


{"id":4700,"date":"2021-07-06T12:56:32","date_gmt":"2021-07-06T10:56:32","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/?p=4700"},"modified":"2021-07-06T12:56:32","modified_gmt":"2021-07-06T10:56:32","slug":"item-le-theatre-du-radeau-la-vie-ne-suffira-pas","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/item-le-theatre-du-radeau-la-vie-ne-suffira-pas\/","title":{"rendered":"Item, Le th\u00e9\u00e2tre du Radeau | la vie ne suffira pas"},"content":{"rendered":"\n<p><\/p>\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><small><em>Item<\/em>, mise en sc\u00e8ne de Fran\u00e7ois Tanguy,<br \/>avec Laurence Chable, Frode Bj\u00d8rnstad, Martine Dupr\u00e9, Erik Gerken, Vincent Joly<br \/>Bois de L\u2019Aune, Aix-en-Provence, le 30 juin 2021<\/small><\/p>\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n<figure class=\"wp-block-embed is-type-rich is-provider-prise-en-charge-des-contenus-embarques wp-block-embed-prise-en-charge-des-contenus-embarques wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio\"><div class=\"wp-block-embed__wrapper\">\n<iframe loading=\"lazy\" title=\"The\u0301a\u0302tre du Radeau \u2013 Item [TEASER]\" width=\"500\" height=\"281\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/2qinu8E1BW0?feature=oembed\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share\" referrerpolicy=\"strict-origin-when-cross-origin\" allowfullscreen><\/iframe>\n<\/div><\/figure>\n\n\n<p><small><em><strong>C\u2019est la fin. Quand les lumi\u00e8res s\u2019allument, apr\u00e8s le noir, que tout se dissipe, que les acteurs, salu\u00e9s, ont salu\u00e9, que tout est vide devant nous, que la poussi\u00e8re est retomb\u00e9e sur le bric-\u00e0-brac de tables et de chaises, de cadres dress\u00e9s, de poussi\u00e8re, que les premiers rangs ont d\u00e9guerpi, qu\u2019on reste sagement parce qu\u2019on \u00e9vacue le th\u00e9\u00e2tre avec m\u00e9thode, l\u2019un apr\u00e8s l\u2019autre, comme on quitte le bateau qui prend l\u2019eau lentement, sans panique, mais r\u00e9solu \u2014 dehors il fait jour encore&nbsp;\u2014, soudain la silhouette de Fran\u00e7ois Tanguy surgit \u00e0 Cour&nbsp;; non, c\u2019est sa voix d\u2019abord qui pr\u00e9c\u00e8de son corps, et qui dit&nbsp;: qui implore presque&nbsp;:<\/strong><\/em><strong>&nbsp;si vous voulez qu\u2019on en parle, s\u2019il vous pla\u00eet, parlons-en&nbsp;<em>(quelque chose comme cela, de simple et d\u2019humble, de fragile et de terriblement inquiet). Et il ajoute, avec ce sourire triste&nbsp;:<\/em>&nbsp;\u00ab&nbsp;s\u2019il reste quelques \u00e9nigmes, on pourra peut-\u00eatre vous les \u00e9clairer&nbsp;\u00bb<em>. Derri\u00e8re moi, une femme, debout, qui partait, comme agac\u00e9e, mais sans m\u00e9chancet\u00e9, lui lancera&nbsp;:<\/em>&nbsp;\u00c9clairer les \u00e9nigmes&nbsp;? La nuit ne suffira pas.<em>&nbsp;Et Tanguy, d\u00e9sol\u00e9, sinc\u00e8rement, r\u00e9pondra&nbsp;alors, dans un souffle&nbsp;:<\/em>&nbsp;la vie non plus.&nbsp;<em>C\u2019\u00e9tait<\/em>&nbsp;Item<em>, un soir d\u2019ouverture des th\u00e9\u00e2tres \u00e0 Aix-en-Provence, au Bois de l\u2019Aune, c\u2019\u00e9tait le Th\u00e9\u00e2tre du Radeau et ces \u00e9nigmes que rien ne pourrait \u00e9puiser.