


{"id":4114,"date":"2020-07-15T17:18:34","date_gmt":"2020-07-15T15:18:34","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/?p=4114"},"modified":"2020-07-15T17:18:34","modified_gmt":"2020-07-15T15:18:34","slug":"autocritique","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/autocritique\/","title":{"rendered":"Autocritique"},"content":{"rendered":"<p>&nbsp;<br \/>\nMe regarder comme un spectacle. Tenter de discerner dans les actions qui sont les miens, le narcissisme qui m\u2019y pousse. Tenter de nommer l\u2019injustice ou plut\u00f4t l\u2019injustesse de ce que je fabrique par mes mots et mes actes. Me demander ce que je peux bien faire avec une culpabilit\u00e9 qui veut m\u2019assaillir alors que je sais que j\u2019ai agi par passion, par n\u00e9cessit\u00e9 du corps. Ainsi, nous ne serions pas coupables. C\u2019est qu\u2019un jugement nous d\u00e9livrerait de la contradiction entre nos actes et nos d\u00e9sirs de paix, de douceur, de joie, d\u2019amiti\u00e9 et de bonheur. Mais il s\u2019agirait de regarder en face cette contradiction, et donc, non pas l\u2019injustice que je commet, mais l\u2019injustesse dans laquelle je ne cesse de me trouver. \u00ab\u00a0Cela manque de justesse.\u00a0\u00bb Cela veut dire que cela manque de nuances. J\u2019agis si souvent par aplats, comme des mauvais com\u00e9diens qui jouent un monologue avec de la col\u00e8re et on ne voit plus que de la col\u00e8re fabriqu\u00e9e et coll\u00e9e sur un texte qu\u2019on n\u2019entend plus. C\u2019est ainsi que l\u2019injustesse se trouve en premier lieu en moi-m\u00eame. Autant que la violence qui puisse en surgir peut blesser l\u2019autre, la premi\u00e8re importance serait de voir \u00e0 quel point, en faisant des aplats, je n\u2019entend plus mon texte \u00e0 moi. Je n\u2019entend plus ce qui se joue en moi, ce qui se dit en moi, ce qui parle en moi, mais je produis des monochromes adress\u00e9s \u00e0 l\u2019autre. Je le cogne ou je le flatte avec un aplat rouge, un aplat vert, un aplat bleu. Tu es devant un monochrome de Klein et tout \u00e0 coup, tu le prends et tu l\u2019exploses sur la t\u00eate de ton voisin. Peut-\u00eatre se cr\u00e9e une t\u00e2che rouge, mais cette t\u00e2che rouge reste une t\u00e2che et ne devient jamais trait et elle n\u2019est jamais ce qui se dessinait en moi-m\u00eame. Cet \u00e9cart est douloureux. Notre erreur serait de s\u2019en sentir coupable. Je n\u2019ai pas agi avec pr\u00e9m\u00e9ditations. D\u2019ailleurs, je n\u2019agis jamais avec pr\u00e9m\u00e9ditation, personne n\u2019agit avec pr\u00e9m\u00e9ditation, comme nous ne pensons pas avec pr\u00e9m\u00e9ditation non plus, comme nous n\u2019\u00e9crivons pas avec pr\u00e9m\u00e9ditation. En le reconnaissant en moi, je peux le reconna\u00eetre dans l\u2019autre. Et je pourrai peut-\u00eatre un jour me dire face \u00e0 un th\u00e9\u00e2tre aussi merdique qu\u2019il puisse l\u2019\u00eatre\u00a0: ils ont fait ce qu\u2019ils ont pu.<br \/>\nAinsi, j\u2019agis et ne peut agir autrement. Par contre, je reconnais des situations que j\u2019ai d\u00e9j\u00e0 exp\u00e9riment\u00e9 et que je peux donc \u00e9viter. Je peux me dire qu\u2019il n\u2019est pas bon de me mettre dans une situation, alors que j\u2019ai envie d\u2019\u00eatre ailleurs. Ce n\u2019est pas bon quand je me mets dans une situation parce que l\u2019autre me le demande, directement ou indirectement. Ce n\u2019est pas bon de me mettre dans une situation quand je sais que je le fais parce qu\u2019un \u00ab\u00a0il faut\u00a0\u00bb est l\u00e0 et m\u2019assaille. La situation n\u2019est pas bonne quand je sens que quelque chose en moi me dit \u00ab\u00a0je ne veux pas\u00a0\u00bb alors que je ne peux pas autrement.