


{"id":3453,"date":"2019-07-22T16:50:58","date_gmt":"2019-07-22T14:50:58","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/?p=3453"},"modified":"2019-07-22T16:50:58","modified_gmt":"2019-07-22T14:50:58","slug":"avec-un-cul-pareil-je-risque-pas-de-menvoler","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/avec-un-cul-pareil-je-risque-pas-de-menvoler\/","title":{"rendered":"Avec un cul pareil, je risque pas de m&rsquo;envoler"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: center;\"><strong>A Ved\u00e8ne, du 16 au 23 juillet, <em>Outside <\/em>de Kirill Serebrennikov rejoue l&rsquo;envol du photographe chinois Ren Hang.<\/strong><br \/>\n<strong> Un hommage pop d\u00e9jant\u00e9 et impertinent.<\/strong><br \/>\n<strong><\/strong><\/p>\n<hr \/>\n<p>Il ressemble en tous points \u00e0 Noureev\u00a0: collants noirs \u00e0 bretelles, t-shirt blanc moulant, une chevelure digne d\u2019une pub pour shampooing contre les pellicules. Une diff\u00e9rence toutefois, notable\u00a0: son cul, \u00e9norme. Un danseur \u00e9toile avec un cul pareil, c\u2019est du jamais vu. L\u2019avantage, c\u2019est que s\u2019il lui prenait l\u2019envie de sauter par la fen\u00eatre, il resterait coinc\u00e9.<br \/>\nCe constat \u00e0 la logique imparable donne le ton de la derni\u00e8re cr\u00e9ation du controvers\u00e9 Kirill Serebrennikov, pour la troisi\u00e8me fois invit\u00e9 au Festival d\u2019Avignon et demeur\u00e9 cette ann\u00e9e en Russie o\u00f9 il est interdit de sortie de territoire. Il y a deux ans de cela, le directeur du Gogol Center s\u2019int\u00e9resse au travail d\u2019un jeune photographe chinois\u00a0: Ren Hang. Ses photographies exposent des corps imberbes, nus et s\u2019amusent \u00e0 les combiner pour cr\u00e9er des images d\u2019un esth\u00e9tisme certain et d\u2019une impudeur assum\u00e9e. D\u00e9couvrant dans cet \u0153uvre \u00ab\u00a0un monde tout \u00e0 fait particulier, en rapport avec la po\u00e9sie du corps humain\u00a0\u00bb, Serebrennikov apprend que Ren Hang est aussi po\u00e8te et formule alors le d\u00e9sir de construire un projet de th\u00e9\u00e2tre avec lui. Le rendez-vous est fix\u00e9. Deux jours avant leur rencontre, le 24 f\u00e9vrier 2017, Ren Hang saute du quatorzi\u00e8me \u00e9tage d\u2019un immeuble o\u00f9 il avait l\u2019habitude de faire des s\u00e9ances photos. C\u2019\u00e9tait le jour de son anniversaire. Pour Kirill Serebrennikov, le choc est immense. \u00ab\u00a0C\u2019est terrible\u00a0: vous devez rencontrer quelqu\u2019un, vous prenez contact avec lui, vous \u00eates d\u00e9j\u00e0 convenus de tout, et il se tue, il se jette par la fen\u00eatre\u2026\u00a0\u00bb<br \/>\n<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter wp-image-3459\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2019\/07\/Outside-4.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"451\" \/><br \/>\nCe projet de th\u00e9\u00e2tre, ce sera finalement <em>Outside. <\/em>Sur le plateau, deux com\u00e9diens \u2013 l\u2019un russe, l\u2019autre chinois \u2013 donnent corps \u00e0 cette rencontre avort\u00e9e entre les deux artistes. L\u2019un est enferm\u00e9 dans sa chambre, discutant seul avec une ombre qui prend un malin plaisir \u00e0 lui r\u00e9pondre et regarde le monde du dehors au travers d\u2019une fen\u00eatre, l\u2019autre a l\u2019air beaucoup plus d\u00e9tendu maintenant qu\u2019il a fait le grand saut et qu\u2019il n\u2019a plus \u00e0 s\u2019embarrasser d\u2019\u00eatre vivant. Autour d&rsquo;eux, une dizaine d&rsquo;interpr\u00e8tes, danseurs et musiciens &#8211; nus, ou presque. Par le fantasme de la sc\u00e8ne, les deux artistes se rencontrent et entra\u00eenent le spectateur dans le monde po\u00e9tique de Ren Hang revisit\u00e9 \u00e0 la sauce Serebrennikov\u00a0: un go\u00fbt d\u2019absurdit\u00e9 kitsch et beaucoup d\u2019impertinence. A coup de monstre vert en paillettes, de t\u00eates de cochon \u00e0 faire cuire plusieurs heures et de bites serr\u00e9es dans des collants fluos, le metteur en sc\u00e8ne russe rend un hommage digne de ce nom \u00e0 Ren Hang et s\u2019envole avec lui. La sc\u00e8ne est pop, on chante dans des robes \u00e0 paillettes ou nue sous un manteau de fourrure, les talons aiguilles clignotent et les culs (d\u2019hommes, surtout) sont moul\u00e9s dans des strings en cuir. <em>Outside <\/em>envoie du lourd (au sens propre) et r\u00e9v\u00e8le au spectateur l\u2019univers trash et po\u00e9tique de Ren Hang.