


{"id":4274,"date":"2020-10-17T12:03:09","date_gmt":"2020-10-17T10:03:09","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/?p=4274"},"modified":"2022-09-25T17:29:33","modified_gmt":"2022-09-25T15:29:33","slug":"arrete-avec-tes-mensonges-les-fils-dune-enquete","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/arrete-avec-tes-mensonges-les-fils-dune-enquete\/","title":{"rendered":"Arr\u00eate avec tes mensonges: les fils d&rsquo;une enqu\u00eate"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-text-align-center\" style=\"font-size:10px\"><em>Arr\u00eate avec tes mensonges<\/em> de Philippe Besson, adapt\u00e9 par Ang\u00e9lique Clairand &amp; \u00c9ric Mass\u00e9, Th\u00e9\u00e2tre du Point du Jour (Lyon), 1er-13 octobre 2020. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\" style=\"font-size:10px\">Par J\u00e9r\u00e9mie Majorel<\/p>\n\n\n\n<p>Les codirecteurs du Th\u00e9\u00e2tre du Point du Jour ouvrent cette saison par l\u2019adaptation d\u2019un roman autobiographique de Philippe Besson, <em>Arr\u00eate avec tes mensonges<\/em> (2017), laur\u00e9at du Prix Psychologies du Roman inspirant. La rencontre inopin\u00e9e avec le fils de son premier amant replonge le narrateur dans ses ann\u00e9es-lyc\u00e9e \u00e0 Barbezieux, dans une histoire d&rsquo;amour qui aura dur\u00e9 six mois, avant qu\u2019elle ne bifurque en deux trajectoires distinctes&nbsp;: l\u2019un, fils d\u2019agriculteur, optant r\u00e9solument pour le mensonge d\u2019une vie familiale avec \u00e9pouse et enfants apr\u00e8s avoir repris le vignoble paternel, l\u2019autre, montant \u00e0 Paris et devenant l\u2019\u00e9crivain m\u00e9diatique que l\u2019on sait, autre fa\u00e7on de vivre dans le mensonge.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s de <em>L\u2019\u00c8ve \u00e0 l\u2019eau<\/em> la saison pr\u00e9c\u00e9dente, Ang\u00e9lique Clairand &amp; \u00c9ric Mass\u00e9 s\u2019int\u00e9ressent de nouveau aux transfuges issus du monde rural mais, cette fois, dans une optique qu\u2019on appellerait \u00ab intersectionnelle \u00bb, au croisement du sexe et de la classe. Dans le genre, <em>Pour en finir avec Eddy Bellegueule<\/em> (Seuil, 2014) d\u2019\u00c9douard Louis et le livre de Philippe Besson repr\u00e9senteraient deux p\u00f4les extr\u00eames&nbsp;: le trash et le soft, le mis\u00e9rabilisme et l\u2019eau de rose, le r\u00e9seau Didier Eribon et le r\u00e9seau ferr\u00e9, la langue plate comme summum du litt\u00e9raire et la langue litt\u00e9raire comme summum de la platitude&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019un ne \u00ab&nbsp;vaut&nbsp;\u00bb pas mieux que l\u2019autre, si on pense \u00e0 ce qui exasp\u00e9rait d\u00e9j\u00e0 Deleuze dans les ann\u00e9es 1980 et qui a fleuri all\u00e9grement depuis, encombrant les rentr\u00e9es litt\u00e9raires de pseudo-scandales et de confessions intimes&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>\u00ab&nbsp;Quand on \u00e9crit, on m\u00e8ne pas une petite affaire priv\u00e9e. C\u2019est vraiment les connards, c\u2019est vraiment l\u2019abomination de la m\u00e9diocrit\u00e9 litt\u00e9raire, de tous temps mais particuli\u00e8rement actuellement, qui fait croire aux gens que, pour \u00e9crire un roman, il suffit d\u2019avoir une petite affaire priv\u00e9e, sa petite affaire \u00e0 soi, sa grand-m\u00e8re qui est morte d\u2019un cancer, ou bien son histoire d\u2019amour \u00e0 soi, voil\u00e0, et puis on fait un roman&#8230; mais c\u2019est une honte, c\u2019est une honte quand c\u2019est des choses comme \u00e7a. C\u2019est pas l\u2019affaire priv\u00e9e de quelqu\u2019un, \u00e9crire. C\u2019est vraiment se lancer dans une affaire universelle, que ce soit le roman ou la philosophie.&nbsp;\u00bb (<em>Ab\u00e9c\u00e9daire<\/em>, \u00ab&nbsp;A comme animal&nbsp;\u00bb)<\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Le probl\u00e8me de cette ouverture de saison n\u2019est donc pas une mise en sc\u00e8ne&nbsp;qui avec fluidit\u00e9 \u00e9pouse la multiplicit\u00e9 des lieux (chambre, gymnase, biblioth\u00e8que, champ de bl\u00e9, gare, maison, morgue&#8230;) et des identit\u00e9s (un m\u00eame com\u00e9dien pour l\u2019amant et son fils, deux com\u00e9diens pour l\u2019\u00e9crivain quarantenaire et le lyc\u00e9en qu\u2019il \u00e9tait), une mise en sc\u00e8ne qui passe au fil d&rsquo;une heure et demie par tout un nuancier entre r\u00e9alisme documentaire (slips et morceaux de musique des ann\u00e9es 80) et onirisme (le plateau de th\u00e9\u00e2tre comme sc\u00e8ne mentale, aire d\u2019une intro- et d\u2019une r\u00e9trospection). <\/p>\n\n\n\n<p>Le probl\u00e8me est le choix de ce qui est mis en sc\u00e8ne, et qui manque ici singuli\u00e8rement de langue, au sens large du terme, que ce soit l\u2019histoire ou la mani\u00e8re de raconter cette histoire. Pourquoi ne pas avoir cherch\u00e9 un dramaturge \u00ab&nbsp;vivant&nbsp;\u00bb&nbsp;?