<\/em><\/strong><\/small><\/p>\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n<p><em><strong>\u00ab&nbsp;Si en moi l\u2019\u00e9crivain est \u00e9veill\u00e9&nbsp;\u00bb<\/strong><\/em><\/p>\n\n\n<p>Un spectacle apr\u00e8s l\u2019autre, le Radeau est \u00e0 sa t\u00e2che, qu\u2019on dirait une et seule. Bien s\u00fbr, il est dans l\u2019air du temps de r\u00e9clamer \u00e0 l\u2019artiste du neuf, qu\u2019il soit l\u2019homme nouveau \u00e0 chaque instant, et que les spectacles r\u00e9inventent \u00e0 chaque pas l\u2019art de marcher. Cette soif de nouveau, comme elle \u00e9puise aussi, ass\u00e8che \u2014 on sait aussi ce qu\u2019il en a co\u00fbt\u00e9 \u00e0 notre Histoire de fonder son avenir sur le d\u00e9sir pur du nouveau. Non, le th\u00e9\u00e2tre du Radeau vogue en ces directions, sur le m\u00eame bateau forg\u00e9 \u00e0 sa mesure&nbsp;; la mer autour change et le ciel, pas les forces qu\u2019il faut pour l\u2019affronter.<\/p>\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><small>\u00ab&nbsp;Comme les marins, nous sommes de ceux qui doivent transformer leur bateau en pleine mer sans jamais pouvoir le d\u00e9monter en cale s\u00e8che et le remonter avec de meilleurs morceaux\u2026 La voile color\u00e9e et puissamment gonfl\u00e9e se prend pour la cause du mouvement du bateau alors qu\u2019elle ne fait que capter le vent qui \u00e0 tout instant peut tourner ou retomber\u2026&nbsp;\u00bb<\/small><\/p>\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><small>Hans Blumenberg,&nbsp;<em>Naufrage avec spectateur<\/em><\/small><\/p>\n\n\n<p>Il y a donc ces cadres lev\u00e9s, vraies portes pour de faux par o\u00f9 les corps ne cesseront de passer, de traverser&nbsp;: plateau encombr\u00e9 fait de mille espaces, puisque le th\u00e9\u00e2tre est ce lieu forg\u00e9 de temps, et qu\u2019on passe le lieu comme on passe le temps et comme on le franchit&nbsp;: qu\u2019\u00e0 chaque franchissement sous tels panneaux on change de corps, d\u2019espace. Si l\u2019enjeu du th\u00e9\u00e2tre tient \u00e0 entrer et sortir, ici, on ne cesse pas d\u2019entrer et de sortir, mais \u00e0 vue \u2014&nbsp;l\u2019effacement est fa\u00e7on de resplendir dans ce demi-jour. Il y a ces corps d\u2019acteurs accoutr\u00e9s qui signent l\u2019artifice, le drap\u00e9&nbsp;: th\u00e9\u00e2tre fait de th\u00e9\u00e2tres rapi\u00e9c\u00e9s \u2014&nbsp;costumes qui sont l\u2019\u00e9toffe dont le r\u00eave est tram\u00e9 et qui, chaque instant, fait signe vers cette vie d\u2019\u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la vie que le th\u00e9\u00e2tre dresse, ne se prend pas pour l\u2019illusion de la vie, seulement son envers. Accoutrements qui sont l\u2019image m\u00eame de cette grande toile de textes qui fa\u00e7onnent la densit\u00e9 des temps&nbsp;: textes tiss\u00e9s, raccord\u00e9s, rapi\u00e9c\u00e9s \u2014&nbsp;Walser, Dosto\u00efevski, L\u2019Arioste, Goethe et Brecht dans cet ordre&nbsp;\u2014, et qu\u2019il n\u2019existe pas de surplomb, seulement des forces qui passent, elles