


{"id":3828,"date":"2019-11-20T10:51:22","date_gmt":"2019-11-20T09:51:22","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/?p=3828"},"modified":"2019-11-20T10:51:22","modified_gmt":"2019-11-20T09:51:22","slug":"item-le-me-ti-de-francois-tanguy-2","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/item-le-me-ti-de-francois-tanguy-2\/","title":{"rendered":"Item, le Me-ti de Fran\u00e7ois Tanguy"},"content":{"rendered":"<p><small><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong><em>Item<\/em><\/strong>, mise en sc\u00e8ne de Fran\u00e7ois Tanguy,<br \/>\navec Laurence Chable, Frode Bj\u00d8rnstad, Martine Dupr\u00e9, Erik Gerken, Vincent Joly<br \/>\nLa Fonderie, Le Mans, le 16 novembre 2019<\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: center;\">En tourn\u00e9e au th\u00e9\u00e2tre de Gennevilliers du 5 au 16 d\u00e9cembre,<br \/>\nau TNS du 8 au 16 janvier,<br \/>\n\u00e0 la MC2 Grenoble du 11 au 15 f\u00e9vrier,<br \/>\nau CDN de Besan\u00e7on les 11 et 12 mars,<br \/>\nau th\u00e9\u00e2tre Garonne du 10 au 13 juin 2020.<\/p>\n<p><\/small><\/p>\n<hr \/>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" wp-image-3833 aligncenter\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2019\/11\/Walser-2-600x401-600x401.jpg\" alt=\"\" width=\"424\" height=\"283\" \/><br \/>\n\u00c7a ne serait pas grave si le th\u00e9\u00e2tre n\u2019\u00e9tait qu\u2019un stup\u00e9fiant. Comprenons qu\u2019il ne convoquerait que l\u2019illusion et l\u2019artifice ou ce qui tient \u00e0 un amuse gueule en lien avec quelques modes de l\u2019actualit\u00e9. Mais <em>Item<\/em> de Fran\u00e7ois Tanguy, jou\u00e9 par le Th\u00e9\u00e2tre du Radeau \u00e0 la Fonderie, est encore l\u00e0 pour murmurer, comme Brecht l\u2019\u00e9crivait, que \u00ab\u00a0le destin de l\u2019homme c\u2019est l\u2019homme\u00a0\u00bb. Et d\u2019y entendre d\u00e8s lors, alors que ce monde craque, que l\u2019espoir va en se r\u00e9duisant, va en se repliant et qu\u2019il tient d\u00e9sormais et exclusivement \u00e0 ce que chacun est capable de livrer soi-m\u00eame. Et de voir les m\u00eames com\u00e9diens et com\u00e9diennes, d\u2019une \u0153uvre \u00e0 l\u2019autre, \u0153uvrer \u00e0 un corps de m\u00e9tier, eux-m\u00eames corps vieillissants de ce m\u00e9tier, venir avec fougue, fatigue, humilit\u00e9 et d\u00e9termination, usant d\u2019un burlesque m\u00eal\u00e9 \u00e0 une gravit\u00e9, confier que la roue tourne et que la chance a peut-\u00eatre tourn\u00e9. Le \u00ab\u00a0peut-\u00eatre\u00a0\u00bb marquant indistinctement une fragilit\u00e9 et une incertitude\u2026 un presque \u00ab rien \u00bb qui renvoie encore \u00e0 notre capacit\u00e9 \u00e0 \u00ab\u00a0traverser tous ces naufrages, \u00e0 d\u00e9sosser avec les mots nos anxi\u00e9t\u00e9s\u00a0\u00bb. A trouver une harmonie avec, juste, nous-m\u00eames, pour commencer.