


{"id":4148,"date":"2020-08-09T11:41:38","date_gmt":"2020-08-09T09:41:38","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/?p=4148"},"modified":"2022-09-19T18:43:15","modified_gmt":"2022-09-19T16:43:15","slug":"je-taime-plus-loin-que-toi-un-theatre-en-voie-dapparition-au-ras-des-paquerettes","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/je-taime-plus-loin-que-toi-un-theatre-en-voie-dapparition-au-ras-des-paquerettes\/","title":{"rendered":"\u201cJe t&rsquo;aime plus loin que toi\u201c : un th\u00e9\u00e2tre en voie d&rsquo;apparition, au ras des p\u00e2querettes"},"content":{"rendered":"<p><strong>Repr\u00e9sentations exceptionnelles de \u00ab\u00a0Je t&rsquo;aime plus loin que toi\u00a0\u00bb \u00e0 Caen,&nbsp; 9 Ao\u00fbt et Li\u00e8ge, 16 Ao\u00fbt 2020 par la Compagnie Art Vif avec Valentine Gerard, Fabrice Adde sous le regard de Carmen Adde-Gerard et une spectatrice \u00e0 la fen\u00eatre Andr\u00e9e Deshaie. Textes&nbsp;: <em>P<\/em><\/strong><strong><em>assionn\u00e9ment<\/em> de Gh\u00e9rasim Lucas ; <em>Les mains n\u00e9gatives,<\/em>&nbsp;Marguerite Duras ; <em>Cadavres si on veut<\/em>, Didier-Georges Gabily ; <em>Th\u00e9\u00e2tre dernier refuge de l\u2019impr\u00e9visible po\u00e9tique,<\/em>&nbsp;Serge Rezvani. <\/strong><br \/>\n<em><\/em><\/p>\n<h5 style=\"text-align: center;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-4154 aligncenter\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2020\/09\/0-3-600x450.jpg\" alt=\"\" width=\"600\" height=\"450\">Fabrice Adde dans \u00ab\u00a0Je t&rsquo;aime plus loin que toi\u00a0\u00bb, Li\u00e8ge, 2020 @Cedric Hubinon<\/h5>\n<p><strong>D&rsquo;o\u00f9 sortent les moineaux <\/strong><br \/>\nSi Fabrice Adde, 40 ans, com\u00e9dien, originaire du Cotentin, rase campagne du c\u00f4t\u00e9 de Coutances France et Valentine Gerard, 35 ans, originaire de Li\u00e8ge en Wallonie (Belgique) et leur fille Carmen trois ans ont intitul\u00e9 leur entreprise compagnie Art Vif c&rsquo;est dans le choix que faire du th\u00e9\u00e2tre soit leur mode d&rsquo;existence. Corr\u00e9lativement et cons\u00e9quemment de quoi, du th\u00e9\u00e2tre ils tiennent leur subsistance. D\u00e9sir ou besoin&nbsp;?&nbsp; Ils m\u00e9langent et \u00ab\u00a0confusent\u00a0\u00bb le th\u00e9\u00e2tre comme leur vie propre, au point qu&rsquo;ils ont fait un enfant&nbsp;: Carmen, qui joue \u00e0 la perfection \u00e0 \u00eatre leur adorable petite fille. La chair des mots ou les mots de chair n&rsquo;ont pas de secret pour elle ni pour eux et la douce enfant observe, cr\u00e9e et con\u00e7oit ses g\u00e9niteurs avec le souci d&rsquo;avoir le\/la meilleur papa\/maman possible. Elle sera, sans avoir l&rsquo;air d&rsquo;y toucher, c&rsquo;est-\u00e0-dire, mine de rien, ma\u00eetresse d&rsquo;oeuvre du dernier opus familial.<br \/>\nEchange de bons proc\u00e9d\u00e9s&nbsp;: Carmen joue le jeu d&rsquo;\u00eatre la petite fille adorable, attentive aux instructions re\u00e7ues de ses p\u00e8re et m\u00e8re et en retour, les dits p\u00e8re et m\u00e8re jouent en l\u00e9ger d\u00e9passement d&rsquo;eux-m\u00eames, avec Verfremdung effekt, une pi\u00e8ce judicieusement intitul\u00e9e \u00ab\u00a0Je t&rsquo;aime plus loin que toi\u00a0\u00bb. En somme, Carmen souscrit \u00e0 l&rsquo;oeuvre, sous r\u00e9serve que p\u00e8re et m\u00e8re n&rsquo;oublient pas que l&rsquo;enfant c&rsquo;est elle et qu&rsquo;elle est l\u00e0, sous leur nez, la plus proche possible, leur ind\u00e9passable plus proche ; et que de \u00e7a, ils doivent bien s&rsquo;en p\u00e9n\u00e9trer ! Bien s\u00fbr&#8230; elle ira loin ! Et probablement tr\u00e8s loin, plus loin qu&rsquo;eux et l&rsquo;amour qu&rsquo;ils se portent, n\u00e9anmoins<a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[1]<\/a> elle entend rester la plus proche quoiqu&rsquo;il soit possible!<br \/>\nDonc comme l&rsquo;a \u00e9crit un grand critique de l&rsquo;art dramatique&nbsp;: elle est pr\u00e9sente ! Elle est la pr\u00e9sence\u2026 Le critique&nbsp;: monsieur Yannick Butel explique dans un petit livre rouge que pour donner de la voix \u00e0 la chose \u00e9crite il faut \u00ab\u00a0la&nbsp; pr\u00e9sence\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn2\" name=\"_ftnref2\">[2]<\/a>. Alors de la pr\u00e9sence tout le long du mois de r\u00e9p\u00e9tition de \u00ab\u00a0je t&rsquo;aime plus loin que toi\u00a0\u00bb Carmen ne manqu\u00e2t pas d&rsquo;en avoir&nbsp;; on peut m\u00eame dire que contexte sanitaire oblige, elle n&rsquo;offrit que \u00e7a \u00e0 papa-maman et, miracle, \u00e7a fut du th\u00e9\u00e2tre d&rsquo;\u00e0 venir.<br \/>\nUn th\u00e9\u00e2tre aussi rare que pr\u00e9cieux que Kierkegaard estimait \u00ab\u00a0la passion de la possibilit\u00e9\u00a0\u00bb ou une histoire \u00ab\u00a0d&rsquo;ombre de vies\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn3\" name=\"_ftnref3\">[3]<\/a> qui conduit certains individus \u00e0 explorer leur imaginaire. Jeu de cache-cache dont le com\u00e9dien n&rsquo;\u00e9puise jamais les ressources.