


{"id":4294,"date":"2020-10-26T16:55:50","date_gmt":"2020-10-26T15:55:50","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/?p=4294"},"modified":"2022-09-25T17:28:33","modified_gmt":"2022-09-25T15:28:33","slug":"cloture-de-lamour-de-p-rambert-ou-la-politique-de-la-vengeance","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/cloture-de-lamour-de-p-rambert-ou-la-politique-de-la-vengeance\/","title":{"rendered":"\u00ab\u00a0Cl\u00f4ture de l&rsquo;amour\u00a0\u00bb de P. Rambert, ou la politique de la vengeance"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-text-align-center\" style=\"font-size:10px\"><em>Cl\u00f4ture de l&rsquo;amour<\/em>, texte et mise en sc\u00e8ne de Pascal Rambert, avec Stanislas Nordey et Audrey Bonnet, les 9 et 10 octobre 2020 au th\u00e9\u00e2tre Joliette de Marseille.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\" style=\"font-size:10px\">Par Arnaud Ma\u00efsetti<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>\u00ab\u2009J\u2019esp\u00e8re que tu as une vie int\u00e9rieure.\u2009\u00bb Alors, tout s\u2019ach\u00e8ve. De l\u2019amour et de cette pi\u00e8ce, du th\u00e9\u00e2tre, de cette lutte \u00e0 mort qui dit toutes les morts, les petites et les grandes, les terriblement vaines, les insoutenables, les minusculement atroces. Deux heures, la lutte \u00e0 mort. Elle prend pr\u00e9texte d\u2019une rupture qui n\u2019est qu\u2019une autre mani\u00e8re de lier l\u2019autre \u00e0 soi, le pass\u00e9 \u00e0 l\u2019avenir, et le pr\u00e9sent \u00e0 ce qui n\u2019a pas d\u2019\u00e9poque parce qu\u2019il occupe tout l\u2019espace des temps depuis la premi\u00e8re fois qu\u2019un \u00eatre s\u2019est li\u00e9 \u00e0 un autre, et qu\u2019il s\u2019en est d\u00e9fait. Histoire d\u2019une d\u00e9faite\u2009? Ou d\u2019une conqu\u00eate\u2009? Deux heures, la rupture amoureuse comme elle ne se dit jamais, et comme on l\u2019entend. Une premi\u00e8re heure, l\u2019homme parlera, c\u2019est lui qui rompt le silence pr\u00e9c\u00e9dant la pi\u00e8ce (et qu\u2019on nomme ce silence d\u2019avant le th\u00e9\u00e2tre la vie ne change rien \u00e0 la qualit\u00e9 de silence qui orne la pi\u00e8ce et l\u2019enserre, la menace). L\u2019autre heure, la femme&nbsp;: elle r\u00e9pondra. Dans le jeu de <\/em>repons<em> qui est l\u2019antique science musicale quand elle se fait liturgie, le drame nou\u00e9 comme un poing. C\u2019est <\/em>Cl\u00f4ture de l\u2019amour<em>, o\u00f9 Pascal Rambert l\u00e8ve, dans la simplicit\u00e9 g\u00e9om\u00e9trique, la trag\u00e9die de ce mot mort qu\u2019est l\u2019amour quand il meurt et qu\u2019il devient vivant soudain. C\u2019est deux heures, comme on frappe contre le corps morts des sentiments et des d\u00e9sirs pour qu\u2019il s\u2019\u00e9veille et il s\u2019\u00e9veille. C\u2019est un soir, comme on terrasse le sentimental et qu\u2019on en fabrique la mati\u00e8re politique de la dignit\u00e9. C\u2019est dans les premiers jours de vent de Marseille, la vie int\u00e9rieure qu\u2019on fait semblant d\u2019esp\u00e9rer pour ne pas avoir \u00e0 y croire.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Puisque tout a \u00e9t\u00e9 dit de cette pi\u00e8ce miraculeuse, de l\u2019absolu atteint, de l\u2019\u00e9pure, sa simplicit\u00e9 \u00e2pre, sa complexit\u00e9 infinie dans la rigueur d\u2019un th\u00e9or\u00e8me&nbsp;: puisque tout a \u00e9t\u00e9 chant\u00e9 des \u00e9loges quant \u00e0 l\u2019\u0153uvre majeure d\u2019un auteur majeur, couronn\u00e9 d\u2019Avignon et sur mille continents s\u2019ils \u00e9taient mille, que dire encore qui n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 dit\u2009? La pi\u00e8ce est depuis sa cr\u00e9ation en tourn\u00e9e\u2009; on la lit comme un classique. Elle poss\u00e8de le myst\u00e8re des \u00e9vidences&nbsp;: deux