


{"id":4562,"date":"2021-02-23T13:24:21","date_gmt":"2021-02-23T12:24:21","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/?p=4562"},"modified":"2022-09-19T18:42:04","modified_gmt":"2022-09-19T16:42:04","slug":"la-promenade-de-walser-par-malte-schwind-les-dehors-de-lhomme-interieur","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/la-promenade-de-walser-par-malte-schwind-les-dehors-de-lhomme-interieur\/","title":{"rendered":"La promenade de Walser, par Malte Schwind | les dehors de l\u2019homme int\u00e9rieur"},"content":{"rendered":"\n<h6 class=\"wp-block-heading\"><em>La Promenade<\/em>, d\u2019apr\u00e8s Robert Walser,&nbsp;traduction Marion Graf-Schneider et Bernard Lortholary, Cie <a href=\"http:\/\/endevenir2.fr\">En Devenir 2<\/a>, Mise en sc\u00e8ne Malte Schwind, Avec Ya\u00eblle Lucas, Na\u00efs Desiles &amp; Lauren Lenoir, Assistant et dramaturgie Mathilde Soulheban \/ Son Jules Bourret \/ Lumi\u00e8re Iris Julienne \/ Costumes Sara Bartesaghi-Gallo<\/h6>\n\n\n\n<p>Par Arnaud Ma\u00efsetti<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-embed aligncenter is-type-video is-provider-vimeo wp-block-embed-vimeo wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio\"><div class=\"wp-block-embed__wrapper\">\nhttps:\/\/vimeo.com\/315960180\n<\/div><\/figure>\n\n\n\n<p>&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Ce qui bouleverse le plus, dans ce th\u00e9\u00e2tre, tient peut-\u00eatre \u00e0 ce simple geste <em>d\u2019aller<\/em> et d\u2019exposer, dans l\u2019incertain, mais fermement, ce qu\u2019il en est de soi quand on s\u2019affronte au dehors. C\u2019est un th\u00e9or\u00e8me radical. Travail du th\u00e9\u00e2tre quand il est \u00e0 l\u2019\u00e9pure&nbsp;: (s\u2019)\u2009exposer aux autres, avancer son corps un pas apr\u00e8s l\u2019autre, comme des mots, comme des mains dans le noir&nbsp;: lancer au-devant de soi-m\u00eame ce qu\u2019on ignore de soi. Travail \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans nos vies&nbsp;: aller et <em>quoi<\/em>\u2009? Faire de la rencontre \u2014 des autres, des accidents qui sur le chemin nous feront tr\u00e9bucher, ou qu\u2019on enjambera \u2014 la mati\u00e8re froiss\u00e9e de l\u2019existence. La mati\u00e8re, oui, et vive. Le spectacle de Malte Schwind, pr\u00e9sent\u00e9 dans les conditions que l\u2019on sait (contrevenant \u00e0 l\u2019id\u00e9e m\u00eame que l\u2019on se fait du th\u00e9\u00e2tre, \u00ab&nbsp;cet art de la rencontre&nbsp;\u00bb, disait Grotowski), s\u2019expose \u00e0 cette exposition-l\u00e0. Saisissant Walser \u00e0 la lettre, celle qu\u2019il \u00e9crit, dans cette nouvelle d\u2019une radicale nudit\u00e9 dont la fable tient toute enti\u00e8re dans son titre \u2014 une <em>Promenade<\/em> \u2014, ce th\u00e9\u00e2tre voudrait non pas reconstituer l\u2019\u0153uvre source, plut\u00f4t la prolonger en l\u2019habitant&nbsp;: soulever la le\u00e7on enclose, en tirer toutes les cons\u00e9quences, et d\u2019abord celle-ci, d\u00e9chirante&nbsp;: \u00ab&nbsp;Ce que nous comprenons et aimons nous comprend et nous aime aussi. Je n\u2019\u00e9tais plus moi-m\u00eame, j\u2019\u00e9tais un autre, mais pour cette raison m\u00eame je n\u2019en \u00e9tais que davantage moi-m\u00eame. Dans cette douce lumi\u00e8re de l\u2019amour, je croyais pouvoir constater ou devoir \u00e9prouver que l\u2019homme int\u00e9rieur est le seul qui existe vraiment&nbsp;\u00bb.