


{"id":3783,"date":"2019-11-07T11:12:10","date_gmt":"2019-11-07T10:12:10","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/?p=3783"},"modified":"2019-11-07T11:12:10","modified_gmt":"2019-11-07T10:12:10","slug":"entree-en-matiere-de-leve-a-leau-dangelique-clairand-eric-masse","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/entree-en-matiere-de-leve-a-leau-dangelique-clairand-eric-masse\/","title":{"rendered":"Entr\u00e9e en mati\u00e8re : De l\u2019\u00c8ve \u00e0 l\u2019eau d\u2019Ang\u00e9lique Clairand &amp; \u00c9ric Mass\u00e9"},"content":{"rendered":"<p><em>De l\u2019\u00c8ve \u00e0 l\u2019eau<\/em> d\u2019Ang\u00e9lique Clairand &amp; \u00c9ric Mass\u00e9, Th\u00e9\u00e2tre du Point du jour (Lyon), 5-14 novembre 2019.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-3784 aligncenter\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2019\/11\/0v3a1266-copie-cedric-roulliat-1250x833-600x400.jpg\" alt=\"\" width=\"600\" height=\"400\" \/><br \/>\n&nbsp;<br \/>\nLa vieille \u00c8ve ne peut plus continuer \u00e0 vivre dans sa ferme. Le m\u00e9decin diagnostique ce qui s\u2019apparente \u00e0 une maladie d\u2019Alzheimer. Sa m\u00e9moire du pr\u00e9sent imm\u00e9diat s\u2019estompe au profit de la reviviscence d\u2019un pass\u00e9 lointain. \u00c8ve la bien nomm\u00e9e amorce donc une \u00ab\u00a0r\u00e9tro-gen\u00e8se\u00a0\u00bb. Elle se remet \u00e0 parler le dialecte poitevin de sa prime jeunesse, projette autour d\u2019elle des sc\u00e8nes marquantes de sa vie ant\u00e9rieure. Sa fille apprend par ce biais que son p\u00e8re n\u2019est pas celui qu\u2019elle croyait \u2026 Elle est contrainte de mettre sa m\u00e8re en EHPAD o\u00f9 un aide-soignant d\u2019origine s\u00e9n\u00e9galaise, lui-m\u00eame aux prises avec le mal logement, s\u2019occupe d\u2019elle.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nCe sujet en particulier et le monde campagnard d\u2019une mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale hantent peu les plateaux de th\u00e9\u00e2tre, alors que le cin\u00e9ma, pas seulement documentaire (Raymond Depardon), s\u2019en empare de plus en plus, comme en t\u00e9moignent les succ\u00e8s r\u00e9cents d\u2019<em>Au nom de la terre<\/em> et de <em>Petit Paysan<\/em>, dans deux registres diff\u00e9rents.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nLa singularit\u00e9 du geste d\u2019Ang\u00e9lique Clairand et d\u2019\u00c9ric Mass\u00e9, sa n\u00e9cessit\u00e9 et m\u00eame, osons le mot, sa sinc\u00e9rit\u00e9, est de passer par le biais de la langue, comme dans cette s\u00e9quence particuli\u00e8rement r\u00e9ussie, touchante parce qu\u2019elle touche juste, o\u00f9 \u00c8ve parle en patois \u00e0 l\u2019aide-soignant qui lui r\u00e9pond en ouolof. Ils ne se comprennent pas mais font par l\u00e0 m\u00eame beaucoup plus que se comprendre. Transf\u00e9r\u00e9 dans cette marge qu\u2019est devenue la campagne fran\u00e7aise, on retrouve ici le croisement qu\u2019avait op\u00e9r\u00e9 Bernard-Marie Kolt\u00e8s dans une sc\u00e8ne magnifique de <em>Combat de n\u00e8gre et de chiens<\/em> (1979) entre l\u2019allemand de L\u00e9one (un dialecte alsacien dans la version originelle) et l\u2019ouolof d\u2019Alboury, quelque part en Afrique noire.