


{"id":3259,"date":"2019-07-18T10:48:33","date_gmt":"2019-07-18T08:48:33","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/?p=3259"},"modified":"2019-07-18T10:48:33","modified_gmt":"2019-07-18T08:48:33","slug":"chambre-2-le-con-en-mutation-attention-le-theatre-qui-pue-arrive","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/chambre-2-le-con-en-mutation-attention-le-theatre-qui-pue-arrive\/","title":{"rendered":"Chambre 2\u2026 Le con en mutation (attention le th\u00e9\u00e2tre qui pue arrive)"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: center;\"><strong>Coup de gueule, oui. Contre ce qui se pr\u00e9pare. Ou quand un processus de cr\u00e9ation en gestation (une cr\u00e9ation \u00e0 venir) ne laisse aucun doute sur ce qui pue.<\/strong><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-3260 aligncenter\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2019\/07\/desclozeaux_anti_ivg-720x582-600x485.jpg\" alt=\"\" width=\"461\" height=\"373\" \/><\/p>\n<p>Au Th\u00e9\u00e2tre des Halles, Alain Timar a mis en place un cycle de lectures\/rencontres avec des auteurs\/metteurs en sc\u00e8ne qui pr\u00e9sentent un projet \u00ab\u00a0avanc\u00e9\u00a0\u00bb de cr\u00e9ation en cours. Une mani\u00e8re, chez Timar, de soutenir la cr\u00e9ation contemporaine et les auteurs contemporains, en \u00e9cho aux \u00ab\u00a0\u00c9tats g\u00e9n\u00e9raux des \u00e9crivaines et \u00e9crivains contemporains\u00a0\u00bb, qui se sont tenus \u00e0 la Chartreuse r\u00e9cemment.<br \/>\nDans l\u2019impossibilit\u00e9 de tout voir, dans un Off qui multiplie les initiatives et les propositions, c\u2019est \u00e0 la Chapelle que l\u2019on a pu rencontrer <em>Chambre 2<\/em>, en pr\u00e9paration, par la compagnie Empreinte(s) dirig\u00e9e par Catherine Vrignaud Cohen.<br \/>\nDevant un parterre o\u00f9 les amis sont venus en nombre, Catherine Vrignaud Cohen prendra quelques instants pour pr\u00e9ciser les contours de cette rencontre. Souligner qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une \u00e9tape de travail, informer chacun et chacune du propos du texte qui sera lu\u00a0; annoncer enfin qu\u2019au terme de la lecture, il y aura un temps de rencontre et d\u2019\u00e9changes avec la salle. Puis elle se retire et c\u00e8de la place \u00e0 la com\u00e9dienne Anne Le Guernec qui lira <em>Chambre 2<\/em>, et \u00e0 qui l\u2019on doit l\u2019adaptation du roman de Julie Bonnie.<br \/>\nJulie Bonnie, laur\u00e9ate du Prix Fnac en 2013 pour ce premier roman publi\u00e9 chez Belfond ressemble \u00e9trangement \u00e0 la B\u00e9atrice de son livre. Violoniste et chanteuse dans le groupe Cornu, en tourn\u00e9e \u00e0 travers toute l\u2019Europe, Bonnie a quitt\u00e9 la sc\u00e8ne Rock\/Pop au moment de la dissolution du groupe. Pr\u00e9carit\u00e9, difficult\u00e9 \u00e0 vivre, elle d\u00e9cidera alors de suivre une formation d\u2019auxiliaire pu\u00e9ricultrice qui la conduira dans une maternit\u00e9. Et dans les interviews qu\u2019elle donnera suite \u00e0 la cons\u00e9cration litt\u00e9raire, elle rappellera cette exp\u00e9rience clinique o\u00f9 le monde des \u00ab\u00a0m\u00e8res\u00a0\u00bb l\u2019a souvent boulevers\u00e9.