


{"id":3235,"date":"2019-07-17T19:06:10","date_gmt":"2019-07-17T17:06:10","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/?p=3235"},"modified":"2019-07-17T19:06:10","modified_gmt":"2019-07-17T17:06:10","slug":"armons-nous-jean-louis-hourdin","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/armons-nous-jean-louis-hourdin\/","title":{"rendered":"Armons nous&#8230; avec Jean-Louis Hourdin"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: center;\"><strong>Veillons et armons nous en pens\u00e9e, de et par Jean-Louis Hourdin<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>Au th\u00e9\u00e2tre des 3 raisins. Festival d&rsquo;Avignon.<\/strong><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-3237 aligncenter\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2019\/07\/P1040119-600x400.jpg\" alt=\"\" width=\"600\" height=\"400\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quand c\u2019est fini, que \u00e7a va presque finir, il dit \u00ab\u00a0merci d\u2019\u00eatre pass\u00e9\u00a0\u00bb qui suit de pr\u00e8s la phrase pr\u00e9c\u00e9dente o\u00f9 il s\u2019excuse pour ce qu\u2019il nomme \u00ab\u00a0radio banalit\u00e9s\u00a0\u00bb. Il, c\u2019est Jean-Louis Hourdin, qu\u2019on ne pr\u00e9sentera pas et qui joue les \u00ab\u00a0pas pr\u00e9sentables\u00a0\u00bb au th\u00e9\u00e2tre les 3 raisins o\u00f9 il interpr\u00e8te Jean-Louis Hourdin, mis en sc\u00e8ne par lui-m\u00eame dans <i>Veillons et armons nous en pens\u00e9e<\/i>. Plus d\u2019une heure, mais quelle heure en compagnie de l\u2019un des grands du th\u00e9\u00e2tre. \u00c0 75 piges, s\u00e9ances de radioth\u00e9rapie dans le buffet, parce qu\u2019il a fum\u00e9 la vie par les deux bouts, Hourdin est debout et dit que la dignit\u00e9 a un prix et que c\u2019est le prix le plus \u00e9lev\u00e9 qui soit.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il arrivera comme un amoch\u00e9, un type qu\u2019aurait pass\u00e9 la nuit dehors, ou plut\u00f4t les nuits de ces vingts derni\u00e8res ann\u00e9es sous les ponts. Il n\u2019a pas le look Jean-Louis, mais il a \u00e9t\u00e9, et demeure sans doute, Coco. Y aurait qu\u2019\u00e0 entrer dans sa biblioth\u00e8que pour s\u2019en persuader. Ou, et si c\u2019est ferm\u00e9, l\u2019\u00e9couter parler comme on le fera, et un peu plus tard quand on remettra \u00e7a \u00e0 la terrasse du S\u00e9nat (argot chez Blondin qui d\u00e9signe le S\u00e9nat) qu\u2019est le \u00ab\u00a0au Fur et \u00e0 mesure\u00a0\u00bb. Hourdin, c\u2019est une sacr\u00e9e vie de th\u00e9\u00e2tre, \u00e0 militer, de vie tout court puisque chez lui le th\u00e9\u00e2tre et la vie, c\u2019est un peu comme un recto et un verso. Pas d\u00e9passable. Il arrive donc au plateau avec des sacs. On dirait un encombr\u00e9 qui va bient\u00f4t les vider. Vider son sac\u2026 son int\u00e9rieur de po\u00e8te, aussi. Car pour autant qu\u2019il a l\u2019apparence d\u2019un clodo, il se regarde aussi comme le premier personnage que l\u2019on aper\u00e7oit dans le <i>Winterreise<\/i> de Gruber. Souvenir et image de Bruno Ganz, couch\u00e9 dans les sommets, habill\u00e9s chez fripes&amp;co, kiloshop, le nec plus ultra de l\u2019anti-mode que l\u2019on retrouve dans les id\u00e9es qui sont pass\u00e9es, elles aussi, pour les g\u00e9n\u00e9rations \u00e9lev\u00e9s dans la flexibilit\u00e9, mais demeurent d\u2019actualit\u00e9. Hourdin, figure contemporaine de Wanderer&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">S\u2019installe alors l\u2019acteur, sur un petit pliant de plage et le voil\u00e0 qui d\u00e9balle des \u00ab servantes \u00bb uniques au monde. Et puis une bougie qu\u2019il allume. Et une petite bouteille d\u2019eau cristalline \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d\u2019une grosse bouteille de C\u00f4te-du-Rh\u00f4ne. Et puis, entre deux adresses au public qui ressemblent \u00e0 peine \u00e0 des digressions, le voil\u00e0 qu\u2019il parle po\u00e9sie, commun, r\u00e9citation qui fabrique le commun, qu\u2019il convoque Nancy et <em>l\u2019Intrus<\/em>, Hugo, Brecht of course et Zoran Music\u2026 Et tous parlent du th\u00e9\u00e2tre ou de r\u00e9sistance aux majorit\u00e9s d\u00e9complex\u00e9es, parlent justice et amour de vivre. Choix de textes que l\u2019acteur Hourdin justifie, sans pathos, comme \u00e7a, au d\u00e9tour d\u2019une histoire dr\u00f4le ou d\u2019un po\u00e8me : \u00ab j\u2019ai fait un spectacle avec tous les textes qui m\u2019ont emp\u00each\u00e9 de me tuer \u00bb. Pens\u00e9e livr\u00e9e brute de d\u00e9coffrage qui en dit long sur ce qu\u2019il a sur la patate.