<br \/>\nLe Fabrice, par exemple, se r\u00e9pand dans les bars malfam\u00e9s li\u00e9geois avec un copain pour y d\u00e9biter de boisson une \u00ab\u00a0solitude des champs de coton\u00a0\u00bb improbable<a href=\"#_ftn4\" name=\"_ftnref4\">[4]<\/a> puisque le Fabrice hurle et g\u00e9mit n&rsquo;avoir jamais pu r\u00e9p\u00e9ter avec Gregory, son pote,&nbsp; et quand par inadvertance, ils ont quand m\u00eame r\u00e9p\u00e9ter&nbsp;: r\u00e9p\u00e9ter&nbsp;? Ben&#8230; Fabrice clame et proteste que Greg ne l&rsquo;\u00e9coutait pas, sourd qu&rsquo;il \u00e9tait \u00e0 toute observation, impavide et indiff\u00e9rent \u00e0 toute indication alors que le Fabrice se torturait les m\u00e9ninges pour partager du sens avec son poto&nbsp;! Putain de moine ! comme dirait Beckett, pas moyen de \u00ab\u00a0s&rsquo;entendre\u00a0\u00bb, impossible, \u00ab\u00a0alors tu comprends, Jean-Pierre (c&rsquo;est moi) si tu venais nous mettre en sc\u00e8ne, on pourrait y arriver\u00a0\u00bb. \u00ab\u00a0Mais bordel&nbsp;! &#8211; lui r\u00e9torqu\u00e9-je,<em> rigolard<\/em>&#8230;- que vous n&rsquo;arriviez pas \u00e0 vous entendre c&rsquo;est fut\u00e9, g\u00e9nial&#8230;&nbsp; vous n&rsquo;arr\u00eatez pas de vous courir l&rsquo;un apr\u00e8s l&rsquo;autre, votre m\u00e9sentente est parfaite, aussi nette et sans bavure que votre d\u00e9sir de \u00ab\u00a0la solitude\u00a0\u00bb\u2026 Vous ne pouvez rien esp\u00e9rer de mieux comme champ de coton, excusez-moi&#8230; alors&#8230; allez vous faire foutre et puis-je vous rappeller que&nbsp; le dialogue th\u00e9\u00e2tral c&rsquo;est bidon&#8230; nous sommes d&rsquo;accord la-dessus non&nbsp;? Ratez vous du mieux possible insiste l&rsquo;ami Beckett, donc trompez-vous gaiement&nbsp;; va pour l&rsquo;entourloupe, une vari\u00e9t\u00e9 de coton en pleine bourre&#8230; Laissez-vous faire et d\u00e9faire par la solitude du champ de coton et Kolt\u00e8s y trouvera son compte, enfin, peut-\u00eatre&#8230; Que des acteurs en mal adresse et le chant du champ de coton puisse co\u00efncider&nbsp; et que vous \u201cr\u00e9p\u00e9tiez\u201c dans les bistrots sans jamais parvenir \u00e0 aboutir \u00e0&nbsp; autre chose que r\u00e9p\u00e9ter\u2026 bah&#8230; vous \u00eates dans le vif du sujet\u00a0\u00bb.<br \/>\nUn temps.<br \/>\n\u00ab\u00a0Fais chier\u00a0\u00bb conclut le Fabrice qui, quand m\u00eame, a connu heure de gloire, y&rsquo;a peu, 2018, en chasseur d&rsquo;ours dans \u00ab\u00a0the Revenant\u00a0\u00bb avec Di Caprio et mieux, fut le jeune toxico partenaire de Bouli Lanners dans un \u00ab\u00a0Eldorado\u00a0\u00bb, road movie ph\u00e9nom\u00e9nal qui prend la Belgique pour un far west \u00e0 conqu\u00e9rir, un \u00ab\u00a0Aguirre la col\u00e8re de dieu\u00a0\u00bb version wallonne. Le film fut remarqu\u00e9 et prim\u00e9 \u00e0 Cannes en 2008.<br \/>\nQuant \u00e0 la Valentine, 35 ans com\u00e9dienne, beaut\u00e9 incandescente&nbsp;; \u00e9g\u00e9rie fut- elle dans les ann\u00e9es 2010 du c\u00e9l\u00e8bre Groupov collectif belge, brechtien, d&rsquo;avant garde, anticolonialiste, anti-tout-conformiste&nbsp; qu&rsquo;animait Jacques Delcuvellerie ; elle en fut l&rsquo;assistante, s&rsquo;\u00e9vertuant \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir et promouvoir un th\u00e9\u00e2tre qui voulait penser le th\u00e9\u00e2tre et le monde et la politique, le terrorisme et l&rsquo;\u00e9rotisme, le sens\u00e9 et l&rsquo;insens\u00e9&nbsp;; th\u00e9\u00e2tre-limite exp\u00e9rience extr\u00eame. Valentine aimait alors et aime toujours repousser ses limites et c&rsquo;est pourquoi elle est, ici et maintenant, enceinte de 4 mois et trouve en l&rsquo;occurrence l&rsquo;app\u00e9tit de penser et repenser le cadre de cette activit\u00e9 singuli\u00e8re qu&rsquo;est le th\u00e9\u00e2tre. En corps accord. Cultiver la plasticit\u00e9. D\u00e9border la langue. Avec leur \u00ab\u00a0je t&rsquo;aime plus loin que toi\u00a0\u00bb, emprunt\u00e9 \u00e0 Marguerite Duras, Valentine r\u00e9p\u00e8te l&rsquo;entreprise que ce fut de mettre Carmen au monde, y&rsquo;a 3 ans. Comment l&rsquo;avoir voulu et que \u00e7a recommence sans r\u00e9p\u00e9ter la m\u00eame chanson, puisque d&rsquo;un enfant l&rsquo;autre ce ne sont que des uniques qui arrivent, cr\u00e9ativit\u00e9 de l&rsquo;impensable maternel<a href=\"#_ftn5\" name=\"_ftnref5\">[5]<\/a>, ce que la petite Carmen sait mieux que quiconque, et mieux que personne, que cela se cr\u00e9e, que cela s&rsquo;appelle le persona, et que justement elle est en plein dedans, d&rsquo;\u00eatre une personne. Presque rien. Un p&rsquo;tit bout de chou qui via ses foutus com\u00e9diens&nbsp; de p\u00e8re et m\u00e8re, bouscule la hi\u00e9rarchie et l&rsquo;ordre \u00e9tabli et propose par sans dessus dessous que le dessous passe au dessus. Pourquoi les enfants, si petits et nouveau-n\u00e9s soient-ils, n&rsquo;auraient pas un domaine de comp\u00e9tences qui leur soit propre&nbsp;? Si les \u00e9duquer et les instruire&nbsp; para\u00eet indispensable, comme de leur prodiguer du soin aussi juste que possible, de quoi peuvent-ils nous instruire en retour? \u00c0 l&rsquo;innocente les mains pleines&nbsp;: renversante configuration qui, \u00e0 partir d&rsquo;un petit plus grand que soit, fait de l&rsquo;insignifiant (cf. Beckett) la possible \u00e9mergence du sens de l&rsquo;histoire qu&rsquo;on se raconte. Alors \u00ab\u00a0je t&rsquo;aime plus loin que toi\u00a0\u00bb nous offre un troublant jeu de signes sur l&rsquo;origine (art th\u00e9\u00e2tral brut&nbsp;et brutal) avec une \u00e9trange capacit\u00e9 \u00e0 nous \u00e9mouvoir par&nbsp; signes familiers, \u00e0 la fois proches et lointains. Raisonnablement insens\u00e9s. Accordant r\u00e9sonance \u00e0 l&rsquo;insens\u00e9-sc\u00e8nes.<a href=\"#_ftn6\" name=\"_ftnref6\">[6]<\/a><br \/>\nInsens\u00e9ment \u00ab\u00a0Je t&rsquo;aime plus loin que toi\u00a0\u00bb fut pr\u00e9sent\u00e9 \u00e0 Caen, centre-ville, le dimanche 9 Ao\u00fbt 2020, vers 16h, dans la cour int\u00e9rieure d&rsquo;un p\u00e2t\u00e9 de maisons. Devant un public improbable se joua le coup de d\u00e9 d&rsquo;une repr\u00e9sentation.<br \/>\n<strong>D&rsquo;o\u00f9 ce fait-il&nbsp;?