


{"id":3355,"date":"2019-07-20T16:40:31","date_gmt":"2019-07-20T14:40:31","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/?p=3355"},"modified":"2019-07-20T16:40:31","modified_gmt":"2019-07-20T14:40:31","slug":"la-ou-tu-veux-etre-la-mecanique-du-hasard-dolivier-letellier","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/la-ou-tu-veux-etre-la-mecanique-du-hasard-dolivier-letellier\/","title":{"rendered":"L\u00e0 o\u00f9 tu veux \u00eatre. La M\u00e9canique du hasard d\u2019Olivier Letellier"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-3408 aligncenter\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2019\/07\/\u00a9Christophe-Raynaud-de-Lage3-600x400.jpg\" alt=\"\" width=\"600\" height=\"400\" \/><br \/>\nAvec <em>La M\u00e9canique du hasard, <\/em>pr\u00e9sent\u00e9e au Gilgamesh jusqu\u2019au 26 juillet \u00e0 13h45, Olivier Letellier r\u00e9concilie le spectateur avec le plaisir des histoires bien racont\u00e9es. Un th\u00e9\u00e2tre de r\u00e9cit et d\u2019objet pour deux acteurs et un frigo \u00e0 ne pas manquer.<br \/>\nRaconter des histoires au th\u00e9\u00e2tre n\u2019est plus \u00e0 la mode. Le post-dramatique est pass\u00e9 par l\u00e0, ainsi que le <em>story telling <\/em>\u00e0 l\u2019anglo-saxonne qui attache \u00e0 la narration (de soi) une valeur capitaliste rentable. Non, ce qui a la cote en ce moment, c\u2019est de mettre en sc\u00e8ne des \u00ab\u00a0paroles vraies\u00a0\u00bb port\u00e9es par des \u00ab\u00a0vraies personnes\u00a0\u00bb &#8211; entendez qui ne font pas semblant et dont la pr\u00e9sence sert de caution \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9 du r\u00e9cit. Ou bien de faire l\u2019histoire du th\u00e9\u00e2tre (I ou II) et de m\u00ealer histoire collective et subjective pour <em>dire le monde<\/em>.<br \/>\nOlivier Letellier reste loin de toutes ces histoires et pr\u00e9f\u00e8re, justement, en construire. Travaillant depuis des ann\u00e9es avec et pour la jeunesse, ses nombreuses cr\u00e9ations montrent que, si tant est qu\u2019elles soient bien racont\u00e9es, les histoires ont encore de beaux jours devant elles et au th\u00e9\u00e2tre en particulier.<br \/>\n<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-3410 aligncenter\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2019\/07\/\u00a9Christophe-Raynaud-de-Lage8-600x400.jpg\" alt=\"\" width=\"600\" height=\"400\" \/><br \/>\n&nbsp;<br \/>\nSa <em>M\u00e9canique du hasard <\/em>en est l\u2019illustration parfaite. Adapt\u00e9e du roman <em>Le Passage (Holes <\/em>pour les anglophones), de Louis Sachar, la narration th\u00e9\u00e2trale construite par Olivier Letellier et Catherine Verlaguet est port\u00e9e par deux acteurs et invite le spectateur \u00e0 \u00e9couter d\u2019autres vies que la sienne, comme le dirait Emmanuel Carr\u00e8re. Et c\u2019est bien l\u00e0 le c\u0153ur de cet \u00ab\u00a0art de narrer\u00a0\u00bb qui, pour Walter Benjamin d\u00e9j\u00e0, touche \u00e0 sa fin\u00a0: que l\u2019exp\u00e9rience de vie d\u2019un autre devienne celle de celui qui l\u2019\u00e9coute. Un partage plus qu\u2019une appropriation puisque l\u2019art de raconter des histoires est avant tout une question de complicit\u00e9. \u00ab\u00a0Quiconque \u00e9coute une histoire se trouve en compagnie de celui qui la raconte; m\u00eame celui qui la lit participe \u00e0 cette compagnie.\u00a0\u00bb \u00c0 relire ce texte de Walter Benjamin, <em>Le conteur, <\/em>on se dit qu\u2019Olivier Letellier en a d\u00e9cid\u00e9ment saisi, intimement et intuitivement, les principes fondamentaux \u2013 la relation entre la narration et la mort, la complicit\u00e9 d\u2019une \u00e9coute partag\u00e9e, la sagesse du conteur.<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab\u00a0Le conteur se range parmi les sages et les ma\u00eetres. Il est de bon conseil &#8211; non pas comme le proverbe, pour quelques cas, mais comme le sage, pour tous les cas. Car il est en son pouvoir de s\u2019appuyer sur toute une vie. Son talent, c\u2019est de pouvoir narrer la vie, sa haute fonction de la pouvoir narrer d\u2019un bout \u00e0 l\u2019autre. Le conteur, c\u2019est l\u2019homme qui pourrait laisser la m\u00e8che de sa vie se consumer tout enti\u00e8re \u00e0 la douce flamme de sa narration. Si l\u2019on se tait, ce n\u2019est pas seulement pour l\u2019entendre, mais aussi un peu parce qu\u2019il est l\u00e0. Le conteur est l\u2019image en laquelle le juste se retrouve lui-m\u00eame.\u00a0\u00bb W.B, <em>Le Conteur<\/em><\/p><\/blockquote>\n<p>&nbsp;<br \/>\nFaisant peu de cas de ceux qui cantonnent le th\u00e9\u00e2tre jeunesse \u00e0 un art mineur ou \u00e0 une distraction superflue et non rentable (l\u2019argument est finalement toujours principalement \u00e9conomique), il ose un th\u00e9\u00e2tre de r\u00e9cit et d\u2019objet qui raconte \u2013 bien \u2013 des histoires.