


{"id":3314,"date":"2019-07-19T16:41:43","date_gmt":"2019-07-19T14:41:43","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/?p=3314"},"modified":"2019-07-19T16:41:43","modified_gmt":"2019-07-19T14:41:43","slug":"un-dance-digest-en-crescendo","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/un-dance-digest-en-crescendo\/","title":{"rendered":"Un Dance Digest en crescendo"},"content":{"rendered":"<p>Le Th\u00e9\u00e2tre G\u00e9rard Philipe et le Th\u00e9\u00e2tre Louis Aragon prennent leurs quartiers d&rsquo;\u00e9t\u00e9 au Th\u00e9\u00e2tre de la Parenth\u00e8se et pr\u00e9sentent les travaux de 3 jeunes chor\u00e9graphes de \u00ab\u00a0Territoire(s) en Danse\u00a0\u00bb &#8211; Mithkal Alzghair, Sylv\u00e8re Lamotte et Micka\u00ebl Phelippeau.<br \/>\nAu th\u00e9\u00e2tre de la Parenth\u00e8se, \u00e0 l\u2019heure o\u00f9 Avignon s\u2019\u00e9veille doucement, trois formes dans\u00e9es pr\u00e9sentent les travaux de jeunes chor\u00e9graphes dans le cadre de la programmation La Belle Sc\u00e8ne Saint-Denis, les quartiers d\u2019\u00e9t\u00e9 du TGP et du Th\u00e9\u00e2tre Louis Aragon de Tremblay en France. Un format semble-t-il \u00ab\u00a0promotionnel\u00a0\u00bb\u00a0: 3 extraits de 30 minutes chacun pour r\u00e9pondre au principe de visibilit\u00e9 si cher au march\u00e9 du spectacle et, on s\u2019en doute, pour tenter de fid\u00e9liser un public avant l\u2019heure. Un vrai <em>dance digest, <\/em>trois pour le prix d\u2019un, le tout bien emball\u00e9 avec le label \u00ab\u00a0Territoire(s) en Danse\u00a0\u00bb du th\u00e9\u00e2tre Louis Aragon \u00e0 Tremblay-en-France.<br \/>\nReste que la qualit\u00e9 du travail propos\u00e9 par les trois artistes prend (heureusement) le dessus. Et c\u2019est l\u00e0, peut-\u00eatre l\u2019essentiel\u00a0: en d\u00e9pit de l\u2019artificialit\u00e9 et des contraintes de l\u2019exercice, des rencontres ont lieu qui vont crescendo.<br \/>\n<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-3323 aligncenter\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2019\/07\/danseelargie3-600x338.jpg\" alt=\"\" width=\"600\" height=\"338\" \/><br \/>\nPremi\u00e8res images celles de ces paumes de main expos\u00e9es qui jouent avec l\u2019imaginaire de l\u2019exil, entre d\u00e9s\u00e9quilibres et violences menott\u00e9es. Ils sont trois, deux hommes et une femme et dansent nus pieds, le regard droit au rythme d\u2019une musique orientale et discr\u00e8te compos\u00e9e par Shadi Khries. Trois danseurs, Mirte Bogaert, Yannick Hugron et Samil Taksin, jouent avec la forme du trio, isolant tour \u00e0 tour l\u2019un d\u2019eux ou l\u2019englobant. Des gestes ordinaires grandissent jusqu\u2019\u00e0 composer des variations, tant\u00f4t acc\u00e9l\u00e9r\u00e9es tant\u00f4t emp\u00each\u00e9es, autour des \u00ab\u00a0images du corps face au pouvoir, aux situations de contr\u00f4le, de soumission, de conflit\u00a0\u00bb &#8211; dixit la bible du spectacle. <em>We are not going back <\/em>est la derni\u00e8re cr\u00e9ation du jeune chor\u00e9graphe et danseur Mithkal Alzghair, vainqueur du premier prix du Concours Danse Elargie en 2016 et dont le travail s\u2019inspire de son exp\u00e9rience de l\u2019exil \u2013 il quitte la Syrie pour suivre un Master d\u2019\u00e9tudes chor\u00e9graphiques \u00e0 Montpellier en 2011 et y restera. C\u2019est tout cet imaginaire d\u2019un pays en guerre, de corps violent\u00e9s et arr\u00eat\u00e9s au quotidien