


{"id":3469,"date":"2019-07-23T16:48:43","date_gmt":"2019-07-23T14:48:43","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/?p=3469"},"modified":"2019-07-23T16:48:43","modified_gmt":"2019-07-23T14:48:43","slug":"algerie-france-une-partie-jamais-terminee","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/algerie-france-une-partie-jamais-terminee\/","title":{"rendered":"Alg\u00e9rie-France\u2026 une partie jamais termin\u00e9e"},"content":{"rendered":"<hr \/>\n<p><small><\/p>\n<p style=\"margin: 0cm 0cm 0.0001pt; text-align: center;\"><em><strong>Et le coeur fume encore, compagnie Nova.<\/strong><\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><em><strong>Mise en sc\u00e8ne Alice Carr\u00e9 et Margaux Eskenazi<\/strong><\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><em><strong>Festival d&rsquo;Avignon Off 2019, Gilgamesh. <\/strong><\/em><\/p>\n<p><\/small><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"margin: 0cm; margin-bottom: .0001pt; text-align: justify;\"> <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-3470 aligncenter\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2019\/07\/183563-jalddpeafdc_loic-nys-70-600x400.jpeg\" alt=\"\" width=\"600\" height=\"400\" \/><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"margin: 0cm; margin-bottom: .0001pt; text-align: justify;\"><strong>Qu\u2019est-ce qu\u2019un collectif de th\u00e9\u00e2tre pourrait faire de l\u2019histoire d\u2019amours et de haines entre l\u2019Alg\u00e9rie et la France\u00a0? A quoi tient qu\u2019un groupe de jeunes com\u00e9diens et de com\u00e9diennes, h\u00e9ritiers et protagonistes, s\u2019empare d\u2019une histoire et en fasse un \u00ab\u00a0spectacle\u00a0\u00bb\u00a0? Sans doute attentif \u00e0 un h\u00e9ritage, et donc \u00ab\u00a0un temps qui ne passe pas\u00a0\u00bb, la compagnie Nova pr\u00e9sentait au Gilgamesh <em>Et le c\u0153ur fume encore<\/em>, mis en sc\u00e8ne par Alice Carr\u00e9 et Margaux Eskenazi. Un peu moins de deux heures qui reviennent sur les liens de deux peuples voisins, unis par les rives de la M\u00e9diterran\u00e9e. Deux heures o\u00f9 d\u2019Alger la blanche \u00e0 Marseille, d\u2019un port \u00e0 l\u2019autre, du bled aux barres HLM de Mantes la Jolie, de 1954 \u00e0 1962, aucun livre d\u2019histoire n\u2019a pu \u00e9crire un chapitre partag\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 aujourd\u2019hui. Histoire sans fin o\u00f9, pour l\u2019Alg\u00e9rie comme pour la France, comme l\u2019aurait \u00e9crit ailleurs Heiner M\u00fcller, \u00ab\u00a0les pens\u00e9es sont des plaies dans le cerveau, le cerveau est une cicatrice\u00a0\u00bb.<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"margin: 0cm; margin-bottom: .0001pt; text-align: justify;\">Colonis\u00e9e, rendue \u00e0 son ind\u00e9pendance apr\u00e8s une \u00ab\u00a0sale guerre\u00a0\u00bb, source d\u2019une immigration forte en direction de la France depuis plusieurs d\u00e9cennies, l\u2019Alg\u00e9rie vit aujourd\u2019hui, un hirak (un mouvement) depuis le 22 f\u00e9vrier 2019 qui exige d\u2019un potentat archa\u00efque, li\u00e9 aux ruines du FLN, qu\u2019il en finisse avec une histoire, avec un pass\u00e9. Une histoire o\u00f9 l\u2019Alg\u00e9rie-fran\u00e7aise est au commencement d\u2019une trag\u00e9die et d\u2019un drame qui n\u2019a jamais fini de hanter les deux pays. Hant\u00e9, dis-je, puisque pour l\u2019un et l\u2019autre, ce \u00ab\u00a0pays tiers\u00a0\u00bb que fut \u00ab\u00a0l\u2019Alg\u00e9rie-Fran\u00e7aise\u00a0\u00bb a multipli\u00e9 les zones de ruptures entre deux communaut\u00e9s qui, \u00e0 coup de d\u00e9crets et de paroles trahies auront v\u00e9cu une agonie qui se prolonge. Faisant des uns et des autres les orphelins d\u2019une \u00ab\u00a0m\u00e8re et d\u2019une patrie\u00a0\u00bb qui les rejetaient. Dans cette histoire tumultueuse et triste, violente et am\u00e8re, c\u2019est ainsi l\u2019une des