<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/ArretesTesMensonges3-\u00aeJeanLouisFernandez-003-1-1024x682.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-4276\"\/><figcaption>\u00aeJeanLouisFernandez<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>Sur le site du Th\u00e9\u00e2tre du Point du jour, on peut lire&nbsp;: \u00ab&nbsp;ce roman autobiographique scrute avec acuit\u00e9 ceux qui s\u2019invisibilisent pour fuir la stigmatisation et&nbsp;l\u2019homophobie qui, dans des contextes sociaux et familiaux trop traditionnels, ne peuvent s\u2019assumer.&nbsp;\u00bb Certes, Philippe sort du placard tandis que Thomas y reste comme dans un tombeau. Mais \u00e0 aucun moment le spectacle ne traite \u00e0 bras-le-corps de cette \u00ab&nbsp;\u00e9pist\u00e9mologie du placard&nbsp;\u00bb qu&rsquo;a \u00e9tudi\u00e9e Eve Kosofsky Sedgwick. Il ressort au contraire que l\u2019histoire d\u2019amour entre les deux lyc\u00e9ens est une histoire d\u2019amour comme une autre.  Elle finit mal, apr\u00e8s avoir travers\u00e9 les m\u00eames clich\u00e9s sentimentaux-photographiques&nbsp;: la sc\u00e8ne de premi\u00e8re vue, le d\u00e9pucelage, l\u2019analyse inqui\u00e8te de la moindre petite conversation t\u00e9l\u00e9phonique, l\u2019exaltation lyrique, la-m\u00e8re-qui-rentre-trop-t\u00f4t-du-boulot-alors-qu\u2019on-est-tous-deux-dans-la-chambre, le partage des go\u00fbts musicaux, les disputes, la d\u00e9cristallisation,  la s\u00e9paration, les \u00e9tranges retrouvailles, le temps qui s\u2019est \u00e9coul\u00e9 sans vraiment s\u2019\u00e9couler, les lettres non envoy\u00e9es&#8230; Les choses de la vie en somme&#8230; Thomas semble se taire, et taire son orientation sexuelle, parce qu&rsquo;il est un taiseux : raison \u00e9troitement psychologique, caract\u00e9rielle, que Clairand &amp; Mass\u00e9 ne contrebalancent pas, en d\u00e9pit de leur int\u00e9r\u00eat pour les sciences sociales, puisque jamais ils ne nous montrent Thomas dans sa propre situation familiale et sociale. Le spectacle manque de contre-champ&#8230;  <\/p>\n\n\n\n<p>Mais c\u2019est peut-\u00eatre par l\u00e0 aussi qu&rsquo;il touche un point d\u2019universalit\u00e9 sans pour autant oublier son sujet&nbsp;: que deux jeunes homos des ann\u00e9es 80 puissent vivre une histoire d\u2019amour comme une autre. La fiction ici ne venge pas le r\u00e9el \u2012 qu\u2019on sait \u00eatre d\u2019une autre nature en ces ann\u00e9es Sida et de militantisme gay &nbsp;\u00e0 c\u0153ur battant. La fiction pose simplement un r\u00eave qu\u2019on souhaiterait voir se r\u00e9aliser enfin dans les ann\u00e9es 2020. C\u2019est une mani\u00e8re de changer, sans les heurter de front, les repr\u00e9sentations mentales dominantes, au risque de minorer la n\u00e9cessit\u00e9 parfois de la conflictualit\u00e9. &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Arr\u00eate avec tes mensonges de Philippe Besson, adapt\u00e9 par Ang\u00e9lique Clairand &#038; \u00c9ric Mass\u00e9, Th\u00e9\u00e2tre du Point du Jour (Lyon), 1er-13 octobre 2020.<\/p>\n","protected":false},"author":35,"featured_media":4277,"menu_order":0,"template":"","categorie_article":[27],"class_list":["post-4274","article","type-article","status-publish","has-post-thumbnail","hentry","categorie_article-critique"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/article\/4274","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/article"}],"about":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/types\/article"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/users\/35"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/media\/4277"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=4274"}],"wp:term":[{"taxonomy":"categorie_article","embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/categorie_article?post=4274"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}