


{"id":3813,"date":"2019-11-18T11:15:36","date_gmt":"2019-11-18T10:15:36","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/?p=3813"},"modified":"2019-11-18T11:15:36","modified_gmt":"2019-11-18T10:15:36","slug":"item-de-tanguy-nous-laisse-sans-legs","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/item-de-tanguy-nous-laisse-sans-legs\/","title":{"rendered":"Item de Tanguy nous laisse sans legs"},"content":{"rendered":"<p><small><center><em>Item<\/em> de Fran\u00e7ois Tanguy, La Fonderie (Le Mans), 5-23 novembre 2019.<\/small><\/center><br \/>\n<strong>\u00c0 l\u2019instar de ce qui se passe sur le plateau, il existe de multiples fa\u00e7ons d\u2019entrer dans la nouvelle cr\u00e9ation de Fran\u00e7ois Tanguy et son th\u00e9\u00e2tre du Radeau, apr\u00e8s <em>Soubresaut<\/em> il y a trois ans. Mais puisqu\u2019il faut choisir, passons par un tableau, un roman et une chanson.<\/strong><br \/>\n&nbsp;<br \/>\n<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-3814 aligncenter\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2019\/11\/Rembrandt-600x449.jpg\" alt=\"\" width=\"600\" height=\"449\" \/><br \/>\n&nbsp;<br \/>\nLe tableau, c\u2019est <em>La Le\u00e7on d\u2019anatomie<\/em> de Rembrandt, o\u00f9 sept apprentis-chirurgiens \u00e0 fraises et \u00e0 barbiches sont suspendus aux gestes et aux paroles d\u2019un professeur chapeaut\u00e9 qui diss\u00e8que le bras d\u2019un moribond, guid\u00e9 par les pages d\u2019un ouvrage savant, comme si on lisait dans ce cadavre, la plaie b\u00e9ante, \u00e0 livre ouvert. Avant m\u00eame que ne d\u00e9bute <em>Item<\/em>, on remarque de loin la pr\u00e9sence de ce tableau, pos\u00e9 sur une table, parmi un fatras de chaises, de planches, de ch\u00e2ssis, d\u2019animaux empaill\u00e9s, de fleurs s\u00e9ch\u00e9es &#8230; On ne nous impose pas sa pr\u00e9sence, m\u00eame si celle-ci est remarquable, reconnaissable avec un peu d\u2019attention. Libre \u00e0 nous, dans le dernier tiers du spectacle notamment, d\u2019y voir apr\u00e8s-coup une figure matricielle\u00a0: \u00e0 plusieurs reprises, un regroupement, un essaim, autour d\u2019une personne qui se dit \u00e0 l\u2019article de la mort, ou qu\u2019on traite comme tel.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-3815 aligncenter\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2019\/11\/870x489_p0121631-600x337.jpg\" alt=\"\" width=\"600\" height=\"337\" \/><br \/>\n&nbsp;<br \/>\nLe roman est celui qui occupe quasiment tout le dernier tiers d\u2019<em>Item<\/em>\u00a0: plusieurs extraits de <em>L\u2019Idiot<\/em> de Dosto\u00efevski. Je me souviens de <em>Onzi\u00e8me<\/em> (2011), o\u00f9 le duo Laurence Chable et Vincent Joly faisait d\u00e9j\u00e0 tout notre bonheur dans une veine qui oscillait entre absurde et burlesque (la fable du cancrelat dans <em>Les D\u00e9mons<\/em>). La tonalit\u00e9 s\u2019assombrit davantage cette fois. Citons juste ce passage\u00a0:<br \/>\n&nbsp;<\/p>\n<blockquote><p>\u2012 Oui, voil\u00e0\u00a0: quand vous preniez cong\u00e9, tout \u00e0 l\u2019heure, je me suis dit, brusquement\u00a0: voil\u00e0, ces gens, c\u2019est la derni\u00e8re fois qu\u2019ils existent, l\u00e0, maintenant, oui, la derni\u00e8re fois\u00a0! Et les arbres \u2012 pareil &#8230; Tout ce qui existera, ce sera le mur de briques, le mur rouge, de l\u2019immeuble de Meyer, le petit pan de mur jaune &#8230; ma fen\u00eatre qui donne sur lui &#8230; eh bien tout \u00e7a, il faut que tu le leur dises &#8230; essaie, dis-leur\u00a0: Tiens cette beaut\u00e9 &#8230; Toi, tu es mort, pr\u00e9sente-toi comme un mort, dis-leur\u00a0: \u201fun mort a le droit de tout dire &#8230;\u201d Vous ne riez pas\u00a0? (C\u2019est Hippolyte qui parle.)