


{"id":3861,"date":"2019-11-22T18:26:24","date_gmt":"2019-11-22T17:26:24","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/?p=3861"},"modified":"2019-11-22T18:26:24","modified_gmt":"2019-11-22T17:26:24","slug":"la-cruaute-castorf-en-considerant-racine-dapres-artaud","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/la-cruaute-castorf-en-considerant-racine-dapres-artaud\/","title":{"rendered":"La cruaut\u00e9 Castorf\u00a0: en consid\u00e9rant Racine d\u2019apr\u00e8s Artaud"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: center;\"><small><em>Bajazet, en consid\u00e9rant Le Th\u00e9\u00e2tre et la peste, Racine\/Artaud<\/em>,<br \/>\nmise en sc\u00e8ne de Frank Castorf, GTP d\u2019Aix-en-Provence.<\/small><\/p>\n<hr \/>\n<p><strong>Que reste-t-il de nous\u2009? Quelques restes, lambeaux de souvenirs d\u2019une histoire qui s\u2019est \u00e9chou\u00e9e jusqu\u2019\u00e0 nous, et nous sommes cette histoire, cet \u00e9chouage vague des restes\u00a0: nous sommes peut-\u00eatre des restes. De Racine, on se souvient de quelques vers, comme sur des cadavres ceux qui d\u00e9vorent encore, lentement, patiemment, les restes. Nous sommes des vers aussi. On se souvient que c\u2019\u00e9tait fatal, que la mort d\u00e9nouait tout, et qu\u2019en cela, le th\u00e9\u00e2tre n\u2019\u00e9tait pas seulement comme la peste, mais comme la vie. On se souvient que \u00e7a n\u2019avait rien \u00e0 voir avec la vie malgr\u00e9 tout\u00a0: que c\u2019\u00e9tait dans l\u2019alexandrin, et sous la tunique des h\u00e9ros, des dieux, des b\u00eates que tout se jouait. Que la beaut\u00e9 d\u2019ensemble \u00e9tait ha\u00efssable parce qu\u2019elle \u00e9crasait\u00a0: qu\u2019on y revenait pour la haine, et qu\u2019elle \u00e9tait celle qu\u2019on vouait pour le destin. Que les \u00eatres qui disaient la beaut\u00e9 des vers \u00e9taient d\u2019une laideur \u00e0 trembler\u00a0: qu\u2019ils disaient la monstruosit\u00e9 d\u2019\u00eatre soumis \u00e0 leurs d\u00e9sirs. Que si Racine condamnait la passion, il nous revenait de l\u2019accepter\u00a0: d\u2019accepter le d\u00e9bordement et non la condamnation. On se souvient que Racine saisissait les actes \u00e0 l\u2019endroit de leur impuret\u00e9\u00a0: qu\u2019on y agissait par d\u00e9raison et en d\u00e9pit du bon sens, ou pour la f\u00e9rocit\u00e9 du geste, pour l\u2019hypoth\u00e8se de vie que l\u2019acte d\u00e9chargeait. On a mauvaise m\u00e9moire peut-\u00eatre, mais c\u2019est parce qu\u2019on se souvenait que Racine \u00e9tait le nom d&rsquo;un p\u00e9nible devoir d\u2019\u00e9cole, qu\u2019il avait le go\u00fbt de la poussi\u00e8re des livres trop lourds, des statues aux regards vides. Il suffisait peut-\u00eatre de rien, par exemple qu\u2019on arrache la t\u00eate de la statue et qu\u2019on regarde dedans. Qu\u2019on br\u00fble les livres, et qu\u2019on souffle sur la cendre. Il suffisait qu\u2019on danse sur les cadavres\u00a0: qu\u2019on appelle cette danse Antonin Artaud, et le souffle Antonin Artaud aussi, et la cendre et le feu Antonin Artaud, Antonin Artaud jet\u00e9 sur Racine comme un acide et que le m\u00e9tal soit attaqu\u00e9, et qu\u2019en se d\u00e9fendant il crie, et que le cri, on l\u2019appelle aussi Antonin Artaud. Et que ce geste de jeter Artaud \u2014 comme un d\u00e9mon ou une maladie \u2014 sur Racine, on l\u2019appelle Frank Castorf. \u00c7a fait <em>Bajazet, en consid\u00e9rant le Th\u00e9\u00e2tre et la Peste.