<\/strong><br \/>\n<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-4183 aligncenter\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/Caen_ancienne-comedie_17-rue-Melingue-.jpg\" alt=\"\" width=\"239\" height=\"299\"><\/p>\n<h6 style=\"text-align: center;\">Rue M\u00e9lingue, histoire du th\u00e9\u00e2tre qui passe<\/h6>\n<p>Le 17 de la rue Melingue \u00e0 Caen correspond \u00e0 une petite rue d&rsquo;une centaine de m\u00e8tres, qui joint la place de l&rsquo;ancienne com\u00e9die \u00e0 l&rsquo;arri\u00e8re du th\u00e9\u00e2tre de Caen qui faillit, reconstruit dans l&rsquo;apr\u00e8s guerre, devenir Maison de la Culture. Au 17 , il y a 150 ans se tenait un th\u00e9\u00e2tre appel\u00e9 Com\u00e9die de Caen dont il ne reste rien si ce n&rsquo;est une cour int\u00e9rieure au sol pav\u00e9, entour\u00e9e de haut b\u00e2timents qui l&rsquo;ombragent et l&rsquo;isolent de la rue et une placette-parking&nbsp; appel\u00e9e place de l&rsquo;ancienne com\u00e9die.&nbsp; Donc r\u00f4dent dans les parages quelques ombres, spectres et fant\u00f4mes dont l&rsquo;illustre Melingue. Com\u00e9dien.<br \/>\nMelingue fut un personnage c\u00e9l\u00e8bre, saltimbanque et coqueluche du tout Paris dans les ann\u00e9es 1850. \u00c0 Caen, il ne prit la peine que d&rsquo;y na\u00eetre et, apr\u00e8s des \u00e9tudes d&rsquo;art plastique, de d\u00e9cevoir un p\u00e8re qui lui interdisait de faire l&rsquo;hystrion. Melingue fut une \u00e9toile du th\u00e9\u00e2tre romantique&nbsp;: il se distinguait de ses contemporains par la sobre simplicit\u00e9 de son jeu,&nbsp; attentif \u00e0 para\u00eetre le plus naturel possible. Il sera aussi un misanthrope bienveillant et g\u00e9n\u00e9reux avec les \u00ab\u00a0n\u00e9cessiteux\u00a0\u00bb au premier rang desquels ses camarades artistes.&nbsp; Ainsi, il sera \u00e0 l&rsquo;origine d&rsquo;une fondation qui porte son nom . Fondation Melingue encore active \u00e0 Paris du c\u00f4t\u00e9 de Belleville qu&rsquo;il habitait alors. Melingue fut l&rsquo;acteur f\u00e9tiche d&rsquo;Alexandre Dumas.<br \/>\n<strong>Un heureux pr\u00e9c\u00e9dent<\/strong><br \/>\nDans les ann\u00e9es 1963 \u00e0 68,&nbsp; l&rsquo;actuel&nbsp; Th\u00e9\u00e2tre de Caen dont on rappelle qu&rsquo;il se situe \u00e0 deux pas de la rue Melingue, servit de cadre \u00e0 une pr\u00e9figuration de Maison de la Culture dans laquelle Jo Tr\u00e9hard, son directeur re\u00e7ut&nbsp; les \u00ab\u00a0British rubbish\u00a0\u00bb. Comme l&rsquo;histoire de l&rsquo;art ne devrait pas en retenir la m\u00e9moire, il para\u00eet bon dans la pr\u00e9sente p\u00e9riode d&rsquo;en faire r\u00e9miniscence. C&rsquo;\u00e9tait une compagnie britannique compos\u00e9e de com\u00e9diens douteux c&rsquo;est \u00e0 dire pratiquant et jouant la com\u00e9die par dessus la jambe ! \u00ab\u00a0Rubbish\u00a0\u00bb : ils se revendiquaient comme \u00e9pluchures bon \u00e0 jeter. Th\u00e9\u00e2tre poubelle en quelque sorte.&nbsp; Ils jouaient \u00ab\u00a0Les trois mousquetaires\u00a0\u00bb de Dumas. Jouer c&rsquo;est beaucoup dire, car les repr\u00e9sentations tombaient \u00e0 l&rsquo;heure du coucher des enfants et du souper du soir, par cons\u00e9quences, \u00e0 cette heure l\u00e0, chacun vaquait \u00e0 ses obligations familiales, et veillait avant tout, \u00e0 satisfaire ses besoins vitaux de quelque n\u00e9cessit\u00e9 qu&rsquo;ils fussent, accessoirement, ils \u00e9changeaient les r\u00e9pliques n\u00e9cessaires \u00e0 ce que l&rsquo;action dramatique suivit son cours. Les british campaient sur le plateau et s&rsquo;\u00e9pargnaient les frais d&rsquo;h\u00f4tel\u2026 La pr\u00e9valence de leur vie familiale et communautaire sur toute autre consid\u00e9ration faisait tout leur charme. Ils \u00e9taient la version pauvre et d\u00e9su\u00e8te du grandissime Living Theater ! Excusez du peu. Leur th\u00e9\u00e2tre n&rsquo;\u00e9tait donc qu&rsquo;un th\u00e9\u00e2tre d&rsquo;humour rose. \u00c0 prendre avec des pincettes. Un th\u00e9\u00e2tre-limite-non th\u00e9\u00e2tre. Constante d&rsquo;une certaine d\u00e9sinvolture toute anglo-saxonne et irlandaise cultiv\u00e9e de Shakespeare \u00e0 Beckett. Il y a un humour propre \u00e0 la langue anglaise, humour inimitable. It is not&nbsp;:&nbsp; Isn&rsquo;t ? Se pourrait-il qu&rsquo;il en tra\u00een\u00e2t quelque chose dans le Cotentin, voire en Belgique \u2026 En tout cas, de cette d\u00e9sinvolture les Adde ne s&rsquo;en d\u00e9partissent pas! On adore isn&rsquo;t&nbsp;!<br \/>\n<strong>Et d&rsquo;ailleurs<\/strong><br \/>\nPour aller loin et d\u00e9passer les \u00e9gos, il faut savoir trouver son ailleurs. Eprouver et d\u00e9passer les limites&#8230; du territoire qui nous est donn\u00e9, langue comprise.&nbsp; Cultiver la tentation d&rsquo;aller voir ailleurs si on y est&nbsp;! Comme le chantait si bien&nbsp; Jeanne Moreau \u00e9voquant son m\u00e9tier&nbsp;:<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>\u00ab&nbsp;Je monte sur les planches<br \/>\nEt vous venez me voir<br \/>\nApporter un ailleurs<br \/>\nUn ailleurs<br \/>\nApporter un ailleurs<br \/>\nO\u00f9 vous voulez me suivre<br \/>\nMais c&rsquo;est moi qui vous suis<br \/>\nQui vous suis\u201c<a href=\"#_ftn7\" name=\"_ftnref7\">[7]<\/a><\/strong><\/p>\n<p>En jouant dans la cour du 17 de la rue Melingue, la compagnie Art Vif inventa un court instant son \u00ab\u00a0ailleurs\u00a0\u00bb&#8230; Un \u00ab\u00a0ailleurs\u00a0\u00bb dont Genet aimait explorer le sens&nbsp;: \u00ab\u00a0Ailleurs est n&rsquo;importe o\u00f9 ailleurs. Il est dans les mots. Il est aussi dans le mot ailleurs, mais est-il, \u00e9galement ou non, ailleurs ? tailleur, batailleur, cisailleur&#8230; Doit-on parcourir, vite ou lentement, notre seule individualit\u00e9, en la mesurant, comme ferait un&nbsp; arpenteur,&nbsp; en l&rsquo;\u00e9valuant selon&nbsp; ce&nbsp; que chacun peut apercevoir chez les autres, c&rsquo;est-\u00e0-dire que notre connaissance de nous-m\u00eame se bornerait \u00e0 des \u00ab rapports \u00bb, et que nous ne pouvons nous conna\u00eetre que par l&rsquo;\u00e9valuation de ces \u00ab\u00a0rapports\u00a0\u00bb, ou l&rsquo;appr\u00e9cier seulement dans nos principales ressources, ou bien doit-on chercher ailleurs ? Ailleurs, le mot servirait \u00e0 d\u00e9signer non une vague et impr\u00e9cise direction, mais quelque chose\u00a0\u00bb<strong><a href=\"#_ftn8\" name=\"_ftnref8\">[8]<\/a><\/strong><br \/>\nL&rsquo;ailleurs serait-elle la substance m\u00eame du th\u00e9\u00e2tre aussi surement que le sang coule dans nos veines ?