


{"id":4194,"date":"2020-10-02T08:59:10","date_gmt":"2020-10-02T06:59:10","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/?p=4194"},"modified":"2022-09-25T17:30:21","modified_gmt":"2022-09-25T15:30:21","slug":"akalmie-celsiusd-manon-et-hannah-d","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/akalmie-celsiusd-manon-et-hannah-d\/","title":{"rendered":"Akalmie Celsius\u2026 D. Manon-Hannah D."},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-text-align-center\" style=\"font-size:10px\">Autour du travail de Manon Delage et Hannah Devin, Cie Alkamie Celsius<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\" style=\"font-size:10px\">Par Yannick Butel<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\"><strong>Au moment o\u00f9 la compagnie Akalmie Celsius devait reprendre l\u2019une de ses cr\u00e9ations, <em>H\u00e9milogue<\/em>, l\u2019\u00e9tat d\u2019urgence sanitaire et l\u2019\u00e9tat d\u2019urgence (vigipirate) sont venus mettre fin aux espoirs de pr\u00e9senter \u00e0 nouveau ce travail au public de la rue. Entretien avec Manon Delage et Hannah Devin sur leur histoire, leur projet o\u00f9 un go\u00fbt d\u2019amertume s\u2019installe alors que le spectacle vivant est mis \u00e0 mort \u00e0 travers la fragilisation des compagnies et ceux et celles qui les habitent, les font vivre, et nous font exister. Ou quand \u00ab&nbsp;l\u2019ann\u00e9e blanche&nbsp;\u00bb figure et annonce un linceul qui voile les cadavres \u00e0 venir\u2026 <\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Faut bien (n\u2019) \u00eatre un jour&nbsp;!<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Moins visibles que les spectacles vant\u00e9s sur les colonnes Maurice et autres panneaux Decaux qui ornent les villes (sorte de cierges, \u00e0 l\u2019empreinte carbone forte, \u00e9lev\u00e9s au spectacles \u00ab&nbsp;sacr\u00e9s ou consacr\u00e9s&nbsp;\u00bb), loin des strat\u00e9gies de l\u2019industrie culturelle o\u00f9 le trivial le dispute au commercial et au patrimonial (ou la \u00ab&nbsp;pornocratie&nbsp;\u00bb \u00e9crirait Proudhon), tr\u00e8s loin des \u00ab&nbsp;bastringues&nbsp;\u00bb que sont devenues une majorit\u00e9 de sc\u00e8nes dramatiques de la d\u00e9centralisation et autres sc\u00e8nes nationales\u2026 il existe un peuple d\u2019artistes qui n\u2019a pas renonc\u00e9 \u00e0 l\u2019art de la rencontre et qui hante les labyrinthes urbains o\u00f9 l\u2019id\u00e9e m\u00eame de public est \u00e0 construire et non plus \u00e0 capturer et \u00e0 canaliser.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est le cas, entre autres, pour ceux et celles \u2013 artistes \u2013 qui ont d\u00e9cid\u00e9 d\u2019occuper la rue et qui, titre de noblesse en poche acquis \u00e0 mesure de leurs livraisons urbaines spectaculaires, s\u2019appellent \u00ab&nbsp;artistes de la rue&nbsp;\u00bb. C\u2019est le cas, ici, de Manon Delage et Hannah Devin qui, depuis une toute petite dizaine d\u2019ann\u00e9es, ont \u00e9lu domicile esth\u00e9tiquement, po\u00e9tiquement et dramaturgiquement \u00e0 l\u2019endroit du macadam&nbsp;: cette sc\u00e8ne du pauvre qui est, en d\u00e9finitive, la seule sc\u00e8ne populaire.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019elles, on ne s\u2019\u00e9tonnera nullement qu\u2019elles aient le go\u00fbt de la recherche th\u00e9\u00e2trale quand, pass\u00e9es par l\u2019universit\u00e9 pour questionner en clandestines leurs pratiques, elles conservent le go\u00fbt pour les choses intellectuelles ou disons, plus pr\u00e9cis\u00e9ment, les pratiques approfondies. Ce temps-l\u00e0, fondateur sans doute, a conduit l\u2019une \u00e0 \u00e9crire un m\u00e9moire de Master sur \u00ab&nbsp;le jeu masqu\u00e9&nbsp;\u00bb, quand l\u2019autre s\u2019inqui\u00e9tait de belle mani\u00e8re sur \u00ab&nbsp;le nouveau cirque&nbsp;\u00bb. Une paire de m\u00e9moires qui formait, \u00e0 eux deux, plus de deux cents pages qui, sans oublier le th\u00e9\u00e2tre o\u00f9 elles grenouillaient d\u00e9j\u00e0, leur ont permis de faire le point, comme le dirait un capitaine de navire rompu aux techniques anciennes de la navigation. Avec l\u2019insouciance de \u00ab&nbsp;jolies m\u00f4mes&nbsp;\u00bb qui pointent leurs vingt ans, c\u2019est l\u00e0 aussi qu\u2019elles