<br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=8swUm3iuPvo\">https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=8swUm3iuPvo<\/a><br \/>\n<strong>Chambre 2 (petit point th\u00e9orique estival)<\/strong><br \/>\nL\u2019adaptation du roman de Julie Bonnie pour le th\u00e9\u00e2tre rel\u00e8ve bien entendu de deux principes o\u00f9 pour une part on assume de faire ressortir une lecture et un point de vue, et d\u2019autre part on se plie \u00e0 l\u2019exercice de la r\u00e9\u00e9criture. Comprenons que le premier point consiste \u00e0 privil\u00e9gier une sensation \u00e9prouv\u00e9e pendant la lecture et, en d\u00e9finitive, faire de cette sensation, faire de \u00ab\u00a0ce que l\u2019on a entendu\u00a0\u00bb du roman, devienne La lecture. Du second principe\u00a0: la r\u00e9\u00e9criture, on sait qu\u2019elle ob\u00e9it \u00e0 une pratique cumul\u00e9e de m\u00e9tissage o\u00f9 les \u00e9nonc\u00e9s initiaux peuvent \u00eatre repris \u00e0 l\u2019identique, peuvent \u00eatre transform\u00e9s en partie, voire dispara\u00eetre pour laisser appara\u00eetre un autre texte (ce qui n\u2019induit pas forc\u00e9ment la naissance d\u2019un autre auteur). Nombreux sont les travaux sur l\u2019adaptation et, pour faire simple, disons qu\u2019ils soulignent tous pour la plupart d\u2019entre eux, qu\u2019il y a un \u00ab\u00a0effet de traduction\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0un effet de trahison\u00a0\u00bb. C\u2019est sur la ligne que dessine ces deux effets que se tient en \u00e9quilibre l\u2019adaptation. En cons\u00e9quence, une adaptation peut se voir comme un miroir d\u00e9formant de toutes les mani\u00e8res. Ce qui n\u2019est pas un jugement n\u00e9gatif, mais seulement le r\u00e9sultat de la lecture qui, pour autant qu\u2019elle induit un \u00ab\u00a0pacte\u00a0\u00bb, n\u2019ob\u00e9it d\u2019aucune fa\u00e7on \u00e0 une ali\u00e9nation. Lire, comme le rappelait Roland Barthes, repose sur un rapport \u00e0 l\u2019h\u00e9morragique. C\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 l\u2019aporie. Le lecteur lit et il lit ce qu\u2019il veut bien voir sans que le \u00ab\u00a0voir\u00a0\u00bb renvoie n\u00e9cessairement \u00e0 ce qui est le plus visible. Il y a donc au moment de la lecture, un \u00ab\u00a0senti\u00a0\u00bb qui est propre au lecteur. Et c\u2019est ce senti (nomm\u00e9 \u00ab\u00a0interpr\u00e9tation\u00a0\u00bb) qui est le propre de la lecture.<br \/>\n<strong>Chambre 2 (lue par Anne Le Guernec)<\/strong><br \/>\nSera dit que B\u00e9atrice est une ancienne danseuse devenue auxiliaire pu\u00e9ricultrice pour pouvoir \u00e9lever ses enfants. Sera entendu le num\u00e9ro des chambres de la maternit\u00e9 qui abritent les solitudes, les tristesses, la folie, le d\u00e9sarroi, l\u2019inqui\u00e9tude, les joies&#8230; Sera question de la vie et des conditions de travail des personnels hospitaliers. Sera entendue la d\u00e9tresse, parfois, de ces personnels confront\u00e9s \u00e0 la vie dure, \u00e0 l\u2019endroit o\u00f9 elle na\u00eet, mais aussi o\u00f9 elle appara\u00eet mort-n\u00e9e. Sera dit cela qui met en avant que la vie est mari\u00e9e avec la mort, d\u00e8s le commencement, dans un rapport de fid\u00e9lit\u00e9 qui n\u2019a pas besoin d\u2019aucun serment. Sera dit encore que B\u00e9atrice a une vie perso et qu\u2019elle se heurte, franchissant chaque porte des chambres, \u00e0 l\u2019\u00e9cho. \u00c9cho de sa vie \u00e0 travers celle des \u00ab\u00a0mamans\u00a0\u00bb qui sont derri\u00e8re la porte de chaque chambre. Sera rendu sensible le besoin de consolation qui passe ici par le rire salvateur ou le souvenir plus douloureux mais encore pr\u00e9sent. Sera dit le bonheur d\u2019\u00eatre m\u00e8re, celui d\u2019avoir un enfant, celui de la douleur de la m\u00e8re qui pour l\u2019avoir port\u00e9 le voit porter disparu imm\u00e9diatement. Sera rendu sensible le monde tu de B\u00e9atrice, la danseuse nue, la veuve aussi, la m\u00e8re aux orphelins.