


{"id":4768,"date":"2021-09-29T23:15:39","date_gmt":"2021-09-29T21:15:39","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/?p=4768"},"modified":"2021-09-29T23:15:39","modified_gmt":"2021-09-29T21:15:39","slug":"medee-de-tommy-millot-pour-se-souvenir-que-les-dieux-nexistent-pas","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/medee-de-tommy-millot-pour-se-souvenir-que-les-dieux-nexistent-pas\/","title":{"rendered":"M\u00e9d\u00e9e, de Tommy Millot, pour se souvenir que les dieux n\u2019existent pas"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-text-align-center\"><em>M\u00e9d\u00e9e<\/em>, de S\u00e9n\u00e8que (trad. F. Dupont), mis en sc\u00e8ne de Tommy Millot \u2014  Cie Man Haast. <\/p>\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><em>Par Arnaud Ma\u00efsetti<\/em><\/p>\n\n\n<p><strong>Quelle trag\u00e9die pour aujourd\u2019hui&nbsp;? Question dont chaque \u00e9poque \u00e9prouve le scandale, celui du d\u00e9sespoir, de l\u2019impuissance, du poids des cadavres comme solde de tout compte. La trag\u00e9die, qui est autre chose que l\u2019absence de choix, ou la confortable contradiction paralysante, mais plut\u00f4t l\u2019exp\u00e9rience de notre finitude, para\u00eet pourtant d\u2019autant plus urgente \u00e0 penser maintenant que nous sommes d\u00e9sormais d\u00e9poss\u00e9d\u00e9s de notre puissance tragique et des fictions qui la repr\u00e9sentent&nbsp;: la fin du monde n\u2019est plus inscrite dans notre corps seulement, mais dans la terre&nbsp;; elle n\u2019est pas une hypoth\u00e8se, mais s\u2019est maintenant invit\u00e9e <em>\u00e0 l\u2019agenda <\/em>politique. D\u00e8s lors, la question n\u2019est plus&nbsp;: comment \u00e9chapper au tragique de notre existence&nbsp;?, mais davantage&nbsp;: est-il encore possible de reprendre possession du tragique pour y inscrire des devenirs possibles&nbsp;? Car le tragique ne s\u2019oppose pas \u00e0 l\u2019\u00e9mancipation&nbsp;: il en est peut-\u00eatre plus terriblement le cadre n\u00e9cessaire dans lequel elle s\u2019exerce. Oui, si la question est <em>br\u00fblante<\/em>, elle impose qu\u2019on relise \u00e0 cette aune et cette br\u00fblure les exp\u00e9riences pass\u00e9es. Soit donc&nbsp;: <em>M\u00e9d\u00e9e<\/em>, de S\u00e9n\u00e8que \u2014 telle que le propose Tommy Millot et la Compagnie Man Haast. Ici, la trag\u00e9die n\u2019est pas ce qui \u00e9crase M\u00e9d\u00e9e, mais cette force qui la fait advenir \u00e0 elle-m\u00eame. La dignit\u00e9 de ce th\u00e9\u00e2tre tiendrait \u00e0 tracer cette trajectoire de M\u00e9d\u00e9e en ligne claire&nbsp;: d\u2019\u00e9vider la trag\u00e9die de son d\u00e9corum qui, s\u2019il en \u00e9tait la forme n\u00e9cessaire pour les Anciens, ne pourrait que faire \u00e9cran pour nous aux forces encloses. Dans l\u2019allure emport\u00e9e de la trag\u00e9die antique, la M\u00e9d\u00e9e de Tommy Millot fait le pari de singuliers renversements pour tenter de donner forme \u00e0 un tragique pour maintenant, o\u00f9 l\u2019av\u00e8nement \u00e0 soi est une d\u00e9chirure&nbsp;; o\u00f9 la <em>furo<\/em>r peut aussi se dire dans la fragilit\u00e9&nbsp;; o\u00f9 le corps repose sur la voix&nbsp;; o\u00f9 le th\u00e9\u00e2tre se fonde sur son inqui\u00e9tude.