


{"id":4764,"date":"2021-09-27T10:42:51","date_gmt":"2021-09-27T08:42:51","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/?p=4764"},"modified":"2021-09-27T10:42:51","modified_gmt":"2021-09-27T08:42:51","slug":"medee-de-milliot-et-hecate-rirait","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/medee-de-milliot-et-hecate-rirait\/","title":{"rendered":"M\u00e9d\u00e9e de Milliot et H\u00e9cate rirait"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>La nouvelle pi\u00e8ce de la Cie Man Haast, M\u00e9d\u00e9e de S\u00e9n\u00e8que, dans la traduction de Florence Dupont se joue du 23 septembre au 3 octobre \u00e0 la Cri\u00e9e. Tommy Milliot continue \u00e0 faire ce qu\u2019il sait faire. La co-production entre La Cri\u00e9e, l\u2019extra-p\u00f4le PACA, Th\u00e9\u00e2tre national de Nice, la sc\u00e8ne nationale Libert\u00e9-Chateauvallon, La Villette \u2013 Paris, le CDN Com\u00e9die de B\u00e9thune, ferait rire H\u00e9cate.<\/strong><\/p>\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"399\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2021\/09\/medee-1024x399-1.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-4765\"\/><\/figure>\n\n\n<p>Le spectacle s\u2019ouvre avec une voix amplifi\u00e9e et donnera d\u00e8s le d\u00e9part son \u00e9conomie de l\u2019image et du son. Une salle monumentale, un mur de fond qui s\u2019ouvre au milieu, laisse voir une br\u00e8che de lumi\u00e8re ou une b\u00e9ance rouge par laquelle sortira une heure plus tard du brouillard lourd et M\u00e9d\u00e9e \u00ab&nbsp;en fureur&nbsp;\u00bb. Au d\u00e9but, une voix donc de nulle part et cette salle immense et monochrome vide. Ce sera tr\u00e8s graphique alors. Une silhouette devant un fond lumineux et cette voix dont on ignore de quelle bouche elle peut bien sortir. On imagine que c\u2019est cette silhouette qui parle, mais les deux sont comme d\u00e9connect\u00e9s. La voix forte, pr\u00e9sente et cette silhouette de dos, seulement un image, ne vont \u00e9trangement pas ensemble. C\u2019est peut-\u00eatre petit \u00e0 petit qu\u2019on s\u2019habitue \u00e0 cette disjonction et on peut attribuer telle voix \u00e0 tel corps ou plut\u00f4t image de corps.<\/p>\n\n\n<p>Car corps, il n\u2019y en a pas dans la mise en sc\u00e8ne de Tommy Milliot. Que ce soit dans l\u2019interpr\u00e9tation, que ce soit dans le rapport qu\u2019est propos\u00e9 aux spectateurices, que ce soit dans la proposition esth\u00e9tique, les choses sont faites pour que nul corps ne se manifeste. Il s\u2019agit bien plut\u00f4t d\u2019une imagerie soutenue par une musique dont on pourrait reconna\u00eetre son efficacit\u00e9 dans certains films hollywoodiens ou autre objets culturels du \u00ab&nbsp;grand public&nbsp;\u00bb. Le texte est d\u00e9bit\u00e9 sans qu\u2019il puisse affecter les corps des com\u00e9dien.ne.s, les r\u00e9pliques des dialogues sont des joutes verbaux, dont chacune est \u00e9nonc\u00e9e de la m\u00eame mani\u00e8re, sur un ton affirmatif, accusateur&nbsp;: C\u2019est toi&nbsp;! Non, c\u2019est toi&nbsp;! Non, toi&nbsp;! Non, toi&nbsp;! Chaque image-voix reste inalt\u00e9r\u00e9 par le discours de l\u2019autre, et m\u00eame par le sien.<\/p>\n\n\n<p>Si on devait penser le spectacle de Tommy Milliot avec la pens\u00e9e de Florence Dupont, traductrice de la pi\u00e8ce, il faudrait dire qu\u2019on a l\u2019exemple parfait de l\u2019incarnation de la culture froide. On peut difficilement mieux monumentaliser la pi\u00e8ce de S\u00e9n\u00e8que, difficilement mieux lui enlever toute force tragique, tout impacte sur nos corps. H\u00e9cate, si elle entendait B\u00e9n\u00e9dicte Cerutti d\u00e9clamer son incantation, \u00e9claterait de rire. Il aurait fallu au moins, en donnant une telle place \u00e0 la voix, trouver des com\u00e9diennes avec des voix pleines et