


{"id":4060,"date":"2020-01-29T17:03:27","date_gmt":"2020-01-29T16:03:27","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/?p=4060"},"modified":"2020-01-29T17:03:27","modified_gmt":"2020-01-29T16:03:27","slug":"desirs-de-liberte","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/desirs-de-liberte\/","title":{"rendered":"D\u00e9sirs de libert\u00e9"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: center\"><em>Le Cin\u00e9ma de l&rsquo;inqui\u00e9tude morale, <\/em>de Micha\u0142 Borczuch. Cracovie, d\u00e9cembre 2019.<\/p>\n<p>&nbsp;<br \/>\n\u00c0 l\u2019occasion du 12<sup>\u00e8me<\/sup> festival Divine Com\u00e9die en d\u00e9cembre dernier, Micha\u0142 Borczuch a pr\u00e9sent\u00e9 sa derni\u00e8re cr\u00e9ation <em>Le Cin\u00e9ma de l\u2019inqui\u00e9tude morale <\/em>(<em>Kino Moralnego Niepokoju)<\/em> et a remport\u00e9 le Prix de la meilleure mise en sc\u00e8ne. Une distribution parfaite, une sc\u00e9nographie d\u2019une plasticit\u00e9 \u00e9tonnante et d\u00e9licieusement ludique, un texte saisissant. Que demander de plus\u00a0?<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-4067 aligncenter\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2020\/01\/Kino-0-600x400.jpg\" alt=\"\" width=\"600\" height=\"400\" \/><\/p>\n<blockquote><p>\u00ab\u00a0On appelle esprit libre celui qui pense autrement qu\u2019on ne s\u2019y attend de sa part en raison de son origine, de son milieu, de son \u00e9tat et de sa fonction, ou en raison des opinions r\u00e9gnantes de son temps. Il est l\u2019exception\u00a0; les esprits asservis sont la r\u00e8gle.\u00a0\u00bb<br \/>\nFriedrich Nietzsche, <em>Humain trop humain<\/em><\/p><\/blockquote>\n<p>Les personnages du <em>Cin\u00e9ma de l\u2019inqui\u00e9tude morale <\/em>de Micha\u0142 Borczuch donnent raison \u00e0 Nietzsche\u00a0: la libert\u00e9, c\u2019est bien beau, mais encore faut-il l\u2019assumer et savoir qu\u2019en faire. Et si beaucoup aimeraient se vanter d\u2019\u00eatre un esprit libre, peu le sont r\u00e9ellement. Car comment distinguer ce qui, dans nos d\u00e9sirs, ne nous appartient pas et est le fruit des diktats de la soci\u00e9t\u00e9\u00a0? Jusqu\u2019\u00e0 quel point peut-on construire sa r\u00e9alit\u00e9 sans qu\u2019elle ne devienne une fiction\u00a0? Et est-on s\u00fbr, finalement, de savoir distinguer l\u2019un de l\u2019autre\u00a0?<br \/>\n<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-4064 aligncenter\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2020\/01\/Kino-4-600x449.png\" alt=\"\" width=\"600\" height=\"449\" \/><br \/>\nSorti tout droit de l\u2019Acad\u00e9mie des Beaux-Arts et du Conservatoire d\u2019Art dramatique de Cracovie, le jeune artiste Micha\u0142 Borczuch s\u2019empare d\u2019une question <em>a priori <\/em>intime \u2013 que vais-je faire de ma libert\u00e9\u00a0? \u2013 et compose une fiction th\u00e9\u00e2trale \u00e0 la port\u00e9e universelle. Explorant avec un plaisir contagieux la plasticit\u00e9 du th\u00e9\u00e2tre et ses fronti\u00e8res avec la r\u00e9alit\u00e9, il construit une fable sans morale aucune dans laquelle on croise trois g\u00e9n\u00e9rations de personnages : des jeunes de vingt ans vivant en colocation et profitant des joies de Netflix, deux fr\u00e8res quinquag\u00e9naires bris\u00e9s face au succ\u00e8s de leur s\u0153ur, actrice reconnue et au milieu de tout cela, un quarantenaire qui veut tout quitter pour construire sa cabane dans la for\u00eat. Lui, c\u2019est Thoreau (Henry David de son pr\u00e9nom). Le c\u00e9l\u00e8bre philosophe et naturaliste am\u00e9ricain auteur de <em>Walden ou la vie dans les bois <\/em>se retrouve ici au beau milieu d\u2019un joyeux bordel th\u00e9\u00e2tral, une hache \u00e0 la main, au cas o\u00f9 on croiserait un arbre quelconque \u00e0 abattre (ou un n\u00e9on, faute de mieux). Ses d\u00e9sirs de libert\u00e9 et de nature constituent le fil directeur de la pi\u00e8ce, fil auquel viendront ensuite s\u2019emm\u00ealer \u2013 car le d\u00e9sir ne vient jamais seul \u2013 les films de Krzysztof Kie\u015blowski et les performances de J\u00f3zef Robakowski. Du premier, c\u2019est en particulier <em>Amateur <\/em>qui se retrouve sous les feux de la rampe, soit le r\u00e9cit d\u2019un homme qui d\u00e9cide de filmer la naissance de sa fille et qui, pris de passion par l\u2019outil cin\u00e9matographique, en vient \u00e0 pr\u00e9f\u00e9rer le cin\u00e9ma \u00e0 sa propre vie. Ou \u00e0 faire de sa vie un cin\u00e9ma. Comme on voudra. Et les personnages du <em>Cin\u00e9ma de l\u2019inqui\u00e9tude morale <\/em>de reconstituer, sous les yeux des spectateurs, des sc\u00e8nes du film, brouillant toujours davantage la fronti\u00e8re entre fiction et r\u00e9alit\u00e9. De m\u00eame, la r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 <em>Samochody Samochody (Voitures, voitures) <\/em>rappelle combien il est facile de transformer une sc\u00e8ne d\u2019ordinaire inaper\u00e7ue et banale \u2013 des voitures qui roulent \u2013 en une \u0153uvre d\u2019art par le seul pouvoir de la parole. Nommer la r\u00e9alit\u00e9, c\u2019est faire na\u00eetre la fiction.<br \/>\nhttps:\/\/vimeo.com\/194793261<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nLe texte in\u00e9dit de Tomasz \u015apiewak (qui signe \u00e9galement la dramaturgie du spectacle) navigue avec une virtuosit\u00e9 certaine entre ces mat\u00e9riaux litt\u00e9raires et artistiques, laissant chacun d\u2019eux contaminer l\u2019autre. Avec une langue d\u2019une pr\u00e9cision et d\u2019une po\u00e9sie remarquable, il d\u00e9monte avec humour les st\u00e9r\u00e9otypes des d\u00e9sirs d\u2019aujourd\u2019hui pour les inscrire dans une r\u00e9flexion plus large o\u00f9 r\u00e9alit\u00e9 et fiction peinent \u00e0 se distinguer.<br \/>\n<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-4065 aligncenter\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2020\/01\/Kino-5-600x400.jpg\" alt=\"\" width=\"600\" height=\"400\" \/><br \/>\nEt puisque la fronti\u00e8re entre les deux ne tient plus, autant en profiter et faire du plateau du <em>Cin\u00e9ma de l\u2019inqui\u00e9tude morale <\/em>un espace de libert\u00e9 comme seul le th\u00e9\u00e2tre peut en construire. On frissonnera ainsi de plaisir en se baignant sur un plan inclin\u00e9 sans aucune goutte d\u2019eau, on fera la liste de toutes ces choses que l\u2019on aime faire en tournant en rond autour d\u2019un carr\u00e9, on jouera au cochon pendu sur une barri\u00e8re jaune, en lisi\u00e8re de plateau et on prendra le temps de r\u00eaver en regardant le public. Et si la plupart des metteurs en sc\u00e8ne contemporain usent avec un syst\u00e9matisme parfois d\u00e9routant de la vid\u00e9o sur sc\u00e8ne, rares sont ceux qui l\u2019int\u00e8grent avec autant d\u2019intelligence que Micha\u0142 Borczuch. C\u2019est qu\u2019au-del\u00e0 de son emploi dramaturgique classique (hors champs, d\u00e9doublement de la sc\u00e8ne film\u00e9e en direct et reprojet\u00e9e en noir et blanc faisant de l\u2019image film\u00e9e un \u00e9l\u00e9ment factice et autres gros plans permettant d\u2019acc\u00e9der aux pens\u00e9es int\u00e9rieures de certains personnages), la vid\u00e9o est aussi trait\u00e9e comme un mat\u00e9riau plastique. Ainsi de ces projections de pixels color\u00e9s qui floutent les contours des corps des com\u00e9diens, comme si le grain de leur peau se retrouvait soudain \u00e0 la surface des choses et formait un quatri\u00e8me mur sensible.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nA l\u2019heure o\u00f9 la cr\u00e9ation artistique en Pologne est sans cesse mise en danger, les d\u00e9sirs de libert\u00e9 n\u2019en sont que plus pr\u00e9cieux. Et puisqu\u2019il faut choisir une arme pour les d\u00e9fendre, Micha\u0142 Borczuch semble avoir trouv\u00e9 la sienne\u00a0: le th\u00e9\u00e2tre. Et croyez-moi, elle est redoutable.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n<em>Le spectacle sera repris au Nowy Teatr du 14 au 16 mars 2020. Plus d&rsquo;information \u00e0 l&rsquo;adresse suivante : <\/em>https:\/\/nowyteatr.org\/en\/kalendarz\/kino-moralnego-niepokoju<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nCr\u00e9dits photos : Nowy Teatr<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le Cin\u00e9ma de l&rsquo;inqui\u00e9tude morale, de Micha\u0142 Borczuch. Cracovie, d\u00e9cembre 2019. &nbsp; \u00c0 l\u2019occasion du 12\u00e8me festival Divine Com\u00e9die en d\u00e9cembre dernier, Micha\u0142 Borczuch a pr\u00e9sent\u00e9 sa derni\u00e8re cr\u00e9ation Le Cin\u00e9ma de l\u2019inqui\u00e9tude morale (Kino Moralnego Niepokoju) et a remport\u00e9 le Prix de la meilleure mise en sc\u00e8ne. Une distribution parfaite, une sc\u00e9nographie d\u2019une plasticit\u00e9 \u00e9tonnante et d\u00e9licieusement ludique, un texte saisissant. 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