<\/strong><\/p>\n\n\n<p>Sur le trop grand plateau de la Cri\u00e9e \u00e0 Marseille, une ouverture \u00e0 la verticale laisserait passer des ciels, quelques lueurs \u00e9parses ou incertaines, la belle lumi\u00e8re opaque qui viendrait du dehors. En dessous, les com\u00e9diens seraient \u00e9cras\u00e9s par la hauteur, corps de peu de poids face \u00e0 ce qui les surplombe et les enserre\u00a0: \u00e0 cour et \u00e0 jardin, deux bancs trac\u00e9s au fuseau\u00a0; sur l\u2019un d\u2019eux, un robinet pour les libations. Ce serait tout\u00a0: ce serait d\u00e9j\u00e0 consid\u00e9rable. On serait dans ce lieu sans origine ni destination, pas m\u00eame un espace mental, pas m\u00eame un endroit\u00a0: on ne ferait ici que passer \u2014 ou plut\u00f4t, on serait toujours ici sur le point de partir. M\u00e9d\u00e9e est condamn\u00e9e d\u00e8s avant le d\u00e9but \u00e0 l\u2019exil\u00a0: elle supplie et obtient un court d\u00e9lai pour dire adieu \u00e0 ses enfants\u00a0: toute la trag\u00e9die s\u2019engouffrera dans cet intervalle de temps, auquel la fente de la sc\u00e9nographie fait \u00e9cho \u2014 et par o\u00f9 passera souffle, \u00e9chos lointains des dieux invoqu\u00e9s, paroles des lamentations, et la geste des incantations. Cette intuition de l\u2019espace comme \u00e9pure, d\u00e9pourvu de signification \u2014 voire de signes \u2014, mais lev\u00e9 comme puissance d\u2019articulation des forces muettes ne sera pas sans r\u00e9sonance, ailleurs, parmi le langage th\u00e9\u00e2tral que Tommy Millot travaille ici, dans les contradictions f\u00e9condes qui dynamisent l\u2019ancienne sc\u00e8ne tragique.\u00a0<\/p>\n\n\n<p>Car ce sera toujours, sans coup de force, mais patiemment, sous le jeu des contraires, que se parlera ce th\u00e9\u00e2tre. M\u00e9d\u00e9e est-elle la figure centrale, force toute puissante et ordonnatrice du grand rituel sacrificiel \u00e0 l\u2019\u0153uvre&nbsp;? Elle ne sera ici qu\u2019une sorte d\u2019ombre, avan\u00e7ant, intranquille, dans sa peur, et sa f\u00e9rocit\u00e9 attaqu\u00e9e par sa douleur, et sa douleur par sa col\u00e8re \u2014 <em>dolor<\/em> et <em>furor<\/em> cens\u00e9es se succ\u00e9der dans la syntaxe antique ne cessent ici de <em>correspondre, <\/em>de se succ\u00e9der, de se retourner l\u2019une en l\u2019autre jusqu\u2019\u00e0 se confondre dans le finale. D\u2019ailleurs, \u00e0 l\u2019ouverture de la pi\u00e8ce, alors que le <em>texte<\/em> la dresse d\u2019embl\u00e9e telle qu\u2019en elle-m\u00eame, corps triomphant dans sa pr\u00e9sence, le spectacle de Tommy Millot donne la parole \u00e0 sa voix, qui pr\u00e9c\u00e8de son corps \u2014 on l\u2019entend avant de la voir, et quand on l\u2019aper\u00e7oit, c\u2019est dans le contre-jour impalpable au