non ces voix nasales, criardes, manquant toute amplitude et profondeur. \u00c0 cela n\u2019aide qu\u2019il y ait deux enfants sur le plateau qu\u2019on \u00e9gorgera \u00e0 la fin d\u2019une mani\u00e8re si ridicule qu\u2019on a envie de rire avec H\u00e9cate. Il faut le dire&nbsp;: croire que les com\u00e9dien.ne.s ont \u00e9t\u00e9 tant s\u00e9par\u00e9.e.s de leurs corps, qu\u2019iels ont d\u00e9sappris \u00e0 marcher. Leurs pieds collent sur le plateau, iels semblent ne pas savoir comment avancer un pied et o\u00f9 le poser. M\u00eame les enfants (!) courent d\u2019une mani\u00e8re qu\u2019on voit qu\u2019on leur ait dit de courir et ils ont d\u00e9sappris \u00e0 courir. Personne sur le plateau ne sait quoi faire avec son corps. Le ch\u0153ur est devenu une voix enregistr\u00e9e (?), une sorte de d\u00e9clamation \u00e9pique hollywoodienne.<\/p>\n\n\n<p>Le monument th\u00e9\u00e2tre aura donc ici r\u00e9ussit \u00e0 diminuer nos corps et ses capacit\u00e9s alors que nous savons que le th\u00e9\u00e2tre peut le contraire. Tommy Milliot a le rare talent de mettre en sc\u00e8ne et de transformer m\u00eame M\u00e9d\u00e9e en un petit conflit petit-bourgeois. Une heure et demi d\u2019ennui.<\/p>\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n<p><\/p>\n\n\n<p>Ajout du 17 octobre&nbsp;: There is no alternative&nbsp;?<\/p>\n\n\n<p>On ne peut que s\u2019\u00e9tonner devant ce qu\u2019on lit \u00e0 propos des corps ordinaires des mises en sc\u00e8ne de Tommy Milliot. Arnaud Maisetti demande si la pr\u00e9sence ravageuse des corps \u00e9tait seulement possible. N\u2019est-ce pas l\u00e0 une normalisation des corps non affect\u00e9s, un<em> There is no alternative<\/em> aux corps d\u2019un m\u00e9nage petit bourgeois&nbsp;? Un encensement d\u2019un th\u00e9\u00e2tre totalement inoffensif et impuissant&nbsp;? Fabienne Darge c\u00e9l\u00e8bre dans une critique apparu dans le monde le d\u00e9pouillement, Arnaud Maisetti l\u2019\u00e9pure et une fragilit\u00e9 que porterait ces corps. Nous n\u2019y voyons qu\u2019un graphisme, une esth\u00e9tique publicitaire qui r\u00e9duit la sorci\u00e8re \u00e0 un image de fragilit\u00e9. Nous voyons mal comment il pourrait y avoir fragilit\u00e9 sans affectation du corps. D\u00e8s lors, elle ne sera que mim\u00e9e, elle aussi d\u00e9sarm\u00e9e. Une pure construction de l\u2019esprit. Fabienne Darge c\u00e9l\u00e8bre l\u2019absence de tout affect r\u00e9el avec une critique habituellement li\u00e9e \u00e0 une critique d\u2019un th\u00e9\u00e2tre conservateur&nbsp;: \u00ab&nbsp;Psychologiser, ce serait l\u2019affadir&nbsp;\u00bb. Le renversement est alors total. La guerre contre la psychologie devient parfaitement compatible avec un th\u00e9\u00e2tre qui s\u2019accorde tr\u00e8s bien avec ce monde et qui n\u2019inqui\u00e8te plus rien. Le tragique s\u2019adresse \u00e0 la t\u00eate. Et que les dieux soient morts, tant mieux pour la tranquilit\u00e9 de notre vie ordinaire. Et si Genevi\u00e8ve Brisac a raison de dire&nbsp;: \u00ab&nbsp;Si les femmes sont des sorci\u00e8res, c\u2019est pour manifester leur m\u00e9pris de la vie ordinaire.&nbsp;\u00bb, on poursuit avec ce th\u00e9\u00e2tre et leurs critiques dithyrambiques leur neutralisation.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La nouvelle pi\u00e8ce de la Cie Man Haast, M\u00e9d\u00e9e de S\u00e9n\u00e8que, dans la traduction de Florence Dupont se joue du 23 septembre au 3 octobre \u00e0 la Cri\u00e9e. Tommy Milliot continue \u00e0 faire ce qu\u2019il sait faire. La co-production entre La Cri\u00e9e, l\u2019extra-p\u00f4le PACA, Th\u00e9\u00e2tre national de Nice, la sc\u00e8ne nationale Libert\u00e9-Chateauvallon, La Villette \u2013 Paris, le CDN Com\u00e9die de B\u00e9thune, ferait rire H\u00e9cate. 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