qui nourrit son vocabulaire, quitte \u00e0 tomber par endroits dans une illustration un peu trop appuy\u00e9e. La proposition s\u2019obstine \u00e0 garantir une lisibilit\u00e9 des images qu\u2019elle construit &#8211; trois corps comme soud\u00e9s qui s\u2019entrechoquent, se retiennent, une fluidit\u00e9 des d\u00e9placements en chass\u00e9-crois\u00e9 pour dire, avec des corps, la fuite, l\u2019entraide, la confrontation. Autant de \u00ab\u00a0th\u00e8mes\u00a0\u00bb que les mouvements font varier avec un s\u00e9rieux imp\u00e9n\u00e9trable, tant ces corps soumis et conflictuels peinent \u00e0 esquisser des espaces de libert\u00e9 et de r\u00eaveries pour le spectateur. La musique s\u2019arr\u00eate, restent les danseurs qui poursuivent leurs derniers mouvements en faisant entendre des respirations acc\u00e9l\u00e9r\u00e9es. Le souffle de Mithkal Alzghair, \u00e0 l\u2019avant-sc\u00e8ne, se calme peu \u00e0 peu. Fin du premier extrait, une rencontre en partie manqu\u00e9e.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-3324 aligncenter\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2019\/07\/DSC_1200web-1000x667-600x400.jpg\" alt=\"\" width=\"600\" height=\"400\" \/><br \/>\nC\u2019est par le silence et le vide que d\u00e9bute la seconde proposition, extraite de la derni\u00e8re cr\u00e9ation pour six danseurs du jeune chor\u00e9graphe Sylv\u00e8re Lamotte. Son corps, immense, est allong\u00e9 sur le c\u00f4t\u00e9, dos au public. Une danseuse, Brigitte Asselineau, entre en sc\u00e8ne. Simple pr\u00e9sence de deux corps que tout oppose\u00a0: l\u2019un est jeune, massif et d\u2019une hauteur vertigineuse, l\u2019autre \u00e2g\u00e9 et menu. <em>Echo d\u2019un infini <\/em>(extrait) raconte, par des images de corps et des mouvements silencieux, la rencontre entre ces deux danseurs \u2013 une rencontre qui passe par le toucher. Et Sylv\u00e8re Lamotte de construire, avec justesse, une exploration du toucher qui \u00e9voque celle, philosophique, men\u00e9e par un Merleau-Ponty. D\u00e9veloppant le (fameux ou mythique) principe du chiasme, il rappelle que la peau est le th\u00e9\u00e2tre d\u2019un entrelacs singulier &#8211; joignez vos mains et tentez de distinguer, en termes de perception sensible, laquelle touche l\u2019autre par exemple, ou de sentir, lorsque vous saisissez un objet, non plus la surface de l\u2019objet mais celle de votre peau. L\u2019int\u00e9r\u00eat de la pens\u00e9e merleau-pontyienne ici tient au fait qu\u2019elle insiste sur un point\u00a0: pour que le chiasme existe, il faut qu\u2019il n\u2019y ait pas de co\u00efncidence \u2013 c\u2019est le r\u00f4le de la peau, seuil sensible entre int\u00e9riorit\u00e9 et ext\u00e9riorit\u00e9. Autrement dit, le toucher implique n\u00e9cessairement un intouchable, un \u00e9cart. Et c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment cela auquel la proposition de Sylv\u00e8re Lamotte donne corps\u00a0: cet espace vide \u2013 dirait l\u2019autre \u2013 sans lequel le toucher ne peut exister. Toute la premi\u00e8re partie de la proposition s\u2019amuse \u00e0 accueillir, dans les gestes dans\u00e9s, le corps absent de l\u2019autre. L\u2019un soul\u00e8ve le vide et l\u2019on voit l\u2019autre fr\u00e9mir de plaisir, les yeux ferm\u00e9s. Pr\u00e9parer la peau, pour qu\u2019ensuite elle puisse \u00eatre touch\u00e9e. Lorsque le contact a lieu, enfin, il fait exploser les corps dans l\u2019espace et leur