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nEntendre parler patois d\u2019un bout \u00e0 l\u2019autre d\u2019une pi\u00e8ce est chose proprement inou\u00ef au th\u00e9\u00e2tre, d\u2019autant plus qu\u2019il ne s\u2019agit pas ici d\u2019en faire une ficelle comique, us\u00e9e jusqu\u2019\u00e0 la corde depuis Charlotte, Mathurine et Pierrot chez Moli\u00e8re jusqu\u2019aux superproductions des Bodin\u2019s. Les mises en sc\u00e8ne les plus clairvoyantes de <em>Don Juan<\/em> \u00e9vitent de rendre ridicule le trio paysan. Les Bodin\u2019s, eux, n\u2019y vont pas avec le dos de la cuill\u00e8re et c\u00f4toient sur M6 <em>L\u2019Amour est dans le pr\u00e9<\/em>.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nNon, le patois, ici, c\u2019est \u00ab\u00a0une langue, donc un monde\u00a0\u00bb, le vecteur m\u00eame de la \u00ab\u00a0r\u00e9tro-gen\u00e8se\u00a0\u00bb d\u2019\u00c8ve. Le patois entra\u00eene dans son sillage une sc\u00e9nographie de Johnny Lebigot qui glisse du naturalisme vers un espace m\u00e9moriel, ou plut\u00f4t qui m\u00e9nage une indistinction entre les deux\u00a0: blancheur clinique d\u2019une chambre d\u2019EHPAD d\u2019un c\u00f4t\u00e9, grande pi\u00e8ce \u00e0 vivre d\u2019une ferme de l\u2019autre. Le patois impr\u00e8gne \u00e9galement un public qui en apprend au fur et \u00e0 mesure quelques rudiments, pour peu d\u2019adopter une position active et d\u2019appr\u00e9cier la variation concert\u00e9e de la pr\u00e9sence ou de l\u2019absence des surtitres.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nLe spectacle tient et se tient, puise sa force, dans la mani\u00e8re dont chaque com\u00e9dien s\u2019ouvre \u00e0 un rapport d\u2019\u00e9tranget\u00e9 \u00e0 la langue. Pour Ang\u00e9lique Clairand (la fille d\u2019\u00c8ve) et \u00c9ric Mass\u00e9 (le m\u00e9decin), le dialecte poitevin touche \u00e0 une n\u00e9cessit\u00e9 autobiographique\u00a0\u2013\u00a0l\u00e0 o\u00f9 l\u2019autobiographie atteint une dimension sociologique, celle des transfuges de classe. Pour H\u00e9l\u00e8ne Schwaller (\u00c8ve), d\u2019origine alsacienne, ce patois est ce qu\u2019on pourrait nommer une v\u00e9ritable <em>langue de composition<\/em>. De son c\u00f4t\u00e9, Mbaye Ngom (l\u2019aide-soignant), parfaitement francophone, retrouve ce qu\u2019on imagine \u00eatre son ouolof maternel. Ad\u00e8le Grasset (fille de ferme) se d\u00e9tend quant \u00e0 elle en chantant des folksongs sur une gratte.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nLes tout nouveaux directeurs du Th\u00e9\u00e2tre du Point du jour \u00e0 Lyon r\u00e9ussissent donc leur entr\u00e9e en mati\u00e8re. Et il faut prendre cette expression \u00e0 la lettre. Aucune fausse pudeur, dans leur spectacle, avec la merde, le caca, le purin, le fumier, dont l\u2019\u00e9quivalent au niveau de la langue sont les acc\u00e8s logorrh\u00e9iques, orduriers et obsc\u00e8nes d\u2019\u00c8ve\u00a0\u2012\u00a0ses \u00ab\u00a0coprolalies\u00a0\u00bb. Pour la suite, \u00ab\u00a0merd(r)e\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>De l\u2019\u00c8ve \u00e0 l\u2019eau d\u2019Ang\u00e9lique Clairand &amp; \u00c9ric Mass\u00e9, Th\u00e9\u00e2tre du Point du jour (Lyon), 5-14 novembre 2019. &nbsp; &nbsp; La vieille \u00c8ve ne peut plus continuer \u00e0 vivre dans sa ferme. Le m\u00e9decin diagnostique ce qui s\u2019apparente \u00e0 une maladie d\u2019Alzheimer. Sa m\u00e9moire du pr\u00e9sent imm\u00e9diat s\u2019estompe au profit de la reviviscence d\u2019un pass\u00e9 lointain. \u00c8ve la bien nomm\u00e9e amorce donc une \u00ab\u00a0r\u00e9tro-gen\u00e8se\u00a0\u00bb. 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