<br \/>\n<strong>Savoir se retourner<\/strong><br \/>\nAu premier regard qui se pose pour la \u00e9ni\u00e8me fois sur les amas de lignes et de cadres qui forment l\u2019architecture ou la structure des r\u00eaveries de Tanguy\u00a0; \u00e0 l\u2019endroit d\u2019un commencement incertain o\u00f9 quelque chose de familier r\u00e9apparait du \u00ab\u00a0d\u00e9cor\u00a0\u00bb\u00a0; l\u00e0 o\u00f9 \u00e0 la Fonderie tout n\u2019est que recommencement et d\u00e9m\u00e9nagement parce que le lieu du th\u00e9\u00e2tre ne peut-\u00eatre que celui du \u00ab\u00a0d\u00e9-m\u00e9nagement\u00a0\u00bb \u00e0 l\u2019oppos\u00e9 du \u00ab m\u00e9nagement et de l\u2019am\u00e9nag\u00e9\u00a0\u00bb ; un halo \u00e0 peine lumineux, soucieux d\u2019entretenir la lumi\u00e8re naissante du tableau de Rembrandt, se porte sur ce qui s\u2019apparente \u00e0 <em>La Le\u00e7on d\u2019anatomie du docteur Nicolaas Tulp. Item<\/em> s\u2019ouvre ainsi sur une image qui devient le support dialectique d\u2019un dialogue m\u00e9ditatif et po\u00e9tique entre la nature, l\u2019art et la science qui forment le tripode de la morbide Histoire.<br \/>\n<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" wp-image-3824 aligncenter\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2019\/11\/2-Figure3-1-600x435.png\" alt=\"\" width=\"406\" height=\"294\" \/><br \/>\nMani\u00e8re de voir ou de faire d\u2019<em>Item<\/em> un diaporama des incisions que forme la convocation de divers r\u00e9cits lesquels livrent, comme la reproduction, une histoire de la perte des couleurs qui vaut au monde d\u2019\u00eatre une histoire des d\u00e9boussolements (depuis que le rouge a pali) o\u00f9 s\u2019entendent les voix litt\u00e9raires d\u2019Ovide, de Walser, de Plutarque, de Dosto\u00efevski, de Goethe, de Brecht\u2026 tous figurant les savants d\u2019une communaut\u00e9 atemporelle d\u2019un observatoire, en qu\u00eate non d\u2019un sens, mais d\u2019une d\u00e9chirure o\u00f9 s\u2019engager, d\u2019une faille et d\u2019un passage \u00e0 exploiter\u2026 l\u00e0 o\u00f9 tout ram\u00e8ne \u00e0 un seuil qui est la condition de l\u2019aventure. Celle, peut-\u00eatre, de la pens\u00e9e, de l\u2019amour de la pens\u00e9e pour ce qu\u2019elle dit de l\u2019incertitude et de la folie des raisonnements.<br \/>\nEt disant cela d\u2019<em>Item<\/em>, s\u2019impose \u00e0 la m\u00e9moire la sensation qu\u2019il y a l\u00e0, comme pour le <em>Me-ti<\/em> de Brecht, l\u2019esquisse d\u2019un \u00e9cho au <em>Livre des retournements<\/em>, car pas une des cr\u00e9ations du Radeau n\u2019a cess\u00e9 de revenir et n\u2019a renonc\u00e9 \u00e0 \u00ab\u00a0briser le pouvoir des artisans de la faim\u00a0\u00bb. Pas une seule fois, du plateau de la Fonderie qui chaque fois est r\u00e9am\u00e9nag\u00e9 comme un \u00e9cho lointain au pr\u00e9c\u00e9dent, d\u2019hier jusqu\u2019\u00e0 aujourd\u2019hui, Tanguy et ses interpr\u00e8tes n\u2019ont rechign\u00e9, \u00e0 rappeler et redire, que \u00ab\u00a0certaines id\u00e9es de nature ordonnatrices, id\u00e9es qui mettent de l\u2019ordre dans les id\u00e9es, si \u00e0 l\u2019origine elles peuvent servir la communaut\u00e9, elles en viennent parfois et bient\u00f4t \u00e0 la dominer\u00a0\u00bb. Certaines id\u00e9es, ainsi, \u00ab\u00a0s\u2019\u00e9rigent en ma\u00eetres, pour y parvenir elles s\u2019attachent aux puissants, et non aux gens utiles\u00a0\u00bb. Et dans ce d\u00e9dale de cintres et de pistes toutes en labyrinthe, pas une des cr\u00e9ations de Tanguy n\u2019exclut de reposer et de rejouer toujours la rengaine (\u00ab\u00a0la ritournelle\u00a0\u00bb Deleuzienne) qui enjoint de penser qu\u2019un \u00ab\u00a0\u00eatre humain peut se chercher une position qui lui permette de refl\u00e9ter le monde, de se montrer en lui et de s\u2019entendre avec lui\u00a0\u00bb.