


{"id":3792,"date":"2019-11-15T00:28:42","date_gmt":"2019-11-14T23:28:42","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/?p=3792"},"modified":"2019-11-15T00:28:42","modified_gmt":"2019-11-14T23:28:42","slug":"quand-la-subtilite-fait-un-tabac-dom-juan-par-olivier-maurin","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/quand-la-subtilite-fait-un-tabac-dom-juan-par-olivier-maurin\/","title":{"rendered":"Quand la subtilit\u00e9 fait un tabac : Dom Juan par Olivier Maurin"},"content":{"rendered":"<p><em>Dom Juan<\/em> de Moli\u00e8re, mis en sc\u00e8ne par Olivier Maurin, TNP de Villeurbanne, 13 novembre-7 d\u00e9cembre 2019.<br \/>\nC\u2019est la premi\u00e8re fois qu\u2019Olivier Maurin monte un classique du r\u00e9pertoire, lui dont <em>Illusions<\/em> d\u2019Ivan Viripaev est le dernier spectacle en date. Un fil se tisse de l\u2019un \u00e0 l\u2019autre, par o\u00f9 mettre en sc\u00e8ne <em>Dom Juan<\/em> rel\u00e8ve ici plus d\u2019une n\u00e9cessit\u00e9 po\u00e9tique que d\u2019un passage oblig\u00e9\u00a0: le retour du quatuor Cl\u00e9mentine Allain (Elvire), Fanny Chiressi (Mathurine, M. Dimanche), Arthur Fourcade (Dom Juan) et Micka\u00ebl Pinelli (Sganarelle), auxquels s\u2019ajointent H\u00e9lo\u00efse Lecointre (Charlotte),\u00a0Matthieu Loos (Dom Carlos, La Statue du Commandeur),\u00a0R\u00e9mi Rauzier (Gusman, Dom Louis et Francisque) et\u00a0Arthur Vandepoel (Pierrot, Dom Alonse)\u00a0; une fascination intacte pour le pouvoir de la parole, du r\u00e9cit, ceux qu\u2019on aimerait entendre, les \u00ab\u00a0gages\u00a0\u00bb donn\u00e9es \u00e0\u00a0la parole de l\u2019autre, les \u00ab\u00a0illusions\u00a0\u00bb embo\u00eet\u00e9es comme des poup\u00e9es gigognes, vertigineuses, que la parole peut susciter, ouvrir, et la puissance d\u2019(auto)entra\u00eenement de ces \u00ab\u00a0illusions\u00a0\u00bb qui n\u2019en sont peut-\u00eatre pas, au c\u0153ur de la servitude, de l\u2019amiti\u00e9 et de l\u2019amour\u00a0; enfin une subtilit\u00e9 non moindre, une finesse, un art de la nuance qui guide de part en part le geste de mise en sc\u00e8ne, o\u00f9 une \u00e9motion d\u2019autant plus poignante peut venir vous cueillir au beau milieu d\u2019une farce.<br \/>\nDom Juan n\u2019est pas ici un DSK avant la lettre, f\u00fbt-il \u00ab\u00a0pourceau d\u2019\u00c9picure\u00a0\u00bb, et aucun acteur ne se retrouve nu, tout ou partie, \u00e0 quelque moment que ce soit. Il est laiss\u00e9 au spectateur la possibilit\u00e9 de frayer son propre cheminement, de consid\u00e9rer ici Dom Juan non pas comme un libertin au sens moral mais philosophique du terme, un ath\u00e9e cons\u00e9quent, dont la vraie cible, vis\u00e9e \u00e0 travers les femmes qu\u2019il berne, est le sacrement du mariage, et par extension la th\u00e9ocratie\u00a0\u2012\u00a0son hypocrisie et son pouvoir, sa nuisance drap\u00e9e de l\u00e9gitimit\u00e9. Qu\u2019il ne tienne pas ses promesses de mariage, qu\u2019il ne tienne pas au mariage tout court, et qu\u2019Elvire de son c\u00f4t\u00e9 opte pour le clo\u00eetre, chaperonn\u00e9e par ses deux fr\u00e8res, sont l\u2019avers et le revers d\u2019une m\u00eame emprise du th\u00e9ologique sur les paroles et les actes, emprise d\u2019autant plus insidieuse qu\u2019elle s\u2019effectue en douceur, \u00e0 l\u2019image de cette immense toile d\u00e9ploy\u00e9e au lointain repr\u00e9sentant un ciel bleu, celui des peintres italiens de la Renaissance, d\u2019un bout \u00e0 l\u2019autre du spectacle.