<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><iframe loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/player.vimeo.com\/video\/368742862?title=0&amp;byline=0\" width=\"640\" height=\"360\" frameborder=\"0\" allowfullscreen=\"allowfullscreen\"><\/iframe><\/p>\n<p>C\u2019est plus de quatre heures, et c\u2019est un \u00e9clat, mais successif. Soit Racine, la trag\u00e9die faite \u0153uvre, et <em>Bajazet<\/em>, l\u2019\u0153uvre bizarre, aberrante, d\u2019un po\u00e8te qui voudrait prouver qu\u2019il n\u2019est pas seulement l\u2019auteur de po\u00e8mes dramatiques hi\u00e9ratiques et m\u00e9caniques, mais le conteur de r\u00e9cit ample, l\u2019\u00e9gal de Corneille et son ma\u00eetre. Pour le surpasser, il entrelace deux fils dans l&rsquo;\u00e9cheveau des fables. Soit d&rsquo;abord une fable politique, shakespearienne\u00a0: le Sultan part en guerre et laisse le royaume \u00e0 sa ma\u00eetresse, ancienne esclave, Roxane\u00a0: autant dire entre de mauvaises mains. Le fr\u00e8re du Sultan lorgne sur le tr\u00f4ne, le Vizir lorgne sur le tr\u00f4ne, tous ceux qui poss\u00e8dent un peu de sang royal en lui et sur lui lorgnent sur le tr\u00f4ne. Mais personne n\u2019ose\u00a0: c\u2019est le drame, la fable, l\u2019all\u00e9gorie. Si quelqu\u2019un osait, il devra ou l\u2019emporter ou mourir. Mais personne n&rsquo;ose : et personne ici ne l&#8217;emportera, tout juste seront-ils bon \u00e0 mourir. Quand le pouvoir s\u2019absente, il r\u00e8gne partout comme une menace. Sur le plateau, le regard du Sultan loin de Byzance, \u00e0 Babylone o\u00f9 il se bat, r\u00e8gne. Tous demeurent en son empire. Soit ensuite et par dessus une fable amoureuse. Roxane aime Bajazet \u2014 le fr\u00e8re du Sultan qui lorgne sur le tr\u00f4ne, et aime Atalide qui est aim\u00e9e par le Vizir, \u00e0 moins qu\u2019il n\u2019aime Roxane, qui aime Bajazet, etc. Dans le cercle des enfers o\u00f9 on est, on ne sort que pour entrer dans d\u2019autres enfers. O\u00f9 qu\u2019on regarde, on est sans solution. Alors on passe d\u2019un \u00e9tat \u00e0 l\u2019autre\u00a0: on fait le pari de l\u2019amour ou du pouvoir, et comme le pouvoir joue contre l\u2019amour, tout se renverse, \u00e0 chaque instant. Que faire\u2009? La r\u00e9volution et l\u2019amour sont \u00e0 l\u2019ordre du jour et ce jour est interminable.<br \/>\nMais voil\u00e0 que Castorf trouble le jeu, politique, et amoureux, d\u2019un seul geste, brutal et joyeux\u00a0: ce Bajazet que toutes aiment, qui peut \u00eatre l\u2019avenir radieux du royaume et de la vie, est presque un vieillard incertain et tremblant. Ce qu\u2019elles aiment n\u2019est qu\u2019un pur fantasme, ou une hypoth\u00e8se, que le corps ne cesse de d\u00e9mentir, ou d\u2019\u00e9prouver comme d\u00e9sir. Ce n\u2019est qu\u2019un geste\u00a0: il d\u00e9place tout.\u00a0De l\u00e0, les renversements de tous les renversements. Puisqu\u2019\u00e0 chaque sc\u00e8ne, Racine rejoue le drame, \u00e0 chaque sc\u00e8ne on d\u00e9placera les enjeux\u00a0: on recommencera comme \u00e0 z\u00e9ro la trag\u00e9die des d\u00e9sirs. Et chaque sc\u00e8ne ne sera qu&rsquo;une hypoth\u00e8se : un pari, un jeu avec le possible, sa promesse transitoire. On ne fait que passer ici : passer d&rsquo;un \u00e9tat \u00e0 l&rsquo;autre, d&rsquo;un seuil \u00e0 l&rsquo;autre. Et dans une sc\u00e8ne m\u00eame, on couvrira le spectre des possibles\u00a0: on jouera tout et son contraire, parce que tout et son contraire sont possibles, rendent possible un temps le possible de tout temps.\u00a0Terreur jubilatoire de ces renversements\u00a0: qui jamais ne fixe, qui toujours d\u00e9joue et rejoue, qui sans cesse active et recompose, ouvre, comme on ouvre un corps vivant encore, et qu\u2019on voit les pulsations, ses acc\u00e9l\u00e9rations au moment o\u00f9 pourtant il va mourir.<br \/>\n<center><small>La fixation du th\u00e9\u00e2tre dans un langage [\u2026] indique \u00e0 bref d\u00e9lai sa perte [\u2026]<br \/>\net le dess\u00e8chement du langage accompagne sa limitation.