2019elle nous renseigne de mani\u00e8re sup\u00e9rieure sur les \u00e9tats de l\u2019\u00e2me.<br \/>\n<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-3231 aligncenter\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2019\/07\/P1040097-600x400.jpg\" alt=\"\" width=\"335\" height=\"223\" \/><br \/>\nRegardant <em>Tria Fata<\/em>, c\u2019est cet ensemble que l\u2019on saisit \u00e0 m\u00eame la repr\u00e9sentation qui est donn\u00e9e. <em>Tria Fata<\/em> ou un sc\u00e9nario \u00e9crit \u00e0 l\u2019avance o\u00f9 la vie est mari\u00e9e \u00e0 la mort qui s\u2019invite, un jour sans pr\u00e9venir, \u00ab\u00a0soudainement\u00a0\u00bb comme disait Jank\u00e9l\u00e9vitch. Une histoire ou disons un t\u00e9moignage qu\u2019a si bien \u00e9crit, \u00e9galement, Igmar Bergman dans <em>Le<\/em> <em>septi\u00e8me sceau<\/em> o\u00f9 la \u00ab\u00a0dame \u00e0 la robe et au capuchon noir\u00a0\u00bb joue une partie d\u2019\u00e9chec avec un chevalier \u00e9puis\u00e9. \u00c9puis\u00e9, mais pas pr\u00e8s de se laisser envelopper par la faucheuse, et qui lui propose une partie d\u2019\u00e9chec afin de diff\u00e9rer le \u00ab\u00a0moment venu\u00a0\u00bb.<br \/>\nTria Fata reprendra ces deux points, le soudain et le deal, aupr\u00e8s d\u2019une petite marionnette assise dans un fauteuil roulant qui n\u00e9gocie un \u00ab\u00a0d\u00e9lai\u00a0\u00bb. L\u2019artifice pour gagner du temps, c\u2019est alors de n\u00e9gocier \u00ab\u00a0une derni\u00e8re clope\u00a0\u00bb\u00a0: refus\u00e9e\u00a0; et dans la surench\u00e8re qui lui est propre de demander \u00e0 jeter un dernier regard sur sa vie pass\u00e9e\u00a0: accept\u00e9e.<br \/>\nAlors apr\u00e8s une introduction en fanfare o\u00f9 le son de la clarinette et de la grosse caisse aura annonc\u00e9 \u00ab\u00a0le grand cirque qu\u2019est la vie\u00a0\u00bb, le regard est happ\u00e9 par le d\u00e9roulement de diff\u00e9rents \u00e9pisodes de la vie de la petite vieille espi\u00e8gle.<br \/>\n\u00c9pisode de la naissance o\u00f9 appara\u00eet une m\u00e8che rouge apr\u00e8s que la m\u00e8re, au couteau \u00e9lectrique, se pratique une c\u00e9sarienne <em>manu militari<\/em>. Sc\u00e8ne dr\u00f4le que celle-l\u00e0 quand le mioche accouch\u00e9, la prog\u00e9niture est rejet\u00e9e. Et hop, fin du mythe de la maternit\u00e9 et de la bont\u00e9 de la m\u00e8re. Il faudra se d\u00e9merder. Commence alors toute une vie d\u2019errance, de rapines, de syst\u00e8me D que montre \u00ab\u00a0l\u2019album de famille\u00a0\u00bb (moment magique, lanterne magique) qui fait appara\u00eetre, m\u00eal\u00e9es, des photos de vies, prises \u00e0 la marionnette et augment\u00e9es de photos vraies de la vie des deux interpr\u00e8tes. Avant, il y aura eu un d\u00e9tour par un th\u00e9\u00e2tre d\u2019ombres dans un castelet au frontispice duquel on lit \u00ab\u00a0th\u00e9\u00e2tre magique\u00a0\u00bb. Et comme dans <em>Prince et princesse<\/em>, c\u2019est un film d\u2019animation qui est livr\u00e9\u2026 et parle de la sexualit\u00e9 qu\u2019on apprend sur le tas\u2026<br \/>\n<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-3230 aligncenter\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2019\/07\/P1040092-600x400.jpg\" alt=\"\" width=\"341\" height=\"227\" \/><br \/>\nMais il y a l\u2019issue ou le sans issue que le visage de la mort exige en demandant \u00e0 la vieille d\u2019abr\u00e9ger\u2026<br \/>\nTria Fata, c\u2019est un monde d\u2019exc\u00e8s, un univers de d\u00e9mesure o\u00f9 la po\u00e9sie est sans cesse rattrap\u00e9e par son contraire le gr\u00e9gaire. C\u2019est un monde merveilleux et a\u00e9rien quand les marionnettes volent. Et c\u2019est aussi celui des bas-fonds genre \u00ab\u00a0cas sos\u00a0\u00bb. Deux mondes en Un, parce que Tria Fata n\u2019est pas \u00e0 une image fig\u00e9e, mais plut\u00f4t une image soucieuse de repr\u00e9senter une diversit\u00e9 qui fait que la nature humaine est aussi belle que laide.<br \/>\nEt de regarder ce travail rigoureux et m\u00e9ticuleux comme un tableau de Chagall. L\u00e0 o\u00f9 les mondes se m\u00e9langent, l\u00e0 o\u00f9 le cirque amalgame les hommes et les spectres que sont les anges. L\u00e0 o\u00f9 les fronti\u00e8res s\u2019effacent. Un Chagall vivant, presque \u00e9vid\u00e9 de ses couleurs chatoyantes et pourtant tellement dense, sous la patte d\u2019Estelle Charlier et Martin Kaspar, l\u2019une figure noire qui aura dans\u00e9 les marionnettes, l\u2019autre qui leur aura donn\u00e9 le souffle musical. L\u2019un et l\u2019autre po\u00e8tes, souffleur de vie de verre, \u00ab\u00a0acteurs de cristal\u00a0\u00bb dirait Artaud.<br \/>\n<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-3232 aligncenter\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2019\/07\/P1040108-600x400.jpg\" alt=\"\" width=\"382\" height=\"255\" \/><br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Tria Fata avec Estelle Charlier et Martin Kaspar. Mise en sc\u00e8ne Romuald Collinet Th\u00e9\u00e2tre des Lucioles. Avignon Off. Au Th\u00e9\u00e2tre des Lucioles, \u00e0 m\u00eame pratiquement les remparts, la compagnie La Pendue, fond\u00e9e en 2003 \u00e0 Grenoble, est la synth\u00e8se du travail de deux anciens \u00e9l\u00e8ves de l\u2019Ecole Sup\u00e9rieure Nationale des Arts de la Marionnette de Charleville-M\u00e9zi\u00e8res. Elle, Estelle Charlier, manipulatrice (comme on dit dans le m\u00e9tier) et lui, Martin Kaspar, homme-orchestre, pr\u00e9sentent Tria Fata dans la mise en sc\u00e8ne de<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":3229,"menu_order":0,"template":"","categorie_article":[27],"class_list":["post-3225","article","type-article","status-publish","has-post-thumbnail","hentry","categorie_article-critique"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/article\/3225","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/article"}],"about":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/types\/article"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/media\/3229"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=3225"}],"wp:term":[{"taxonomy":"categorie_article","embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/categorie_article?post=3225"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}