<br \/>\nEspace d&rsquo;errance, il nous offre l&rsquo;opportunit\u00e9 de nous perdre. Les enfants savent cela&nbsp;qui habitent avec incertitude leur vie, en savent le paysage fluctuant, s&rsquo;entretiennent d&rsquo;un doute permanent de ce qu&rsquo;ils sont, comme de ce qu&rsquo;ils vont devenir. \u00c0 se demander si &#8211; tout compte fait &#8211; il n&rsquo;\u00e9tait de th\u00e9\u00e2tre que d&rsquo;enfant, d&rsquo;enfant perdu. De cette enfance impossible que l&rsquo;adulte estime irrecevable. Un&nbsp; th\u00e9\u00e2tre d&rsquo;enfance&nbsp;? Les adultes ne sauraient le tol\u00e9rer, en aucun cas&nbsp;! Th\u00e9\u00e2tre de la perdition, c&rsquo;est-\u00e0-dire, insens\u00e9\u2026 au demeurant, l&rsquo;ailleurs se cultive avec le \u00ab\u00a0jadis\u00a0\u00bb cher \u00e0 Quignard<a href=\"#_ftn9\" name=\"_ftnref9\">[9]<\/a>&nbsp;: ailleurs et jadis s&#8217;emm\u00ealent les pinceaux. Il s&rsquo;agirait que le lieu comme le temps se d\u00e9robassent sans cesse. Avec eux c&rsquo;est le sens qui prend la poudre d&rsquo;escampette, et se laisse entrevoir que du r\u00e9el et de sa repr\u00e9sentation dans la langue, nous fussions inexorablement prisonnier. Comment en r\u00e9chapper puisque sens\u00e9s nous sommes fort heureusement ? Sachons ruser avec la raison et que la raison du plus grand ne soit pas toujours la meilleure.<br \/>\n<strong>Dame<\/strong><br \/>\nDans la cour, les habitants de l&rsquo;immeuble furent invit\u00e9s \u00e0 venir s&rsquo;installer en frontal par rapport \u00e0 la chose pr\u00e9sent\u00e9e. On doit \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9 de dire que beaucoup d\u00e9clin\u00e8rent la proposition, s&rsquo;en tenant&nbsp; \u00e0 faire balcon&#8230; \u00e9vitant ainsi de se compromettre. Le th\u00e9\u00e2tre reste plut\u00f4t mal vu. Justement, une dame, vivement invit\u00e9e \u00e0 faire public,&nbsp; pr\u00e9f\u00e9ra rester \u00e0 sa fen\u00eatre quoique qu&rsquo;elle fut situ\u00e9e \u00e0 l&rsquo;arri\u00e8re du dispositif\u2026 Quoiqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00e9vidence enchant\u00e9e de la manifestation propos\u00e9e, la dame refusa de sortir de chez elle, pr\u00e9f\u00e9rant son quant-\u00e0-soi et se trouver fort amus\u00e9e d&rsquo;\u00eatre de la partie sans en \u00eatre tout en y \u00e9tant bien malgr\u00e9 elle. La dame, Andr\u00e9e de son pr\u00e9nom, devint ainsi figure\/figurante incluse dans la repr\u00e9sentation, pr\u00e9sence \u00e9trange et famili\u00e8re, dedans-dehors, le fameux effet V. de notre cher Bertolt y trouvant son compte.&nbsp; Comme d&rsquo;ailleurs, la dame !<\/p>\n<h5 style=\"text-align: center;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-4151 aligncenter\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2020\/09\/0-600x564.jpg\" alt=\"\" width=\"600\" height=\"564\">Petite cour de la rue M\u00e9lingue, la Dame@Cedric Hubinon<\/h5>\n<p><strong>Carmen, Valentine \u201cla dame \u00e0 sa fen\u00eatre\u201c, le doudou et Fabrice<\/strong><br \/>\n<strong>Carmen<\/strong><br \/>\nLe spectacle a pris tournure \u00e9tant donn\u00e9 Carmen. Rappelons que Carmen n&rsquo;a effectivement aucun pouvoir de d\u00e9cision, qu&rsquo;effectivement elle vit les \u00e9v\u00e9nements (grands et historiques ou petits et familiaux) au bon ou mauvais gr\u00e9 des divinit\u00e9s qui la gouvernent. L&rsquo;impr\u00e9visible et&nbsp; l&rsquo;impr\u00e9vu bornent sa ligne d&rsquo;horizon. On dit que le th\u00e9\u00e2tre est le lieu du regard. Pendant tout le mois d&rsquo;ao\u00fbt, Carmen en eut la jouissance quasi exclusive \u00e9tant donn\u00e9 que Carmen a vu pendant toutes les r\u00e9p\u00e9titions papa-maman r\u00e9p\u00e9ter, \u00e9tant donn\u00e9 le confinement qui confina dans le m\u00eame espace de travail (un champ) la petite et les professionnels de l&rsquo;art dramatique jouant leur r\u00f4le de p\u00e8re et m\u00e8re, \u00e9tant donn\u00e9 l&rsquo;existence telle qu&rsquo;elle jaillit des r\u00e9cents travaux de Poin\u00e7on et Wattmann, \u00e9tant donn\u00e9 les circonstances, \u00e9tant donn\u00e9 l&rsquo;extension du ventre maternel, Carmen s&rsquo;en est pris plein la vue. On peut appeler \u00e7a une contradiction logique dont il ressortira que \u201cje t&rsquo;aime plus loin que toi\u201c puisse relever d&rsquo;une logique de la contradiction. Apport Carmen.<br \/>\nQuand papa-maman moulinent des textes sans trop savoir o\u00f9 ils vont, Carmen observe la chose avec le plus vif int\u00e9r\u00eat et, parfois, manifeste un ravissement d&rsquo;\u00e9clats de rire et joie de vivre m\u00eal\u00e9s qui incidemment ont stimul\u00e9 et encourag\u00e9 ses \u00ab\u00a0vieux\u00a0\u00bb dans les voies et voix&nbsp; explor\u00e9es. Carmen ne les prit pas en d\u00e9faut, ne corrigea rien, elle mena son monde sans les mener. Carmen les gratifia d&rsquo;une direction d&rsquo;acteurs exemplaire&nbsp;! Ne penser que du bien de ce qui se jouait parfois fort mal. R\u00e8gle d&rsquo;or de la mise en sc\u00e8ne revue et corrig\u00e9e par Carmen&nbsp;: bon plaisir et contentement d&rsquo;eux \u00e0 pique-niquer&nbsp; du th\u00e9\u00e2tre en plein champ. Bonheur&nbsp; de lire sans savoir lire, d&rsquo;approuver muettement, plaisir du texte. Barthes. Vertu propre des petits que d&rsquo;\u00eatre analphab\u00e8tes et souci des grands de s&rsquo;appliquer \u00e0 bien lire&#8230; dans le bon sens.&nbsp; C&rsquo;est le petit qui&nbsp; fait sien la logique de la contradiction et&nbsp; traduit incessamment, \u00e0 tout bout d&rsquo;champ, ce qu&rsquo;il entend comme une langue \u00e9trang\u00e8re. La langue sonne et l&rsquo;enfant en entend le ding ding dong ! Relire Michel Leiris pour s&rsquo;en convaincre. Carmen fut chambre d&rsquo;\u00e9cho, paroi et ligne d&rsquo;horizon.