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Traqu\u00e9 par le Trac, oui, Hourdin a peur, il est m\u00eame venu avec des photos de spectateurs qu\u2019il fait disposer par un voisin (comme \u00e7a qu\u2019Althusser nommait le spectateur) tout autour de la sc\u00e8ne. Et puis plus tard, parce qu\u2019il aura connect\u00e9 Beckett \u00e0 son machin \u00e0 penser, il y ajoutera les tableaux de Bram Van Velde, peintre belge aussi mutique que son ami Beckett. \u00c7a devait \u00eatre quelque chose leur silence. Hourdin ne s\u2019attendrit pas. Il a \u00e0 dire ses trucs, s\u2019en amuse, s\u2019en \u00e9carte et y revient en tirant des bords comme un \u00ab\u00a0optimiste\u00a0\u00bb. Y lire ici une m\u00e9taphore maritime qui renvoie Hourdin \u00e0 la fragilit\u00e9 d\u2019un esquif qui n\u2019aurait pas renoncer \u00e0 s\u2019en prendre au paquebot, aux touristes aussi (qui peuplent pas mal le festival)\u2026 Citera le compte Suisse de Raymond Barre, la d\u00e9mission de De Rugy plomb\u00e9 par ses homards et sa fraude du fisc, interpellera Emmanuel qui n\u2019a pas entendu Hugo \u00ab tout le temps que le possible n\u2019est pas accompli, c\u2019est que le devoir n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 fait \u00bb. C\u2019est pas Brigitte qui a initi\u00e9 Emmanuel \u00e0 Cyrano qui lui dirait \u00e7a.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Alors Hourdin, lui, parce qu\u2019il parle au monde, au-del\u00e0 des murs, le r\u00e9p\u00e8te et l\u2019assure. Il nous faut nous insurger. Pas nous indigner (Hessel est sans doute absent de sa biblioth\u00e8que), mais se poser la question de \u00ab Que Faire ? \u00bb encore ? Du th\u00e9\u00e2tre bien entendu ! Du th\u00e9\u00e2tre comme toujours depuis plus de 50 ans. Et <em>Veillons et armons nous en pens\u00e9e<\/em>, dit la fin de la patience&#8230; ou l&rsquo;impatience du changement, de la grande transformation qui commence ici par la voix des po\u00e8tes, ou la po\u00e9sie est la voie aussi&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et puis il y a, parce que c\u2019est impossible de vivre sans, l\u2019espoir qui sera convoqu\u00e9 quand il lira Zora Music, peintre dans les camps qui aura tenu parce que le croquis, le dessin, le maintenaient dans un ailleurs de proximit\u00e9. Et un silence. Avant de poursuivre, en convoquant Genet et Giacometti. Pour finir en beaut\u00e9 avec \u00ab\u00a0Luis Aragonesss\u00a0\u00bb, auteur f\u00e9tiche, accentu\u00e9 par Hourdin qui prend-l\u00e0 l&rsquo;accent (on l&rsquo;imagine) d&rsquo;un r\u00e9publicain espagnol. \u00ab\u00a0No passaran\u00a0\u00bb entendrait-on alors.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A la fin, comme au d\u00e9but, Hourdin aura m\u00e9lang\u00e9 la vie, le th\u00e9\u00e2tre. Un dr\u00f4le de cocktail qu\u2019il aimerait sans doute Molotov, \u00e0 moins que plus caustique, il choisisse le puputov chilien (cocktail de merde lanc\u00e9 sur les forces de l\u2019ordre). Hourdin s\u2019arr\u00eatera comme il est arriv\u00e9, au d\u00e9tour d\u2019un mot d\u2019esprit \u00ab radio banalit\u00e9s \u00bb. On aimerait applaudir longtemps. Devenir s\u00e9ditieux \u00e0 l\u2019endroit du Off qui impose la cadence des applaudissements. Applaudir Hourdin tout le temps\u2026 . Comme lui s\u2019arr\u00eater \u00e0 regret. Le public le salue, lui, le Grand Hourdin, l\u2019amical Jean-Louis qui, d&rsquo;un bout \u00e0 l&rsquo;autre, s&rsquo;est adress\u00e9 \u00e0 nous comme \u00e0 des amis, des compagnons, nous aimant, nous armant&#8230; \u00e0 l&rsquo;ombre de ces \u00e9normes ampoules que l&rsquo;on trouvait dans les ateliers et les usines et qui nous auront \u00e9clair\u00e9es (entendons-nous sur le double sens).<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Veillons et armons nous en pens\u00e9e, de et par Jean-Louis Hourdin Au th\u00e9\u00e2tre des 3 raisins. Festival d&rsquo;Avignon. Quand c\u2019est fini, que \u00e7a va presque finir, il dit \u00ab\u00a0merci d\u2019\u00eatre pass\u00e9\u00a0\u00bb qui suit de pr\u00e8s la phrase pr\u00e9c\u00e9dente o\u00f9 il s\u2019excuse pour ce qu\u2019il nomme \u00ab\u00a0radio banalit\u00e9s\u00a0\u00bb. Il, c\u2019est Jean-Louis Hourdin, qu\u2019on ne pr\u00e9sentera pas et qui joue les \u00ab\u00a0pas pr\u00e9sentables\u00a0\u00bb au th\u00e9\u00e2tre les 3 raisins o\u00f9 il interpr\u00e8te Jean-Louis Hourdin, mis en sc\u00e8ne par lui-m\u00eame dans Veillons et armons<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":3237,"menu_order":0,"template":"","categorie_article":[27],"class_list":["post-3235","article","type-article","status-publish","has-post-thumbnail","hentry","categorie_article-critique"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/article\/3235","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/article"}],"about":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/types\/article"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/media\/3237"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=3235"}],"wp:term":[{"taxonomy":"categorie_article","embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/categorie_article?post=3235"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}