<br \/>\nTout cela a exist\u00e9 dans huit ans de pr\u00e9sence \u00e0 l\u2019insens\u00e9. J\u2019y \u00e9tais par devoir, par opportunit\u00e9, par culpabilit\u00e9, par ob\u00e9issance, par grandiloquence, par arrogance, par romantisme, par pr\u00e9tention\u2026 et lorsque j\u2019\u00e9crivais, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 haineux, stupide et b\u00eate, avec ressentiment, col\u00e9rique parce que j\u2019\u00e9tais convaincu, violent parce que je croyais d\u00e9tenir la v\u00e9rit\u00e9. Je me sentais juste pour une cause juste. J\u2019\u00e9crivais des torchons, des insultes. Je n\u2019en \u00e9tais pas fier apr\u00e8s, parfois je me sentais coupable et je regrettais. Souvent j\u2019\u00e9touffais l\u2019effet de ma violence sur moi-m\u00eame, je la rationalisais, je me r\u00e9confortais ou je l\u2019oubliais simplement.<br \/>\nDepuis deux ans, je tente petit \u00e0 petit autre chose. Ne plus se laisser aller dans l\u2019\u00e9criture \u00e0 la violence de mon affect, mais partir du fait qu\u2019\u00ab\u00a0ils ont fait ce qu\u2019ils ont pu\u00a0\u00bb pour non pas nier la violence qu\u2019une forme artistique peut produire en moi, mais de partir de la violence et la mettre en rapport. Je crois que nous pouvons tout accepter lorsque nous acc\u00e9dons aux nuances des causes qui ont produit un acte. C\u2019est long et fastidieux. C\u2019est un long travail sur soi-m\u00eame d\u2019abord. Mais c\u2019est le seul chemin pour sortir de l\u2019injustesse qui ne peut qu\u2019\u00eatre douloureux et d\u2019abord pour nous-m\u00eame.<br \/>\nSortir de l\u2019injustesse qui a pu faire que j\u2019ai \u00e9t\u00e9 \u00e0 Avignon avec l\u2019Insens\u00e9 pour voir gratuitement des spectacles, pour mettre un pied dans le haut milieu culturel, parce que je me sentais redevable, parce que cela flattait mon orgueil, me faisait croire que j\u2019avais une importance et une intelligence. Sortir de ce qui manque de justesse pour moi-m\u00eame en la nommant, voil\u00e0 peut-\u00eatre un chemin critique possible. La difficult\u00e9 r\u00e9side alors de faire les hypoth\u00e8ses de nuances quand notre regard se pose sur les actes de quelqu\u2019un d\u2019autre. Qu\u2019est-ce qui fait qu\u2019ils n\u2019ont pas pu faire autre chose que cela. Dire cela en amiti\u00e9, peut-\u00eatre, sans doute, est-ce plus f\u00e9cond que leur foutre une tarte.<br \/>\nIl faudrait donc commencer par moi-m\u00eame et donner des hypoth\u00e8ses d\u2019une justesse. Pourquoi suis-je encore ici et \u00e9cris, d\u00e8s lors que j\u2019ai reconnu plusieurs fausses raisons possibles du pass\u00e9\u00a0? Qu\u2019est-ce qui persiste\u00a0?<br \/>\nNous avons souvent nomm\u00e9 notre amiti\u00e9, notre joie de se retrouver \u00e0 Avignon. Et oui, elle est r\u00e9elle. Mais en m\u00eame temps, elle est fabriqu\u00e9e. Pourquoi nous ne nous voyons si peu en dehors du Festival\u00a0? C\u2019est que les r\u00f4les que nous y tenons nous fatiguent \u00e0 la longue. J\u2019y suis le jeune insolent, qui \u00e9cris avec fougue et sans piti\u00e9. Cela fait rire, et cela me fait rire surtout parce que cela fait rire les autres. Ainsi, j\u2019ai cultiv\u00e9 ma violence parce que cela amusait les camarades. Je gagnais en retour la reconnaissance d\u2019intellectuels, d\u2019universitaires. Mais cette reconnaissance n\u2019\u00e9tait pas r\u00e9ellement intellectuelle. C\u2019\u00e9tait un \u00e9tonnement comme on peut avoir devant un ado qui fait n\u2019importe quoi et dont on se dit\u00a0: \u00ab\u00a0Il entre dans la vie sans peur.