cogitent la fusion de leurs exp\u00e9riences et qu\u2019elles se r\u00e9unissent sous le nom d\u2019Akalmie Celsius. \u00ab&nbsp;On voulait un nom \u00e9nigmatique pour pouvoir \u00eatre libre de faire ce que l\u2019on voulait. On cherchait une sonorit\u00e9, un jeu avec les sons, quelque chose qui \u00e9chappe au signifiant et au signifi\u00e9\u2026 on a trouv\u00e9 Akalmie Celsius&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Premi\u00e8res armes que ce moment-l\u00e0 o\u00f9 le nom de la compagnie trouvera son signifi\u00e9 plus tard, \u00e0 m\u00eame l\u2019exp\u00e9rience faite. Instant o\u00f9 Hannah Devin, Manon Delage, et quelques autres, forment un groupe qui d\u00e9cide d\u2019embl\u00e9e d\u2019occuper la rue. Moins un geste r\u00e9volutionnaire que celui-l\u00e0 o\u00f9 il s\u2019agirait de s\u2019affronter \u00e0 d\u2019autres formes th\u00e9\u00e2trales, que surtout un engagement ou et peut-\u00eatre une pratique de r\u00e9sistance sous-tendue par un souci politique et esth\u00e9tique. C\u2019est qu\u2019avoir vingt ans c\u2019est aussi avoir un regard, lequel ne distancie d\u2019aucune mani\u00e8re celui-ci d\u2019un lien \u00e0 l\u2019actualit\u00e9, d\u2019une liaison \u00e0 l\u2019utopie aussi. Alors, \u00e9lisant la RUA (comme on le dirait en Am\u00e9rique latine o\u00f9 le th\u00e9\u00e2tre de rue est roi) comme chantier d\u2019exp\u00e9rience esth\u00e9tique et po\u00e9tique, le groupe s\u2019engage \u00e0 hanter la cit\u00e9 phoc\u00e9enne afin d\u2019y dessiner, de mani\u00e8re furtive, des territoires o\u00f9 appara\u00eetraient des formes d\u2019art. Sans moyens, sans subventions, sans soutiens autre que le moral qu\u2019elles partagent et qu\u2019elles augmentent de leurs r\u00eaveries, elles entrent dans la danse, font leurs premiers pas.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/IMG_1325-1024x708.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-4196\" width=\"768\" height=\"531\"\/><figcaption>Pierrick Bonjean dans <em><strong>H\u00e9milogue<\/strong><\/em>, Mousson d\u2019\u00e9t\u00e9 2018, copyright&nbsp;Manon Delage<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\" style=\"font-size:12px\"><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><strong>L\u2019intime et l\u2019infra-mince\u2026<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Oui, on avait vu les monumentales marionnettes de Royal de Luxe\u2026 et d\u2019autres. On fr\u00e9quentait les festivals d\u2019arts de la rue, Chalon, Aurillac. On n\u2019ignorait pas non plus le th\u00e9\u00e2tre qui se fait en salle. Mais on avait une autre id\u00e9e de ce que l\u2019on devait faire. Peut-\u00eatre parce qu\u2019on d\u00e9barquait dans la rue, mais qu\u2019on l\u2019avait interrog\u00e9e avant. Ce n\u2019\u00e9tait pas un lieu \u00e9tranger. Et on voulait l\u2019occuper \u00e0 partir de ce que l\u2019on est, de ce que l\u2019on comprend et aimerait offrir \u00e0 ceux que l\u2019on croiserait&nbsp;\u00bb disent Hannah et Manon. On est en 2009 et \u00e7a sera <strong><em>Les canap\u00e9s d\u00e9cal\u00e9s<\/em><\/strong>. Moins un titre<em>, in fine<\/em>, qu\u2019un coup d\u2019\u0153il qui m\u00eale leur pauvret\u00e9, leur condition de jeunes femmes et un monde consum\u00e9riste o\u00f9 les d\u00e9chets vont se multipliant. \u00ab&nbsp;Avec le recul, on pourrait presque penser que l\u2019on \u00e9tait dans un questionnement esth\u00e9tique sur le durable, le recyclage. Mais \u00e0 l\u2019\u00e9poque, on pensait aussi et parall\u00e8lement \u00e0 un Monde ou un quart monde, souvent \u00e0 proximit\u00e9 de nous et qui semble invisible et m\u00eame lointain. Monde de ceux qui vivent dans la rue. Qui vivent dans des cartons, parfois sur un matelas. Et puis, et peut-\u00eatre est-ce parce que nous \u00e9tions de jeunes femmes \u201c\u00e0 marier\u201d (rires), on avait aussi un rapport au f\u00e9minin, aux m\u00e9nages, \u00e0 l\u2019image de la m\u00e9nag\u00e8re qui s\u2019apparente trop souvent \u00e0 l\u2019horizon d\u2019\u00e9chouage du corps f\u00e9minin. Ce qui comptait pour nous, c\u2019\u00e9tait de dire quelque chose de&nbsp;\u00e7a. De croiser un monde et un \u201cdestin\u201d qui, amalgam\u00e9s, forment une sorte de travail \u00e0 la cha\u00eene o\u00f9 