


{"id":4372,"date":"2020-11-24T21:25:24","date_gmt":"2020-11-24T20:25:24","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/?p=4372"},"modified":"2020-11-24T21:25:24","modified_gmt":"2020-11-24T20:25:24","slug":"chutes-dune-vie","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/chutes-dune-vie\/","title":{"rendered":"Chutes d&rsquo;une vie"},"content":{"rendered":"\n<p><strong><em>Int\u00e9rieur\u00a0: Table (Sur le jour fugace) <\/em>est la nouvelle cr\u00e9ation de la Cie Emile Saar dont la cr\u00e9ation est report\u00e9e au printemps prochain, mais se donnait \u00e0 voir pour une poign\u00e9e de gens.<\/strong><\/p>\n\n\n<p><em>Int\u00e9rieur\u00a0: Table (sur le jour fugace) <\/em>se donnait \u00e0 voir le 23 novembre devant un petit comit\u00e9 au Th\u00e9\u00e2tre du Merlan. Et d\u2019une certaine mani\u00e8re, ce spectacle r\u00e9sonnait bien avec cette salle \u00e9trange, faite de \u00ab\u00a0pros\u00a0\u00bb, comme on dit\u00a0: On y cherche la vie. Elle arrive par bout, par morceaux, l\u00e0 o\u00f9 la citation, le souvenir, ou disons simplement le th\u00e9\u00e2tre arrive \u00e0 l\u2019arracher de la r\u00e9p\u00e9tition. Fugace oui, c\u2019est fugace, la vie et sa manifestation. On vacille ainsi entre ces fugacit\u00e9s et un abandon \u00e0 ce qui a \u00e9t\u00e9, ou plut\u00f4t on se surprend de trouver de la vie l\u00e0 o\u00f9 tout a \u00e9t\u00e9. C\u2019est \u00e0 partir de ces repas de famille o\u00f9 on ne sait plus qui est p\u00e8re, qui est fille, qui est m\u00e8re, qui est fils, c\u2019est \u00e0 partir de cette d\u00e9prime, d\u2019un espoir pass\u00e9, mort, ou d\u2019une socialit\u00e9 moche de bourgeois toujours pr\u00e8s du fascisme et que quelque chose retourne comme une chaussette, que surgit un \u00e9lan de vie, inattendu. Tout \u00e0 coup cela danse, \u00e7a danse une valse ou un Madison, il y a des joies qui traversent l\u2019air et \u00e7a chute. Ils chutent souvent, Anne-Sophie Derouet et Vincent Joly, tous deux d\u2019une pr\u00e9cision folle, on a tendance d\u2019\u00eatre fascin\u00e9 par cette virtuosit\u00e9. Cette virtuosit\u00e9 m\u00eame dans la chute, ils dansent en chutant. Et ce spectacle qui est fait de morceaux de cin\u00e9ma rejou\u00e9s, on pourrait dire par des chutes d\u2019un film d\u2019une vie ou de plusieurs vies (mais n\u2019avons-nous pas tous plusieurs vies\u00a0? Et quand on regarde ces chutes de vies, ne se dit-on pas cela pourrait \u00eatre la mienne\u00a0?), ce spectacle de chutes met ces morceaux en danse. Une danse un peu folle dans une lenteur tranquille. Cela tourne et on perd le file quand on veut en tenir un. Mais n\u2019est-ce pas cela aussi notre vie\u00a0? Nous ne ma\u00eetrisons rien et on veut nous faire croire que nous sommes responsables. Alors qu\u2019il n\u2019y a que des moments.<\/p>\n\n\n<p>Marie Lelardoux nous met devant cela et renoue ainsi avec cette exp\u00e9rience si intime de vivre qui est condamn\u00e9 \u00e0 notre solitude. Les trois com\u00e9dien.ne.s \u2013 je n\u2019ai pas encore nomme Johana Giacardi alias \u00ab&nbsp;Jojo&nbsp;\u00bb qui est l\u00e0 et pousse des tables comme on les poussera jusqu\u2019\u00e0 la fin des jours, ou plut\u00f4t jusqu\u2019\u00e0 la mort qui nous attend comme elle a attendu cette grande-m\u00e8re, et qui nous jettera dans le noir \u2013 les trois com\u00e9dien.n.es esquissent dans ce noir, qui suit la mort, un regard, \u00e9clair\u00e9 par une allumette, vers le public, mais ils ne semblent rien y avoir. Une deuxi\u00e8me tentative plus tard&nbsp;: \u00ab&nbsp;What\u2019s your name&nbsp;?&nbsp;How are you&nbsp;?&nbsp;\u00bb Rien.