aussi, sous ou \u00e0 travers l\u2019autre, et qu\u2019\u00e0 chaque passage, chaque porte lev\u00e9e par le texte, une d\u00e9charge \u00e9lectrique le relance, le secoue ou l\u2019emporte. Th\u00e9\u00e2tre en toile d\u2019araign\u00e9e&nbsp;: chaque texte comme un fil que parcourt l\u2019acteur, funambule, qui viendra secouer par r\u00e9sonance l\u2019autre bord de la toile qu\u2019il viendra arpenter plus tard, ou qu\u2019il a d\u00e9j\u00e0 parcouru&nbsp;: et par r\u00e9sonnance, \u00e9chos \u2014 les mots de Walser dialogue avec ceux de Dosto\u00efevski, pour dire&nbsp;: dire quoi&nbsp;?<\/p>\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><small>Si en moi l\u2019\u00e9crivain est \u00e9veill\u00e9, je passe sans faire attention \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la vie, je dors en tant qu\u2019homme, je n\u00e9glige peut-\u00eatre le concitoyen en moi qui m\u2019emp\u00eacherait tant de fumer des cigarettes que de faire l\u2019\u00e9crivain si je lui donnais forme.<\/small><\/p>\n\n\n<p>L\u2019ouverture, par&nbsp;<em>Minotaurus<\/em>&nbsp;de Walser donne le ton&nbsp;: non, le th\u00e8me. Plut\u00f4t la note par quoi s\u2019accordera musicalement l\u2019ensemble ensuite. \u00c9tats m\u00eal\u00e9s&nbsp;: le r\u00eave n\u2019est pas l\u2019envers de la veille, mais une attitude au sein de la vie \u00e9veill\u00e9e&nbsp;; schize essentielle et incontournable par quoi on fait face \u00e0 ce qui passe et nous traverse&nbsp;: comme \u00e9crivain, l\u2019\u00e9coute du r\u00e9el est flottante&nbsp;; comme individu, elle \u00e9crase et \u00e9touffe. C\u2019est d\u2019aller de l\u2019une \u00e0 l\u2019autre&nbsp;: ni plong\u00e9 dans le r\u00eave sans quoi le monde est perdu&nbsp;; ni enfonc\u00e9 dans la r\u00e9alit\u00e9 sans quoi il est ce poids mort sur la poitrine. Ainsi s\u2019\u00e9nonce une sorte de th\u00e9or\u00e8me, mais sans rigueur&nbsp;: quelque chose qui exigera un ajustement permanent. L\u00e0 est peut-\u00eatre la puissance politique d\u2019une \u0153uvre qui postule un \u00e9tat de r\u00eave sans en faire un refuge, un abri&nbsp;: plut\u00f4t une force d\u2019appui. Une force&nbsp;? Une fragilit\u00e9 tout aussi bien, peu sur d\u2019elle-m\u00eame, avan\u00e7ant chaque mot comme autant d\u2019hypoth\u00e8ses essay\u00e9es \u00e0 l\u2019aune de ce qu\u2019on trouve devant soi, qui est hostile par nature, monde qui n\u2019est dress\u00e9 que pour fonctionner contre nous-m\u00eames. Ouverture de la fragilit\u00e9 donc, de l\u2019hypoth\u00e8se.<\/p>\n\n\n<p>Et ouverture \u00e0 la fragilit\u00e9. Le commencement v\u00e9ritable du spectacle n\u2019est pas dans le texte&nbsp;: elle est dans l\u2019entr\u00e9e de l\u2019acteur qui sit\u00f4t pr\u00e9sent, tr\u00e9buche. Nous y sommes&nbsp;: de plain-pied dans les sables mouvants. Si tomber est une gr\u00e2ce, c\u2019est aussi parce que la chute grotesque d\u00e9fie la marche au pas du monde, l\u2019en marche de tout ce qui file droit. Alors tomber, aussi pour se relever, ajuster le veston, et aller dans l\u2019allure de la chute, qui est aussi une fa\u00e7on de danser.