l\u2019image de la femme et l\u2019image du monde se livrent sous cet angle-l\u00e0. Un monde \u00e9trangl\u00e9 mais qui ne nous \u00e9tait pas \u00e9tranger&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Alors vient l\u2019instant de donner corps \u00e0 cette repr\u00e9sentation l\u00e0 et c\u2019est un choix radical qui est mis en avant. Il n\u2019y aura presque aucune parole. Et le geste tendra \u00e0 \u00eatre chor\u00e9graphique et rythmique. Et les quelques rares mots l\u00e2ch\u00e9s rel\u00e8veront d\u2019une symphonie humble de mots du quotidien. Premier travail en milieu urbain, \u00e0 m\u00eame la rue, reposant sur la r\u00e9cup\u00e9ration d\u2019encombrant (des canap\u00e9s, entre autres) qui servent \u00e0 \u00e9tablir une aire de jeu. Et voil\u00e0 que le \u00ab&nbsp;troupeau de filles&nbsp;\u00bb comme elles s\u2019en souviennent occupe la rue. Et \u00e7a marche, fa\u00e7on de parler&nbsp;! Car le groupe, encore un peu universitaire sur les bords \u00e0 racler, pour ne dire rafler, le fond des tiroirs des bailleurs qui pourraient soutenir le projet. Et c\u2019est \u00e0 partir de ces aum\u00f4nes qu\u2019elles font l\u2019acquisition d\u2019un camion pour leur compagnie qui va les entra\u00eener, alors que personne ne leur demande rien, dans une \u00ab&nbsp;tourn\u00e9e sauvage&nbsp;\u00bb. Et \u00e0 chaque fois, au terme des 40 minutes du spectacle, elles invitent les gens \u00e0 repeindre les meubles \u00e9chou\u00e9s sur les trottoirs. Canap\u00e9, chaise, gu\u00e9ridon\u2026tout y passe et les gens repartent avec les meubles relook\u00e9s. Strat\u00e9gie&nbsp;? Geste gratuit&nbsp;? Petit calcul th\u00e9\u00e2tral pour s\u2019inscrire dans une pratique de th\u00e9\u00e2tre participatif\u2026 Non. Rien de tout cela n\u2019effleure leur esprit qui est tourn\u00e9, juste et accessoirement, vers l\u2019envie de trouver une connexion avec le public qu\u2019elle croise. \u00ab&nbsp;En t\u00eate, on avait juste le souhait de faire un th\u00e9\u00e2tre qui s\u2019\u00e9carterait d\u2019une configuration o\u00f9 l\u2019acteur est d\u2019un c\u00f4t\u00e9 et le spectateur de l\u2019autre. C\u2019\u00e9tait un peu comme si on voulait faire du th\u00e9\u00e2tre qui serait aussi la vie&nbsp;\u00bb. Belle id\u00e9e que celle-l\u00e0 qui va les conduire au Festival de Chalon dans les propositions que programme Pierre Boisson. Moins d\u2019un an apr\u00e8s leur premi\u00e8re, Akalmie Clesius se retrouve avec <strong><em>Les Canap\u00e9s d\u00e9cal\u00e9s<\/em><\/strong> devant 600 personnes. Autre monde, autre rapport. No comment. La reconnaissance a un prix \u00e0 payer, l\u2019intimit\u00e9 et l\u2019infra-mince en prennent un coup, mais pas leur d\u00e9termination \u00e0 revenir \u00e0 l\u2019essentiel. Prise dans le paradoxe de vivre leur art de mani\u00e8re autonome, mais aussi d\u2019en faire un m\u00e9tier et d\u2019en vivre, les voil\u00e0 \u00e0 cogiter une autre forme, d\u00e8s fin 2010.<\/p>\n\n\n\n<p>Poursuivre donc, mais le groupe a v\u00e9cu cette ann\u00e9e et celle de 2011 o\u00f9 le spectacle tourne comme une \u00e9preuve et en guise de salut, certaines d\u2019entre elles tirent leur r\u00e9v\u00e9rence. L\u2019Histoire a commenc\u00e9, avec elle celle de la mutation de la bande. Hannah Devin et Manon Delage restent seules, et demeurent discr\u00e8tes sur cela. En guise d\u2019explication, elles s\u2019accordent pour dire que ce temps de rupture \u00ab&nbsp;servira de temps de travail autour d\u2019un spectacle qui n\u2019aboutira pas et conserve le nom de <strong><em>Traces&nbsp;<\/em><\/strong>\u00bb.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/Copie-de-DSC_0111-1024x683.