


{"id":3480,"date":"2019-07-24T16:06:57","date_gmt":"2019-07-24T14:06:57","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/?p=3480"},"modified":"2019-07-24T16:06:57","modified_gmt":"2019-07-24T14:06:57","slug":"eternels-coquelicots-rouges-au-nord-contre-limmobilisme-et-limmobilier","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/eternels-coquelicots-rouges-au-nord-contre-limmobilisme-et-limmobilier\/","title":{"rendered":"\u00c9ternels coquelicots rouges\u2026 Au nord, contre l\u2019immobilisme et l\u2019immobilier"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: center;\"><strong><em>Le Rouge \u00e9ternel des coquelicots,<\/em> avec Catherine Germain<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>Gilgamesh. Festival d&rsquo;Avignon.<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><strong><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-3481 aligncenter\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2019\/07\/P1040152-600x400.jpg\" alt=\"\" width=\"600\" height=\"400\" \/><\/strong><\/p>\n<p>D\u2019un po\u00e8me, comme souvent, il a une origine. Jadis, il y avait les muses. Aujourd\u2019hui, un po\u00e8me vient parfois de muses anonymes. Latifa, des quartiers nord de Marseille, est de celle-l\u00e0 qui sert de paysage au <em>Rouge \u00e9ternel des coquelicots<\/em> de Fran\u00e7ois Cervantes. Latifa, incarn\u00e9e et transfigur\u00e9e au plateau par la grande Catherine Germain, cette com\u00e9dienne dont on pourrait dire aujourd\u2019hui, et depuis longtemps d\u00e9j\u00e0, qu\u2019elle porte en elle toutes les voix qui donnent au th\u00e9\u00e2tre de Cervantes son \u00e9clat.<br \/>\nDu th\u00e9\u00e2tre, il a toujours une histoire que d\u2019aucuns classent dans les urgences. Urgence du th\u00e9\u00e2tre trop souvent, aujourd\u2019hui et au regard des conditions de production, rapport\u00e9 \u00e0 un th\u00e9\u00e2tre fait dans l\u2019urgence, sans moyen, sans temps de r\u00e9p\u00e9tition, sans soutien r\u00e9el autre que les r\u00e9seaux de diffusion. Cervantes, lui, a pris le temps. Celui de s\u2019entretenir avec le peuple des quartiers nord, avec la complicit\u00e9 du Th\u00e9\u00e2tre du Merlan\/sc\u00e8ne nationale qu\u2019on trouve plant\u00e9 entre deux rocades. A croire que les plans d\u2019urbanisme sont audacieux ou qu\u2019ils rel\u00e8vent d\u2019un empirisme dont on ne sait jamais ce qu\u2019il donnera. Pour le Merlan, la greffe prise, c\u2019est bien souvent un point cardinal qui s\u2019ajoute au Nord. Avec la rencontre de Latifa, d\u2019origine Chou\u00efa, fille de l\u2019\u00e9migration des ann\u00e9es cinquante n\u00e9e en France, ce n\u2019est pas l\u2019histoire des exil\u00e9s que raconte Cervantes, mais l\u2019\u00e9pop\u00e9e de la petite bonne femme qui tient un snack promis \u00e0 la d\u00e9molition par les promoteurs immobiliers du bureau logi13. Histoire d\u2019une femme seule, avec un quant \u00e0 soi qui l\u2019arrime \u00e0 son droit\u00a0; un esprit de r\u00e9volte rejoint par tous les gens du quartier pour faire face \u00e0 la police et aux \u00ab\u00a0immobiliers\u00a0\u00bb. Une histoire de solidarit\u00e9 fabuleuse, presque merveilleuse, o\u00f9 \u00e0 la marge des emmerdes que cultivent de fa\u00e7on intensives les habitants des quartiers nord, il y a encore la place \u00e0 une humanit\u00e9.<br \/>\n<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-3482 aligncenter\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2019\/07\/P1040147-600x400.jpg\" alt=\"\" width=\"600\" height=\"400\" \/><br \/>\nAvec le franc parl\u00e9 de ceux qui n\u2019habillent pas la parole \u00ab\u00a0d\u2019\u00e9l\u00e9ments de langage\u00a0\u00bb, avec les expressions populaires qui sont la traduction du bon sens, avec la gouaille de ceux dont le vocabulaire tient \u00e0 un lexique fabriqu\u00e9 sur le terrain quotidien de la vie, etc. Latifa parle la langue de la sinc\u00e9rit\u00e9 o\u00f9 luttes et amours, m\u00e9moires et souvenirs s\u2019entrelacent dans un discours qui fait \u00e9pop\u00e9e. Dans cette langue o\u00f9 l\u2019on s\u2019arrange avec la v\u00e9rit\u00e9, avec la n\u00e9cessit\u00e9, avec l\u2019utilit\u00e9\u00a0; o\u00f9 s\u2019entend le malin et le vrai, les r\u00eaves et les r\u00e9alit\u00e9s, le cocasse et le s\u00e9rieux\u2026 les accents de cette parole tiennent l\u2019\u00e9coute en veille. Et comme on le dit \u00ab\u00a0si t\u2019as rien \u00e0 dire, alors ne parle pas\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0si tu ne penses pas ce que tu dis, alors ferme-la\u00a0\u00bb. Synth\u00e8se moins po\u00e9tique que le texte de Cervantes o\u00f9 \u00ab\u00a0si les chiens aboient c\u2019est qu\u2019ils ont peur des anges, alors que les chats qui voient les anges ne manifestent rien\u00a0\u00bb. Latifa qui raconte sa lutte, c\u2019est Latifa porte-voix de tous et toutes, de ces \u00ab\u00a0morceaux de famille partout\u00a0\u00bb. Symbole malgr\u00e9 elle, et porte-drapeau malgr\u00e9 elle. Elle et son Snack\u00a0: 50 ans de vie commune, et vie menac\u00e9e, soutenue par les \u00ab\u00a0nomades en scooter\u00a0\u00bb\u2026 histoire de David et Goliath, du pot de verre contre le pot de fer, du \u00ab\u00a0petit\u00a0\u00bb isol\u00e9 contre les grands solidaires. Et un \u00ab\u00a0miracle\u00a0\u00bb, non\u00a0!