<\/p>\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/arnaudmaisetti.net\/spip\/IMG\/jpg\/medias_banner_image_4b0e5fcf3bf21c876b81e3386b92d9f4.jpg?1625568152\" alt=\"\"\/><\/figure>\n\n\n<p><em><strong>\u00ab&nbsp;Quand on m\u2019emmenait de Russie, \u00e0 travers plein de villes allemandes, je regardais sans rien dire, je me souviens, je ne posais m\u00eame aucune question&nbsp;\u00bb&nbsp;<\/strong><\/em><\/p>\n\n\n<p>Si le Th\u00e9\u00e2tre du Radeau, refusant de se renouveler pour mieux creuser le sillon, va frapper le m\u00eame clou, croiser sur m\u00eame chaloupe les mers du pr\u00e9sent, c&rsquo;est pour d\u00e9ployer sa travers\u00e9e singuli\u00e8rement. Au lieu des \u00e9carts que le Radeau ex\u00e9cutait, entre la geste burlesque et la gravit\u00e9 tragique, il semblerait qu\u2019ici quelque chose s\u2019ajuste \u2014\u00a0que l\u2019\u00e9cart se resserre\u00a0; que les jeux de contamination entre le dr\u00f4le et le terrible s\u2019estompent, pour lever une sorte de zone grise d\u2019affect, o\u00f9 tout peut se renverser \u00e0 chaque instant, mais dans lequel rien ne bascule tout \u00e0 fait. Au c\u0153ur irradiant \u2014 mais d\u2019une lumi\u00e8re int\u00e9rieure, comme sur le plateau, lumi\u00e8re semblant venir du dedans m\u00eame de la sc\u00e8ne, non pas au-dessus ou devant\u00a0: mais dedans\u00a0\u2014, le long passage autour de <em>L\u2019Idiot<\/em> de Dosto\u00efevski\u00a0: et puisque le roman est \u00e9crit avec l\u2019\u00e9nergie morbide du th\u00e9\u00e2tre, le th\u00e9\u00e2tre relance la parole romanesque. C\u2019est un long dialogue, autour d\u2019un po\u00e8me oubli\u00e9, qu\u2019il s\u2019agit de remuer dans les m\u00e9moires, m\u00eame si on en a peur, pour mieux le r\u00e9citer\u00a0: \u00ab\u00a0Toute ma vie, j\u2019ai d\u00e9test\u00e9 les po\u00e8mes, comme si je pressentais quelque chose.\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n<p>Est-ce une cl\u00e9&nbsp;? Mais pour quelle porte&nbsp;? On aurait tort de guetter dans telle ou telle phrase une lumi\u00e8re qui pourrait \u00e0 elle seule \u00ab&nbsp;\u00e9clairer l\u2019\u00e9nigme&nbsp;\u00bb. Pourtant, se d\u00e9livre l\u00e0 comme un secret&nbsp;: et le po\u00e8me de d\u00e9crire un pauvre chevalier, comme l\u2019image m\u00eame de ce th\u00e9\u00e2tre.<\/p>\n\n\n<p><small>Il y eut un pauvre chevalier,\/ Homme simple et la droiture m\u00eame,\/ L\u2019\u00e2me fi\u00e8re et le regard altier,\/ La figure taciturne et bl\u00eame.Il lui vint un jour une vision\/La raison ne peut en rendre compte,\/,Mais il en garda une impression Aussi indicible que profonde.Depuis lors, son \u00e2me avait br\u00fbl\u00e9&nbsp;; \/ Il v\u00e9cut pour cette pure flamme\/ Et jura de ne jamais parler,\/ De ne regarder aucune femme.Il prit pour \u00e9charpe un chapelet,\/ Il s\u2019\u00e9tait reclus de la lumi\u00e8re,\/ Devant duc ou prince il ne levait\/ Les barreaux d\u2019acier de sa visi\u00e8re.Se vouant au r\u00eave caressant\/ D\u2019un amour qui l\u2019\u00e9mouvait aux larmes,\/ Il avait inscrit avec son sang\/ A.M.D. sur ses nouvelles armes.