loin, spectre presque, fant\u00f4me d\u2019elle-m\u00eame, comme une pr\u00e9figuration de son devenir, ou comme l\u2019ombre qui doit d\u2019abord se jeter au-devant d\u2019elle-m\u00eame avant de se rejoindre. Il est d\u2019autres contradictions f\u00e9condantes&nbsp;: ainsi des voix sonoris\u00e9es, mais \u00e0 peine pos\u00e9es \u2014 le spectaculaire de l\u2019emphase sonore vient se heurter \u00e0 la d\u00e9licatesse du phras\u00e9, \u00e0 l\u2019\u00e9bauche d\u2019un mot \u00e0 mot pris au texte et propos\u00e9, au-devant de l\u2019acteur par l\u2019acteur lui-m\u00eame. Ainsi du Ch\u0153ur, lieu spectaculaire du spectacle, pr\u00e9sence manifeste de l\u2019entre-deux du spectacle avec son dehors, et qui ici, est d\u00e9rob\u00e9 \u00e0 la pr\u00e9sence&nbsp;: voix sans corps visible ((c\u2019est celle de la dramaturge du spectacle, Sarah Cillaire)), battement d\u2019invisibilit\u00e9 entre deux sc\u00e8nes.<\/p>\n\n\n<p>Puis, il y a l\u2019intelligence du texte \u2014 celle de ne pas vouloir l\u2019expliquer outre mesure, sans volont\u00e9 de l\u2019obscurcir, mais de l\u2019exposer, dans la langue oblique de la traduction de Florence Dupont o\u00f9 rien n\u2019est masqu\u00e9 de cette \u00e9tranget\u00e9 manifeste, mais \u00e0 laquelle rien ne nous fait obstacle pour qu\u2019on <em>entende<\/em> cette \u00e9tranget\u00e9, et qu\u2019on la re\u00e7oive. Oblique des adresses&nbsp;; oblique des lumi\u00e8res&nbsp;; oblique des trajectoires des corps&nbsp;: obliques directes de tout ce th\u00e9\u00e2tre humble et patient, travaillant \u00e0 hauteur d\u2019\u00e9paules d\u2019acteurs sans rabattre la trag\u00e9die \u00e0 un drame bourgeois.&nbsp;<\/p>\n\n\n<p>Mais d\u00e8s lors, pourquoi S\u00e9n\u00e8que, et qu\u2019a-t-il \u00e0 nous dire&nbsp;? Ce pourrait n\u2019\u00eatre rien&nbsp;: le charme abstrait d\u2019une histoire majuscule, \u00e9difiante et morale, la beaut\u00e9 des situations, et quoi encore&nbsp;? Rien, vraiment&nbsp;: or le spectacle du spectacle&nbsp;? Mais on ne comprend plus&nbsp;: la trajectoire monstrueuse de M\u00e9d\u00e9e n\u2019a pas \u00e0 nous \u00e9difier, ou nous convaincre. Et pourtant, ce qui fore en elle, d\u2019abord de basse intensit\u00e9, puis, plus sourdement, appelle&nbsp;; lance une autre douleur que la douleur de la v\u00e9n\u00e9rable Sorci\u00e8re.&nbsp;<\/p>\n\n\n<p>L\u2019histoire tiendrait en peu de mots. M\u00e9d\u00e9e, qui a tout sacrifi\u00e9, et litt\u00e9ralement \u2014 royaume, p\u00e8re, fr\u00e8re mis en pi\u00e8ce par ses mains \u2014 par amour pour Jason, est r\u00e9pudi\u00e9e par celui-ci. Par opportunisme politique sans doute, il a choisi d\u2019\u00e9pouser la fille de Cr\u00e9on, qui lui propose, \u00e0 cette condition, l\u2019hospitalit\u00e9 sur ses terres. La sc\u00e8ne s\u2019ouvre au matin des noces de Jason et de Cr\u00e9\u00fcsse. Tandis que M\u00e9d\u00e9e clame sa douleur, le Ch\u0153ur chante en contrepoint la joie des \u00e9pousailles. La trag\u00e9die de la