<br \/>\nMais bien plut\u00f4t un soubresaut humain, une r\u00e9volte inattendue, une barricade\u2026<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nEt c\u2019est Catherine Germain la rousse qui, seule en sc\u00e8ne, conte le r\u00e9cit d\u2019une vie et joue Latifa la brune. Seule, oui, ou double puisque le travail de Cervantes aura \u00e9t\u00e9, dans le po\u00e8me \u00e9crit, de m\u00ealer la voix intempestive de Latifa, \u00e0 celle de la com\u00e9dienne\u00a0; d\u2019amalgamer et de faire entendre l\u2019une et l\u2019autre dans une forme chorale insolite. Fa\u00e7on chez lui de reprendre \u00e0 son compte le coup du th\u00e9\u00e2tre dans le th\u00e9\u00e2tre, mais \u00e0 une autre \u00e9chelle\u00a0: celle du personnage dans le corps de l\u2019actrice, celle de la voix r\u00e9elle qui vient parasiter la fiction et le jeu. Catherine Germain et Latifa, voir l\u2019une \u00e0 travers l\u2019autre, mettre une perruque et se travestir en brune, \u00a0voir l\u2019autre faire exister l\u2019une au point que c\u2019est une troisi\u00e8me qui nait de l\u2019amalgame des deux premi\u00e8res. Soit Latifa et Catherine ou une Lacatherine, clope \u00e0 la main, pas loin du cendrier de la petite table centrale, qui sera le seul d\u00e9cor de <em>Le Rouge \u00e9ternel des coquelicots<\/em>. D\u00e9cor qui r\u00e9fl\u00e9chit d\u2019\u00e9vidence une vie o\u00f9 l\u2019on n\u2019amasse rien, ne ramasse pas plus, et o\u00f9 le jour le jour est un mode de vie. Seul d\u00e9cor o\u00f9 Catherine Germain joue une odyss\u00e9e.<br \/>\nLa com\u00e9dienne est alors le seul point de cette pi\u00e8ce. Plant\u00e9e devant le public, jouant d\u2019une adresse hypnotique qu\u2019elle veut connivence, son visage s\u2019\u00e9claire des d\u00e9tails du r\u00e9cit. Tant\u00f4t un geste de ras-le-bol, tant\u00f4t un regard fixe et d\u00e9termin\u00e9. Tant\u00f4t une moue dubitative ou indispos\u00e9e. Celle qui ma\u00eetrise compl\u00e9ment son art et son jeu se meut dans un personnage qu\u2019elle porte d\u00e9finitivement en elle. C\u2019est impressionnant de la voir ainsi, en front de sc\u00e8ne comme en premi\u00e8re ligne qui r\u00e9siste au mouvement du monde. C\u2019est Catherine Germain, la voix l\u00e9g\u00e8rement rauque, le visage en alerte\u2026 D\u2019elle, on dira qu\u2019elle convoque une pr\u00e9sence qui \u00e9clate sur sc\u00e8ne, \u00e0 l\u2019endroit d\u2019un paysage qu\u2019elle reconstruit, qu\u2019elle organise d\u2019un silence ou d\u2019une bouff\u00e9e qu\u2019elle tire comme s\u2019il s\u2019agissait de la derni\u00e8re. Aussi, quand on la voit revenir au final, crini\u00e8re rousse rendue \u00e0 sa libert\u00e9, mince dans son jean, on mesure encore plus le travail accompli qui faisait de la silhouette de Latifa un petit bout de femme coriace. Et d\u2019applaudir la performance qu\u2019elle a encore offert. Elle, l\u2019une des grandes com\u00e9diennes de notre \u00e9poque.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le Rouge \u00e9ternel des coquelicots, avec Catherine Germain Gilgamesh. Festival d&rsquo;Avignon. D\u2019un po\u00e8me, comme souvent, il a une origine. Jadis, il y avait les muses. Aujourd\u2019hui, un po\u00e8me vient parfois de muses anonymes. Latifa, des quartiers nord de Marseille, est de celle-l\u00e0 qui sert de paysage au Rouge \u00e9ternel des coquelicots de Fran\u00e7ois Cervantes. Latifa, incarn\u00e9e et transfigur\u00e9e au plateau par la grande Catherine Germain, cette com\u00e9dienne dont on pourrait dire aujourd\u2019hui, et depuis longtemps d\u00e9j\u00e0, qu\u2019elle porte en elle<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":3483,"menu_order":0,"template":"","categorie_article":[27],"class_list":["post-3480","article","type-article","status-publish","has-post-thumbnail","hentry","categorie_article-critique"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/article\/3480","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/article"}],"about":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/types\/article"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/media\/3483"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=3480"}],"wp:term":[{"taxonomy":"categorie_article","embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/categorie_article?post=3480"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}