<\/small><\/p>\n\n\n<p>Le po\u00e8me de Pouchkine ne peut \u00eatre le double du th\u00e9\u00e2tre que si on entend combien il est d\u00e9grad\u00e9, sans \u00eatre humili\u00e9\u00a0: <em>Item<\/em> n\u2019est pas cette \u0153uvre martiale, emplie d\u2019absolue et de certitude \u2014 s\u2019il partage avec lui la trajectoire amoureuse, celle d\u2019une vision indicible, et profonde, qui oriente la course, \u00ab\u00a0vou\u00e9e au r\u00eave caressant\u00a0\u00bb, il ne peut le faire que pauvrement et simplement\u00a0: Chevalier \u00e0 la Triste Figure, fr\u00e8re d\u2019armes d\u2019un Quichotte avec lequel il partage m\u00eames guenilles, m\u00eames r\u00eaves, m\u00eames amours et m\u00eames soifs de renouveler les regards port\u00e9s sur un monde qui ressemble partout tant \u00e0 la d\u00e9sol\u00e9e Mancha qui chaque instant nous cerne.<\/p>\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/arnaudmaisetti.net\/spip\/IMG\/jpg\/medias_banner_image_4b0e5fcf3bf21c876b81e3386b92d9f4.jpg?1625568152\" alt=\"\"\/><\/figure>\n\n\n<p><em><strong>\u00ab&nbsp;In N\u00fcrnberg machten sie ein Gesetz, dar\u00fcber weinte manche Frau&nbsp;\u00bb<\/strong><\/em><\/p>\n\n\n<p>Le spectacle s\u2019ach\u00e8ve en chanson. Dans le noir qui se fait peu \u00e0 peu, le cercle des corps assembl\u00e9 simplement, une chanson comme une pri\u00e8re&nbsp;: une ballade. Le texte de Brecht, ainsi psalmodi\u00e9, ne se laisse pas entendre \u2014 ou comme un b\u00e9n\u00e9dicit\u00e9. Il est murmur\u00e9 en allemand. C\u2019est la Ballade de \u00ab&nbsp;La putain \u00e0 Juifs&nbsp;\u00bb Marie Sanders&nbsp;:<\/p>\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><small>\u00ab&nbsp;Un matin, neuf heures c\u2019\u00e9tait<br \/>Elle traversa la ville en chemise,<br \/>Pancarte au cou, cheveux ras\u00e9s, la foule gueulait<br \/>Son regard \u00e9tait froid&nbsp;\u00bb<\/small><\/p>\n\n\n<p>Chant secret, lointain, qui dit pourtant ce sur quoi le spectacle a dans\u00e9, lentement\u00a0: sur la ligne de cr\u00eate du r\u00eave et du r\u00e9el, sans oublier l\u2019un ou l\u2019autre, et m\u00eame sous le regard de l\u2019un et de l\u2019autre\u00a0: chanter Marie Sanders comme une pri\u00e8re, c\u2019est aussi une mani\u00e8re de saisir la crudit\u00e9 du monde comme une menace, et lui adresser en retour les forces qu\u2019il faut pour l\u2019affronter \u2014 forces qui sont peut-\u00eatre de douceur, et de maladresse, aussi maladroites que le monde d\u00e9ploie sa f\u00e9rocit\u00e9.<\/p>\n\n\n<p>Sur les derni\u00e8res notes, le noir se fait.<\/p>\n\n\n<p>Quoi faire de l\u2019\u00e9nigme\u00a0? S\u2019en repa\u00eetre et demeurer sur le seuil, \u00e0 la qu\u00eate d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e de sens\u00a0[<a href=\"http:\/\/arnaudmaisetti.net\/spip\/spip.php?article2692&amp;var_mode=calcul#nb1\">1<\/a>], ou bien plut\u00f4t l\u2019accueillir comme une mani\u00e8re de d\u00e9visager l\u2019effarante transparence de sens que toute l\u2019organisation du r\u00e9el d\u00e9ploie, exigeant explication et norme, s\u2019\u00e9tablissant sans angle mort ni myst\u00e8re. La puissance d\u2019\u00e9nigme qui tient \u00e0 l\u2019agencement aberrant