<br \/>\n<em>Item<\/em>\u2026 <em>Me-ti<\/em>\u2026 Citant Brecht que Tanguy convoque au dernier instant dans <em>La Ballade von der Judenhure Maris Sanders <\/em>que fredonnent au final Laurence Chable, Frode Bj\u00d8rnstad, Martine Dupr\u00e9, Erik Gerken, Vincent Joly\u2026 c\u2019est ce monde des lois iniques du \u00ab\u00a0Grand Ordre\u00a0\u00bb qu\u2019il faut entendre pour saisir qu\u2019elles enferment la raison, au point qu\u2019elle devient un accessoire au service de l\u2019idiotie. Ce sont ces lois qui s\u2019imposent au d\u00e9placement de la mati\u00e8re, et qui se sont substitu\u00e9es \u00e0 l\u2019espace consid\u00e9r\u00e9 \u00e0 l\u2019origine \u00ab\u00a0comme une sorte de boite sans parois\u00a0\u00bb.<br \/>\nRegardant la sc\u00e8ne, l\u00e0 o\u00f9 <em>Item<\/em> prend place, c\u2019est ce monde sans parois \u00e9voqu\u00e9 et r\u00e9fl\u00e9chi par des cadres vides, des montants en d\u00e9placement continu, qui revenait \u00e0 la surface. \u00c0 la surface, comme on le dirait d\u2019un reflet sur un miroir d\u2019eau, l\u00e0 o\u00f9 les minutes de d\u00e9couragement sont la forme prise par les soubresauts s\u00e9rieux et toujours comiques qui interpellent l\u2019inertie \u00e9ternelle suspendue \u00e0 la mamelle de l\u2019entropie, \u00e0 la noyade aussi pour faire \u00e9cho \u00e0 l\u2019<em>incipit<\/em> du programme qui convoque Hans Blumenberg.<br \/>\nEt ainsi de regarder <em>Item<\/em>, pour partie, comme l\u2019un des chapitres du <em>Territoire du crayon<\/em>, pr\u00e9cis\u00e9ment le r\u00e9cit \u00ab\u00a0Il \u00e9tait une fois un amuseur\u00a0\u00bb o\u00f9 la pitrerie et la folichonnerie sont fond\u00e9es sur le s\u00e9rieux. Autre retournement qui veut que \u00ab\u00a0les non-s\u00e9rieux sont plus s\u00e9rieux que les s\u00e9rieux\u00a0\u00bb. Et de regarder le pli d\u2019une robe pris sous un pied narquois et taquin, une chute ou une situation loufoque qui d\u00e9g\u00e9n\u00e8re, un \u00e9change caricatural de politesse o\u00f9 une chaise se fait la malle, une s\u00e9quence de ventriloque ou de play back, la mont\u00e9e d&rsquo;un tableau figuratif (ou du papier-peint)\u00a0 comme un \u00ab d\u00e9g\u00e2t des eaux \u00bb \u2026 comme autant de d\u00e9calages et de sc\u00e8nes d\u2019un \u00ab\u00a0th\u00e9\u00e2tre interdit\u00a0\u00bb, o\u00f9 le d\u00e9fendu autant que le surprenant, font d\u2019<em>Item<\/em> un exercice d\u2019\u00e9quilibre, un num\u00e9ro de funambule qui va d\u2019un point de l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 d\u00e9su\u00e8te \u00e0 une ligne de gravit\u00e9 in\u00e9vitable.<br \/>\n<em>Item<\/em> a ainsi une odeur de m\u00e9li-m\u00e9lo-drame o\u00f9 les hybridations po\u00e9tiques comme le jeu des com\u00e9diens et des com\u00e9diennes tirent sur la corde (de pendu) qu\u2019est la raison jusqu\u2019\u00e0 faire entendre, comme Derrida qui commente Artaud, \u00ab\u00a0qu\u2019il existe des crises de raisons \u00e9trangement proches des crises de folie\u00a0\u00bb.