<br \/>\n<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-3461 aligncenter\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2019\/07\/Outside-5-480x600.jpg\" alt=\"\" width=\"480\" height=\"600\" \/><br \/>\n<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-3462 aligncenter\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2019\/07\/Outside-7-402x600.jpg\" alt=\"\" width=\"402\" height=\"600\" \/><br \/>\nL&rsquo;univers en question, Ren Hang l&rsquo;a construit en dehors des sentiers battus. Autodidacte, il commence \u00e0 prendre en photo ses proches, leur demandant de se d\u00e9shabiller et inventant, avec eux, des images o\u00f9 des corps imberbes s\u2019exposent avec une crudit\u00e9 franche et amus\u00e9e.<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab\u00a0Je ne veux pas que les autres aient l\u2019impression que les Chinois sont des robots sans bites ni chattes, ou qu\u2019ils ont des parties g\u00e9nitales mais qu\u2019ils les cachent comme des esp\u00e8ces de tr\u00e9sors secrets. Je veux dire que nos bites et nos chattes ne sont pas du tout une g\u00eane.\u00a0\u00bb Ren Hang<\/p><\/blockquote>\n<p>Si le pouvoir chinois s\u2019int\u00e9resse rapidement \u00e0 son travail et fait tout pour le museler, le propos de Ren Hang ne se revendique pas explicitement du politique. Il l\u2019est, de fait. Ren Hang, quant \u00e0 lui, fait croire \u00e0 sa m\u00e8re qu\u2019il travaille dans un bureau et explique \u00e0 ceux qui l\u2019interrogent qu\u2019il prend des photos parce que cela le rend heureux. Un point c\u2019est tout. Il aime danser sur de la techno, les hommes en tenue de cuir et photographier ses amis, nus sur des toits d\u2019immeuble. Bonheur \u00e9ph\u00e9m\u00e8re de ces prises de vue qui lui font oublier le reste \u2013 la d\u00e9pression, les peurs, les incapacit\u00e9s. Ses po\u00e8mes sont le reflet de ce versant <em>sombre <\/em>et Serebrennikov s\u2019emploie avec intelligence \u00e0 en d\u00e9jouer le pathos par le plateau. Les corps impudiques qui, sur le papier glac\u00e9 des photographies, composent un formalisme \u00e9trange et d\u00e9cal\u00e9 sont tout autres sur la sc\u00e8ne du metteur en sc\u00e8ne russe et y gagnent une impertinence folle et jouissive. Tandis que le pouvoir autoritaire reste \u00e0 la porte, on joue \u00e0 \u00ab\u00a0faire l\u2019image\u00a0\u00bb. Et les interpr\u00e8tes de reconstituer tour \u00e0 tour les photos les plus c\u00e9l\u00e8bres de Ren Hang. Mais, justement, ce n\u2019est qu\u2019un jeu. Ajoutant ici du kitsch, l\u00e0 de l\u2019auto-d\u00e9rision, Serebrennikov redonne vie \u00e0 l\u2019\u0153uvre d\u2019un artiste avec un sarcasme d\u00e9licieux qui ne se prend pas au s\u00e9rieux. L\u2019ambition n\u2019est pas de <em>pr\u00e9senter <\/em>un artiste ou d\u2019en faire le catalogue raisonn\u00e9 mais de le rencontrer au travers d\u2019une cr\u00e9ation, puisqu\u2019il n\u2019est plus possible de le faire autrement.<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab\u00a0<em>Si la vie est un ab\u00eeme sans fond, lorsque je sauterai, la chute sans fin sera aussi une mani\u00e8re de voler<\/em>\u00a0\u00bb Ren Hang<\/p><\/blockquote>\n<p>Loin de tout \u00ab\u00a0pathos t\u00eate de n\u0153ud\u00a0\u00bb, Kirill Serebrennikov s\u2019envole. Et nous aussi, p&rsquo;tits et gros culs confondus.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-3455 aligncenter\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2019\/07\/Outside-2-600x338.jpg\" alt=\"\" width=\"600\" height=\"338\" \/><br \/>\n&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>A Ved\u00e8ne, du 16 au 23 juillet, Outside de Kirill Serebrennikov rejoue l&rsquo;envol du photographe chinois Ren Hang. Un hommage pop d\u00e9jant\u00e9 et impertinent. Il ressemble en tous points \u00e0 Noureev\u00a0: collants noirs \u00e0 bretelles, t-shirt blanc moulant, une chevelure digne d\u2019une pub pour shampooing contre les pellicules. Une diff\u00e9rence toutefois, notable\u00a0: son cul, \u00e9norme. Un danseur \u00e9toile avec un cul pareil, c\u2019est du jamais vu. 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