&nbsp; Les divins acteurs, Dieu le p\u00e8re et Dieu la m\u00e8re ne la perdirent jamais de vue. Quel \u00e9t\u00e9&nbsp;! Qui lui fut donn\u00e9&nbsp;! Jolie \u00ab\u00a0moi\u00a0\u00bb d&rsquo;Ao\u00fbt ! En d\u00e9sordre \u00e9tabli, d&rsquo;un th\u00e9\u00e2tre qui se fit avec elle au centre. Elle ou l&rsquo;ailleurs.&nbsp; T\u00e9moin permanente d&rsquo;un discours qui ne s&rsquo;adressait pas \u00e0 elle&nbsp;: qu&rsquo;est-ce que c&rsquo;\u00e9tait que \u00e7a&nbsp;? Art vif. A du laisser faire et s&rsquo;y faire. On voit que le dilemme fut, entre tranquillit\u00e9 et intranquillit\u00e9, la volont\u00e9 de cadrer le sujet-texte, et s&rsquo;en conforter ou&nbsp; laisser&nbsp; le sujet-texte arriver, et s&rsquo;en inqui\u00e9ter -voire en souffrir- car comme le dit Pessoa il faut se r\u00e9soudre \u00e0 consid\u00e9rer le vide vertigineux du moi&nbsp;: \u00ab\u00a0Et moi, ce qui est r\u00e9ellement moi, je suis le centre de tout cela, un centre qui n&rsquo;existe pas,&nbsp; si ce n&rsquo;est par une g\u00e9om\u00e9trie de l&rsquo;ab\u00eeme &#8230;moi, ce qui est r\u00e9ellement moi, je suis le puits sans parois&nbsp; mais avec la viscosit\u00e9 des parois, le centre de tout avec du rien tout autour&#8230;\u00a0\u00bb<strong><a href=\"#_ftn10\" name=\"_ftnref10\"><\/a><\/strong><strong><a href=\"#_ftn10\" name=\"_ftnref10\">[10]<\/a><\/strong><br \/>\nIl y a un risque \u00e0 prendre avec la chair des mots, le risque de s&rsquo;y perdre. D\u00e9sordre amoureux. Jeu de paroles. Textes en forme de \u201con dirait\u201c&#8230;&nbsp; Carmen, fut \u00e0 l&rsquo;affut avec un doudou chien de garde de la ligne d&rsquo;horizon&nbsp; de \u201cJe t&rsquo;aime plus loin que toi\u201c. Comment les dieux lui sont-ils tomb\u00e9 sur la t\u00eate&nbsp;?<\/p>\n<div id=\"attachment_4153\" style=\"width: 610px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-4153\" class=\"size-medium wp-image-4153\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2020\/09\/0-2-600x450.jpg\" alt=\"\" width=\"600\" height=\"450\"><p id=\"caption-attachment-4153\" class=\"wp-caption-text\"><strong>Jean-Pierre Dupuy, Valentine, Carmen, cour Rue M\u00e9lingue@Cedric Hubinon<\/strong><\/p><\/div>\n<p><strong>Au nom du p\u00e8re<\/strong><br \/>\nC&rsquo;est texte en poigne, qu&rsquo;il -Fabrice Adde- attaque ! Pr\u00e9f\u00e8re avoir textes en main. Non pas qu&rsquo;il ne le sache pas mais aime en \u00eatre enchain\u00e9, ou entrav\u00e9, ou accapar\u00e9&#8230; pour et que par la bouche, il exulte, exalte, catapulte, vocif\u00e8re, \u00e9ructe, bave, m\u00e2che et ne m\u00e2che pas ses mots, crache, vomit, d\u00e9blat\u00e8re, \u00ab\u00a0d\u00e9blablat\u00e8re\u00a0\u00bb, articule et d\u00e9sarticule, susurre, insinue, mange et bois, murmure, braille, hurle, hulule, libellule et funambule&#8230; au fil des mots, il aime s&rsquo;en tordre la bouche \u00e0 prof\u00e9rer les mots, \u00e0 les d\u00e9gurgiter, les malaxer, les incuber, les incarner&#8230; Fabtrice Adde&nbsp; d\u00e9clame&nbsp;! Sans micro ! A priori, la technologie ne l&rsquo;int\u00e9resse pas&nbsp;! Lui ce qu&rsquo;il veut, c&rsquo;est \u00ab\u00a0viander\u00a0\u00bb les textes. S&rsquo;en faire bonne bouffe&nbsp;!&nbsp; Avec passion, sans savoir si c&rsquo;est bien ou mal, alcoolo du d\u00e9clamatoire. Un art qui se perd dont F.A. ne cherche pas \u00e0 en raffiner l&rsquo;usage. Non, il \u00e9ructe, avons-nous dit, il veut la viande. D\u00e9clamer&nbsp;? Antoine Vitez fut un des derniers, peut-\u00eatre le dernier \u00e0 en r\u00e9clamer et en soutenir et en promouvoir la pratique<a href=\"#_ftn11\" name=\"_ftnref11\">[11]<\/a>.<br \/>\nAvec le texte de Gherasim Luca, Fabrice hoquette \u00ab\u00a0pa&#8230; pa pa\u00a0\u00bb ! On imagine le p\u00e8re pench\u00e9 sur le berceau du b\u00e9b\u00e9, sollicitant le b\u00e9b\u00e9&nbsp; de lui dire&nbsp;:&nbsp;&nbsp;&nbsp; pa&nbsp;&nbsp;&nbsp; pa&nbsp; &nbsp;&nbsp;pa&nbsp;! \u00ab\u00a0Dis papa \u00e0 ton papa\u00a0\u00bb. Le b\u00e9b\u00e9 par un jeu d&rsquo;identification mim\u00e9tique absolue d&rsquo;amour fou bredouille un \u00ab\u00a0pa\u00a0\u00bb, puis deux et on voit le p\u00e8re hurlant \u00e0 sa compagne&nbsp;: \u00ab\u00a0il l&rsquo;a dit \u2013 ch\u00e9rie&nbsp;! &#8211; papa&nbsp;! Si si, j&rsquo;te jure, il l&rsquo;a dit\u00a0\u00bb. \u00ab\u00a0Mais oui mon ch\u00e9ri\u00a0\u00bb lui r\u00e9pond la maman \u00ab\u00a0bien sur qu&rsquo;elle l&rsquo;a dit&#8230;mais c&rsquo;est pas la peine d&rsquo;alerter tout le quartier pour \u00e7a\u00a0\u00bb. \u00ab\u00a0Elle l&rsquo;a dit\u00a0\u00bb conclut, \u00e9puis\u00e9, le p\u00e8re. \u00ab\u00a0Notre petite Carmen ira loin&nbsp;! Moi je te le dis\u00a0\u00bb. De \u00ab\u00a0pa\u00a0\u00bb en \u00ab\u00a0pa\u00a0\u00bb ahan\u00e9s et hoquet\u00e9s&#8230; du son finit par s&rsquo;articuler en sens.<br \/>\nCette histoire l\u00e0 comment voulez-vous que Carmen l&rsquo;ignore&nbsp;? Carmen regarde son papa faire l&rsquo;acteur et dans ses yeux y&rsquo;a du \u00ab\u00a0je t&rsquo;aime pa pa\u00a0\u00bb bien plus que tu le penses&#8230; Plus loin que toi&nbsp;! Quelle merveilleuse d\u00e9monstration que cette mitraille de sons enraill\u00e9s, d\u00e9raillant en raillerie criarde, en bout en train, \u00e0 toute vitesse, mots attrap\u00e9s au vol, langue balbuti\u00e9e, tritur\u00e9e, mandibul\u00e9e et d\u00e9mantibul\u00e9e\u2026 Epatant&nbsp;: donner&nbsp; bouillie de mots au b\u00e9b\u00e9 pour qu&rsquo;il grandisse en parl\u00eatre<a href=\"#_ftn12\" name=\"_ftnref12\">[12]<\/a>&nbsp;! T&rsquo;inqui\u00e8tes pas ma petite, tu finiras par le trouver le sens, et trouver raison de vivre\u2026 faudra alors que tu perdes un peu, beaucoup de cette raison pour trouver l&rsquo;amour. Plus tard, plus loin&nbsp;: avec un peu de chance, y&rsquo;aura du th\u00e9\u00e2tre pour te sortir d&#8217;embarras<a href=\"#_ftn13\" name=\"_ftnref13\">[13]<\/a>.