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>La promenade. Davantage qu\u2019un titre, ou qu\u2019un simple mouvement, est une \u00e9thique. C\u2019est sortir de chez soi, c\u2019est \u2014 sans raison valable en dehors du d\u00e9sir, de l\u2019ennui, et du d\u00e9s\u0153uvrement \u2014 aller. <em>La Promenade<\/em> est l\u2019\u0153uvre du d\u00e9s\u0153uvrement&nbsp;: celle qui refuse de faire de l\u2019\u0153uvre une structure et qui choisit justement de renoncer \u00e0 l\u2019architecture nette et ample de l\u2019\u0153uvre pour \u00e9pouser le mouvement librement consenti \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de l\u2019accidentel et livr\u00e9 au hasard.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Un matin, l\u2019envie me prenant de faire une promenade, je mis le chapeau sur la t\u00eate et, en courant, quittai le cabinet de travail ou de fantasmagorie pour d\u00e9valer l\u2019escalier et me pr\u00e9cipiter dans la rue. Pour autant que je m\u2019en souvienne, je me trouvai, en d\u00e9bouchant dans la rue vaste et claire, d\u2019une humeur aventureuse et romantique qui m\u2019emplit d\u2019aise. Le monde matinal qui s\u2019\u00e9talait devant moi me parut si beau que j\u2019eus le sentiment de le voir pour la premi\u00e8re fois\u2026<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi commence la nouvelle. C\u2019est donc quitter \u00ab&nbsp;le travail&nbsp;\u00bb pour son envers, renoncer \u00e0 l\u2019\u00e9criture et aller \u2014 l\u2019\u00e9criture ne pourrait \u00eatre que le contraire d\u2019aller, le contraire du dehors, cette int\u00e9riorit\u00e9 rong\u00e9e par le dedans. \u00ab&nbsp;Haine de l\u2019int\u00e9riorit\u00e9&nbsp;\u00bb, disait souvent Deleuze. C\u2019est porter cette haine, dans la douceur et m\u00eame dans la joie. C\u2019est ne pas se mettre en qu\u00eate \u2014 c\u2019est errer. Mais, et c\u2019est le vertige de l\u2019\u0153uvre de Walser, ce qu\u2019on lit est pourtant <em>une \u0153uvre<\/em>, \u00e9crite et compos\u00e9e. Le texte le rappellera, s\u2019adressera ici et l\u00e0 au(x) cher(s) lecteur(s), qu&rsquo;on prendra \u00e0 t\u00e9moin&nbsp;: on superposera l\u2019illusion de vie d\u2019une promenade \u00e9prouv\u00e9e&nbsp; avant le travail d\u2019\u00e9criture qui la relatera au pr\u00e9sent d&rsquo;une \u00e9criture qui la traverse aussi. Se lit d\u00e8s lors comme une m\u00e9taphore&nbsp;: l\u2019\u00e9criture comme promenade elle-m\u00eame, fantasmagorique, qui dit renoncer \u00e0 l\u2019\u00e9criture pour mieux y revenir \u00e0 neuf, jouer de la repr\u00e9sentation qui tout \u00e0 la fois dit ce qu\u2019elle n\u2019est pas, et fait ce qu\u2019elle dit vouloir renoncer.<\/p>\n\n\n\n<p>N\u2019est-ce pas un semblable paradoxe quand le th\u00e9\u00e2tre choisit de \u00ab&nbsp;repr\u00e9senter&nbsp;\u00bb la promenade de <em>La Promenade<\/em>. O\u00f9 est l\u2019\u00e9criture quand elle est parl\u00e9e\u2009? O\u00f9, le narrateur\u2009? Dans la voix, tripl\u00e9e par trois actrices qui joueront chacune \u00e0 essayer cette voix premi\u00e8re, diffuse\u2009; ou \u00e0 s\u2019essayer au narrateur, \u00e0 la narration&nbsp;: \u00e0 jouer \u00e0 <em>La Promenade<\/em>. Trois actrices pour refuser trois fois l\u2019incarnation univoque \u2014 mais trois fois diff\u00e9remment \u2014, et travailler \u00e0 des hypoth\u00e8ses, chaque fois recommenc\u00e9es, travaill\u00e9es par la singularit\u00e9 des trois corps, comme autant d\u2019essais qui prendraient le risque de s\u2019exposer \u00e0 l\u2019\u00e9criture, de faire le contraire de l\u2019incarnation \u2014 mais on manque de mots. On expose la parole comme on l\u2019\u00e9crirait avec les doigts sur une paroi&nbsp;: et c\u2019est elle qui en retour nous lirait.