monologues pour dresser le dialogue banal de la rupture amoureuse. Mais qu\u2019est-ce \u00e0 dire\u2009? Il faudrait aussi interroger le fait m\u00eame, spectaculaire, de cette incessante reprise, de cette vie recommenc\u00e9e de cette pi\u00e8ce. \u00c9trange destin pour une pi\u00e8ce qui semble raconter la fin d\u2019\u00eatre infiniment rejou\u00e9e, d\u00e9jouant la cl\u00f4ture que le titre appelle. C\u2019est peut-\u00eatre que l\u2019\u0153uvre est davantage ouverte que ce qu\u2019elle laisse para\u00eetre. Qu\u2019\u00e0 la Cl\u00f4ture annonc\u00e9e s\u2019esquisse, lignes de fuites terribles de l\u2019amour, des ouvertures aberrantes. C\u2019est que la pi\u00e8ce rend elle-m\u00eame disponible les possibles de sa reprise, de ses recommencements. Recommen\u00e7ons donc.<\/p>\n\n\n\n<p>Il entre d\u2019abord, et lance les mots qui en disant la fin ouvrent le drame. \u00ab&nbsp;Je voulais te voir pour te dire que \u00e7a s\u2019arr\u00eate\/\u00e7a va pas continuer\/on va pas continuer&nbsp;\u00bb \u2014 et tissant dans ce d\u00e9but l\u2019appel beckettien&nbsp;: va continuer ((il faut continuer, je ne peux pas continuer, il faut continuer, je vais donc continuer, il faut dire des mots, tant qu\u2019il y en a, il faut les dire, jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019ils me trouvent, jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019ils me disent, \u00e9trange peine, \u00e9trange faute, il faut continuer, c\u2019est peut-\u00eatre d\u00e9j\u00e0 fait, ils m\u2019ont peut-\u00eatre d\u00e9j\u00e0 dit, ils m\u2019ont peut-\u00eatre port\u00e9 jusqu\u2019au seuil de mon histoire, devant la porte qui s\u2019ouvre sur mon histoire, \u00e7a m\u2019\u00e9tonnerait, si elle s\u2019ouvre, \u00e7a va \u00eatre moi, \u00e7a va \u00eatre le silence, l\u00e0 o\u00f9 je suis, je ne sais pas, je ne le saurai jamais, dans le silence on ne sait pas, il faut continuer, je ne peux pas continuer, je vais continuer.)). Il a pris la parole, il ne la l\u00e2chera plus, comme un chien son os. Et Stanislas Nordey de se faire chien, courb\u00e9, pench\u00e9, en appui sur ses pattes de devant, montrant les crocs, jappant. Mais le devenir-chien de Nordey se laisse traverser par d\u2019autres devenirs&nbsp;: celui de la respiration quand elle devient morsure, celui de la morsure quand elle transpire, celui du langage tout dress\u00e9 (comme un chien au combat) pour rompre. La phrase de Nordey (Nordey comme phrase enti\u00e8rement dress\u00e9e dans la langue) coupe, d\u00e9coupe, tranche les amarres&nbsp;: toute cette langue de la d\u00e9chirure est celle de la cruaut\u00e9. Dans l\u2019ancienne langue, on poss\u00e9dait deux mots&nbsp;: l\u2019un, {sanguis}, disait le sang dans le corps, enferm\u00e9, vivant\u2009; l\u2019autre, {cruor}, disait le sang r\u00e9pandu sur le sol, lib\u00e9r\u00e9, mortel. La cruaut\u00e9 de l\u2019homme tient \u00e0 ce geste de lib\u00e9rer tout d\u2019une vie en une heure&nbsp;: \u00e0 s\u2019en lib\u00e9rer.<\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab<\/em>\u2009<em>Nous sommes des kilos de glace durs comme eux et\/soudain nous fondons\/Nous serons flaques de sang\/Tu seras flaque de sang quand j\u2019aurai fini de parler\/Tu seras flaque de sang.<\/em>\u2009<em>\u00bb<\/em>&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Alors, la cruaut\u00e9 : on l\u00e2che les fauves&nbsp;: on d\u00e9livre les \u00e9nergies, les pulsions. On dit tout. Jusqu\u2019\u00e0 la d\u00e9mesure, on dit les d\u00e9fauts de l\u2019autre, on dit aussi la faille de toute vie commune, on dit le d\u00e9tail de l\u2019intime et le colossal malentendu de l\u2019existence ensemble, tout. La parole du procureur est terrible en ce qu\u2019elle fait feu de tout bois en pr\u00e9parant le b\u00fbcher, qu\u2019elle est le b\u00fbcher m\u00eame qui met tout en pi\u00e8ce, en accusation. Tout pour le procureur signe l\u2019aveu d\u2019un crime \u00e0 venir, qui toujours s\u2019\u00e9tait pr\u00e9par\u00e9. Pour le procureur, tout porte l\u2019indice du meurtre que le procureur d\u00e9voile en ex\u00e9cutant.