<br \/>\nLa place du Parc d&rsquo;Avroy a d\u00fb retentir du rire des li\u00e9geois quant elle a r\u00e9sonn\u00e9 des \u00ab\u00a0pa pa pa pa pa\u00a0\u00bb de Gh\u00e9rasim Luca. Les textes en main font savoir qu&rsquo;un acteur c&rsquo;est aussi et peut-\u00eatre, et surtout&nbsp;: un lecteur&#8230; On n&rsquo;a plus notre cher Claude R\u00e9gy pour s&rsquo;en assurer et encore moins la Marguerite dur dur Duras<a href=\"#_ftn14\" name=\"_ftnref14\">[14]<\/a>. Heureusement, y&rsquo;a des Carmen en pagaille et l&rsquo;\u00e9cole de plus en plus obligatoire qui s&rsquo;agrandit de filles qui s&rsquo;\u00e9duquent partout dans le monde.&nbsp; Plus que jamais faudra du \u00ab\u00a0th\u00e9\u00e2tre\u00a0\u00bb&nbsp; (lequel&nbsp;? ) pour la plasticit\u00e9 et le mouvement et le \u00ab\u00a0tourbillon d&rsquo;la vie\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn15\" name=\"_ftnref15\">[15]<\/a>.<br \/>\nEn se d\u00e9gageant du balbutiement Gherasim Luca, Fabrice A. va chercher le sens chez des chasseurs de son&nbsp; d&rsquo;envergure que sont Didier-Georges Gabily ou Joris Lacoste \u00e9crivant un \u00ab\u00a0cela s&rsquo;appelle crier\u00a0\u00bb sombre et bouleversant. Un texte ou il faut savoir tenir les silences. Texte douloureux et pudique.<br \/>\nTous les enfants veulent de l&rsquo;insens\u00e9, veulent qu&rsquo;on leur parle sans retenue comme si ils \u00e9taient&nbsp; grands, comme si ils \u00e9taient avenir et \u00e0 venir.. La petite a le temps devant elle, et il sera toujours devant elle&#8230; le temps de la compr\u00e9hension, du savoir, de l&rsquo;amour&#8230; Elle n&rsquo;en veut que la promesse. Que l&rsquo;avenir soit promesse et tout ira comme elle voudra bien que \u00e7a lui chante.<br \/>\nPour le moment elle \u00e9coute papa qui fait chant de Joris Lacoste ou de Didier-Georges Gabily et pour le moment elle trouve que l&rsquo;amour de papa c&rsquo;est trognon de trognon, bon \u00e0 vivre. Et maman dans tout \u00e7a&nbsp;? Et qu&rsquo;en est-il des deux, du couple&nbsp;? Par sa voix, par la liquidit\u00e9 de sa voix Fabrice et les textes qu&rsquo;il prof\u00e8re cr\u00e9e le bain de jouvence -le jaillissement des origines- dans lequel baigne Valentine dans le r\u00f4le de sa vie terre-mer entre deux eaux.<br \/>\nSe cr\u00e9e devant nous un entre eux&nbsp;: un th\u00e9\u00e2tre-ventre&nbsp; en forme de rideau de pluie (pluie des postillons de Fabrice en d\u00e9fi au corrida virus en cours). Pluie d&rsquo;eau douce. B\u00e9n\u00e9diction. Merveilleuse Valentine.<br \/>\nTh\u00e9\u00e2tre bapt\u00eame du Feu. Ordalie.<br \/>\nCommencement. Verbe.<br \/>\n<strong>Un po\u00e8me dans le tourbillon des origines<\/strong><br \/>\nDans le tourbillon des origines o\u00f9 elle s&rsquo;affaire Valentine. Que ce dit-il du lieu de son ventre de terre m\u00e8re&nbsp;? Que peut-il s&rsquo;entendre&nbsp;?<br \/>\nLe \u00ab\u00a0plus loin que toi\u00a0\u00bb peut s&rsquo;entendre d&rsquo;un enfant \u00e0 venir. \u00c0 venir ou pas&nbsp;: le couple se pense et se con\u00e7oit dans le d\u00e9passement des \u00e9gos&nbsp;: dans l&rsquo;agrandissement du jeu, des je, de la trame de tous les constituants de la rencontre, du 1 +1&nbsp;&nbsp; compris de l&rsquo;enfant qui ne se fait ou pas. Ne peut pas se faire. Ne se fera jamais. Mettre un enfant au monde c&rsquo;est &#8211; pardon &#8211; b\u00eate\u2026\u00e0 mourir&nbsp;! Car c&rsquo;est bien mettre au monde un qui va mourir. Un qui. Quel un aura loisir d&rsquo;appr\u00e9cier le tourment qu&rsquo;il peut en advenir.<br \/>\nOc\u00e9an de larmes&nbsp;!&nbsp; \u00c0 rire aux larmes&nbsp;! Etourdissant, dirions-nous, heureux malheur ou malheureux bonheur&nbsp;?<br \/>\nValentine incarne un d\u00e9passement de soi qui prend figure de beaut\u00e9 divine. Beaut\u00e9 inhumaine. Etreinte d&rsquo;infini douceur. Envo\u00fbtement. Flirt avec l&rsquo;absolu. Inoubliable. Etat d&rsquo;ivresse. Tourbillon des origines. Big bang. Rendez-vous avec l&rsquo;impensable. Valentine G. ne nous dira-t-elle pas le chant de m\u00e8re amer et cruelle de Marguerite Duras&nbsp;? L&rsquo;impossible barrage \u00e0 l&rsquo;oc\u00e9an, au flux, \u00e0 la vague, aux liquides.<br \/>\nC&rsquo;est l&rsquo;histoire de la goutte. \u00ab\u00a0La goutte et le tourbillon sont les deux \u00e9tats extr\u00eames des liquides &#8211; de l&rsquo;\u00eatre\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn16\" name=\"_ftnref16\"><\/a><strong><a href=\"#_ftn16\" name=\"_ftnref16\">[16]<\/a><\/strong><br \/>\nDe la goutte d&rsquo;eau qui fait d\u00e9border le vase. Il fait d\u00e9border le vase d&rsquo;un enfant ou deux ou d&rsquo;eux. Il fait d\u00e9border le vase de rien du tout&nbsp;: la goutte d&rsquo;eau se noie dans un ocean de gouttes d&rsquo;eau. Comme le dit remarquablement Agamben&nbsp;: \u00ab\u00a0Le sujet ne doit pas \u00eatre con\u00e7u comme une substance, mais comme un tourbillon dans le flux de l&rsquo;\u00eatre\u00a0\u00bb et&nbsp; il d\u00e9veloppe ainsi son point de vue&nbsp;: \u00ab\u00a0Dans le tourbillon de la nomination, le signe linguistique, tournant sur soi et s&rsquo;enfon\u00e7ant en soi-m\u00eame, s&rsquo;intensifie et va jusqu&rsquo;\u00e0 ses propres limites, pour se laisser ensuite r\u00e9absorber au point de pression infinie o\u00f9 il dispara\u00eet comme signe et r\u00e9appara\u00eet de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 comme pur nom. Po\u00e8te celui qui s&rsquo;immerge dans ce tourbillon dans lequel tout redevient nom pour lui. Il doit reprendre au flux du discours les mots significatifs un \u00e0 un et les jeter dans le tourbillon pour les retrouver comme noms dans le vulgaire illustre