<\/p>\n\n\n\n<p>Et puis, dans ce th\u00e9\u00e2tre, o\u00f9 sont les rues, les enseignes de la boulangerie, les terrasses des caf\u00e9s, les bords du canal, les prairies enchant\u00e9es, les f\u00e2cheux qu\u2019on rencontre en chemin, les chiens inqui\u00e9tants, leurs ma\u00eetres dociles\u2009? Il n\u2019y a qu\u2019un plateau, et il est nu&nbsp;: il n\u2019y a toujours que le m\u00eame paysage, et il est toujours \u00e9gal \u00e0 lui-m\u00eame. C\u2019est l\u2019autre paradoxe, et c\u2019est l\u2019autre force, dans l\u2019\u00e9vidence qu\u2019elle expose, le risque aussi auquel ce th\u00e9\u00e2tre s\u2019expose. Cette nudit\u00e9 dans laquelle ce th\u00e9\u00e2tre se dit, n\u2019est pourtant pas le corps \u00e9ventr\u00e9 d\u2019un plein, le retranchement. Plut\u00f4t tiss\u00e9e dans l\u2019\u00e9paisseur sensible. Une grande toile blanche est ainsi lev\u00e9e face \u00e0 nous&nbsp;: on se souvient qu\u2019elle se dressait d\u00e9j\u00e0 en fond de sc\u00e8ne, dans un pr\u00e9c\u00e9dent spectacle. Mais l\u00e0 o\u00f9, pour <em>Tentative de fugue<\/em>, elle semblait la m\u00e9taphore d\u2019une voile pr\u00eate \u00e0 emporter <em>vers d\u2019autres batailles, d\u2019autres Bastilles<\/em>, ici elle para\u00eet se lever pour elle-m\u00eame, support de la parole, pur aplat de blancheur sur quoi se pose les yeux, mati\u00e8re. Ainsi la mati\u00e8re miroitant d\u2019or qui de nouveau se dressait pour supporter les <em>M\u00e9tamorphoses<\/em> d\u2019Ovide vues quelques semaines auparavant sur ce m\u00eame plateau (reste \u00e0 pr\u00e9ciser que <em>Les M\u00e9tamorphoses<\/em> ont \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9es apr\u00e8s <em>La Promenade<\/em>, m\u00eame si la sc\u00e9nographie a \u00e9t\u00e9 l\u2019objet d\u2019une refonte au moment de la reprise, cet hiver&nbsp;2021) \u2014 d\u00e9sormais, plus d\u2019or, seulement le blanc d\u2019une page qui n\u2019est pas une page, d\u2019une voile qui ne d\u00e9signe qu\u2019elle m\u00eame. L\u2019effacement de l\u2019all\u00e9gorie fait danser plut\u00f4t la sensation de la mati\u00e8re. Le fait, fragile et d\u00e9sarmant, de ne s\u2019armer que des signes tangibles que le th\u00e9\u00e2tre offre&nbsp;: un sol, des murs, la lumi\u00e8re diffuse et pr\u00e9cise, sans effet, aucun autre artefact que le corps d\u2019actrices dignes de porter cette voix comme leur visage, nu.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, presque deux heures, on ira. Non, c\u2019est faux&nbsp;: nous, on restera l\u00e0. C&rsquo;est la parole ira pour dir les rencontres, celles qui ravissent, justifient le jour, celles qui minent, celles qui agressent. On pourrait retracer le chemin. Le banquier \u00e0 qui il faut rendre des comptes\u2009; cette femme crois\u00e9e qui, \u00e9videmment aura \u00e9t\u00e9 actrice dans le pass\u00e9, tout en elle le dit (ce sera faux)\u2009; le d\u00e9jeuner mondain, annonc\u00e9 <em>\u00e0 la bonne franquette<\/em> mais durant laquelle la politesse sera une autorit\u00e9 polici\u00e8re&nbsp;: faire honneur au repas comme ali\u00e9nation\u2009; la marche seule\u2009; les r\u00eaves qui passent\u2009; les pens\u00e9es qui se chassent\u2009; les rencontres de grand chemin, inqui\u00e9tantes, quasi fantastiques\u2009; les silhouettes des ouvriers\u2009; le soir qui tombe\u2009; la vie qui s\u2019\u00e9loigne et qu\u2019on rejoint tout \u00e0 la fois. Chaque \u00e9v\u00e9nement n\u2019existe que pour lui-m\u00eame, refuse joyeusement de dessiner une trajectoire \u00e9difiante. Non, il n\u2019y a pas de morale. Il y a l\u2019arbitraire de signes qui se bousculent et qui ne sont que des corps, des occasions de rencontres, mais jamais la rencontre n\u2019\u00e9choue, parce qu\u2019il n\u2019est pas question de la r\u00e9ussir.