des textes, \u00e0 la d\u00e9liaison incessante des gestes et des mots, \u00e0 l\u2019incompr\u00e9hension de ce qu\u2019on voit, de ce qu\u2019on entend, hors le travail de le traduire int\u00e9rieurement avec la langue du souvenir et de la m\u00e9taphore, cette puissance ne s\u2019aveugle pas dans la contemplation de sa propre obscurit\u00e9. Plut\u00f4t est-elle l\u2019appel, moins d\u2019un d\u00e9chiffrement qu\u2019un apprentissage, lent et long, d\u2019une autre forme de connaissance \u2014\u00a0dans le noir d\u2019abord, on ne voit rien, puis on s\u2019habitue, on reconna\u00eet les asp\u00e9rit\u00e9s, on les devine plut\u00f4t, on avance dans le noir en l\u2019apprivoisant. On se d\u00e9fait de la lumi\u00e8re sans \u00e9clat du r\u00e9el\u00a0; on p\u00e9n\u00e8tre avec un autre corps dans un autre \u00e9l\u00e9ment qui met \u00e0 \u00e9galit\u00e9 les \u00eatres\u00a0: devant un tel monde, on est tous \u00e0 armes \u00e9gales. On \u00e9claire les \u00e9nigmes non par le savoir constitu\u00e9 qui ex\u00e9cuterait le myst\u00e8re, mais par d\u2019autres hypoth\u00e8ses forg\u00e9es en soi, et soudain on s\u2019aper\u00e7oit qu\u2019on les poss\u00e9dait, ces hypoth\u00e8ses, qu\u2019on \u00e9tait plein d\u2019une langue capable de traduire ces gestes et ces mots, et qu\u2019on l\u2019ignorait jusqu\u2019alors. On \u00e9claire l\u2019\u00e9nigme avec le peu qu\u2019on poss\u00e8de, et ce peu nous soul\u00e8ve.<\/p>\n\n\n<p>Dehors, il est neuf heures du soir&nbsp;; il fait encore jour, un peu.<\/p>\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/arnaudmaisetti.net\/spip\/IMG\/jpg\/medias_banner_image_292d97e900b5320b0ff9ebc3776a6491.jpg?1625568169\" alt=\"\"\/><\/figure>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Item, mise en sc\u00e8ne de Fran\u00e7ois Tanguy,avec Laurence Chable, Frode Bj\u00d8rnstad, Martine Dupr\u00e9, Erik Gerken, Vincent JolyBois de L\u2019Aune, Aix-en-Provence, le 30 juin 2021 C\u2019est la fin. Quand les lumi\u00e8res s\u2019allument, apr\u00e8s le noir, que tout se dissipe, que les acteurs, salu\u00e9s, ont salu\u00e9, que tout est vide devant nous, que la poussi\u00e8re est retomb\u00e9e sur le bric-\u00e0-brac de tables et de chaises, de cadres dress\u00e9s, de poussi\u00e8re, que les premiers rangs ont d\u00e9guerpi, qu\u2019on reste sagement parce qu\u2019on \u00e9vacue<\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":4703,"menu_order":0,"template":"","categorie_article":[27],"class_list":["post-4700","article","type-article","status-publish","has-post-thumbnail","hentry","categorie_article-critique"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/article\/4700","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/article"}],"about":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/types\/article"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/media\/4703"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=4700"}],"wp:term":[{"taxonomy":"categorie_article","embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/categorie_article?post=4700"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}