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-4197\" width=\"768\" height=\"512\"\/><figcaption><em><strong>C\u2019est de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9<\/strong><\/em>, Sousse (Tunisie), mars 2016, copyright Manon Delage<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\" style=\"font-size:12px\"><\/p>\n\n\n\n<p>Alors, l\u2019une et l\u2019autre se remettent au boulot, entreprennent de r\u00e9\u00e9crire <strong><em>Canap\u00e9s<\/em><\/strong>, et comme leur groupe qui vient de se transformer, elles le convertissent en un spectacle qui prendra pour nom <strong><em>C\u2019est de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9<\/em><\/strong>. Nouvelle pi\u00e8ce de rue qu\u2019elles \u00e9crivent \u00e0 deux sous le regard ext\u00e9rieur de St\u00e9phanie Lemonnier qu\u2019elles sollicitent pour les accompagner dans ce nouveau projet. Fortes de l\u2019exp\u00e9riences de <strong><em>Canap\u00e9s d\u00e9cal\u00e9s<\/em><\/strong>, o\u00f9 elles s\u2019\u00e9taient heurt\u00e9es \u00e0 la difficult\u00e9 de trouver un canap\u00e9 mis aux encombrants pour chaque repr\u00e9sentation&nbsp;; elles remplacent celui-l\u00e0 par des chaises. \u00ab&nbsp;Plein de chaises qui vont d\u00e9terminer la dramaturgie de notre nouvelle cr\u00e9ation&nbsp;\u00bb expliquent-elles. De fait, construit sur le mod\u00e8le d\u2019une assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale ou d\u2019un bal, ou quelque chose qui s\u2019apparenterait \u00e0 un regroupement, les chaises auxquelles elles ont donn\u00e9 des pr\u00e9noms servent \u00e0 accueillir les spectateurs qu\u2019elles vont chercher dans le public en leur pr\u00eatant le nom inscrit sur la chaise. \u00ab&nbsp;Non, ce n\u2019est ni du th\u00e9\u00e2tre participatif ou immersif, pas davantage du th\u00e9\u00e2tre forum&nbsp;\u00bb pr\u00e9cisent-elles. \u00ab&nbsp;C\u2019est au-del\u00e0 de \u00e7a, et si l\u2019on a recouru \u00e0 cet artifice, c\u2019est avant tout pour brouiller les fronti\u00e8res entre jeu et non jeu ou, disons-le autrement, c\u2019\u00e9tait une mani\u00e8re de montrer que tout est jeu. Qu\u2019il y a du jeu dans la soci\u00e9t\u00e9 comme il y en a au th\u00e9\u00e2tre. Ce qui nous int\u00e9ressait, c\u2019est que les gens le r\u00e9alisent&nbsp;; et que nous-m\u00eames, \u00e0 partir des situations qui naissaient et nous \u00e9chappaient en partie, on se trouve dans un ICI et MAINTENANT o\u00f9 on flouait le jeu th\u00e9\u00e2tral de sa charge fictive&nbsp;\u00bb. Risqu\u00e9, fragile, tenant presque exclusivement \u00e0 l\u2019improvisation avec des r\u00e9actions du public impr\u00e9visibles, <strong><em>C\u2019est de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9<\/em><\/strong> conduit au Festival d\u2019Aurillac en 2014, apr\u00e8s que le travail a tourn\u00e9 ici et l\u00e0. Encore une fois, Akalmie Celsius aura tenu son pari de faire du temps th\u00e9\u00e2tral un moment de rencontre pour ceux qui se sont arr\u00eat\u00e9s. \u00ab&nbsp;Les gens sur les chaises, ils se parlaient. Ils s\u2019\u00e9coutaient. R\u00e9unis en assembl\u00e9e, nous l\u00e9g\u00e8rement en retrait, le travail gagnait une sorte d\u2019autonomie o\u00f9 la parole sinc\u00e8re circulait. C\u2019\u00e9tait \u00e0 la fois humble, na\u00eff, fragile\u2026 et \u00e7a venait du c\u0153ur aussi. Et regardant cela qui se sculptait, on y d\u00e9celait un rapport nouveau au jeu. Chacun apprenait \u201c\u00e0 jouer \u00e0 jouer\u201d. C\u2019\u00e9tait \u00e9mouvant autant que stimulant&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Et les \u00e9coutant parler de ces exp\u00e9riences cr\u00e9atives, il est clair que les paroles de Manon et Hannah ne rel\u00e8vent pas d\u2019une sensiblerie de calotins, mais plut\u00f4t d\u2019un enjeu de recherche qui s\u2019apparenterait \u00e0 faire de leurs cr\u00e9ations des particules de recherche. Ou quand le th\u00e9\u00e2tre se confond \u00e0 un rapport \u00e0 l\u2019Histoire. D\u2019o\u00f9, peut-\u00eatre, cette insulte polie qui leur est r\u00e9guli\u00e8rement ass\u00e9n\u00e9e&nbsp;: \u00ab&nbsp;vous faites un travail d\u2019intello&nbsp;!&nbsp;\u00bb dit-on dans le landernau des artistes de rue et autres antichambres o\u00f9 se d\u00e9cident l\u2019octroi de la subvention. \u00ab&nbsp;Travail d\u2019intello&nbsp;\u00bb qui correspond \u00e0 un jugement des soci\u00e9t\u00e9s actuelles qui se m\u00e9fient de tout ce qui pense et pr\u00e9f\u00e8re ceux qui oublient de penser et se consacrent \u00e0 divertir st\u00e9rilement.<\/p>\n\n\n\n<p>De fait, le \u00ab&nbsp;groupe de nanas&nbsp;\u00bb ne renoncera jamais \u00e0 travailler ce qu\u2019Evelise Mendes (autrice d\u2019une th\u00e8se sur les arts de la rue) appelle \u00ab&nbsp;les dramaturgies de la vi(ll)e&nbsp;\u00bb. Expression ou syntagme fig\u00e9 qui fait entendre que l\u2019enjeu de la cr\u00e9ation en espace urbain est de faire entendre et saisir \u00ab&nbsp;les formes de vie larvaires, invisibles et sensibles qui se d\u00e9veloppent ici et l\u00e0, dans la rue, dans ses plis et ses interstices&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/Hemilogue-1024x768.