trag\u00e9dies contemporaines les plus vives qui s\u2019est \u00e9crit et s\u2019\u00e9crit, l\u00e0 o\u00f9 les p\u00e8res et les fils, les h\u00e9ritiers des deux camps, de g\u00e9n\u00e9ration en g\u00e9n\u00e9ration, s\u2019affrontent \u00e0 l\u2019endroit de la m\u00e9moire, du souvenir, au jour le jour aussi, au quotidien, dans l\u2019\u00e9change des regards, dans l\u2019affrontement r\u00e9current et symbolique de fr\u00e8res tels Abel et Ca\u00efn. Trag\u00e9die shakespearienne avec ses terrains d\u2019affrontements pendant une longue guerre, drame intime aujourd\u2019hui avec ses faits-divers\u2026 l\u2019histoire de la France-alg\u00e9rienne ou de l\u2019Alg\u00e9rie-fran\u00e7aise est un sympt\u00f4me, un mal clinique, une tumeur et un cancer, li\u00e9s \u00e0 la colonisation et \u00e0 l\u2019incapacit\u00e9 politique. Histoire d\u2019un aveu qui ne cesse d\u2019\u00eatre diff\u00e9r\u00e9 ou qui arrive trop tard, et qui fait de la parole et du dialogue le lieu de la mutilation de la v\u00e9rit\u00e9 historique. V\u00e9rit\u00e9 qui, selon que l\u2019on soit d\u2019un camp ou d\u2019un autre, d\u2019un pays ou d\u2019un autre, trouve toujours deux fa\u00e7ons de s\u2019exposer, de se dire, d\u2019\u00eatre nomm\u00e9e. Guerre de lib\u00e9ration nationale ou terrorisme\u00a0? R\u00e9volution nationale ou Guerre d\u2019Alg\u00e9rie\u00a0? Entre Franz Fanon ou Henri Alleg\u00a0? \u00ab\u00a0Nommer\u00a0\u00bb ici revient \u00e0 cliver l\u2019Histoire et, toujours aussi, l\u2019actualit\u00e9.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"margin: 0cm; margin-bottom: .0001pt; text-align: justify;\">Au plateau, cette histoire, pr\u00e9c\u00e9d\u00e9e d\u2019un pr\u00e9ambule par le collectif qui explique leur d\u00e9marche ou enqu\u00eate, est brass\u00e9e \u00e0 travers une succession de tableaux qui forme une fresque d\u2019hier \u00e0 aujourd\u2019hui. Leur question tient sans doute davantage au silence qui entoure cette histoire et, donc, le temps de la repr\u00e9sentation aura \u00e0 voir avec l\u2019apparition d\u2019une parole. Paroles de ceux qui ont v\u00e9cu et se taisent. Paroles anonymes qui vont \u00e9crire un r\u00e9cit que l\u2019on ne trouve pas dans les textes officiels. Paroles qui, \u00e0 d\u00e9faut d\u2019\u00eatre vraies ou v\u00e9rifiables, pas plus pas moins que le r\u00e9cit officiel, sont articul\u00e9es \u00e0 des accents de sinc\u00e9rit\u00e9. L\u00e0 tient l\u2019essentiel de <i>Et le c\u0153ur fume encore<\/i>. D\u00e8s lors, chacun des tableaux sera \u00e0 regarder comme une s\u00e9quence qui probl\u00e9matise ce nouveau r\u00e9cit. De la sc\u00e8ne des appel\u00e9s perdus un soir de Noel au fin fond de la campagne alg\u00e9rienne, en passant par l\u2019\u00e9cho lointain des discours du G\u00e9n\u00e9ral, du foyer d\u2019anciens combattants, \u00e0 la parole des harkis, de l\u2019attentat du Casino de la corniche le 9 juin 1957, \u00e0 l\u2019interruption du match France-Alg\u00e9rie (4-1) par l\u2019envahissement du terrain par un jeunesse black blanc beurre, des ressentiments d\u2019ex de l\u2019OAS, des confidences de membres du FLN et MNA, etc\u2026 se succ\u00e8dent donc des fragments de vie qui tentent d\u2019expliquer et de s\u2019expliquer ce qu\u2019il en est d\u2019une histoire qui se trouve en chaque plis de la vie d\u2019aujourd\u2019hui. Soit une succession syncop\u00e9e d\u2019\u00e9v\u00e9nements et de t\u00e9moignages, sortis des archives ou \u00ab\u00a0rejou\u00e9s\u00a0\u00bb sur sc\u00e8ne o\u00f9 l\u2019on donne \u00e0 voir une douleur, un ressentiment, une m\u00e9moire, une critique. Et le c\u0153ur fume encore est ainsi la tentative, non pas de mettre un nom, de ramener cette histoire \u00e0 un seul nom, mais plut\u00f4t de faire sentir une confusion, un tumulte, un inach\u00e8vement\u2026 Un peu comme si, en d\u00e9finitive, tous et toutes venaient \u00e0 sortir d\u2019un tunnel. Essayer de voir le bout du tunnel serait en quelque sorte l\u2019un des enjeux de cette pi\u00e8ce \u00e9crite par ceux qui la jouent. Textes de voix, donc, prises dans le maelstrom d\u2019\u00e9motions et de sentiments priv\u00e9s qui n\u2019avaient pas droit de citer.