


{"id":4050,"date":"2020-01-15T19:25:45","date_gmt":"2020-01-15T18:25:45","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/?p=4050"},"modified":"2020-01-15T19:25:45","modified_gmt":"2020-01-15T18:25:45","slug":"enfumage","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/enfumage\/","title":{"rendered":"Enfumage"},"content":{"rendered":"<p><em>Les D\u00e9mons<\/em> de Dosto\u00efevski, par Sylvain Creuzevault, TNP de Villeurbanne, 14-25 janvier 2020.<br \/>\nApr\u00e8s <em>Notre Terreur<\/em> ou <em>Le Capital et son Singe<\/em>, Sylvain Creuzevault confond encore une fois deux types de burlesque\u00a0: l\u2019un se contente du rabaissement infantile d\u2019ic\u00f4nes en tous genres\u00a0; l\u2019autre r\u00e9pond \u00e0 une n\u00e9cessit\u00e9 politique et\/ou m\u00e9taphysique (Chaplin, Keaton, Beckett\u2026). Jarry est pass\u00e9 de l\u2019un \u00e0 l\u2019autre, de son professeur de physique moqu\u00e9 au lyc\u00e9e \u00e0 l\u2019inqui\u00e9tante ascension du p\u00e8re Ubu, certes sans qu\u2019il y ait une diff\u00e9rence de nature entre les deux, mais plut\u00f4t une graduation insensible qui finit par produire un saut qualitatif et n\u2019exclut pas le trajet inverse.<br \/>\nSon adaptation de Dosto\u00efevski n\u2019est qu\u2019une farce potache enrob\u00e9e d\u2019une sc\u00e9nographie monumentale, consum\u00e9e dans une vaine d\u00e9bauche de moyens, d\u2019\u00e9nergie et d\u2019effets. Le rituel bourgeois du th\u00e9\u00e2tre n\u2019est bouscul\u00e9 \u2012 tr\u00e8s conventionnellement, sur un mode carnavalesque affadi ou pseudo-brechtien \u2012 que pour mieux retrouver peu \u00e0 peu son assise\u00a0: d\u00e9gagement du cadre de sc\u00e8ne, frontalit\u00e9 r\u00e9tablie, sc\u00e8nes bien d\u00e9limit\u00e9es entre elles, beaucoup de duos et peu de choralit\u00e9, manipulation du public pris \u00e0 parti, improvisations tr\u00e8s contr\u00f4l\u00e9es, etc. Le roman de Dosto\u00efevski sert de pr\u00e9texte \u00e0 des applications faciles\u00a0: Nuit Debout, grand d\u00e9bat, scandales p\u00e9dophiles de l\u2019\u00c9glise catholique, Crim\u00e9e annex\u00e9e par la Russie, bonne conscience des bobos, terrorisme islamiste, pr\u00e9carit\u00e9 des \u00e9tudiants, glyphosate, etc. Les \u00ab\u00a0Ta gueule\u00a0!\u00a0\u00bb alternent avec des blagues kh\u00e2gneuses\u00a0: cercle de craie (caucasien) trac\u00e9 au sol, \u00ab\u00a0la nuit remue\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0luxe, calme et vacuit\u00e9\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0putains de balais russes\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Dieu est mou\u00a0\u00bb, etc.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" wp-image-4054 aligncenter\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2020\/01\/Milieu-600x357.jpg\" alt=\"\" width=\"417\" height=\"248\" \/><br \/>\n&nbsp;<br \/>\nDans une s\u00e9quence embl\u00e9matique, le corps de Yann-Jo\u00ebl Collin (St\u00e9pane Verkhovenski) dispara\u00eet dans un nuage de fum\u00e9e qui envahit la salle, son discours est parasit\u00e9 par la musique, des gyrophares rougeoient sur les c\u00f4t\u00e9s\u00a0; \u00e0 l\u2019aide d\u2019une lampe frontale, il se fraie tant bien que mal un chemin parmi les spectateurs jusqu\u2019\u00e0 une place r\u00e9serv\u00e9e. Ce que subit l\u2019acteur ici nous fait toucher le fond \u2012 du propos. L\u2019enfumage, tic aga\u00e7ant de mise en sc\u00e8ne, est cens\u00e9 r\u00e9f\u00e9rer \u00e0 l\u2019incendie de la ville hors-champ, mais on pense \u00e9galement bien s\u00fbr aux gaz lacrymog\u00e8nes qui se r\u00e9pandent dans les rues, aux entraves \u00e0 la libert\u00e9 de manifester, aux violences polici\u00e8res qui se multiplient, etc. Encore une application facile qui nous enfume, qui ajoute de la confusion \u00e0 la confusion des temps, et qui ne r\u00e9pond aux tirs de LBD que par d\u2019inoffensifs clins d\u2019\u0153il.<br \/>\nL\u2019int\u00e9r\u00eat est ailleurs. Val\u00e9rie Dr\u00e9ville dissipe \u00e0 elle seule toute cette fum\u00e9e. Elle d\u00e9borde d&rsquo;une jubilation \u00e0 jouer (avec) son r\u00f4le d\u2019Alex Kirillova, \u00e0 jouer avec son partenaire sur sc\u00e8ne \u2012 Fr\u00e9d\u00e9ric Noaille (Piotr Verkhovenski) \u2012, \u00e0 jouer tour \u00e0 tour devant, avec et en pr\u00e9sence du public, \u00e0 jouer avec la m\u00e9moire de ses exp\u00e9riences pass\u00e9es (intonation chez Vassiliev, haine du th\u00e9\u00e2tre chez Castellucci, Irina Arkadina chez Ostermeier), tout en faisant entendre l\u2019(in)coh\u00e9rence du raisonnement de son personnage sur l\u2019ath\u00e9isme, la mort de Dieu et le suicide. Elle est \u00e9poustouflante dans sa mani\u00e8re de passer insensiblement du burlesque le plus pata- au plus m\u00e9taphysique.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" wp-image-4053 aligncenter\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2020\/01\/Fin-600x292.jpg\" alt=\"\" width=\"497\" height=\"242\" \/><br \/>\n&nbsp;<br \/>\nDans <em>Onzi\u00e8me<\/em> (2012), Fran\u00e7ois Tanguy et le th\u00e9\u00e2tre du Radeau, qui ne d\u00e9daignent ni burlesque ni postiches, avaient su accueillir deux paroles <em>a priori<\/em> mineures et idiotes du roman\u00a0: la fable du cancrelat de L\u00e9biadkine et le refus de sa s\u0153ur Maria de voir en Stavroguine son \u00ab\u00a0Prince\u00a0\u00bb. On \u00e9tait au plus loin d\u2019une Maria (Amandine Pudlo) surnomm\u00e9e \u00ab\u00a0la d\u00e9bile\u00a0\u00bb et d\u2019un L\u00e9biadkine (L\u00e9o-Antonin Lutinier) camp\u00e9 en slameur risible\u00a0; oui, \u00e0 La Fonderie au Mans on \u00e9tait tr\u00e8s loin de l\u2019enfumage.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les D\u00e9mons de Dosto\u00efevski, par Sylvain Creuzevault, TNP de Villeurbanne, 14-25 janvier 2020. Apr\u00e8s Notre Terreur ou Le Capital et son Singe, Sylvain Creuzevault confond encore une fois deux types de burlesque\u00a0: l\u2019un se contente du rabaissement infantile d\u2019ic\u00f4nes en tous genres\u00a0; l\u2019autre r\u00e9pond \u00e0 une n\u00e9cessit\u00e9 politique et\/ou m\u00e9taphysique (Chaplin, Keaton, Beckett\u2026). 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