<br \/>\nDom Juan est d\u00e9fait par un gant de velours dans une main de fer, le geste charitable d\u2019une statue, qui le convie \u00e0 passer derri\u00e8re cette gaze l\u00e9g\u00e8re, le prend dans ses bras, lui murmure des mots simples. Autour de la grande table blanche d\u00e9ploy\u00e9e pour le souper, rappel l\u00e0 aussi d\u2019<em>Illusions<\/em>, Dom Juan ne peut pas payer de mots La Statue du Commandeur comme il le fait avec M. Dimanche. Quant \u00e0 Sganarelle, il ne le paie pas de mots mais lui r\u00e9serve ses silences, jusqu&rsquo;\u00e0 la fin, ce qui embarrasse bien son valet, car il est difficile de dialoguer ainsi, ou de tenir un discours. La mort de Dom Juan est celle d\u2019un homme qui ne parvient plus \u00e0 articuler une seule phrase sens\u00e9e, et qui tombe avachi sur une chaise d\u2019\u00e9glise\u00a0\u2012\u00a0on pense \u00e0 Depardieu dans <em>Sous le soleil de Satan<\/em> (1987) de Pialat. Extinction des Lumi\u00e8res, trop pr\u00e9matur\u00e9es \u00e0 cette heure.<br \/>\nCe n\u2019est pas la mort d\u2019un sc\u00e9l\u00e9rat mais celle d\u2019un homme qui peut aussi bien m\u00e9priser un paysan qui vient pourtant de le sauver de la noyade que voler au secours lui aussi d\u2019un des deux fr\u00e8res d\u2019Elvire, assailli par des brigands. Il ne manque jamais \u00e0 sa parole quand celle-ci rel\u00e8ve d\u2019un code d\u2019honneur qui tend \u00e0 se d\u00e9lier du religieux.<br \/>\nIl faut voir la mani\u00e8re avec laquelle l\u2019affection de Dom Juan pour son valet est sugg\u00e9r\u00e9e, affection r\u00e9ciproque, notamment lorsqu\u2019il s\u2019aper\u00e7oit que Sganarelle a d\u00e9rob\u00e9 un morceau de son plat, ou que Sganarelle tente de l\u2019emp\u00eacher de rejoindre La Statue du Commandeur, ou que Sganarelle d\u00e9veloppe un raisonnement qui tient enfin debout. De m\u00eame, Dom Juan appara\u00eet plus touch\u00e9 par l\u2019effusion mystique d\u2019Elvire voil\u00e9e qu\u2019il ne veut bien le reconna\u00eetre. Grande subtilit\u00e9 l\u00e0 encore des com\u00e9diens, dont certains naviguent avec une aisance toute brechtienne entre deux r\u00f4les ou deux p\u00f4les oppos\u00e9s.<br \/>\nLa mise en sc\u00e8ne d\u2019Olivier Maurin, un tel jeu d\u2019acteurs, la sc\u00e9nographie d\u2019Emily Cauwet-Lafont, c\u2019est une clairi\u00e8re dans la for\u00eat des spectacles.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dom Juan de Moli\u00e8re, mis en sc\u00e8ne par Olivier Maurin, TNP de Villeurbanne, 13 novembre-7 d\u00e9cembre 2019. C\u2019est la premi\u00e8re fois qu\u2019Olivier Maurin monte un classique du r\u00e9pertoire, lui dont Illusions d\u2019Ivan Viripaev est le dernier spectacle en date. 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