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u2009Ces larmes sont l\u2019expression d\u2019un d\u00e9sarroi philosophique\/Oui excuse-moi du peu\/Tu ne pleures pas un amour perdu pendu comme un sac \u00e0 un clou\/Tu pleures\/Ou plut\u00f4t pleure en toi, et c\u2019est \u00e7a qu\u2019on voit couler\/La mort d\u2019une conception d\u00e9bile de l\u2019amour.\u2009\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Quand il ach\u00e8ve, Nordey, il exige qu\u2019on le regarde en face&nbsp;: si la mort ni le soleil ne peuvent se regarder, le procureur, oui \u2014 c\u2019est sa derni\u00e8re cruaut\u00e9. Puis il se tait.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"484\" height=\"664\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/cloturedelamour5.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-4299\"\/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>La parole est \u00e0 la d\u00e9fense et tout commence alors. C\u2019est Audrey qui la prend, cette parole, que Stan a laiss\u00e9 trainer l\u00e0, elle la ramasse et c\u2019est elle qui la brandit. Mais non, Audrey ne s\u2019abaissera pas \u00e0 r\u00e9pondre uniquement. \u00c0 occuper le terrain laiss\u00e9&nbsp;: plut\u00f4t, elle part \u00e0 la conqu\u00eate d\u2019autres territoires que sa souverainet\u00e9 affranchie va, plus que mordre, d\u00e9vorer. Dans ce pli qui op\u00e8re la jonction et sanctionne la v\u00e9ritable coupure du drame, tout bascule ainsi, pas seulement parce que l\u2019\u00e9change commence d\u00e9sormais, mais parce que l\u2019ensemble de l\u2019air trembl\u00e9 autour de nous change de nature. Du monologue au dialogue, on passe ainsi de la solitude triomphale du m\u00e2le \u00e0 la dialectique vengeresse. Dans leur solitude des champs de coton \u00e0 eux, le deal amoureux ne conna\u00eet qu&rsquo;un essai : une parole contre l&rsquo;autre. Elle ne r\u00e9pond pas aux accusations, elle ne se d\u00e9fend pas&nbsp;: elle affronte. Elle relance depuis son camp. Et parlera au nom de leur amour \u00e0 tous deux pi\u00e9tin\u00e9s, que tout \u00e0 l\u2019heure il a voulu nier en l\u2019effa\u00e7ant. C\u2019est toujours la trag\u00e9die&nbsp;: que la rupture \u00e9vacue le temps pass\u00e9 d\u2019un geste. Et ce qu\u2019il a d\u00e9fait n\u2019\u00e9tait pas seulement l\u2019autre, la relation, leur pass\u00e9, mais une part de ce qu\u2019il \u00e9tait lui \u2014 d\u00e8s lors, il devient m\u00e9connaissable, s\u2019\u00e9tant d\u00e9figur\u00e9 au tr\u00e9fonds, perdant son visage jusqu\u2019\u00e0 son nom, jusqu\u2019\u00e0 tout nom.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p><em>\u00ab<\/em>\u2009<em>Tu es qui toi<\/em>\u2009<em>?\/Tu \u00e9tais qui<\/em>\u2009<em>?\/Tu es devenu qui<\/em>\u2009<em>?\/On se conna\u00eet<\/em>\u2009<em>? On s\u2019est d\u00e9j\u00e0 vu quelque part<\/em>\u2009<em>?\/On s\u2019est d\u00e9j\u00e0 serr\u00e9 la main<\/em>\u2009<em>?\/On a partag\u00e9 des trucs ensemble une bi\u00e8re un sandwich un truc quelque chose toi et moi c\u2019est quoi ton nom<\/em>\u2009<em>?\/C\u2019est quoi ton nom<\/em>\u2009<em>?\/Tu as un nom toi<\/em>\u2009<em>?\/On peut te nommer<\/em>\u2009<em>?\/Tu es nommable<\/em>\u2009<em>?\u2026<\/em>\u2009<em>\u00bb<\/em><\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Alors, contre cette \u0153uvre de mort, pas \u00e0 pas, Audrey fera cette \u00e9preuve vivante, pied \u00e0 pied, de d\u00e9faire ce qu\u2019il a d\u00e9fait, tout \u00e0 l\u2019heure, de hurler de douleur depuis la joie, de renommer les mots. La solitude dans laquelle il se tenait, glorieuse, invincible, devient sa peine, sa condamnation. Sa dignit\u00e9 \u00e0 elle tiendra dans sa voix qui dira ce \u00e0 quoi elle tient&nbsp;: et elle tient, malgr\u00e9 lui, \u00e0 cela qui aura \u00e9t\u00e9 v\u00e9cu.