<\/p><\/blockquote>\n<p>&nbsp;<br \/>\nG\u00e9nie d\u2019Andr\u00e9 Markowicz, compagnon au long cours du Radeau, de rapprocher ici Dosto\u00efevski, par un choix de traduction (\u00ab\u00a0le petit pan de mur jaune\u00a0\u00bb), et Proust, la mort de l\u2019\u00e9crivain Bergotte dans <em>La Prisonni\u00e8re<\/em>. Frode Bj\u00f8rnstad le dit avec un vacillement, un timbre de voix absolument poignant. Mais cet \u00e9moi doit aussi beaucoup \u00e0 ce qu\u2019on peut entendre indirectement de la situation du Radeau, un propos d\u2019allure testamentaire, puisqu\u2019il est largement question dans l\u2019ensemble de cette s\u00e9quence d\u2019un sujet de tableau \u00e0 trouver (\u00ab\u00a0le visage d\u2019un condamn\u00e9 une minute avant la guillotine\u00a0\u00bb), d\u2019h\u00e9ritage \u00e0 l\u00e9guer et d\u2019une maladie peut-\u00eatre imaginaire, ou d\u2019une maladie de l\u2019imaginaire, en des temps chaotiques.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nQuant \u00e0 la chanson, mais je ne veux pas en dire trop, elle est quasiment murmur\u00e9e \u00e0 la toute fin du spectacle par les acteurs \u2012 Frode Bj\u00f8rnstad, Laurence Chable, Martine Dup\u00e9, Erik Gerken et Vincent Joly \u2012 r\u00e9unis autour d\u2019une table, dans une lumi\u00e8re aux tons clair-obscur, un petit rideau de dentelle fr\u00e9missant sous l\u2019effet de l\u2019air c\u00f4t\u00e9 cour. C\u2019est comme une ritournelle habit\u00e9e par une angoisse qu\u2019elle tente pourtant de dissiper. Ce pourrait \u00eatre des forains autour d\u2019un feu de camp en rase campagne. L\u2019ouverture de <em>Passim<\/em> (2013) \u2012 Laurence Chable disant sobrement un \u00e9pisode de la <em>Penth\u00e9sil\u00e9e<\/em> de Kleist \u2012 \u00e9tait la plus bouleversante que j\u2019ai jamais \u00e9prouv\u00e9e au th\u00e9\u00e2tre et ailleurs. Ici, c\u2019est donc cette fin chantonn\u00e9e, dont on ne sort pas vraiment, et qui \u00e9voque une femme en chemise, t\u00eate ras\u00e9e, pancarte <em>Judenhure<\/em> au cou, \u00e0 Nuremberg, dans les ann\u00e9es 1930. Apr\u00e8s-coup, l\u00e0 encore \u2012 mais <em>Item<\/em>, comme <em>Onzi\u00e8me<\/em>, comme <em>Passim<\/em>, comme <em>Soubresaut<\/em>, est une chambre d\u2019\u00e9chos \u2012 r\u00e9sonne un autre passage de <em>L\u2019Idiot<\/em> sur un \u00ab\u00a0chevalier amoureux [qui] s\u2019est m\u00eame attach\u00e9 un chapelet autour du cou, \u00e0 la place d\u2019une \u00e9charpe\u00a0\u00bb &#8230; Mais je reviens au petit rideau de dentelle qui fr\u00e9mit pendant cette chanson m\u00e9lancolique. Sa pr\u00e9sence elle non plus ne s\u2019impose pas, on peut simplement y porter attention. N\u2019assiste-t-on pas dans cet espace vibratile aux derniers feux d\u2019une m\u00e9moire, celle par exemple de Gr\u00fcber montant <em>B\u00e9r\u00e9nice<\/em> avec Gilles Aillaud en 1984\u00a0? Un autre moment, c\u2019est peut-\u00eatre le fant\u00f4me de Kantor qui traverse en catimini l\u2019avant-sc\u00e8ne, et un de ses mannequins, mais en plus d\u00e9gingand\u00e9, que se lancent tour \u00e0 tour les acteurs.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-3816 aligncenter\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2019\/11\/2019Croquis@Franc\u0327oisTanguy-600x228.jpg\" alt=\"\" width=\"600\" height=\"228\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Croquis de Tanguy<\/p>\n<p>&nbsp;<br \/>\nSilhouettes de profil, t\u00eates de b\u00e9lier ou de taureau, couvre-chefs indescriptibles, plumes de faisan, valise d\u2019un \u00eatre en partance, postiches \u00e0 la Groucho Marx, costumes bouffants, \u00ab\u00a0vieux boudoir plein de roses fan\u00e9es, o\u00f9 g\u00eet tout un fouillis de modes surann\u00e9es\u00a0\u00bb, vers italiens et allemands sans surtitres accessoires, vitre manipul\u00e9e avec pr\u00e9caution par les acteurs (\u00ab\u00a0\u2012 Comment\u00a0? vous n\u2019avez pas de verres de couleur\u00a0? des verres roses, rouges, bleus, des vitres magiques, des vitres de paradis\u00a0? Impudent que vous \u00eates\u00a0! vous osez vous promener dans des quartiers pauvres, et vous n\u2019avez pas m\u00eame de vitres qui fassent voir la vie en beau\u00a0!