<br \/>\nC\u2019est une lecture humble et sensible \u00e0 laquelle se livre Anne Le Guernec et l\u2019on pressent au terme des 30 minutes o\u00f9 elle s\u2019ex\u00e9cute qu\u2019il y a quelque chose d\u2019un ordre puissant, parfois pris dans la distance du \u00ab\u00a0dr\u00f4le\u00a0\u00bb qui se m\u00eale au grave. \u00c7a serait alors une belle cr\u00e9ation, \u00e7a serait mais soudain\u2026<br \/>\n<strong>Et la question du \u00ab\u00a0con\u00a0\u00bb\u00a0!<\/strong><br \/>\n\u00c9courtant la lecture du tapuscrit que l\u2019on m\u2019a donn\u00e9 \u00e0 l\u2019entr\u00e9e, il y a 30 minutes absentes que je m\u2019empresse de lire pour savoir, pour imaginer, pour essayer d\u2019\u00e9viter ou d\u2019oublier de rester sur l\u2019amertume qui m\u2019a gagn\u00e9. 30 minutes absentes auxquelles Catherine Vrignaud Cohen substitue l\u2019\u00e9change parce qu\u2019il faut faire la publicit\u00e9, communiquer, et, disons-le crument, ferrer le passant, le client, le producteur, le coproducteur, le diffuseur\u2026 qui sont tous les noms du spectateur. Commence alors mon \u00ab\u00a0chemin de croix\u00a0\u00bb. Et s\u2019il est compr\u00e9hensible de parler d\u2019un projet, d\u2019en exposer la finalit\u00e9\u2026 S\u2019il est possible d\u2019entendre l\u2019enthousiasme et le d\u00e9sir\u2026 Si on peut encore encaisser le Teaser de celle qui se pr\u00e9sente comme r\u00e9alisatrice\u2026 soudain, j\u2019assiste l\u00e0, \u00e0 quelque chose qui rel\u00e8ve du cin\u00e9ma. \u00c0 mesure, sans que cela gomme la lecture des 30 premi\u00e8res minutes, quelque chose s\u2019installe qui me conduit au \u00ab\u00a0haut le c\u0153ur\u00a0\u00bb qui vient se substituer au fragile \u00ab\u00a0coup de c\u0153ur\u00a0\u00bb naissant. Comment supporter cela qui devient naus\u00e9abond jusqu\u2019\u00e0 ce que vienne, du parterre des amis, la question, la remarque, LA QUESTION A LA CON. Celle qui porte sur le con des femmes qui, s\u2019ouvrant aux hommes, fait que leur ventre devient celui de la maternit\u00e9. Question \u00e0 la con sur le con que les hommes comblent. Question \u00e0 la con, pos\u00e9e sur le con qu\u2019elles abritent entre leurs cuisses et les d\u00e9finit en tant que genre. Question qui soudainement clive le po\u00e9tique commun. Question que Catherine Vrignaud Cohen pose simplement et brutalement, interrogeant les hommes de la salle\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0On s\u2019est demand\u00e9 si les hommes seraient proches de cette probl\u00e9matique du secret de la maternit\u00e9, cette chose purement f\u00e9minine\u00a0?\u00a0\u00bb.<br \/>\nAucun homme ne r\u00e9pondra bien s\u00fbr. Non par manque d\u2019exp\u00e9rience (seul Mastroiani sic), mais peut-\u00eatre par politesse ou souci de ne pas r\u00e9pondre \u00e0 la connerie, \u00e0 la question du con.<br \/>\nDe quoi tout de m\u00eame s\u2019inqui\u00e9ter \u00ab\u00a0ch\u00e8re amie\u00a0\u00bb, car que vous ne preniez l\u2019homme que pour une bite, ne vous renvoie qu\u2019\u00e0 figurer un con.<br \/>\nDe quoi s\u2019inqui\u00e9ter tout de m\u00eame que d\u2019imaginer les hommes \u00e9trangers \u00e0 la maternit\u00e9 qui n\u2019est pas seulement une affaire m\u00e9canique et organique \u00ab\u00a0priv\u00e9e\u00a0\u00bb.