<br \/>\nA. Artaud, <em>Le Th\u00e9\u00e2tre et son Double<\/em><\/small><\/center><br \/>\nIllimiter le langage\u00a0: c\u2019\u00e9tait d\u2019Artaud le d\u00e9sir et la t\u00e2che. Chaque ligne les porte, en t\u00e9moigne. Sa vie m\u00eame. Castorf rel\u00e8ve le corps encore fumant d\u2019Artaud et le d\u00e9pose ici.<br \/>\nDe Racine et d\u2019Artaud, rien de commun\u00a0: et tout chez Racine faisait horreur \u00e0 Artaud. Mais Racine ex\u00e9cute la langue au lieu m\u00eame o\u00f9 Artaud op\u00e8re\u00a0: dire r\u00e9v\u00e8le ce que l\u2019existence bien souvent tait. Et l\u2019action terrible des mots agit sur soi comme des actes plus v\u00e9ritables\u00a0: c\u2019est le drame de l\u2019aveu, celui de la confidence, de la conjuration \u2014 c\u2019est celui pour qui chaque vers est LITT\u00c9RALEMENT une mal\u00e9diction. Une incantation. Le charme en lequel on peut \u00eatre pris, et d\u00e9truit.<br \/>\n<em><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-3864 aligncenter\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2019\/11\/Capture-d\u00e9cran-2019-11-22-18.23.17-600x401.png\" alt=\"\" width=\"600\" height=\"401\" \/><\/em><\/p>\n<p style=\"padding-left: 60px;\"><em><small>Dans la p\u00e9riode angoissante et catastrophique o\u00f9 nous vivons, nous ressentons le besoin urgent d\u2019un th\u00e9\u00e2tre que les \u00e9v\u00e9nements ne d\u00e9passent pas, dont la r\u00e9sonance en nous soit profonde, domine l\u2019instabilit\u00e9 des temps.\u00a0La longue habitude des spectacles de distraction nous a fait oublier l\u2019id\u00e9e d\u2019un th\u00e9\u00e2tre grave, qui, bousculant toutes nos repr\u00e9sentations, nous insuffle le magn\u00e9tisme ardent des images et agit finalement sur nous \u00e0 l\u2019instar d\u2019une th\u00e9rapeutique de l\u2019\u00e2me dont le passage ne se laissera plus oublier.\u00a0Tout ce qui agit est une cruaut\u00e9. C\u2019est sur cette id\u00e9e d\u2019action pouss\u00e9e \u00e0 bout, et extr\u00eame que le th\u00e9\u00e2tre doit se renouveler.\u00a0P\u00e9n\u00e9tr\u00e9 de cette id\u00e9e que la foule pense d\u2019abord avec ses sens, et qu\u2019il est absurde comme dans le th\u00e9\u00e2tre psychologique ordinaire de s\u2019adresser d\u2019abord \u00e0 son entendement, le Th\u00e9\u00e2tre de la Cruaut\u00e9 se propose de recourir au spectacle de masses\u00a0; de rechercher dans l\u2019agitation de masses importantes, mais jet\u00e9es l\u2019une contre l\u2019autre et convuls\u00e9es, un peu de cette po\u00e9sie qui est dans les t\u00eates et dans les foules, les jours, aujourd\u2019hui trop rares, o\u00f9 le peuple descend dans la rue.<br \/>\n<center>A. A.<\/center><\/small><\/em><\/p>\n<p>Sommes-nous de ces jours\u2009? Et s\u2019il faut descendre dans la rue avec des slogans et des revendications, peut-\u00eatre faudra-t-il descendre aussi avec ces forces. Cette cruaut\u00e9 de forces agit sur nous.\u00a0Quatre heures et demie durant, le texte de Racine trou\u00e9 par Artaud, interrompu par Artaud, relanc\u00e9 par Artaud, brutalis\u00e9 par Artaud, viol\u00e9 par Artaud, insult\u00e9 par Artaud, exhauss\u00e9 par Artaud, exhum\u00e9 par Artaud, enterr\u00e9 par Artaud, crach\u00e9 par Artaud, d\u00e9chir\u00e9 par Artaud nous supplie d\u2019en finir avec les chefs-d\u2019\u0153uvre comme avec tout jugement de dieu, quel qu&rsquo;il soit.<br \/>\nUne chose seule para\u00eet s\u00fbre \u00e0 l\u2019issue du spectacle\u00a0: ON N\u2019A PAS BIEN ENTENDU LE TEXTE. Et c&rsquo;est tant mieux pour les forces dans le texte. Surtout, on a vu l&rsquo;\u00e9lectrochoc du BARD\u00d4 : et le choc en nous, longtemps, qui saisit, ressaisit.