


{"id":3434,"date":"2019-07-22T14:04:59","date_gmt":"2019-07-22T12:04:59","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/?p=3434"},"modified":"2019-07-22T14:04:59","modified_gmt":"2019-07-22T12:04:59","slug":"laterna-magica-et-le-courage-dune-vie-a-soi","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/laterna-magica-et-le-courage-dune-vie-a-soi\/","title":{"rendered":"Laterna magica et le courage d\u2019une vie \u00e0 soi"},"content":{"rendered":"<p><b><i>Laterna magica<\/i>, de la <span style=\"font-size: medium;\">Cie STT (Super Trop Top) <\/span><span style=\"font-size: medium;\">se jouait au 11 Gilgamesh Belleville dans le Festival OFF d\u2019Avignon 2019 \u00e0 10h30. Enfin un th\u00e9\u00e2tre qui ne ment pas.<\/span><\/b><br \/>\n<i>Laterna magica<\/i> traverse la vie d\u2019Ingmar Bergman \u00e0 partir de son texte du m\u00eame nom. Il constitue une sorte d\u2019autobiographie qui parcourt les souvenirs et les troubles d\u00e8s son enfance. Se dessine quelque chose qui fait sauter l\u2019ordre moral d\u2019aujourd\u2019hui car nous apercevons bien de quelles complexit\u00e9s nous sommes faites, quelles pulsions obscures sont \u00e0 l\u2019\u0153uvre en nous\u00a0; et les nier serait le plus grand mensonge que nous pourrions nous faire.<br \/>\n<i>Laterna magica<\/i> est une invitation \u00e0 d\u00e9nouer nos existences, \u00e0 tirer au clair l\u2019indicible et \u00e0 tenter de vivre sa propre vie, m\u00eame si, au final, \u00ab\u00a0il faudra bien qu\u2019on se d\u00e9brouille tout seul\u00a0\u00bb. Nulle place est fait \u00e0 un romantisme, ni dans la cr\u00e9ation, ni dans les relations. Ingmar Bergman regarde la vie avec une pr\u00e9cision clinique et d\u00e9niche les tensions et contradictions, les b\u00eatises infinies que nous commettons tous les jours. C\u2019est par exemple son p\u00e8re qui doit d\u00e9couvrir et constater \u00e0 la fin de sa vie, en lisant le journal de sa femme d\u00e9funte, que malgr\u00e9 qu\u2019ils aient partag\u00e9 une vie commune durant 50 ans, que cette femme lui \u00e9tait inconnue. C\u2019est par exemple Ingmar Bergman lui-m\u00eame avec qui il ne prendra pas plus de gants qu\u2019avec les autres, qui d\u2019abord fascin\u00e9 et en adoration de Hitler, finit par d\u00e9couvrir l\u2019existence des camps de concentration. La honte et le m\u00e9pris contre lui-m\u00eame lui fait dire\u00a0: \u00ab\u00a0Plus jamais de politique\u00a0\u00bb, mais d\u2019avouer en m\u00eame temps que ce n\u2019\u00e9tait s\u00fbrement pas le bon choix\u2026 C\u2019est le courage d\u2019un parler vrai de soi-m\u00eame qui nous touche dans ces temps de d\u00e9magogie, de mensonge, de l\u00e2chet\u00e9.<br \/>\n<span style=\"font-size: medium;\">Fabien Coquil porte cette voix avec simplicit\u00e9 et l\u2019adresse au public sans chichi. Le th\u00e9\u00e2tre ici n\u2019a pas besoin de recourir \u00e0 des illusions ou \u00e0 la repr\u00e9sentations d\u2019espaces fictives. Il est l\u00e0 et d\u00e9plie cette vie dont surgit une pens\u00e9e pour la vie. Les espaces changent. Une femme est l\u00e0, parle parfois. Un autre homme d\u00e9place les plantes, les projecteurs, sur l\u2019ordre du r\u00e9alisateur immense que fut Ingmar Bergman. Le th\u00e9\u00e2tre se montre nu ici, et dans sa fabrication. Un rectangle blanc au fond, puis une tuile, puis six grands rectangles en CP accroch\u00e9s au plafond qui flottent et tournent sur eux-m\u00eame, d\u00e9clinent quelque chose du cin\u00e9ma. Des \u00e9crans peut-\u00eatre, le tuile pour une incrustation dans l\u2019image. C\u2019est peut-\u00eatre pour dire qu\u2019au final, c\u2019\u00e9tait une vie d\u00e9di\u00e9 \u00e0 son \u0153uvre, \u00e0 son travail, sans qu\u2019il ne soit jamais s\u00e9par\u00e9 de sa vie enti\u00e8re et intime. Et le travail serait ici la mise en place de ces diff\u00e9rents outils et objets, \u00ab\u00a0l\u2019organisation p\u00e9dante de l\u2019indicible\u00a0\u00bb et la tentative d\u2019en tirer quelque chose \u00e0 la clart\u00e9. <\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: medium;\">Et aussi douloureux et difficile son chemin peut nous para\u00eetre, jamais on s\u2019enfonce dans des passions tristes. C\u2019est que, comme Strindberg avant lui, il n\u2019a jamais pu \u00ab\u00a0prendre rien au s\u00e9rieux, m\u00eame ses plus grands chagrins.\u00a0\u00bb Et de voir l\u00e0, en m\u00eame temps, le masque qui filtre et qui permet de travailler et le masque qui ment, qui nous emp\u00eache d\u2019avoir des <i>visages<\/i>, de se parler, de parler \u00e0 sa propre m\u00e8re \u00ab\u00a0comme \u00e0 une amie\u00a0\u00bb. Mais dans tout cela, les bastions avec son p\u00e8re, les disputes avec sa m\u00e8re, les d\u00e9samours et les haines de ses com\u00e9diens, malgr\u00e9 cette vie dans \u00ab\u00a0ce tas de merde\u00a0\u00bb qu\u2019est le monde, malgr\u00e9 qu\u2019on ne nous a appris que p\u00e9ch\u00e9, culpabilit\u00e9 et punition, on n\u2019a jamais impression que cette vie ne soit pas <i>joie<\/i>. Et pensant alors \u00e0 un de ses premiers film, <i>Vers la <\/i><i>Joie<\/i>, et se dire \u00e0 quel point sa vie est rest\u00e9e fid\u00e8le \u00e0 ses \u0153uvres ou l\u2019inverse, ne sachant plus, comme il le dit lui-m\u00eame, ce qui est plus r\u00e9el\u00a0: sa vie ou ses fictions. Rarement la douleur de vivre est si bien nomm\u00e9e et la joie malgr\u00e9 tout.<\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Laterna magica, de la Cie STT (Super Trop Top) se jouait au 11 Gilgamesh Belleville dans le Festival OFF d\u2019Avignon 2019 \u00e0 10h30. Enfin un th\u00e9\u00e2tre qui ne ment pas. Laterna magica traverse la vie d\u2019Ingmar Bergman \u00e0 partir de son texte du m\u00eame nom. Il constitue une sorte d\u2019autobiographie qui parcourt les souvenirs et les troubles d\u00e8s son enfance. 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