\u00a0\u00bb reproche ironiquement le po\u00e8te au \u00ab\u00a0mauvais vitrier\u00a0\u00bb avant de briser sa marchandise avec un pot de fleurs), nappes de bistrot, mobilier vieillot, capharna\u00fcm o\u00f9 se d\u00e9couvre soudain une clairi\u00e8re, Walser c\u00f4toyant Ovide, Beethoven le mugissement des vaches, etc. si le Radeau est travers\u00e9 par la violence du monde et les soubresauts d\u2019une histoire commune, que cet <em>Item<\/em> rec\u00e8le encore d\u2019it\u00e9rations\u00a0!<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nFran\u00e7ois Tanguy et vos camarades, ne nous laissez pas tomber, sombrer, on a besoin encore de vos coups de mains et de gueule, de vos embrassades, de vos banquets improvis\u00e9s, de votre th\u00e9\u00e2tre du dehors, de votre veille politique, un th\u00e9\u00e2tre de l\u2019\u00e2tre, pr\u00e9caire, indispensable \u00ab\u00a0parole en archipel\u00a0\u00bb o\u00f9 s\u2019amarrent les d\u00e9m\u00e2t\u00e9s de la vie, hospitalit\u00e9 inconditionnelle \u00e0 tous ceux qui font humble m\u00e9tier de traduire, de passer d\u2019une rive \u00e0 l\u2019autre, d\u2019un item \u00e0 l\u2019autre.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nTourn\u00e9e\u00a0:<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nDu 5 au 16 d\u00e9cembre 2019<br \/>\nT2G Gennevilliers 10 repr\u00e9sentations<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nDu 8 au 16 janvier 2020<br \/>\nTNS Strasbourg 8 repr\u00e9sentations<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nDu 11 au 15 f\u00e9vrier 2020<br \/>\nMC2 Grenoble 5 repr\u00e9sentations<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nLes 11 et 12 mars 2020<br \/>\nCDN Besan\u00e7on 2 repr\u00e9sentations<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nDu 10 au 13 juin 2020<br \/>\nTh\u00e9\u00e2tre de Garonne \u2013 Toulouse 4 repr\u00e9sentations<br \/>\n&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Item de Fran\u00e7ois Tanguy, La Fonderie (Le Mans), 5-23 novembre 2019. \u00c0 l\u2019instar de ce qui se passe sur le plateau, il existe de multiples fa\u00e7ons d\u2019entrer dans la nouvelle cr\u00e9ation de Fran\u00e7ois Tanguy et son th\u00e9\u00e2tre du Radeau, apr\u00e8s Soubresaut il y a trois ans. Mais puisqu\u2019il faut choisir, passons par un tableau, un roman et une chanson. &nbsp; &nbsp; Le tableau, c\u2019est La Le\u00e7on d\u2019anatomie de Rembrandt, o\u00f9 sept apprentis-chirurgiens \u00e0 fraises et \u00e0 barbiches sont suspendus aux<\/p>\n","protected":false},"author":35,"featured_media":3817,"menu_order":0,"template":"","categorie_article":[27],"class_list":["post-3813","article","type-article","status-publish","has-post-thumbnail","hentry","categorie_article-critique"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/article\/3813","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/article"}],"about":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/types\/article"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/users\/35"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/media\/3817"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=3813"}],"wp:term":[{"taxonomy":"categorie_article","embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/categorie_article?post=3813"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}