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-4198\" width=\"768\" height=\"576\"\/><figcaption><strong><em>H\u00e9milogue<\/em><\/strong>, r\u00e9sidence la Gare Franche, Marseille 2016, copyright Manon Delage<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\" style=\"font-size:12px\"><\/p>\n\n\n\n<p><strong>D\u2019<em>H\u00e9milogue<\/em> \u00e0 <em>Labyrinthe<\/em>\u2026 ou l\u2019art de tracer sa route<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 force de\u2026 le courage chevill\u00e9 au geste artistique et la promesse que l\u2019on se fait de faire un th\u00e9\u00e2tre d\u2019engagement\u2026 Hannah et Manon ont fini par d\u00e9crocher leur intermittence et \u00e0 s\u2019\u00e9pargner les investissements financiers qu\u2019elles faisaient d\u2019elles-m\u00eames alors que la subvention \u00e9tait rare. \u00ab&nbsp;On en \u00e9tait souvent de notre poche. Mais \u00e7a nous aurait cout\u00e9 encore plus de ne pas travailler dans la rue et d\u2019apprendre de la rue&nbsp;\u00bb avouent-elles. 2016 sera leur pont d\u2019Arcole qu\u2019elles vont franchir tambour battant. Le regard des institutions sur leur travail commence \u00e0 changer (plus du bouche \u00e0 oreille que des pr\u00e9sences soit dit en passant). \u00ab&nbsp;Vous faites un travail po\u00e9tique&nbsp;\u00bb entendent-elles. Sans doute n\u2019est-ce pas d\u00e9sagr\u00e9able \u00e0 entendre, mais elles sont loin de tout cela et ont entrepris de poursuivre en cr\u00e9ant, en 2017, <strong><em>H\u00e9milogue<\/em><\/strong>. Dr\u00f4le de titre que celui-l\u00e0, s\u2019il ne correspondait chez elles \u00e0 une acuit\u00e9 d\u2019\u00e9coute. Pour ce nouveau travail, elles recourent \u00e0 l\u2019\u00e9criture de Marion Vincent qui les rejoint dans une r\u00e9sidence \u00e0 la Gare Franche, ainsi que Pierrick Bonjean qui \u00e9pouse la ligne artistique du groupe (et que l\u2019on retrouvera dans <strong><em>Labyrinthe<\/em><\/strong>). Au d\u00e9part, l\u2019id\u00e9e d\u2019<strong><em>H\u00e9milogue<\/em><\/strong> est de faire entendre des conversations. Enfin des moiti\u00e9s de conversation comme celle que l\u2019on peut remarquer quand les gens se parlent au t\u00e9l\u00e9phone. \u00ab&nbsp;Ah oui\u2026 pas certain non\u2026 et le poisson rouge, il nage\u2026 forc\u00e9ment y a du soleil&nbsp;\u00bb miment-elles en se souvenant ce temps d\u2019\u00e9criture qu\u2019elles baptisent \u00ab&nbsp;\u00e9criture de plateau de la rue&nbsp;\u00bb. Mais pass\u00e9e cette anecdote o\u00f9 se met en jeu l\u2019invisibilit\u00e9 d\u2019une source qui r\u00e9pond, Hannah et Manon d\u00e9veloppe&nbsp;: \u00ab&nbsp;\u00c7a para\u00eetra curieux, mais <strong><em>H\u00e9milogue<\/em><\/strong> c\u2019est aussi n\u00e9 d\u2019un constat ou d\u2019une situation sur un quai de gare. Cette fa\u00e7on qu\u2019\u00e0 distance deux personnes en vis-\u00e0-vis, qui attendent un train, se d\u00e9visagent furtivement. En fait, on tenait-l\u00e0 le principe ou la raison de ce spectacle&nbsp;: le d\u00e9visagement un peu sauvage que l\u2019on peut vivre \u00e0 chaque instant dans la rue. Et, bien entendu, la mani\u00e8re que l\u2019on a de fantasmer cet instant-l\u00e0. Ce curieux effet miroir qui hante l\u2019espace public et que tout le monde a pu vivre, c\u2019\u00e9tait \u00e7a notre point de d\u00e9part&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>La suite, \u00e7a sera une sorte de tambouille entre elles trois o\u00f9 l\u2019\u00e9criture sert de moteur de jeu pendant les r\u00e9p\u00e9titions et \u00e9voluent \u00e0 mesure que celles-ci avancent. Marion Vincent livre des bouts de texte, construit une biblioth\u00e8que de situations. Hannah et Manon, elles, s\u2019en emparent, la transforment et l\u2019adaptent au jeu, \u00e0 la rue&#8230; Bient\u00f4t, une forme s\u2019affirme qui met en avant le regard et le fantasme qui l\u2019innerve. \u00c7a leur vaudra de se retrouver \u00e0 la Mousson d\u2019\u00e9t\u00e9, lors