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"margin: 0cm; margin-bottom: .0001pt; text-align: justify;\">Et de regarder la sc\u00e8ne de comm\u00e9moration des 30 ans dans une salle des f\u00eates comme un mod\u00e8le de catharsis avort\u00e9e o\u00f9 une \u00ab\u00a0animatrice positive\u00a0\u00bb essaie d\u2019installer une parole pacifi\u00e9e sans parvenir \u00e0 trouver les mots justes. Moment dr\u00f4le et plein d\u2019une \u00e9motion forte qui se d\u00e9livre. Et de voir dans la sc\u00e8ne du p\u00e8re et du fils, lui le p\u00e8re l\u2019alg\u00e9rien ouvrier chez Renault qui a appel\u00e9 son fils Olivier pour augmenter ses chances d\u2019int\u00e9gration comme l\u2019un des instants les plus poignants de cette pi\u00e8ce. Moment o\u00f9 dans la rupture consomm\u00e9e entre les deux hommes, le p\u00e8re qui lui parle en arabe sait que son fils ne le comprendra pas lui qui parle le fran\u00e7ais. Instant o\u00f9 la langue fait obstacle, fait fronti\u00e8re\u2026 rappelant que le p\u00e8re est d\u2019Alg\u00e9rie, que le fils est d\u2019ici sans pour autant \u00eatre d\u2019ici. Moment o\u00f9 l\u2019utopie esp\u00e9r\u00e9e accouche d\u2019une atopie cruelle.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"margin: 0cm; margin-bottom: .0001pt; text-align: justify;\">Et soudain, ne pas comprendre les rires de la salle. Ne pas comprendre les gloussements d\u2019une bande qui s\u2019amuse de tout et de rien sans discernement. Sons terribles que ces rires qui disent l\u2019infortune des acteurs de devoir subir l\u2019incompr\u00e9hension. Ces rires ne sont pas seulement perturbateurs. Ils marquent surtout une distance avec un drame qu\u2019ici et l\u00e0 on confond avec une com\u00e9die, une farce. Et d\u2019imaginer enfin qu\u2019\u00e0 m\u00eame la salle, le clivage entre deux communaut\u00e9s qui partagent la m\u00eame histoire se fait entendre toujours, encore, toujours, encore, toujours\u2026 Putains de spectateurs\u00a0!<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"margin: 0cm; margin-bottom: .0001pt; text-align: justify;\">Reste la voix de Ferr\u00e9, entendue quand il chante\u00a0<i>La M\u00e9moire et la mer, <\/i>o\u00f9 l&rsquo;irruption de la tristesse et de la nostalgie&#8230;<\/p>\n<p><center><iframe loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/aDHu3r2VLv0\" width=\"560\" height=\"315\" frameborder=\"0\" allowfullscreen=\"allowfullscreen\"><\/iframe><\/center><\/p>\n<p style=\"margin: 0cm; margin-bottom: .0001pt; text-align: justify;\">Au prisme de l\u2019art, de Kateb Yacine, de Serreau, de <em>La Bataille d\u2019Alger<\/em>, de l\u2019\u00e9vocation des <em>Paravents<\/em> de Genet, du proc\u00e8s de J\u00e9rome Lindon pour la publication du <em>D\u00e9serteur<\/em>, etc., le collectif d\u2019acteurs de la compagnie Nova aura soulign\u00e9 un rapport \u00e0 la parole qui demeure censur\u00e9e. Paroles interdites qui, le temps d\u2019un peu moins de deux heures, auront \u00e9t\u00e9 lib\u00e9r\u00e9es. C\u2019est jou\u00e9 avec vivacit\u00e9.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Et le coeur fume encore, compagnie Nova. Mise en sc\u00e8ne Alice Carr\u00e9 et Margaux Eskenazi Festival d&rsquo;Avignon Off 2019, Gilgamesh. &nbsp; Qu\u2019est-ce qu\u2019un collectif de th\u00e9\u00e2tre pourrait faire de l\u2019histoire d\u2019amours et de haines entre l\u2019Alg\u00e9rie et la France\u00a0? A quoi tient qu\u2019un groupe de jeunes com\u00e9diens et de com\u00e9diennes, h\u00e9ritiers et protagonistes, s\u2019empare d\u2019une histoire et en fasse un \u00ab\u00a0spectacle\u00a0\u00bb\u00a0? 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