<\/p>\n\n\n<p>Il n\u2019y a donc pas \u00e0 esp\u00e9rer de pouvoir \u00e9chapper \u00e0 cette solitude. Nous ne pourrons savoir comment l\u2019autre vit sa vie, ni lui expliquer. Il n\u2019y a qu\u2019\u00e0 agencer des signes et voir ce qui passe la rampe. Marie Lelardoux nous a mis devant des signes et c\u2019est dans leurs multiplicit\u00e9s et dans leur r\u00e9gime qui n\u2019est pas soumis \u00e0 une quelconque lin\u00e9arit\u00e9 narrative, que nous sommes devant quelque chose qui est de nos vies, de nos solitudes. Nous pouvons \u00eatre seuls \u00e0 plusieurs. Et cela fait du bien d\u2019\u00eatre devant du th\u00e9\u00e2tre qui ne veut pas nous faire croire \u00e0 la messe et la communion la\u00efque. Et cela \u00e9tait la r\u00e9ponse n\u00e9cessaire \u00e0 cette pratique sociale du th\u00e9\u00e2tre qui nous dit\u00a0: \u00ab\u00a0Cela fait du bien de se retrouver ensemble dans une salle, cela fait longtemps.\u00a0\u00bb Oui, cela fait du bien, et cela est aussi douloureux, mais pas pour nous retrouver, mais pour faire une exp\u00e9rience qui ne pourrait se faire ailleurs. Pour se retrouver, on a des bars, si on en a, pas des th\u00e9\u00e2tres.<\/p>\n\n\n<p>Au milieu de tout cela, il y a la table et c\u2019est bien autour de la table qu\u2019on tente toujours \u00e0 nouveau de se parler, de briser cette solitude, tendre vers l\u2019autre, et on ressasse cela, peut-\u00eatre toute notre vie. On pousse la table dans un autre coin du plateau, dans une autre pi\u00e8ce, marqu\u00e9 au sol. On rejoue des sc\u00e8nes de cin\u00e9ma, on double les voix pour refaire le chemin de la vie qui y \u00e9tait, on d\u00e9cline ce geste, cette traque d\u2019un instant, jusqu\u2019\u00e0 l\u2019infini. Et peut-\u00eatre c\u2019est quand on a oubli\u00e9 le r\u00e9f\u00e9rent, quand on a oubli\u00e9 ce que la vie devrait \u00eatre, ce qui a \u00e9t\u00e9 film\u00e9 par des femmes et hommes de cin\u00e9ma qui ont capt\u00e9 cette instant, que la vie surgit l\u00e0 devant nous, fugacement. Et on se dit que sans doute cela parle du th\u00e9\u00e2tre et que nous ne ma\u00eetrisons jamais quand la vie y est ou non. Elle surgit.<\/p>\n\n\n<p>Rare le th\u00e9\u00e2tre o\u00f9 on s\u2019arr\u00eate si longuement sur quelqu\u2019un qui prend quelqu\u2019un d\u2019autre dans ses bras, o\u00f9 on s\u2019arr\u00eate si longuement sur deux qui vident leurs assiettes de soupe sans soupe, o\u00f9 un homme repose un \u00e0 un des fleurs fan\u00e9s dans une vase pour faire un bouquet, c\u2019est que la grande m\u00e8re est morte\u00a0; ces gestes, ces petites gestes qui font et fondent notre existence, nos peines et nos joies. Elles sont ici toujours plac\u00e9es quelque part gr\u00e2ce au travail de Josef Amerveil au son et B\u00e9atrice Kordon \u00e0 la lumi\u00e8re, et en m\u00eame temps, ils sont toujours ailleurs. Il y a sans cesse cette tension entre un ici et un ailleurs qui est \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans <em>Int\u00e9rieur \u2013 table (Sur le jour fugace)<\/em> et on est ballott\u00e9 de l\u2019un \u00e0 l\u2019autre.<\/p>\n\n\n<p>Enfin, rare aujourd&rsquo;hui un th\u00e9\u00e2tre qui ne nous dit pas quoi comprendre, quoi penser.<\/p>\n\n\n<p>Merci.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Int\u00e9rieur : Table (Sur le jour fugace) est la nouvelle cr\u00e9ation de la Cie Emile Saar dont la cr\u00e9ation est report\u00e9e au printemps prochain, mais se donnait \u00e0 voir pour une poign\u00e9e de gens.<br \/>\nPar Malte Schwind<\/p>\n","protected":false},"author":5,"featured_media":4374,"menu_order":0,"template":"","categorie_article":[27],"class_list":["post-4372","article","type-article","status-publish","has-post-thumbnail","hentry","categorie_article-critique"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/article\/4372","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/article"}],"about":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/types\/article"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/users\/5"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/media\/4374"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=4372"}],"wp:term":[{"taxonomy":"categorie_article","embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/categorie_article?post=4372"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}