<br \/>\n<strong>Un incendie de th\u00e9\u00e2tre<\/strong><br \/>\nAlors devient sensible le mouvement du rideau d\u2019une arri\u00e8re-cuisine qui, sous le souffle d\u2019un vent l\u00e9ger, fait croire \u00e0 quelques pr\u00e9sences vitales autant que spectrales. Mouvement rare, loin du front de sc\u00e8ne, qui dit tout autant le semblant de vie, que le vide pur et absolu. Sensible encore la parole qui, au premier mot d\u2019<em>Item<\/em> emprunt\u00e9 \u00e0 Walser, s\u2019inqui\u00e8te des \u00e9veill\u00e9s, des endormis, des somnolents\u00a0: ce peuple des engourdis\u2026 Sensibles ces retours r\u00e9currents \u00e0 la table o\u00f9 se tiennent des discussions incertaines \u00e0 b\u00e2tons rompus, sensibles ces coiffes orthodoxes enlumin\u00e9es qui forment le paysage iconique d\u2019un horizon slave o\u00f9 git une parenth\u00e8se communiste\u2026 sensible ce monde litt\u00e9raire qui ressemble <em>in fine<\/em> \u00e0 celui d\u2019un sablier o\u00f9 d\u2019Ovide \u00e0 Brecht, du prince idiot de Dosto\u00efevski aux formes autographiques et solitaires de Walser, les pens\u00e9es form\u00e9es de grains de folie ne cessent d\u2019\u00eatre retourn\u00e9es et de revenir hanter une Histoire de l\u2019esp\u00e9rance d\u00e9\u00e7ue. <em>Item<\/em> tient ainsi, et peut-\u00eatre encore, \u00e0 l\u2019image d\u2019un cimeti\u00e8re marin, o\u00f9 les po\u00e8mes figurent les carcasses \u00e9chou\u00e9es et visibles de pens\u00e9es fracass\u00e9es sur le sable, l\u00e0 o\u00f9 les r\u00e9cits annon\u00e7ant la Grande M\u00e9thode ne sont plus, Pessoa l\u2019entrevoit, que des Id\u00e9es sans quai qui \u00e9voque une \u00ab\u00a0nostalgie de pierre\u00a0\u00bb.<br \/>\nOn aurait t\u00f4t fait de distinguer dans <em>Item<\/em> un paysage \u00e0 l\u2019horizon obscurci que l\u2019on regarderait, eu \u00e9gard \u00e0 nos \u00e9tats m\u00e9lancoliques, c\u2019est selon, comme un horizon encore (ponctuation beckettienne qui marque l\u2019agonie ou un filet de vie) ou un paysage d\u00e9funt quand tout n\u2019est plus que Vanit\u00e9s que Tanguy, et ses plumes de paon (dont il orne ses com\u00e9diens), convoque.<br \/>\nHorizon obscurci ou paysage d\u00e9funt, l\u2019un l\u2019autre allant main dans la main, pris dans le mouvement de l\u2019\u00e9loignement ou du rapprochement, au point de causer au regard et au coeur une douleur n\u00e9vralgique.<br \/>\n<em>Item<\/em> donne mal au c\u0153ur, c\u2019est certain. \u00ab\u00a0Mal au c\u0153ur\u00a0\u00bb au point d\u2019y sentir un chagrin pouss\u00e9 que quelques \u00e9nonc\u00e9s, d\u00e9tach\u00e9s du flux verbal pour venir s\u2019attacher \u00e0 la tempe de celui qui \u00e9coute et entend, font \u00e9prouver\u00a0: \u00ab\u00a0Toute ma vie j\u2019ai d\u00e9test\u00e9 les po\u00e8mes comme si je pressentais quelque chose\u00a0\u00bb, ou \u00ab\u00a0un homme capable d\u2019avoir un id\u00e9al\u2026 \u00e7a n\u2019arrive pas tous les jours \u00e0 notre \u00e9poque\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0\u00e7a ne vous regarde pas\u2026\u00a0\u00bb<br \/>\nTristesse oui, semblable \u00e0 celle de Mychkine, quand Tanguy convoque encore trois figures majeures qui ont construit l\u2019Histoire\u00a0: l\u2019exil\u00e9, le h\u00e9ros, le pauvre chevalier. Le premier marquait par la fuite qui parfois aboutit, ailleurs, \u00e0 la reconstruction. Le second, rare, qui hante les sols de toutes les r\u00e9volutions dont il est la victime id\u00e9ale et pr\u00e9f\u00e9r\u00e9e. Le troisi\u00e8me, intemporel, aujourd\u2019hui introuvable, qui r\u00e9fl\u00e9chissait une conduite l\u00e9gendaire