<br \/>\nLa maternit\u00e9 n\u2019est pas votre ventre qui est juste une matrice. Ne pourrait-on, avec un peu d\u2019imagination, penser que la maternit\u00e9 c\u2019est aussi le moment o\u00f9 l\u2019homme \u2013 me semble-t-il \u2013 porte tout \u00e0 coup un regard diff\u00e9rent sur la sexualit\u00e9, sur le ventre de la femme \u00e0 qui il promet la paternit\u00e9. Dans le co\u00eft et la reproduction, il y a bien plus que la f\u00e9condation d\u2019un ventre. Il y a la promesse d\u2019un amour et d\u2019un soutien mutuel que l\u2019homme et la femme partagent. Que votre ventre soit le lieu d\u2019une vie qui va se former ne rend pas l\u2019homme \u00e9tranger.<br \/>\nVotre ventre f\u00e9cond\u00e9 n\u2019a-t-il jamais senti le souffle de l\u2019homme, cette caresse \u00e9olienne, alors qu\u2019il grossit\u00a0? N\u2019avez-vous jamais senti la douceur de son p\u00e9nis qui vient tutoyer l\u2019embryon avec plus de douceur qu\u2019il ne vous en avait jamais donn\u00e9 ? N\u2019avez-vous jamais fait l\u2019exp\u00e9rience de ce regard de l\u2019homme qui, dans la distance, regarde votre ventre comme un bien des plus pr\u00e9cieux\u00a0? Ne vous-a-t-il jamais toilett\u00e9 en votre partie la plus intime avec une d\u00e9licatesse amoureuse alors que votre corps s\u2019est alourdi\u00a0?<br \/>\nCe n\u2019est pas une question de surface et de profondeur, d\u2019ext\u00e9rieur et d\u2019int\u00e9rieur. Ce n\u2019est pas une fronti\u00e8re que la peau, c\u2019est au contraire un point de passage. C\u2019est un temps \u00e9piderme o\u00f9 l\u2019\u00e9lasticit\u00e9 de votre peau transforme le regard du g\u00e9niteur. Et ce regard qu\u2019il pose \u00e0 votre endroit voit plus loin, voit au-del\u00e0 de la surface. C\u2019est un regard qui chante. Un regard d\u2019une douceur inou\u00ef.<br \/>\nBon, admettons que ces lignes, qui esquissent un autre rapport amoureux, soient juste subjectives. Admettons\u2026<br \/>\nMais je n\u2019imagine pas un seul instant que Simone vous soit \u00e9trang\u00e8re. Elle en dit quoi, alors, Simone, de la femelle et du m\u00e2le\u00a0? Vous rappelez-vous de l\u2019avanc\u00e9e philosophique qu\u2019elle produit en proposant de penser \u00ab\u00a0l\u2019esp\u00e8ce\u00a0\u00bb\u00a0? Et que dit-elle de la f\u00e9minit\u00e9 qui est d\u2019embl\u00e9e pr\u00e9sent\u00e9e comme expos\u00e9e au risque d\u2019un \u00ab\u00a0alourdissement ali\u00e9nant\u00a0\u00bb (ce que vous appelez, vous, la maternit\u00e9)\u00a0? Que dit-elle de l\u2019ut\u00e9rus quand elle y voit\u00a0: \u00ab\u00a0un organe femelle qui n\u2019est qu\u2019un r\u00e9ceptacle inerte\u00a0\u00bb\u00a0? Et que penser de la substitution du couple femme-homme par cet autre couple qu\u2019est l\u2019esp\u00e8ce et sa proie\u00a0? Ne nous privons pas davantage de ce qu\u2019elle dit sur l\u2019accouchement\u00a0: \u00ab\u00a0Le conflit esp\u00e8ce-individu, qui dans l\u2019accouchement prend parfois une for- me dramatique, donne au corps f\u00e9minin une inqui\u00e9tante fragilit\u00e9. On dit volontiers que des femmes \u201c ont des maladies dans le ventre \u201d ; et il est vrai qu\u2019elles enferment en elles un \u00e9l\u00e9ment hostile : c\u2019est l\u2019esp\u00e8ce qui les ronge.\u00bb<br \/>\nD\u2019\u00e9vidence, votre question, ch\u00e8re amie, dict\u00e9e par une ignorance sans nom ou une connerie mill\u00e9naire, vous prive de discernement \u00e0 l\u2019endroit de la maternit\u00e9 que vous ramenez \u00e0 une exclusion non des hommes, mais des id\u00e9es aujourd\u2019hui r\u00e9pandues et peut-\u00eatre, maintenant combattues. Et que vous combattez me semble-t-il<br \/>\nCar, ayant pris le temps de lire le texte en son entier alors que vous n\u2019avez offert que les trentes premi\u00e8res minutes, il y a dans le th\u00e9\u00e2tre que vous vous proposez de faire, quelque chose\u2026 comment dire\u2026 disons-le comme Genet, quelque chose qui pue parce que \u00ab\u00a0votre th\u00e9\u00e2tre sent bon\u00a0\u00bb.