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Non, ce qui s\u2019essaie, dans chacune de ces rencontres, c\u2019est la possibilit\u00e9 de l\u2019autre. Et celle de soi. Dans ce faisceau de croisements, la rencontre est toujours cette \u00e9preuve \u2014 m\u00eame douce, m\u00eame tendre \u2014 d\u2019une exposition de soi au risque de l\u2019autre, et de l\u2019autre \u00e0 son propre risque. On se livre, bien s\u00fbr, partiellement, mais pour Walser, chaque partie de soi porte son tout qu\u2019elle emporte&nbsp;: alors, on se livre. On s\u2019y d\u00e9couvre, on s\u2019y r\u00e9v\u00e8le. On s\u2019essaie \u00e0 cette r\u00e9v\u00e9lation. On n\u2019est pas le m\u00eame face au banquier, face \u00e0 ce chien (quoique), \u00e0 l\u2019inqui\u00e9tant Tomsack, ou \u00e0 la s\u00e9duisante actrice (qui n\u2019en est pas une). Non qu\u2019on triche, qu\u2019on mente&nbsp;: on joue plut\u00f4t, comme un acteur des r\u00f4les en lesquels on est tout entier soi-m\u00eame. \u00ab&nbsp;On \u00e9crit qu\u2019avec du soi&nbsp;\u00bb, disait Barthes. Ainsi est-on, <em>dans la vie<\/em> qu\u2019on n\u2019\u00e9crit plus, face \u00e0 l\u2019autre qui nous \u00e9crit&nbsp;: on ne rencontre l\u2019autre qu\u2019avec ce soi qu\u2019on \u00e9prouve douloureusement comme manquant, ou excessif, comme d\u00e9solant, ou ajust\u00e9. Alors toutes les rencontres racontent l\u2019histoire de malentendus qu\u2019il ne s\u2019agit pas de r\u00e9duire, plut\u00f4t d\u2019entendre \u00e0 cette mesure.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Haine de l\u2019int\u00e9riorit\u00e9&nbsp;\u00bb\u2009? \u2013 mise \u00e0 l\u2019\u00e9preuve de soi, o\u00f9 la banalit\u00e9 de la promenade rejoint une sorte d\u2019exp\u00e9rience profond\u00e9ment m\u00e9taphysique, mais sans transcendance, sans salut jamais. Sans d\u2019autres horizons que le soir, qui est moins la fin que l\u2019arr\u00eat\u2009; demain recommencera tout. Haine, mais sans violence. \u00ab&nbsp;L\u2019homme int\u00e9rieur est le seul qui existe vraiment&nbsp;\u00bb, dit le narrateur \u2014 et on ne peut comprendre cette phrase que si on la compl\u00e8te par l\u2019ensemble de <em>La Promenade<\/em>, dans laquelle l\u2019homme int\u00e9rieur n\u2019existe qu\u2019\u00e0 la rencontre, dehors, d\u2019autres que lui-m\u00eame. Miroitement de soi, d\u00e9chirure&nbsp;: s\u00e9paration qui seule donne \u00e0 voir et penser l\u2019int\u00e9rieur, depuis le dehors.<\/p>\n\n\n\n<p>Et c\u2019est le th\u00e9\u00e2tre qui, exposant cette d\u00e9chirure \u2014 entre l\u2019\u0153uvre \u00e9crite et l\u2019artifice qu\u2019elle offre d\u2019\u00eatre une discussion\u2009; entre le dehors et le dedans, entre l\u2019autre et soi, entre le narrateur et les actrices, entre les rencontres (d\u2019\u00eatres que le plateau ne proposera jamais : demeureront invisibles) et la pens\u00e9e qui s\u2019en saisit \u2014, expose aussi son propre drame&nbsp;: s\u2019exposer \u00e0 la vue d\u2019autres que lui-m\u00eame, faire l\u2019\u00e9preuve de la rencontre. Nous sommes, spectateurs, l\u2019autre de ce th\u00e9\u00e2tre, le dehors de ce dedans. Ou plut\u00f4t, nous partageons de part et d\u2019autre l\u2019exposition \u00e0 la rencontre, le risque qu\u2019elle n\u2019ait pas lieu&nbsp;: n\u2019est-ce pas cela le d\u00e9sir du th\u00e9\u00e2tre, son \u00e9preuve\u2009? Les actrices travaillent ainsi une adresse int\u00e9rieure, plut\u00f4t que de nous livrer des paroles, elles se confrontent, au travail avec elles-m\u00eames, dans la parole avec laquelle elles s\u2019entretiennent&nbsp;: miroitement l\u00e0 encore des mots et des adresses, non pas jet\u00e9es sur et pour nous, comme si nous en \u00e9tions destinataires, mais expos\u00e9es face \u00e0 nous, afin qu\u2019on en fasse l\u2019exp\u00e9rience \u00e0 notre tour.