du po\u00e8me. Ces noms, nous ne pouvons les rejoindre &#8211; si jamais il nous est donn\u00e9 de les rejoindre &#8211; qu&rsquo;au terme de la descente dans le tourbillon de l&rsquo;origine\u00a0\u00bb<strong> <a href=\"#_ftn17\" name=\"_ftnref17\">[17]<\/a><\/strong><br \/>\nAvec \u00ab\u00a0Je t&rsquo;aime plus loin que toi\u00a0\u00bb Fabrice et Valentine nous invitent au tourbillon des origines, dans le flux de la langue. Valentine est enceinte&nbsp;: elle est deux&#8230; en r\u00e9p\u00e9tition, duplication d&rsquo;elle -m\u00eame&#8230; et d&rsquo;un homme, ils nous racontent cette histoire qui leur \u00e9chappe et qu&rsquo;elle danse en ankoku but\u00f4. Nous sommes bien dans la communaut\u00e9 des quelconques c&rsquo;est-\u00e0-dire \u00ab\u00a0la communaut\u00e9 qui vient\u00a0\u00bb de Giorgio Agamben<a href=\"#_ftn18\" name=\"_ftnref18\">[18]<\/a>.<\/p>\n<div id=\"attachment_4152\" style=\"width: 531px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-4152\" class=\"size-medium wp-image-4152\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2020\/09\/0-1-521x600.jpg\" alt=\"\" width=\"521\" height=\"600\"><p id=\"caption-attachment-4152\" class=\"wp-caption-text\">Valentine Gerard D\u00e9esse M\u00e8re et Carmen @ JP Dupuy<strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; <\/strong><\/p><\/div>\n<p><strong>ELLE<\/strong><br \/>\nValentine Gerard&nbsp; entre en rituel par ventre \u00e0 terre, en connivence avec le sol&nbsp;: elle s&rsquo;y r\u00e9pand et s&rsquo;origine dans une danse que l&rsquo;on peut dire du ventre. Elle danse ainsi avec l&rsquo;infans, une danse \u00ab\u00a0perdue\u00a0\u00bb fort bien d\u00e9crite par Pascal Quignard dans \u00ab\u00a0L&rsquo;origine de la danse\u00a0\u00bb :&nbsp; \u00ab\u00a0danse de la conception qui engendre le concept (le concept, le foetus)du corps avant m\u00eame que le corps existe et qu&rsquo;il \u00e9volue dans le monde obscur\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn19\" name=\"_ftnref19\">[19]<\/a> ou bien encore \u00ab\u00a0&#8230; il y a une danse perdue (dans le corps tomb\u00e9, natal, d\u00e9sorient\u00e9, souill\u00e9, atterr\u00e9, vagissant) lors de la nativit\u00e9 des enfants\u2026La c\u00e9r\u00e9monie de la danse perdue, en japonais, c\u2019est l\u2019ankoku but\u00f4\u00a0\u00bb<br \/>\nCette danse, Valentine Gerard nous l&rsquo;offre comme ne l&rsquo;ayant apprise que d&rsquo;elle-m\u00eame&nbsp; ou de l&rsquo;infans, voire de sa Carmen qui l&rsquo;observe. Apprise aussi de ce que l&rsquo;homme \u00e9rig\u00e9 lui souffle&nbsp;; le po\u00e8me qui s&rsquo;\u00e9nonce par la voix du p\u00e8re. Tout cela se re\u00e7oit dans une terrible beaut\u00e9 des choses. Dans l&rsquo;inaccessibilit\u00e9 du monde qui nous a vu na\u00eetre. Quelle chute, quelle opacit\u00e9, quel drame&nbsp;? quelle farce que d&rsquo;arriver l\u00e0&#8230;Alors la com\u00e9dienne va chercher voix et douleur reconnue, \u00e9prouv\u00e9e, \u00e9crite&nbsp; dans la mer-m\u00e8re de Marguerite Duras et son inlassable mal de m\u00e8re. Indomptable, immense et monstrueuse sauvagerie de la mer.&nbsp; Il n&rsquo;y a d&rsquo;oeuvre \u00e9crivait Anne Dufourmantelle que par une \u00ab\u00a0terreur surmont\u00e9e\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn20\" name=\"_ftnref20\"><\/a><a href=\"#_ftn20\" name=\"_ftnref20\">[20]<\/a><br \/>\nAinsi Valentine prend-t-elle \u00e0 bras le corps, \u00e0 plein ventre la terreur oc\u00e9ane&#8230; la mort en son jardin d&rsquo;\u00e9cumes. Inoubliable d\u00e9esse qui soudain suspend le temps comme seul le th\u00e9\u00e2tre en permet l&rsquo;occurence. Fulgurance&nbsp; et \u00e9ternit\u00e9. Et le monde prend corps et le th\u00e9\u00e2tre sens. Ce dimanche d&rsquo;Ao\u00fbt 2020, le 27 pr\u00e9cis\u00e9ment,&nbsp; le th\u00e9\u00e2tre fortuitement, de retour dans la vie sociale, mi-clandestin mi-public, fait de nous des spectateurs quelconques d\u00e9gag\u00e9s de toutes pr\u00e9occupations esth\u00e9tiques, ou critiques.&nbsp; On part en d\u00e9rive et on s&rsquo;extirpe du temps pr\u00e9sent, de la fatigante et lancinante emprise de la politique se d\u00e9clinant en corrida virus et on suit jovialement Soeren Kierkegaard cultivant sa solitude dans la loge 5 ou 6 links du K\u00f4nigst\u00e2der Theater&nbsp;: \u00ab\u00a0&#8230;discr\u00e8te nymphe aupr\u00e8s de qui je venais chercher refuge, lass\u00e9 des hommes et de moi-m\u00eame, tant j&rsquo;avais besoin de l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9 pour me reposer, si triste qu&rsquo;il me fallait une \u00e9ternit\u00e9 pour pouvoir oublier. Jamais tu ne m&rsquo;as refus\u00e9 ce que les hommes voulaient me d\u00e9nier, en rendant l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9 aussi agit\u00e9e et m\u00eame plus terrifiante que le temps\u00a0\u00bb<br \/>\nVertu du th\u00e9\u00e2tre qu&rsquo;offrir mise au point sur soi-m\u00eame et le monde. Mouvement et jeu de langue.&nbsp; Na\u00eetre&nbsp;? C&rsquo;est o\u00f9&nbsp;?&nbsp; c&rsquo;est quand&nbsp;? Elle et lui \u2013 un instant- nous offre une mise \u00e0 jour -naissance-&nbsp; \u00e9trange et familier avec les modalit\u00e9s du po\u00e8me.&nbsp; Cela se passe sous nos yeux et &#8230;on n&rsquo;en croit pas ses oreilles&nbsp;! Vivant \u2026 c&rsquo;est \u00e9patant \u00e7a&nbsp;: vivant !<br \/>\n<a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a><strong>&nbsp;&nbsp; <\/strong>\u00ab\u00a0N\u00e9anmoins\u00a0\u00bb est l&rsquo;adverbe appropri\u00e9 \u00e0 la situation puisque Valentine est enceinte d&rsquo;un futur enfant et Carmen aura alors l&rsquo;occasion d&rsquo;une angoisse d&rsquo;ordre ontologicom\u00e9taphysique&nbsp;: suis n\u00e9anmoins n\u00e9e en moins ou toujours la plus proche&nbsp; prochaine de mes parents , terrible \u00e9preuve dont Carmen sortira grandie certes n\u00e9anmoins fort troubl\u00e9e.