des rencontres annuelles sur les nouvelles formes d\u2019\u00e9criture contemporaine. En dire plus reviendrait \u00e0 spoiler le travail que l\u2019on peut voir encore aujourd\u2019hui, ou disons parfois aujourd\u2019hui alors que l\u2019urgence sanitaire menace les artistes interdits de se produire. Urgence sanitaire et Plan vigipirate\u2026 de quoi tuer le spectacle vivant dans la rue&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Rien ne les arr\u00eate vraiment toutefois et alors qu\u2019<strong><em>H\u00e9milogue<\/em><\/strong> tourne, et avant de se lancer dans leur derni\u00e8re cr\u00e9ation <strong><em>Labyrinthe<\/em><\/strong>, Manon Delage et Hannah Devin ont invent\u00e9 <strong><em>Debout<\/em><\/strong>, une pratique th\u00e9\u00e2trale qu\u2019elle pr\u00e9sente chez l\u2019habitant, \u00e0 la demande. <strong><em>Debout <\/em><\/strong>ou un travail qui m\u00eale danse (art qui est r\u00e9current chez elle) et art du clown (qu\u2019elle travaille depuis longtemps). Une petite pi\u00e8ce de 40 minutes qui a \u00e0 c\u0153ur de poser la question de l\u2019entraide, du soutien, et dont l\u2019origine tient \u00e0 leur lecture de <strong><em>Les Bonnes<\/em><\/strong> de Jean Genet. Oui, rien que \u00e7a\u2026 Elles n\u2019ont pas des \u00e9tudes pour rien \u00ab&nbsp;les filles&nbsp;\u00bb\u2026 et c\u2019est \u00e0 travers cette pi\u00e8ce monumentale qu\u2019elles s\u2019inqui\u00e8tent de l\u2019alt\u00e9rit\u00e9. Mot qui colle \u00e0 leurs cr\u00e9ations comme une sorte de label qui les tient en alerte.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/1-768x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-4199\" width=\"576\" height=\"768\"\/><figcaption><strong><em>Debout<\/em><\/strong> (au premier plan Manon Delage, \u00e0 l&rsquo;arri\u00e8re plan Hannah Devin, La Colle, novembre 2019, copyrigth Philippe Laliard<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>En alerte, elles le demeurent avec <strong><em>Labyrinthe<\/em><\/strong>. Nouveau projet, nouvelle \u00e9tape, alors que le monde d\u00e9raille ou s\u2019ordonne selon un ordre nouveau o\u00f9 la place de l\u2019art est menac\u00e9e. Le Covid est pass\u00e9 par l\u00e0 et s\u2019ajoute aux mesures anti-terroristes qui vaut \u00e0 l\u2019hexagone de perdre en libert\u00e9s ce qu\u2019il gagne, nous dit-on, en s\u00e9curit\u00e9. Alors Manon et Hannah, noyau dur de la compagnie, se r\u00e9fugie, courant 2018, en Ari\u00e8ge dans un premier temps. Et comme \u00e0 leur habitude, elles sont parties avec une question qu\u2019elles filent loin de tout, dans la campagne. \u00ab&nbsp;C\u2019est quoi un labyrinthe urbain&nbsp;?&nbsp;\u00bb se demandent-elles, moins pour la nouveaut\u00e9 de la question que pour l\u2019exp\u00e9rience qu\u2019elles font et ont fait des murs qui se dressent un peu partout. Mur tr\u00e8s concret quand de retour \u00e0 Marseille, elles voient de leurs propres yeux le Mur qui enserre la place Jean Jaur\u00e8s. Quand brutalement, encore d\u2019autres murs c\u00e8dent et font de la rue d\u2019Aubagne un cimeti\u00e8re. Sans parler de ces murs qui, au jour le jour, forment une architecture invisible entre les \u00eatres\u2026 Moment chez elles o\u00f9 la conscience et la r\u00e9flexion les poussent vers une pratique urbaine qui tend \u00e0 inscrire leur pratique dans un th\u00e9\u00e2tre documentaire. Nouveau labo de recherche que ce travail appelle et qui, elles s\u2019en inqui\u00e8tent encore aujourd\u2019hui, leur vaut une bourse SACD pour \u00ab&nbsp;\u00e9crire dans la rue&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Cons\u00e9cration&nbsp;? Reconnaissance institutionnelle et artistique&nbsp;? Les laur\u00e9ates se r\u00e9jouissent de cette distinction non pour l\u2019orgueil que cela pourrait provoquer mais plut\u00f4t pour le \u00ab&nbsp;coup de pouce&nbsp;\u00bb que cela leur donne. Les co-producteurs se pointent et mises sur le projet qui en est encore \u00e0 ses d\u00e9buts. Elles, indiff\u00e9rentes ou d\u00e9termin\u00e9es&nbsp;; elles qui n\u2019ont jamais vraiment rien demand\u00e9, poursuivent et p\u00e9r\u00e9grinent. \u00ab&nbsp;Ces murs, ils n\u2019\u00e9taient pas m\u00e9taphoriques. On en faisait l\u2019exp\u00e9rience au jour le jour. Et \u00e0 vrai dire, devant le mur, ce qui se faisait sentir d\u2019abord, c\u2019\u00e9tait le motif de l\u2019impasse. Cette fa\u00e7on que la vie a parfois de tourner en rond&nbsp;\u00bb disent-elles avec l\u2019inqui\u00e9tude de celles qui sentent que quelque chose court-circuite la vie et les libert\u00e9s que l\u2019on prend avec.