<\/p>\n\n\n\n<p>Spectacle promen\u00e9 en nous. Spectacle d\u2019une exp\u00e9rience singuli\u00e8re de la d\u00e9rive, o\u00f9 il ne s\u2019agit pas de tout comprendre, de tout saisir, de tout entendre, mais de traverser l\u2019allure de la promenade, ses allures et ses promesses parfois non tenues, parfois ajust\u00e9es enti\u00e8rement \u00e0 un d\u00e9sir. Spectacle pendant lequel on r\u00eave, duquel nous sortons, en lequel nous entrons de nouveau, apr\u00e8s avoir err\u00e9 en nous, en dehors de nous aussi comme errant dans les pens\u00e9es vagabondes. Oui, spectacle qui nous donne la possibilit\u00e9 de r\u00eaver, de ne plus entendre <em>tout \u00e0 fait<\/em> ce qu\u2019on nous dit \u2014 mais est-ce qu\u2019on nous le dit ou est-ce qu\u2019on le dit \u00e0 cette part de nous capable de l\u2019entendre, et si on ne l\u2019entend pas, peu importe au fond, ce sera pour une autre fois, un autre jour, une autre rencontre&nbsp;: nul mal \u00e0 cela. Spectacle qui fait promener en soi les pens\u00e9es, partant \u00e0 la rencontre d\u2019autres. Spectacle qu\u2019on rencontre comme on fait la rencontre de l\u2019ami avec qui on reprend la conversation de la veille, ou du mois pass\u00e9, du dernier spectacle. On comprend dans la mesure o\u00f9 on se croit compris. On se croit \u00e9couter, \u00e0 la mesure de l&rsquo;\u00e9coute de ces mots. On rencontre ce qui en nous permet qu\u2019on rencontre l\u2019autre.<\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab\u2009Ce que nous comprenons et aimons nous comprend et nous aime aussi. Je n\u2019\u00e9tais plus moi-m\u00eame, j\u2019\u00e9tais un autre, mais pour cette raison m\u00eame je n\u2019en \u00e9tais que davantage moi-m\u00eame. Dans cette douce lumi\u00e8re de l\u2019amour, je croyais pouvoir constater ou devoir \u00e9prouver que l\u2019homme int\u00e9rieur est le seul qui existe vraiment&nbsp;\u00bb.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Si la solitude ne nous quitte pas, nous ne sommes pourtant pas seuls. Au fond de nous, se prom\u00e8nent les pens\u00e9es joyeuses et graves qui poursuivent le dialogue avec le dehors de nous-m\u00eames. Au moment de partir, de reprendre la route, l\u2019homme int\u00e9rieur qui nous peuple salue longuement, en regardant le plateau noir, ce dehors par lequel l\u2019existence peut <em>vraiment<\/em> avoir lieu.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.insense-scenes.net\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/IMG_9995-1024x768.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-4566\"\/><\/figure>\n\n\n\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La Promenade, d\u2019apr\u00e8s Robert Walser,&nbsp;traduction Marion Graf-Schneider et Bernard Lortholary, Cie En Devenir 2, Mise en sc\u00e8ne Malte Schwind, Avec Ya\u00eblle Lucas, Na\u00efs Desiles &amp; Lauren Lenoir, Assistant et dramaturgie Mathilde Soulheban \/ Son Jules Bourret \/ Lumi\u00e8re Iris Julienne \/ Costumes Sara Bartesaghi-Gallo Par Arnaud Ma\u00efsetti &nbsp; Ce qui bouleverse le plus, dans ce th\u00e9\u00e2tre, tient peut-\u00eatre \u00e0 ce simple geste d\u2019aller et d\u2019exposer, dans l\u2019incertain, mais fermement, ce qu\u2019il en est de soi quand on s\u2019affronte au dehors.<\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":4563,"menu_order":0,"template":"","categorie_article":[27],"class_list":["post-4562","article","type-article","status-publish","has-post-thumbnail","hentry","categorie_article-critique"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/article\/4562","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/article"}],"about":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/types\/article"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/media\/4563"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=4562"}],"wp:term":[{"taxonomy":"categorie_article","embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/categorie_article?post=4562"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}