<br \/>\n<a href=\"#_ftnref2\" name=\"_ftn2\">[2]<\/a><strong>&nbsp;&nbsp; <\/strong>Yannick Butel <em>Essai sur la pr\u00e9sence au th\u00e9\u00e2tre<\/em>, Paris, L&rsquo;harmattan, 2006. On peut trouver d&rsquo;\u00e9minentes critiques de cette personne sur le site&nbsp;: insens\u00e9-sc\u00e8nes.<br \/>\n<a href=\"#_ftnref3\" name=\"_ftn3\">[3]<\/a>&nbsp;&nbsp; Soeren Kierkegaard,<em> La r\u00e9p\u00e9tition<\/em>, Paris, \u00e9d. Rivages Poche, 2003, p. 70.<br \/>\n<a href=\"#_ftnref4\" name=\"_ftn4\">[4]<\/a>&nbsp;&nbsp; Qui peut pr\u00e9tendre \u00eatre com\u00e9dien aujourd&rsquo;hui sans se confronter \u00e0 <em>La solitude des champs de coton<\/em> de Kolt\u00e8s&nbsp;?&nbsp; Signalons pour les plus curieux de la chose kolt\u00e9sienne , le <em>Bernard-Marie Kolt\u00e8s<\/em> d&rsquo;Arnaud Ma\u00efsetti publi\u00e9 aux \u00e9ditions de Minuit en 2018.<br \/>\n<a href=\"#_ftnref5\" name=\"_ftn5\">[5]<\/a><strong>&nbsp;&nbsp; <\/strong>Ceux qui s&rsquo;int\u00e9ressent \u00e0 \u00ab\u00a0l&rsquo;impensable maternel\u00a0\u00bb liront avec int\u00e9r\u00eat <em>La sauvagerie maternelle<\/em> de Anne Dufourmantelle \u00e9dit\u00e9 chez Payot\/Rivages, en 2016. Marguerite Duras avec son <em>Barrage contre le pacifique<\/em> t\u00e9moigne comme l&rsquo;ensemble de son \u0153uvre de ce qu&rsquo;il en est de la sauvagerie maternelle.<br \/>\n<a href=\"#_ftnref6\" name=\"_ftn6\">[6]<\/a>&nbsp;&nbsp; Priv\u00e9 de festival d&rsquo;Avignon l&rsquo;Insens\u00e9-sc\u00e8nes n&rsquo;a pu que se regarder le nombril dans la pr\u00e9sente p\u00e9riode. Ce qui <em>in fine<\/em> fut fait sous forme d&rsquo;auto-critique, d&rsquo;une remise en question de \u00e0 quoi nous servons-nous de nous.&nbsp; Quel \u00ab\u00a0nous\u00a0\u00bb nous lie. Nounou ou doudou &#8230; dormirons-nous sur nos lauriers?&nbsp; Quel d\u00e9passement de soi&nbsp;peut-on attendre de \u00ab\u00a0nous\u00a0\u00bb ?<br \/>\n<a href=\"#_ftnref7\" name=\"_ftn7\">[7]<\/a><strong>&nbsp;&nbsp; <\/strong>Paroles d&rsquo;Eug\u00e8ne Guillevic dont les \u0153uvres sont publi\u00e9es par Gallimard collection Po\u00e9sie.<br \/>\n<a href=\"#_ftnref8\" name=\"_ftn8\">[8]<\/a>&nbsp;&nbsp; Jean Genet dans \u00ab\u00a0J&rsquo;\u00e9tais et je n&rsquo;\u00e9tais pas\u00a0\u00bb, NRF Gallimard, 2010, p. 41-42.<br \/>\n<a href=\"#_ftnref9\" name=\"_ftn9\">[9]<\/a><strong>&nbsp;&nbsp; <\/strong>Nous pourrions d\u00e9finir le \u00ab\u00a0jadis\u00a0\u00bb de Quignard comme une aporie. Utilisation du temps pass\u00e9 comme modalit\u00e9 du pr\u00e9sent. Ad\u00e9quation parfaite \u00e0 la \u00ab\u00a0cinqui\u00e8me saison\u00a0\u00bb (autre Quignarderie) pour laquelle le temps ne passe pas.<br \/>\n<a href=\"#_ftnref10\" name=\"_ftn10\">[10]&nbsp;<\/a>Pessoa, <em>Le livre de l&rsquo;intranquillit\u00e9<\/em>, Paris, \u00e9d. Christian Bourgeois.1988, p. 37.<strong><br \/>\n<\/strong><br \/>\n<a href=\"#_ftnref11\" name=\"_ftn11\">[11]<\/a> Puissance du corps. De la pens\u00e9e qui se fait dans la bouche de Tsara \u00e0 la voix travaill\u00e9e ou pas. Ce que peut la voix. Puissance d\u00e9cupl\u00e9e, nuanc\u00e9e si usage de micros mais d&rsquo;abord penser la r\u00e9sonance . La \u00ab\u00a0r\u00e9son\u00a0\u00bb est la raison du po\u00e8te. Faire sonner la langue comme batailler avec elle serait s&rsquo;accorder (scordatura) qu&rsquo;une pens\u00e9e nouvelle puisse s&rsquo;entendre.<br \/>\n<a href=\"#_ftnref12\" name=\"_ftn12\">[12]<\/a> Clin d&rsquo;oeil. Serait-ce le fameux effet incarn\u00e9 de la&nbsp; lalangue d&rsquo;un certain Lacan<br \/>\n<a href=\"#_ftnref13\" name=\"_ftn13\">[13]<\/a> Evidemment je pense \u00e0 tous mes amis de l&rsquo;insens\u00e9-sc\u00e8nes en qu\u00eate de ce th\u00e9\u00e2tre rare et pr\u00e9cieux qui nous \u00e9gare au c\u0153ur de nos vies.<br \/>\n<a href=\"#_ftnref14\" name=\"_ftn14\">[14]<\/a> Claude R\u00e9gy d\u00e9c\u00e9d\u00e9 ce 26 D\u00e9cembre 2019, Marguerite Duras Mars 1996<br \/>\n<a href=\"#_ftnref15\" name=\"_ftn15\">[15]<\/a> Autre chant de Jeanne Moreau de Rezvany qui fait partie du concert.<br \/>\n<a href=\"#_ftnref16\" name=\"_ftn16\">[16]&nbsp;<\/a>Giorgio Agamben, <em>Le feu et le r\u00e9cit<\/em>, Paris, Payot Rivages, 2018, p. 92.<strong><br \/>\n<\/strong><br \/>\n<a href=\"#_ftnref17\" name=\"_ftn17\">[17]<\/a><em> Ibid., <\/em>p. 93-95.<br \/>\n<a href=\"#_ftnref18\" name=\"_ftn18\">[18]<\/a> Giorgio Agamben, <em>La communaut\u00e9 qui vient, Th\u00e9orie de la singularit\u00e9 quelconque<\/em>, Paris, Seuil. 1990.<br \/>\n<a href=\"#_ftnref19\" name=\"_ftn19\">[19]<\/a> Pascal Quignard,<em> L&rsquo;origine de la danse<\/em>, Paris, Galil\u00e9e, 2013.<br \/>\n<a href=\"#_ftnref20\" name=\"_ftn20\">[20]<\/a> Anne Dufourmantelle que la mer nous arracha le 21 Juillet 2017 a \u00e9crit <em>La sauvagerie maternelle<\/em>, Paris, Rivages Payot, 2016.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab\u00a0Je t&rsquo;aime plus loin que toi \u00bb, Caen,\u00a0 \u00e9t\u00e9 2020, par la Compagnie Art Vif.<br \/>\nPar Jean-Pierre Dupuy<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":4152,"menu_order":0,"template":"","categorie_article":[27],"class_list":["post-4148","article","type-article","status-publish","has-post-thumbnail","hentry","categorie_article-critique"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/article\/4148","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/article"}],"about":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/types\/article"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/media\/4152"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=4148"}],"wp:term":[{"taxonomy":"categorie_article","embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/categorie_article?post=4148"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}