ins\u00e9parable de la loi morale. Les uns comme les autres r\u00e9v\u00e9l\u00e9s, toujours, par l\u2019infortune et l\u2019apocalypse. Et Tanguy de s\u2019attarder plus longuement sur la figure du Pauvre chevalier qui, comme chez Walser, est ins\u00e9parable des sc\u00e9narios catastrophes qui agitent l\u2019Histoire que Walser, encore, comparait \u00e0 un \u00ab\u00a0incendie de th\u00e9\u00e2tre\u00a0\u00bb dont les gens sortiraient comme des oiseaux en feu. Et de regarder, dans une image furtive comme c\u2019est la r\u00e8gle du jeu chez Tanguy, le trio cherchait une racine \u00e0 la vie et \u00e0 l\u2019espoir dans l\u2019Histoire, alors qu\u2019au final deux anges aux ailes brul\u00e9es et noires viennent pointer leur minois d\u2019Angelus Novus serein.<br \/>\n<strong>Tristesse\u2026 mais<\/strong><br \/>\nMais il y a le bruit faible d\u2019un sifflet d\u2019oiseau qui n\u2019en finit jamais de se faire entendre et vient en sus des \u0153uvres lyriques qui accompagnent tout <em>Item<\/em>. Il y a ce gazouillis d\u2019oiseau invisible que n\u2019arrive pas \u00e0 couvrir le son des cloches et du glas, pas plus que les paroles qui sont dites ne le privent de se faire entendre. On l\u2019imagine dans la cime d\u2019un arbre et il est comme un souvenir de la for\u00eat vive et verte \u00e0 l\u2019ouverture de <em>Onzi\u00e8me<\/em>. Il est l\u00e0, seul et c\u2019est un chant. Il y a encore, \u00e0 mi-parcours d\u2019<em>Item<\/em>, une petite incrustation vid\u00e9o toute de couleur qui se regarde comme un tableau qui pr\u00e9sente un massif de fleurs rouges et vivantes. Un tableau vivant, tel un dernier carr\u00e9 comme on le dirait d&rsquo;un point de r\u00e9sistance menac\u00e9, expos\u00e9 furtivement. Il y a ce petit brin de vent dans le rideau qui souligne un mouvement ind\u00e9cis mais encore un mouvement\u2026 De m\u00eame, il y a ce pas de danse embarrass\u00e9, encombr\u00e9e, encha\u00een\u00e9 mais qui dit \u00ab\u00a0l\u2019artiste danseur\u00a0\u00bb alors que le masque du Minotaure, mat\u00e9rialis\u00e9 sur sc\u00e8ne, dit la r\u00e9gularit\u00e9 des mauvais coups. Il y a ces \u00e9nonc\u00e9s intempestifs o\u00f9 est proclam\u00e9 qu\u2019\u00e0 \u00ab\u00a0regarder les arbres il n\u2019y a rien de ridicule\u00a0\u00bb. \u00ab\u00a0Sentir les arbres\u00a0\u00bb\u2026 il y a \u00e7a, donc.<br \/>\nIl y a aussi ces retours \u00e0 la table qui n\u2019est plus celle des banquets festifs, mais juste celle o\u00f9 fatigu\u00e9, mais pas encore \u00e9puis\u00e9, on peut se parler dans des dialogues \u00e0 peine adress\u00e9s. Lieu de r\u00e9union plus que de discussion parce que c\u2019est encore le territoire de la communaut\u00e9. \u00ab\u00a0\u00catre \u00e0 table\u00a0\u00bb marque chez Tanguy moins le repas ou le lieu, que finalement un endroit o\u00f9 il est encore possible d\u2019\u00eatre, et d\u2019\u00eatre ensemble.<br \/>\nEt de voir alors dans ces plis, et ces petites choses de rien, ce qui fait le quotidien et l\u2019avenir. Voir chez Tanguy qui fait le choix du \u00ab\u00a0petit\u00a0\u00bb un geste qui \u00ab\u00a0investit contre la domination du monumental, le petit [\u2026] apprendre \u00e0 red\u00e9couvrir la singularit\u00e9 au moment o\u00f9 elle est ni\u00e9e en grand\u00a0\u00bb comme le souligne la postface de Miguel Abensour au <em>Minima Moralia fragments d\u2019une vie mutil\u00e9e<\/em> d\u2019Adorno.