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p><em>\u00ab\u2009Quand tu me jettes\/oui quand tu me jettes\/je tiens \u00e0 ces quatre mots\/quand tu me jettes\/tu jettes aussi la longe qui les reliait \u00e0 toi\u2009\u00bb<\/em>.<\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Il n\u2019y a pas \u00e0 le convaincre, seulement \u00e0 nommer la m\u00e9sentente l\u00e0 o\u00f9 elle a lieu&nbsp;: dans cet espace entre eux. Elle a parcouru la diagonale et se tient \u00e0 la place o\u00f9 il se tenait&nbsp;: au lieu de la parole. Et en ce lieu, la parole se renverse, oui, venge. Pas la vengeance mesquine qui fait ce qu\u2019on reproche \u00e0 l\u2019autre, mais l\u2019\u00e9criture de la contre-histoire capable seule de v\u00e9rit\u00e9, capable d\u2019exercer le pouvoir, celui qui peut, plut\u00f4t que celui qui s\u2019exerce contre. Pas de n\u00e9gociation possible&nbsp;: mais l\u2019\u00e9criture. Pas d\u2019entente&nbsp;: on ne s\u2019entend plus. La contre-offensive, ou simplement le contre, comme on dit sur les terrains de sport \u2014 jusqu\u2019au d\u00e9s\u00e9quilibre affol\u00e9 que la langue seule peut approcher dans l\u2019indicible.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p><em>\u00ab<\/em>\u2009<em>Que tues-tu quand tu tues ce qui nous constituait<\/em>\u2009<em>?<\/em>\u2009<em>\u00bb<\/em><\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Alors, l\u2019antique parole <em>contra<\/em>, le contrapuntique est le\u00e7on politique, qui rend des points \u00e0 la pseudo-d\u00e9mocratie qui voudrait, selon le mot de Godard, donner la moiti\u00e9 du <em>temps de parole<\/em> \u00e0 Hitler, et l\u2019autre moiti\u00e9 aux Juifs, pour se satisfaire d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9e. Dans le jeu d\u2019in\u00e9quivalence qui s\u2019\u00e9tablit plut\u00f4t dans ce champ de bataille, de ruines, si la parole d\u2019Audrey l\u2019emporte, c\u2019est aussi en vertu de sa puissance vengeresse. Car insidieusement, le th\u00e9\u00e2tre de Rambert rencontre le fracas de nos jours. La pi\u00e8ce poss\u00e8de soudain et malgr\u00e9 elle les \u00e9chos des luttes f\u00e9ministes de ces derni\u00e8res ann\u00e9es : la vague #MeeToo, les prises de paroles contre les violences faites aux femmes dans tous les milieux, le d\u00e9compte des f\u00e9minicides sur les murs des villes. Avec Audrey Bonnet s&rsquo;entend la voix du f\u00e9minisme de combat, celui par exemple d\u2019Elsa Dorlin ((Elsa Dorlin, <em><a href=\"https:\/\/editionsladecouverte.fr\/catalogue\/index-Se_d__fendre-9782355221101.html\">Se d\u00e9fendre<\/a><\/em>, La D\u00e9couverte, 2018)),  de Mona Chollet ((Mona Cholet <em><a href=\"https:\/\/editionsladecouverte.fr\/catalogue\/index-Sorci__res-9782355221224.html\">Sorci\u00e8res<\/a><\/em>, La D\u00e9couverte, 2019)), ou des radicalit\u00e9s de Judith Butler ((Judith Butler, <em><a href=\"https:\/\/editionsladecouverte.fr\/catalogue\/index-Trouble_dans_le_genre-9782707150189.html\">Troubles dans le genre<\/a><\/em>, La D\u00e9couverte, 1990)), de Despentes ((Virginie Despentes, <a href=\"https:\/\/www.grasset.fr\/livres\/king-kong-theorie-9782246686118\"><em>King Kong Th\u00e9orie<\/em>,<\/a> Grasset, 2006)), de Coffin ((Alice Coffin, <em><a href=\"https:\/\/www.grasset.fr\/livres\/le-genie-lesbien-9782246821779\">Le G\u00e9nie Lesbien<\/a><\/em>, Grasset, 2020)) \u2013&nbsp;des voix vives qui semblent dessiner les signes les plus f\u00e9conds des \u00e9mancipations collectives. La pi\u00e8ce \u00e9crite en 2010 les pr\u00e9c\u00e8de, ou les pressentait. Alors, peu \u00e0 peu, on \u00e9coute la voix d&rsquo;Audrey parmi ces voix et ce combat prend corps dans le champ de bataille de l\u2019\u00e9poque. Ce n&rsquo;est plus une histoire d&rsquo;amour et de couple, mais une lutte plus vaste dont l&rsquo;enjeu est bien de r\u00e9\u00e9crire l&rsquo;Histoire, jusqu&rsquo;alors compos\u00e9 par les hommes. Si Stan a commenc\u00e9 l&rsquo;entreprise de d\u00e9molition, c&rsquo;est en racontant d&rsquo;abord. La prise de parole de la femme na\u00eet sur ces ruines et ces violences : il s&rsquo;agit de reprendre la main. D&rsquo;o\u00f9 cette puissance de vengeance sous la contre-offensive. Cette main arm\u00e9e par les autres puissances f\u00e9minines fait entendre <em>l&rsquo;autre<\/em> histoire, qu&rsquo;on tait, qu&rsquo;on minore, qu&rsquo;on entrave. Elle dit la dignit\u00e9, elle dit surtout qu&rsquo;on ne s&rsquo;en tiendra pas au silence que veut imposer l&rsquo;homme, que ce silence a voix et corps, qu&rsquo;il prend corps. Qu&rsquo;il se dresse comme une lutte, refusant l&rsquo;apaisement, m\u00e8ne la guerre au nom de la guerre men\u00e9e contre elle. Cette syntaxe politique qui exc\u00e8de la fable amoureuse n&rsquo;est pas dans le texte Rambert, mais dans tout ce qui l&rsquo;entoure, dans tout ce qui nous entoure cet automne 2020. Le texte se laisse non recouvrir par cela, plut\u00f4t porter, et emporter avec d&rsquo;autant plus de n\u00e9cessit\u00e9 rageuse et de f\u00e9rocit\u00e9 vengeresse \u2014 et donc salutaire \u2014 qu&rsquo;il ne s&rsquo;en laisse pas r\u00e9duire.<\/p>\n\n\n\n<p>Si la fin r\u00e9\u00e9crit Tchekov \u2013 l&rsquo;appel au travail, \u00e0 ce qu&rsquo;il faut travailler, \u00e0 ce qui reste \u00e0 travailler \u2013, c&rsquo;est bien dans la mesure d&rsquo;une projection, d&rsquo;un d\u00e9bordement du spectacle qui fait signe faussement vers le th\u00e9\u00e2tre (l&rsquo;usage des pr\u00e9noms des acteurs, l&rsquo;allusion \u00e0 leur m\u00e9tier d&rsquo;artiste), pour affecter l&rsquo;ensemble de l&rsquo;usage du monde : un monde \u00e0 travailler, contre lui, et dans ses d\u00e9chirures m\u00eames, au nom des promesses qu&rsquo;il porte.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u2009J\u2019esp\u00e8re que tu as une vie int\u00e9rieure.\u2009\u00bb On entend presque \u00ab&nbsp;ant\u00e9rieure \u00bb. Pour la vie \u00e0 venir, le corps d\u2019Audrey se tient, droit et digne, pour en figurer le serment, d\u00e9j\u00e0 la puissance, la souveraine libert\u00e9.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image is-style-default\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"484\" height=\"664\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/cloturedelamour12-1.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-4300\"\/><\/figure>\n<\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Cl\u00f4ture de l&rsquo;amour, texte et mise en sc\u00e8ne de Pascal Rambert, octobre 2020, th\u00e9\u00e2tre Joliette de Marseille.<\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":4295,"menu_order":0,"template":"","categorie_article":[27],"class_list":["post-4294","article","type-article","status-publish","has-post-thumbnail","hentry","categorie_article-critique"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/article\/4294","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/article"}],"about":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/types\/article"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/media\/4295"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=4294"}],"wp:term":[{"taxonomy":"categorie_article","embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/categorie_article?post=4294"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}