<br \/>\n<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-3409 aligncenter\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2019\/07\/\u00a9Christophe-Raynaud-de-Lage5-400x600.jpg\" alt=\"\" width=\"400\" height=\"600\" \/><br \/>\nL\u2019histoire de <em>La M\u00e9canique, <\/em>la voici\u00a0: un adolescent, Stanley Yelnats (le palindrome a son importance) est sous le coup d\u2019une mal\u00e9diction familiale qui remonte \u00e0 son arri\u00e8re-arri\u00e8re-grand-p\u00e8re voleur de cochon. Parce qu\u2019il se trouve toujours au mauvais endroit au mauvais moment, il est envoy\u00e9 au camp du Lac Vert et y creuse, jour apr\u00e8s jour, des trous d\u20191m50 sur 1m50 en plein milieu du d\u00e9sert. Nul besoin d\u2019en dire plus\u00a0: une m\u00e9canique narrative se d\u00e9roule qui, de p\u00e9rip\u00e9ties en rebondissements, croise une institutrice devenue criminelle, une sorci\u00e8re r\u00eavant de boire l\u2019eau de la rivi\u00e8re qui coule \u00e0 l\u2019envers, des p\u00eaches au sirop et un spray supprimant les mauvaises odeurs de basket. Au fil de l\u2019histoire, la question de la libert\u00e9 de chacun face au poids des h\u00e9ritages familiaux \u2013 ou comment se lib\u00e9rer d\u2019un destin tragique. Et surtout, que faire une fois cette libert\u00e9 acquise\u00a0? Quels d\u00e9sirs suivre, vers quels endroits aller une fois la mal\u00e9diction lev\u00e9e\u00a0? Plus de bon ou mauvais endroit et moment, simplement des d\u00e9sirs \u00e0 (oser) suivre. Des histoires \u00e0 inventer. On pourrait croire qu\u2019il ne s\u2019agit l\u00e0 que d\u2019une \u00e9ni\u00e8me histoire qui finit bien et qui donne de l\u2019espoir aux solitudes, enfantines ou adultes \u2013 serait-ce si terrible d\u2019ailleurs, si ce n\u2019\u00e9tait que \u00e7a\u00a0? Mais c\u2019est oublier l\u2019art et la mani\u00e8re de raconter cette histoire qui, oui, finit bien (nul besoin de suspense ici). Or, ce qui compte avec les histoires, c\u2019est la fa\u00e7on dont on les raconte.<br \/>\nEt en la mati\u00e8re, Olivier Letellier a depuis longtemps prouv\u00e9 qu\u2019il excellait, inventant un vocabulaire sc\u00e9nique singulier qui m\u00eale th\u00e9\u00e2tre de r\u00e9cit et th\u00e9\u00e2tre d\u2019objet. Au plateau, Fiona Chauvin et Guillaume Fafiotte se partagent une narration qui passe avec une all\u00e9gresse grisante du <em>tu <\/em>au<em> il<\/em> en passant par le <em>je,<\/em> choral ou non. Chacun raconte l\u2019histoire de l\u2019autre, l\u2019incarne ou lui donne la r\u00e9plique pour que le spectateur en vienne, lui aussi, \u00e0 dire <em>je. <\/em>C\u2019est que l\u2019intention du metteur en sc\u00e8ne est claire\u00a0: raconter des histoires, c\u2019est d\u2019abord les raconter <em>\u00e0 <\/em>quelqu\u2019un. Et Letellier d\u2019assumer la n\u00e9cessit\u00e9, dans l\u2019art du conte, d\u2019une adresse directe, rendant possible, dans un second temps, l\u2019incarnation. D\u00e9crire un univers avec les mots avant d\u2019y plonger et d\u2019en sortir \u00e0 loisir, faire du langage un seuil pour l\u2019imaginaire que chacun s\u2019amuse \u00e0 franchir. Et puis il y a ce frigo, au centre d\u2019un plateau quasi nu (seul un plancher figure le sol d\u00e9sertique) que les deux com\u00e9diens manipulent. Troisi\u00e8me partenaire distanc\u00e9 que cet objet qui acquiert tour \u00e0 tour une fonction symbolique, all\u00e9goriques, r\u00e9f\u00e9rentielle ou simplement ludique. Op\u00e9rant un d\u00e9calage suppl\u00e9mentaire dans la narration, il permet de cr\u00e9er des images po\u00e9tiques tout en distan\u00e7ant la fiction \u2013 desserrer les rouages d\u2019une m\u00e9canique narrative pour y cr\u00e9er du <em>jeu, <\/em>espaces libres sans lesquels tout s\u2019enraye.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nAu spectateur, alors, de s\u2019emparer de ce <em>jeu <\/em>pour oser, lui aussi, choisir l\u2019endroit o\u00f9 il veut \u00eatre et s\u2019abandonner, en compagnie du Th\u00e9\u00e2tre du Phare, au plaisir des histoires partag\u00e9es.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-3408 aligncenter\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2019\/07\/\u00a9Christophe-Raynaud-de-Lage3-600x400.jpg\" alt=\"\" width=\"600\" height=\"400\" \/><br \/>\nPhotos : Christophe RAYNAUD DE LAGE<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Avec La M\u00e9canique du hasard, pr\u00e9sent\u00e9e au Gilgamesh jusqu\u2019au 26 juillet \u00e0 13h45, Olivier Letellier r\u00e9concilie le spectateur avec le plaisir des histoires bien racont\u00e9es. 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