\u00a0\u00bb Ce r\u00f4le que je prenais ne faisait qu\u2019autrement masquer ma peur. Mais \u00e0 partir de ces \u00e9loges \u00e9tranges, je me convainquais moi-m\u00eame de l\u2019intelligence et de la qualit\u00e9 de mes textes. Plut\u00f4t que d\u2019entrer au c\u0153ur du doute d\u00e8s lors qu\u2019on s\u2019adresse au monde, j\u2019ai emprunt\u00e9 un r\u00f4le qui perp\u00e9tuait la b\u00eatise, qui me permettait d\u2019avoir une place dans le collectif et qui me donnait les retours narcissiques dont j\u2019avais besoin. Jeu de r\u00f4les qui poussait \u00e0 une certaine hyst\u00e9rie. Jeu de r\u00f4les qui emp\u00eache une rencontre v\u00e9ritable, intime, qu\u2019on nommerait plus volontiers amiti\u00e9.<br \/>\nNous parlons d\u2019amiti\u00e9, nous nous fabriquons un image de nous comme si on \u00e9tait la derni\u00e8re brigade avant-gardiste r\u00e9volutionnaire, mais nous ne nous connaissons pas. J\u2019ignore vos d\u00e9sirs, vos r\u00eaves, vos peurs. J\u2019ignore les raisons profondes pour lesquelles vous \u00eates l\u00e0. J\u2019ignore peut-\u00eatre ou j\u2019ai oubli\u00e9 dans ce cirque de me poser la question de la raison pour quoi j\u2019y suis encore. Que persiste-t-il\u00a0?<br \/>\nPour moi, l\u2019Insens\u00e9 est le seul espace o\u00f9 j\u2019\u00e9cris encore. M\u00eame si j\u2019\u00e9cris des dossiers et un journal intime parfois, je dis que c\u2019est le seul espace o\u00f9 j\u2019\u00e9cris, o\u00f9 je fais r\u00e9ellement l\u2019exp\u00e9rience de l\u2019\u00e9criture, c\u2019est-\u00e0-dire o\u00f9 l\u2019\u00e9criture, le fait de mettre un mot derri\u00e8re l\u2019autre, construit une pens\u00e9e qui n\u2019aurait pas pu se formuler autrement que par et dans l\u2019\u00e9crit et o\u00f9 cette pens\u00e9e est en lien avec une ext\u00e9riorit\u00e9, un spectacle.<br \/>\nPourquoi si c\u2019est si pr\u00e9cieux pour moi comme je dis, n\u2019\u00e9cris-je pas plus souvent, durant l\u2019ann\u00e9e\u00a0? Parce que quelque chose doit m\u2019y contraindre, un certain cadre doit m\u2019obliger \u00e0 ne faire que cela et me lib\u00e9rer du m\u00eame coup de tous les autres choses \u00e0 faire. Je m\u2019effraie \u00e0 l\u2019id\u00e9e que cela a peu \u00e0 faire avec le th\u00e9\u00e2tre, peu \u00e0 faire avec la critique. Ce n\u2019est que la joie intime \u00e0 affronter la page blanche \u00e0 partir d\u2019un objet et y dessiner des lignes, y construire un chemin. C\u2019est pour cet espace-temps que j\u2019y suis encore et que j\u2019\u00e9cris ces lignes et qu\u2019Avignon pourrait \u00eatre partout\u2026<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; Me regarder comme un spectacle. Tenter de discerner dans les actions qui sont les miens, le narcissisme qui m\u2019y pousse. Tenter de nommer l\u2019injustice ou plut\u00f4t l\u2019injustesse de ce que je fabrique par mes mots et mes actes. Me demander ce que je peux bien faire avec une culpabilit\u00e9 qui veut m\u2019assaillir alors que je sais que j\u2019ai agi par passion, par n\u00e9cessit\u00e9 du corps. Ainsi, nous ne serions pas coupables. C\u2019est qu\u2019un jugement nous d\u00e9livrerait de la contradiction<\/p>\n","protected":false},"author":5,"featured_media":4115,"menu_order":0,"template":"","categorie_article":[27],"class_list":["post-4114","article","type-article","status-publish","has-post-thumbnail","hentry","categorie_article-critique"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/article\/4114","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/article"}],"about":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/types\/article"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/users\/5"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/media\/4115"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=4114"}],"wp:term":[{"taxonomy":"categorie_article","embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/categorie_article?post=4114"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}