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019entretien touche \u00e0 sa fin. Sur le petit balcon o\u00f9 l\u2019on finit de causer les moustiques tigre se sont tenus \u00e0 distance. On pourrait continuer cette causerie, mais il est temps de se s\u00e9parer.<\/p>\n\n\n\n<p>Aussi, apr\u00e8s s\u2019\u00eatre dit au revoir en respectant la distance et toutes les barri\u00e8res (petit mur que celles-l\u00e0), je d\u00e9barrasse le plancher. Et marchant dans la rue, je songe \u00e0 ces deux jeunes femmes qui n\u2019en finissent pas, \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019ethnologues, de questionner le monde qu\u2019elles habitent, le monde aussi qui les habite.<\/p>\n\n\n\n<p>En \u00e9cho, j\u2019entends encore leurs derniers mots ou ce que je devrais appeler une pens\u00e9e&nbsp;: \u00ab&nbsp;On aimerait \u00eatre un point d\u2019appui pour que les gens, nous regardant, se servent de ce que l\u2019on fait pour se faire un point de vue. On est un peu comme des petites touches de couleur qui se d\u00e9tachent du quotidien&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Sans doute ces paroles d\u2019humilit\u00e9 valent-elles pour un commentaire qui se suffit \u00e0 lui-m\u00eame. Pourtant, ce qui me vient \u00e0 l\u2019esprit, c\u2019est que Manon Delage et Hannah Devin sont un peu comme des artistes peintres qui, dirait Paul Val\u00e9ry, mat\u00e9rialisent ce qui est \u00e0 voir et qui, tant\u00f4t vu, tant\u00f4t non vu, n\u2019est jamais hors de vue.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans ma poche, la lettre au spectateur qu\u2019elles ont \u00e9crite pour <strong><em>Labyrinthe<\/em><\/strong>&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-flow wp-block-group-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-center\" style=\"font-size:12px\">\u00c7a pourrait commencer comme \u00e7a\u2026<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\" style=\"font-size:12px\">Parfois tu seras perdu ou tu joueras \u00e0 l&rsquo;\u00eatre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\" style=\"font-size:12px\">Parfois tu auras les yeux band\u00e9s et tu marcheras lentement, \u00e0 petit pas sur le trottoir.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\" style=\"font-size:12px\">Tu auras le vertige. Quelques m\u00e8tres te para\u00eetront infiniment longs.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\" style=\"font-size:12px\">Parfois tu devras choisir ta direction, aller \u00e0 droite ou \u00e0 gauche.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\" style=\"font-size:12px\">Si tu veux savoir la suite, tu devras faire un choix. Tu constateras que ton choix n&rsquo;engage<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\" style=\"font-size:12px\">que toi. Peut-\u00eatre que d&rsquo;autres spectateurs choisiront d&rsquo;autres directions. Libre \u00e0 eux.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\" style=\"font-size:12px\">Tu \u00e9couteras certainement une histoire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\" style=\"font-size:12px\">Au prochain croisement, peut-\u00eatre croiseras-tu l\u2019\u00e9trange gardien d\u2019un carrefour, post\u00e9 en<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\" style=\"font-size:12px\">faction comme un Sphinx ?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\" style=\"font-size:12px\">A la terrasse d\u2019un caf\u00e9, peut-\u00eatre \u00e9pieras-tu un Orph\u00e9e fatigu\u00e9, vieux de mille ans,<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\" style=\"font-size:12px\">parcourant les traces de sa bien-aim\u00e9 perdue dans le journal local ?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\" style=\"font-size:12px\">Au bout d\u2019une impasse, peut-\u00eatre surprendras-tu une Antigone en col\u00e8re cherchant une<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\" style=\"font-size:12px\">issue en poussant les murs de toutes ses forces ?