<br \/>\nEt comprendre, non sans peur, que c\u2019est \u00e0 cet endroit du \u00ab\u00a0petit\u00a0\u00bb qu\u2019il y a encore la possibilit\u00e9 d\u2019entretenir l\u2019id\u00e9e d\u2019un renversement et d\u2019un retournement qui commencerait \u00e0 l\u2019endroit de l\u2019infra-mince qui est le territoire fragile de tous les changements.<br \/>\nEux, com\u00e9diens et com\u00e9diennes, Chable, Bj\u00d8rnstad, Dupr\u00e9, Gerken, Joly sont les danseurs de cet infra-mince qui, jouant leur partition, permettent de faire appara\u00eetre une variation dans la monotonie. Et s\u2019ils ont depuis longtemps mis \u00e0 disposition cet instrument puissant que sont leurs corps et leurs voix\u00a0; si depuis longtemps tels des veilleurs (et r\u00e9veilleurs) ils sont les cornes de brume qui alertent sur la perte de vitesse de l\u2019exp\u00e9rience de l\u2019espoir ; ils sont, appr\u00e9hend\u00e9s dans leur coll\u00e9gialit\u00e9, comme un \u00ab\u00a0corps de m\u00e9tier\u00a0\u00bb \u00e0 part enti\u00e8re o\u00f9, en artisans certains de leur geste, ils permettent de transformer la tristesse en un souci.<br \/>\n\u00ab\u00a0Souci\u00a0\u00bb\u2026 Mot vital que celui-l\u00e0, nom d&rsquo;une fleur et d&rsquo;un \u00e9tat&#8230; Mot, ici, qui s\u2019oppose \u00e0 la r\u00e9signation, au d\u00e9sint\u00e9r\u00eat, \u00e0 l\u2019abandon, \u00e0 l&rsquo;insouciance. Ou quand l\u2019<em>Item<\/em> de Tanguy, son th\u00e9\u00e2tre et sa m\u00e9nagerie m\u00e9lancolique et po\u00e9tique, entretient aupr\u00e8s de chacun qui peuple la salle, la pens\u00e9e \u00ab\u00a0d\u2019avoir le souci de \u00bb qui serait au commencement de tous les recommencements, de tous les retournements&#8230;<\/p>\n<hr \/>\n<p><small><em>cr\u00e9dits photos, Jean-Pierre Estournet.<\/em><\/small><br \/>\n<small>((Bertolt Brecht, <em>Me-ti Livre des retournements<\/em>, trad. Bernard Lortholary, Paris, L&rsquo;Arche, 1968.))<\/small><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Item, mise en sc\u00e8ne de Fran\u00e7ois Tanguy, avec Laurence Chable, Frode Bj\u00d8rnstad, Martine Dupr\u00e9, Erik Gerken, Vincent Joly La Fonderie, Le Mans, le 16 novembre 2019 En tourn\u00e9e au th\u00e9\u00e2tre de Gennevilliers du 5 au 16 d\u00e9cembre, au TNS du 8 au 16 janvier, \u00e0 la MC2 Grenoble du 11 au 15 f\u00e9vrier, au CDN de Besan\u00e7on les 11 et 12 mars, au th\u00e9\u00e2tre Garonne du 10 au 13 juin 2020. \u00c7a ne serait pas grave si le th\u00e9\u00e2tre n\u2019\u00e9tait<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":3816,"menu_order":0,"template":"","categorie_article":[27],"class_list":["post-3828","article","type-article","status-publish","has-post-thumbnail","hentry","categorie_article-critique"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/article\/3828","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/article"}],"about":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/types\/article"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/media\/3816"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=3828"}],"wp:term":[{"taxonomy":"categorie_article","embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/categorie_article?post=3828"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}