<br \/>\n<strong>Suite du texte\u2026<\/strong><br \/>\nD\u00e9j\u00e0, je fus surpris, au cours de la lecture, d\u2019entendre, dissimul\u00e9es dans le flux de votre r\u00e9cit id\u00e9alis\u00e9, quelques id\u00e9es d\u00e9rangeantes. \u00c7a veut dire quoi exactement, je vous cite\u00a0: \u00ab\u00a0Quand la chirurgienne lui a d\u00e9coup\u00e9 le ventre, elle lui a aussi d\u00e9coup\u00e9 l\u2019\u00e2me. Mais les chirurgiens ne savent pas ce qu\u2019ils d\u00e9coupent. On leur a appris la chair, la peau, l\u2019ut\u00e9rus, le muscle. Pas l\u2019\u00e2me\u00a0\u00bb (p.8). J\u2019abr\u00e8ge et vous passe le d\u00e9tail.<br \/>\nVa encore que vous ayez trouv\u00e9 l\u00e0 une veine po\u00e9tique. On \u00e9crit ce qu\u2019on peut n\u2019est-ce pas\u00a0! Mais l\u2019id\u00e9e fil\u00e9e est \u00e9trangement r\u00e9actionnaire, et l\u2019on ne peut ainsi innocemment m\u00e9langer deux paradigmes, l\u2019un scientifique, l\u2019autre religieux. Comme il y eut la s\u00e9paration de l\u2019\u00e9glise et de l\u2019\u00c9tat, le serment d\u2019Hippocrate a justement permis d\u2019affranchir la m\u00e9decine rationnelle de la m\u00e9decine religieuse. Une avanc\u00e9e d\u2019importance car, par exemple, pour revenir au \u00ab\u00a0con\u00a0\u00bb, sachez que pour les seconds, l\u2019hyst\u00e9rie (dont le religieux entretenait que c\u2019\u00e9tait une maladie f\u00e9minine de l\u2019ut\u00e9rus. Relire le bouquin g\u00e9nial de Diane Chauvelot <em>L\u2019hyst\u00e9rie vous salue bien<\/em>) vous aurait conduit au bucher.<br \/>\nLa page 13 n\u2019est pas moins \u00e9clairante (le lu alla jusqu\u2019\u00e0 la page 12), quand vous \u00e9crivez, \u00e0 propos de l\u2019enfant mort \u00ab\u00a0Je pense \u00e0 mon petit J\u00e9sus\u00a0\u00bb. Pr\u00e9nom pas si anodin, qui vient peu apr\u00e8s, cette histoire d\u2019\u00e2me et surtout, plusieurs remarques sur le corps m\u00e9dical pas tr\u00e8s humain (critique virulente m\u00eame, et l\u2019on pourrait citer si l\u2019on nous le demandait). J\u00e9sus donc\u2026 auquel la B\u00e9atrice (oups, encore un nom \u00e0 forte connotation) pense \u00e9ternellement. Normal donc. J\u00e9sus et l\u2019\u00e9ternit\u00e9 \u00e7a ne fait qu\u2019un. Et puis la suite, encore toujours la m\u00eame id\u00e9e, quand on arrive dans la chambre 10. Vous savez, quand vous \u00e9crivez sur l\u2019avortement qui n\u2019a pas eu lieu. Je cite\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0j\u2019assiste \u00e0 la naissance d\u2019une m\u00e8re. C\u2019est presque plus \u00e9mouvant que la naissance d\u2019un enfant. Le spectacle, si pr\u00e8s de moi, est \u00e0 la hauteur de toutes les peintures religieuses du monde. C\u2019est \u00e7a un miracle. Pour nous deux, toutes seules\u00a0\u00bb (p.18).<br \/>\nBon, je vous \u00e9pargne le d\u00e9tail d\u2019une analyse litt\u00e9raire, mais je note qu\u2019encore une fois vous vous inscrivez \u00e0 l\u2019endroit d\u2019un commentaire qui prend fait et cause, <em>in fine<\/em>, pour les anti-IVG contre la loi Veil de 1974. Opposer ainsi \u00ab\u00a0l\u2019avortement\u00a0\u00bb au \u00ab\u00a0Miracle\u00a0\u00bb n\u2019est pas neutre aujourd\u2019hui. Vous le savez. Et vous l\u2019\u00e9crivez. On ne vous fera pas un proc\u00e8s. La libert\u00e9 de penser est un droit acquis. Mais votre rapport id\u00e9ologique \u00e0 cette question de soci\u00e9t\u00e9 vient contrarier la Loi aujourd\u2019hui contest\u00e9e. Et si vous avez le droit de penser ce que vous voulez, vos partenaires (coproducteurs, producteurs, diffuseurs\u2026et spectateurs) doivent savoir ce qu\u2019ils soutiendront quand vous pr\u00e9senterez ce travail. Et ce n\u2019est pas le petit bout de phrase \u00ab\u00a0un miracle sans dieu\u00a0\u00bb qui suffit \u00e0 travestir l\u2019endroit de vos id\u00e9es r\u00e9actionnaires.