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\" style=\"font-size:12px\">Ou peut-\u00eatre tourneras-tu autour d\u2019un p\u00e2t\u00e9 de maison jusqu\u2019\u00e0 perdre toute notion du<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\" style=\"font-size:12px\">nombre de tours parcourus ?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\" style=\"font-size:12px\">Les histoires sont l\u00e0 si tu y pr\u00eates attention. Les mythes racontent notre besoin d&rsquo;appartenir<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\" style=\"font-size:12px\">\u00e0 quelque part. M\u00eame un labyrinthe peut devenir un lieu de vie.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\" style=\"font-size:12px\">\u00c7a se dit parfois \u00ab cette ville est un vrai labyrinthe \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\" style=\"font-size:12px\">La ville labyrinthe est celle o\u00f9 tu perds tes rep\u00e8res, o\u00f9 tu ne sais plus o\u00f9 tu es ni d&rsquo;o\u00f9 tu es<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\" style=\"font-size:12px\">parti. Cette ville, c\u2019est aussi celle qui te permettra de te dissimuler, de prendre le temps<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\" style=\"font-size:12px\">d\u2019\u00eatre perdu juste pour sentir le vertige que \u00e7a te donne. De r\u00e9aliser que \u00e7a peut \u00eatre<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\" style=\"font-size:12px\">agr\u00e9able. C\u2019est peut-\u00eatre \u00e7a, \u00eatre perdu, t\u2019extraire un instant de la cartographie<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\" style=\"font-size:12px\">incessante du monde.<\/p>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">Dire que je connais cette lettre au spectateur par c\u0153ur serait malicieux. Ce que je sais en revanche, et dont je ne doute pas, c\u2019est que le groupe que forme Akalmie Celsius, entretient un rapport \u00e9troit avec le quotidien. Que le groupe tient \u00e0 l\u2019\u0153il et \u00ab&nbsp;demeure vigilant&nbsp;\u00bb \u00e0 l\u2019endroit de qui se produit ici et l\u00e0 dans les plis du monde urbain. Et qu\u2019en d\u00e9finitive, sans violences, mais avec une d\u00e9termination qui les anime comme au premier jour, elles ensauvagent la rue.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">Oui, dr\u00f4le de terme que celui-l\u00e0, repris aujourd\u2019hui par les politiques et les m\u00e9dias qui semblent s\u2019en inqui\u00e9ter et en faire la critique. Sauf que, et sans doute faut-il se r\u00e9f\u00e9rer \u00e0 Claude Lefort qui \u00e9voquait le concept de \u00ab&nbsp;d\u00e9mocratie&nbsp;sauvage&nbsp;\u00bb, la pratique du th\u00e9\u00e2tre en milieu urbain, chez Manon et Hannah, a \u00e0 voir avec une mani\u00e8re toute attentive, po\u00e9tique, douce et bien vivante, de ne \u00ab&nbsp;rien laisser passer&nbsp;\u00bb, surtout les id\u00e9es qui font leur lit, tranquillement, dans l\u2019esprit fatigu\u00e9 des gens. Alors oui, Akalmie Celsius, ensauvage l\u2019espace urbain, ou remet en jeu, \u00e0 chaque cr\u00e9ation, un point capital&nbsp;qui tient \u00e0 l\u2019id\u00e9e qu\u2019elles sont l\u00e0, dans la rue, pour que \u00e7a se mette \u00e0 parler, \u00e0 se parler\u2026 &nbsp;Et ce n\u2019est pas si mal non&nbsp;? et c\u2019est tellement rare&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Autour du travail de Manon Delage et Hannah Devin, Cie Alkamie Celsius<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":4200,"menu_order":0,"template":"","categorie_article":[27],"class_list":["post-4194","article","type-article","status-publish","has-post-thumbnail","hentry","categorie_article-critique"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/article\/4194","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/article"}],"about":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/types\/article"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/media\/4200"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=4194"}],"wp:term":[{"taxonomy":"categorie_article","embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/categorie_article?post=4194"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}