<br \/>\nCar ce qu\u2019on a entendu \u00e9tait bien davantage qu\u2019un texte, et plus d\u00e9cisif qu\u2019une \u0153uvre\u00a0: l\u2019\u00e9cart\u00e8lement obsc\u00e8ne, celui des \u00eatres que nous fait \u00e9prouver le monde, celui du monde que produisent des \u00eatres quand ils d\u00e9cident qu\u2019ils n\u2019en ont pas fini avec lui.<br \/>\nOn n\u2019en a pas fini avec lui.<br \/>\nLa vid\u00e9o\/dramaturge du spectacle, qui rend visible des d\u00e9tails pour nous appeler \u00e0 ouvrir les perspectives, \u00e0 renouer avec les corps quand soudain ils surgissent\u2009? La saturation du son qui nous ouvre \u00e0 une autre \u00e9coute\u2009? La longueur du spectacle qui nous impose l\u2019\u00e9coute flottante qui par afflux vient et s\u2019\u00e9chappe, revient, secoue, \u00e9branle l\u2019endormissement qui menace comme menace l\u2019engourdissement de ce monde contre lequel lutter ? La puissance des rites qui \u2014 \u00f4 TUTUGURRI, hurl\u00e9 dans la mise \u00e0 nue physique et m\u00e9taphysique de Jeanne Balibar \u2014 qui renouvelle sans cesse l\u2019\u00e9nergie perdue des choses \u00e9tales\u2009? D\u00e9tails d\u2019un tout qui emporte et soul\u00e8ve.<br \/>\nSpectacle des soul\u00e8vements.<br \/>\nSpectacle de la solitude d&rsquo;Artaud face au monde : et l&rsquo;arrogance du monde qui fait honte. Encag\u00e9 dans son corps, et dans cette vie, Artaud hurle la rupture (lettres aux femmes aim\u00e9es \u2014 insult\u00e9es \u2014, auxquelles r\u00e9pondent dans le finale sid\u00e9rant les vers de Racine, pour les venger.) Spectacle des vengeances, sociales, politiques, sexuelles, mystiques.<br \/>\nSpectacle des sursauts : quand les corps tombent frapp\u00e9s par la fatalit\u00e9, ils se rel\u00e8vent \u2014 chantent la m\u00e9canique macabre et vitaliste du po\u00e8me du cancrelat de Kirilov, arrach\u00e9 aux <em>D\u00e9mons<\/em> de Dosto\u00efevski. Et le th\u00e9\u00e2tre est rendu \u00e0 son jeu : vanit\u00e9 des vanit\u00e9s o\u00f9 on meurt pour de faux, o\u00f9 on vit pour insulter l&rsquo;existence de la fausse vie.<br \/>\nTandis que dans d\u2019autres th\u00e9\u00e2tres, \u00e0 trente kilom\u00e8tres de l\u00e0, <a href=\"https:\/\/www.telerama.fr\/sortir\/avec-retour-a-reims,-thomas-ostermeier-reinvente-le-theatre-politique,n6090186.php\">on pr\u00e9tend \u00eatre politique<\/a> sous pr\u00e9texte d\u2019\u00e9voquer \u00ab\u00a0la situation actuelle\u00a0\u00bb, Castorf, parlant dans la bouche de Racine (bouche dans laquelle on lui aura fourr\u00e9 pr\u00e9alablement une demie-douzaine de cigarettes, parfois en m\u00eame temps), dira davantage que la situation\u00a0: il dira sa cruaut\u00e9, et l\u2019urgence de la traverser. Comme on crie. Comme on jouit. Comme la foudre tombe au ralenti et que tout s\u2019\u00e9vanouit, qu\u2019on reste sous l\u2019averse frapp\u00e9, an\u00e9anti, vivant enfin, si c\u2019\u00e9tait encore possible.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-3863 aligncenter\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2019\/11\/Capture-d\u00e9cran-2019-11-22-18.23.11-600x400.png\" alt=\"\" width=\"600\" height=\"400\" \/><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Bajazet, en consid\u00e9rant Le Th\u00e9\u00e2tre et la peste, Racine\/Artaud, mise en sc\u00e8ne de Frank Castorf, GTP d\u2019Aix-en-Provence. Que reste-t-il de nous\u2009? Quelques restes, lambeaux de souvenirs d\u2019une histoire qui s\u2019est \u00e9chou\u00e9e jusqu\u2019\u00e0 nous, et nous sommes cette histoire, cet \u00e9chouage vague des restes\u00a0: nous sommes peut-\u00eatre des restes. De Racine, on se souvient de quelques vers, comme sur des cadavres ceux qui d\u00e9vorent encore, lentement, patiemment, les restes. Nous sommes des vers aussi. 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