<br \/>\nEnfin, bref, je passerai sur l\u2019\u00e9pisode de la Gyn\u00e9co aveugle qui op\u00e8re sans voir et sent. Oh, bordel de Dieu, c\u2019est bien dr\u00f4le tout \u00e7a. La main de la gyn\u00e9co est guid\u00e9e par qui alors\u00a0? Personne ne lui a interdit d\u2019exercer\u00a0? Bien s\u00fbr nous sommes en po\u00e9sie, et le merveilleux est de mise. Mais tout de m\u00eame, cette \u00ab\u00a0figure po\u00e9tique\u00a0\u00bb n\u2019est pas sans renvoyer, implicitement, au \u00ab\u00a0Miracle\u00a0\u00bb que vous esp\u00e9rez.<br \/>\nJ\u2019en viens au final, hors texte, quand vous prendrez la parole et que mes doutes se dissiperont d\u00e9finitivement. Oui, je l\u2019avoue, lire nous inscrit toujours dans un espace d\u2019incertitude et ce que je lis et comprends de votre texte n\u2019\u00e9chappe pas \u00e0 cette loi. Mais, quand vous avez pris la parole pour dire que l\u2019issue du texte \u00ab\u00a0va vers la lumi\u00e8re\u00a0\u00bb, vous comprendrez que la m\u00e9taphore \u00e0 laquelle vous recourez est l\u00e0 encore charg\u00e9e, fortement, s\u00e9mantiquement. Divine est la lumi\u00e8re, sauf quand chez les peintres elle est, juste et d\u2019abord, une mati\u00e8re \u00e0 mettre en forme.<br \/>\nAlors voil\u00e0, il faudrait sans doute, approfondir. L\u2019\u00e9poque estivale n\u2019y invite pas vraiment. Mais, franchement, les id\u00e9es de la <em>Chambre 2<\/em> adapt\u00e9e ne me laissent que tr\u00e8s peu de doutes sur votre engagement po\u00e9tique qui est aussi politique. Votre question sur les mecs \u00e9trangers \u00e0 la maternit\u00e9, les occurrences au religieux comme valeurs refuges, votre critique du clinique, votre positionnement implicite sur la question de l\u2019avortement\u2026 Tout cela pue. Et si on peut partager avec vous la fascination pour la vie qui vient \u00e0 para\u00eetre et les sentiments qu\u2019un nouveau venu au monde g\u00e9n\u00e8rent, \u00e0 la marge de ce qui rel\u00e8ve de l\u2019extraordinaire, votre pens\u00e9e remue la merde qui est dans la gueule de ces connards que sont les lobbies familiaux. Les anti-IVG, les anti-PMA, les anti-gays\u2026etc. Et je ne peux, finalement, me souvenir vous lisant que d\u2019Heiner M\u00fcller\u00a0: \u00ab\u00a0on devrait coudre le ventre des femmes. Un monde sans m\u00e8re. Fin de la trag\u00e9die\u00a0\u00bb. Du th\u00e9\u00e2tre, j\u2019ai trop le souci pour le condamner \u00e0 accueillir les conservateurs qui sont l&rsquo;avant-garde de l\u2019ultra-droite.<br \/>\nhttps:\/\/www.sinemensuel.com\/societe\/dossier\/comment-les-anti-ivg-tissent-leur-toile-en-france\/<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Coup de gueule, oui. Contre ce qui se pr\u00e9pare. Ou quand un processus de cr\u00e9ation en gestation (une cr\u00e9ation \u00e0 venir) ne laisse aucun doute sur ce qui pue. Au Th\u00e9\u00e2tre des Halles, Alain Timar a mis en place un cycle de lectures\/rencontres avec des auteurs\/metteurs en sc\u00e8ne qui pr\u00e9sentent un projet \u00ab\u00a0avanc\u00e9\u00a0\u00bb de cr\u00e9ation en cours. 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