


{"id":3335,"date":"2019-07-19T19:21:40","date_gmt":"2019-07-19T17:21:40","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/?p=3335"},"modified":"2019-07-19T19:21:40","modified_gmt":"2019-07-19T17:21:40","slug":"la-breche-un-texte-malgre-tout","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/la-breche-un-texte-malgre-tout\/","title":{"rendered":"La Br\u00e8che. Un texte, malgr\u00e9 tout."},"content":{"rendered":"<p>Du 17 au 23 juillet, le Gymnase du Lyc\u00e9e Mistral accueille la cr\u00e9ation mondiale de <em>La Br\u00e8che, <\/em>de l&rsquo;am\u00e9ricaine Naomi Wallace. La r\u00e9v\u00e9lation d&rsquo;un texte. D&rsquo;un spectacle beaucoup moins.<br \/>\n<em><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-3339 aligncenter\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2019\/07\/la-br\u00e8che-1-600x400.jpg\" alt=\"\" width=\"600\" height=\"400\" \/><\/em><br \/>\nOn d\u00e9plorait il y a peu l\u2019absence de visibilit\u00e9 actuelle des auteurs dramatiques face \u00e0 la surpuissance des metteurs en sc\u00e8ne, des \u00e9critures de plateau et collectifs en tout genre. De ce point de vue, il faudrait donc se r\u00e9jouir du choix de Tommy Milliot de cr\u00e9er pour le Festival d\u2019Avignon le texte de l\u2019auteure am\u00e9ricaine Naomi Wallace, <em>La Br\u00e8che. <\/em>On aurait aim\u00e9 s\u2019en r\u00e9jouir oui, mais au sortir du spectacle, c\u2019est plut\u00f4t la col\u00e8re qui l\u2019emporte. Parce que le texte est bon. Vraiment. La preuve\u00a0? Il r\u00e9ussit \u00e0 convaincre <em>malgr\u00e9 <\/em>la mise en sc\u00e8ne de Tommy Milliot. Publi\u00e9e aux Editions Th\u00e9\u00e2trales \u2013 dont il faut saluer l\u2019engagement pour la d\u00e9fense et la diffusion des auteurs dramatiques contemporains &#8211;, Naomi Wallace n\u2019en est pas \u00e0 son galop d\u2019essai avec <em>The McAlpine Spillway <\/em>et ses pi\u00e8ces, comme <em>Au c\u0153ur de l\u2019Am\u00e9rique <\/em>ou <em>Un monde qui s\u2019efface, <\/em>sont d\u00e9j\u00e0 reconnues dans le monde entier. Depuis 2012, elle fait m\u00eame partie du r\u00e9pertoire de la Com\u00e9die-Fran\u00e7aise avec <em>Une puce (\u00e9pargnez-la) <\/em>cr\u00e9\u00e9e par Anne-Laure Li\u00e9geois.<br \/>\n<em>La Br\u00e8che, <\/em>c\u2019est Weinstein avant l\u2019heure diront certains, une attaque contre les entreprises pharmaceutiques diront d\u2019autres. Pour l\u2019anecdote, la cr\u00e9ation am\u00e9ricaine fut ainsi retir\u00e9e de l\u2019affiche \u00e0 la demande d\u2019une compagnie pharmaceutique appartenant aux m\u00e9c\u00e8nes du th\u00e9\u00e2tre o\u00f9 le spectacle \u00e9tait mont\u00e9. Au-del\u00e0 des pol\u00e9miques, il y a l\u00e0 une \u00e9criture dramatique fine et ma\u00eetris\u00e9e et cela devrait suffire. Naomi Wallace construit un drame dont l\u2019horreur se d\u00e9voile peu \u00e0 peu au fil d\u2019une temporalit\u00e9 d\u00e9doubl\u00e9e. Quatre adolescents et leurs doubles, 14 ans plus tard, une amiti\u00e9 ou son semblant, des d\u00e9fis cruels, un deuil que les jeux adolescents transforment en ritournelle, pour mieux le reproduire des ann\u00e9es apr\u00e8s. On pourrait vanter la qualit\u00e9 des dialogues dont l\u2019entrecoupement est soigneusement marqu\u00e9 par l\u2019auteure, pour en assurer la dynamique th\u00e9\u00e2trale. Louer la force de r\u00e9sonance de ce r\u00e9cit et de ses personnages tir\u00e9s d\u2019un \u00ab\u00a0possible Kentucky\u00a0\u00bb. Naomi Wallace reprend les st\u00e9r\u00e9otypes de l\u2019Am\u00e9rique adolescente \u2013 le jeune riche mal dans sa peau, le sportif en mal de reconnaissance, le jeune surdou\u00e9 martyris\u00e9, la reine du bal \u2013 et leur donne une consistance, comme on remplirait une coquille vide. Outre ces qualit\u00e9s, la singularit\u00e9 de la construction dramaturgique tient \u00e0 ces espaces temporels d\u2019abord juxtapos\u00e9s puis progressivement entrem\u00eal\u00e9s. Et c\u2019est justement parce qu\u2019il y a chevauchement, parce que l\u2019auteure cr\u00e9e des espaces dans l\u2019\u00e9criture pour que les corps adolescents et adultes se croisent et s\u2019observent que le drame peut \u00eatre d\u00e9voil\u00e9. Sans quoi ce n\u2019est plus un drame mais un fait divers. Horrible, certes, mais qui n\u2019a nul besoin d\u2019un plateau de th\u00e9\u00e2tre pour exister.