donne une \u00e9nergie nouvelle. Des jeux, alors, se mettent en place avec une sensibilit\u00e9 et une attention rare. Jeux des diff\u00e9rents contacts possibles \u2013 soulever le corps de l\u2019autre qui semble aussi l\u00e9ger qu\u2019une brindille et lui faire regarder le ciel, s\u2019y lover et le serrer dans ses bras, accueillir un dos contre soi et le retenir. Aucune fioriture ne vient encombrer les mouvements et la chor\u00e9graphie se passe de tout accompagnement musical. Les images de corps que compose Sylv\u00e8re Lamotte d\u00e9veloppent avec finesse une exploration du toucher et s\u00e9duisent par leur puissance d\u2019\u00e9vocation po\u00e9tique. Deux corps, deux \u00e2ges, une m\u00eame peau.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-3316 aligncenter\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2019\/07\/Lou-2-600x327.jpg\" alt=\"\" width=\"600\" height=\"327\" \/><br \/>\nUne derni\u00e8re rencontre prend la suite et cl\u00f4t avec une \u00e9nergie folle ce <em>dance digest <\/em>de La Belle Sc\u00e8ne Saint-Denis. Rencontre entre le chor\u00e9graphe Micka\u00ebl Phelippeau, form\u00e9 aux arts plastiques et \u00e0 la danse contemporaine et le travail de la compagnie F\u00eates Galantes, dirig\u00e9e par B\u00e9atrice Massin. Rencontre, surtout, avec l\u2019\u00e9tonnante Lou Cantor qui d\u00e9barque, sac \u00e0 dos et baskets au pied, pour un solo de 30 minutes autour de la danse baroque. Pas \u00e0 pas, elle expose les principes de cette danse \u00ab\u00a0poussi\u00e9reuse\u00a0\u00bb en d\u00e9construisant une unique phrase chor\u00e9graphique, depuis son inscription sur le sol dans une \u00e9criture qu\u2019elle lira ensuite jusqu\u2019\u00e0 son ex\u00e9cution en costume. Sans jamais sombrer dans le didactisme, Lou raconte. Elle raconte la sensualit\u00e9 de ces avant-bras que la danse d\u00e9couvre et des poignets qui s\u2019enroulent, l\u2019\u00e9trange fiert\u00e9 d\u2019avoir le m\u00eame corps que sa m\u00e8re et de danser dans ses pas, avec son sourire. Tandis qu\u2019elle r\u00e9p\u00e8te la m\u00eame phrase, chaussures au pied, la voix enregistr\u00e9e de son p\u00e8re chante, de plus en plus librement. R\u00e9cit d\u2019une vie, dans\u00e9e, qu\u2019elle partage avec public, dans une adresse directe d\u2019une simplicit\u00e9 troublante. Donnant corps \u00e0 son principe des bi-portraits, Micka\u00ebl Phelippeau d\u00e9montre avec <em>Lou <\/em>que la danse s\u2019invente avec ceux qui l\u2019inscrivent dans leur corps et qu&rsquo;il n&rsquo;est de rencontre que dans la libert\u00e9 de cr\u00e9er, ensemble. Le corps de Lou Cantor s\u2019expose aux regards du spectateur avec franchise et affirme une puissance et une sensibilit\u00e9 bouleversantes. Une rencontre comme on en voit peu.<br \/>\n<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-3320 aligncenter\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2019\/07\/Lou-3-600x338.jpg\" alt=\"\" width=\"600\" height=\"338\" \/><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le Th\u00e9\u00e2tre G\u00e9rard Philipe et le Th\u00e9\u00e2tre Louis Aragon prennent leurs quartiers d&rsquo;\u00e9t\u00e9 au Th\u00e9\u00e2tre de la Parenth\u00e8se et pr\u00e9sentent les travaux de 3 jeunes chor\u00e9graphes de \u00ab\u00a0Territoire(s) en Danse\u00a0\u00bb &#8211; Mithkal Alzghair, Sylv\u00e8re Lamotte et Micka\u00ebl Phelippeau. 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