<br \/>\n<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-3337 aligncenter\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2019\/07\/La-br\u00e8che-2-600x300.jpg\" alt=\"\" width=\"600\" height=\"300\" \/><br \/>\nEt Tommy Milliot, malheureusement, en reste au fait divers. En guise de chevauchement, des s\u00e9quences entrecoup\u00e9es de noirs et de basses sonores dont les vibrations sont suppos\u00e9es faire vibrer le spectateur et faire monter la pression. La double distribution partage certes un m\u00eame espace \u2013 une dalle de b\u00e9ton encadr\u00e9e par du vide, ce qui constitue, apparemment, un \u00ab\u00a0geste sc\u00e9nographique fort\u00a0\u00bb (sic) \u2013 mais de regard entre eux le spectateur n\u2019en surprendra aucun. Pas plus qu\u2019entre chacune des distributions tant la direction d\u2019acteur les plante l\u00e0, immobiles, dans des positions caricaturales et des distances fauss\u00e9es. Et Tommy Milliot de soutenir la voix des acteurs par des micro hf de fa\u00e7on grossi\u00e8re et maladroite, d\u00e9r\u00e9alisant des corps d\u00e9j\u00e0 engourdis auxquels il aurait fallu davantage faire confiance peut-\u00eatre. Car il y avait tant \u00e0 faire avec cette rigidit\u00e9 adolescente qui passe si ais\u00e9ment de la maladresse \u00e0 la souplesse. Et avec leur s\u00e9dimentation dans les corps devenus adultes avec lesquels ils partagent le plateau.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nComme devant un d\u00e9cor plant\u00e9 ou un \u00e9cran de tv, le spectateur fait face \u00e0 des corps fig\u00e9s qui d\u00e9bitent des r\u00e9pliques et devient un voyeur, avide de conna\u00eetre la fin du drame. Qu\u2019on se r\u00e9jouisse, donc, le fait divers aura \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9. De cr\u00e9ation th\u00e9\u00e2trale pour\u00a0<em>La Br\u00e8che<\/em> de Naomi Wallace, par contre, il n\u2019en est pas encore question. Avis aux int\u00e9ress\u00e9s.<br \/>\n<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-3338 aligncenter\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2019\/07\/La-br\u00e8che-couv.jpg\" alt=\"\" width=\"400\" height=\"559\" \/><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Du 17 au 23 juillet, le Gymnase du Lyc\u00e9e Mistral accueille la cr\u00e9ation mondiale de La Br\u00e8che, de l&rsquo;am\u00e9ricaine Naomi Wallace. La r\u00e9v\u00e9lation d&rsquo;un texte. D&rsquo;un spectacle beaucoup moins. On d\u00e9plorait il y a peu l\u2019absence de visibilit\u00e9 actuelle des auteurs dramatiques face \u00e0 la surpuissance des metteurs en sc\u00e8ne, des \u00e9critures de plateau et collectifs en tout genre. De ce point de vue, il faudrait donc se r\u00e9jouir du choix de Tommy Milliot de cr\u00e9er pour le Festival d\u2019Avignon<\/p>\n","protected":false},"author":37,"featured_media":3339,"menu_order":0,"template":"","categorie_article":[27],"class_list":["post-3335","article","type-article","status-publish","has-post-thumbnail","hentry","categorie_article-critique"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/article\/3335","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/article"}],"about":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/types\/article"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/users\/37"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/media\/3339"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=3335"}],"wp:term":[{"taxonomy":"categorie_article","embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/categorie_article?post=3335"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}