vengeance qui s\u2019\u00e9bauche rapidement d\u00e9ploie son programme dans les mots de M\u00e9d\u00e9e&nbsp;: ravager cette joie. D\u00e8s les premiers vers, M\u00e9d\u00e9e dit vouloir \u00ab&nbsp;passer \u00e0 l\u2019attaque&nbsp;\u00bb&nbsp;: non pas pauvrement abattre Jason, mais au contraire, le laisser vivant, et tout d\u00e9truire autour de lui&nbsp;: qu\u2019il assiste, impuissant, pur spectateur au spectacle de sa perte. L\u2019\u0153uvre de M\u00e9d\u00e9e consiste d\u00e8s lors \u00e0 se d\u00e9faire de tout pass\u00e9&nbsp;: br\u00fbler la ville qui les a recueillis, tuer l\u2019\u00e9pouse ill\u00e9gitime, et, remontant ainsi la course des \u00e9v\u00e9nements, briser les liens qui l\u2019unissaient \u00e0 Jason en \u00e9gorgeant leurs enfants \u2014 et par l\u00e0 annuler ses noces avec Jason avant de regagner le soleil, son anc\u00eatre. Ainsi la trag\u00e9die proprement dite tient \u00e0 ce d\u00e9montage du temps, qui vise pour M\u00e9d\u00e9e \u00e0 <em>se retrouver <\/em>telle qu\u2019elle \u00e9tait avant la rencontre avec Jason. Si elle est r\u00e9pudi\u00e9e, et condamn\u00e9e \u00e0 l\u2019exil par Cr\u00e9on, c\u2019est au nom des crimes qu\u2019elle a commis par le pass\u00e9, crime dont elle se d\u00e9fend puisqu\u2019elle ne les a accomplies que <em>pour<\/em> Jason, qu\u2019elle tient pour seul coupable. C\u2019est dans ce renversement tragique et quasi juridique que se tient \u00e0 la fois l\u2019argument et la dynamique tragique&nbsp;\u2014 qui repose aussi dans une formule presque magique&nbsp;: <em>Je serai M\u00e9d\u00e9e<\/em>. Oui, la trajectoire rel\u00e8ve d\u2019un renouement vers ce qu\u2019elle fut, terrible et seule&nbsp;: et le spectacle d\u2019\u00e9crire ce retour \u00e0 la solitude qui est une conqu\u00eate. Pour advenir \u00e0 elle-m\u00eame, elle doit reconqu\u00e9rir son identit\u00e9&nbsp;: M\u00e9d\u00e9e, c\u2019est le nom dans lequel est contenu \u00e0 la fois ce qu\u2019elle fut et ce qu\u2019elle sera&nbsp;: soit, litt\u00e9ralement, une puissance, un devenir permanent. Bien s\u00fbr, cette conqu\u00eate passe par quelques cadavres r\u00e9pandus, et par des crimes atroces \u2014 mais qui sont autant de fils tranch\u00e9s \u00e0 sa condition ali\u00e9n\u00e9e. Sans doute les spectateurs de S\u00e9n\u00e8que avaient devant eux le tableau abject d\u2019une femme sortie de l\u2019humanit\u00e9, engag\u00e9e dans la g\u00e9n\u00e9alogie de son mythe, mais il ne s\u2019agissait pas pour autant d\u2019une le\u00e7on de philosophie \u2014 d\u2019une <em>condamnation<\/em> des passions excessives. Quoi alors ? Peu importe, sauf \u00e0 deviner l&rsquo;effroi et la joie devant la monstruosit\u00e9. Spectacle monstrueux, oui, d&rsquo;un monstre sur quoi se pose, en nous, le miroitement d&rsquo;un sujet en devenir : spectacle o\u00f9 le monstre est plut\u00f4t ce qui entoure M\u00e9d\u00e9e, ce monde qui la condamne \u00e0 ne pas voir mourir ses enfants \u2014 et qui se l\u00e8vera face \u00e0 ce scandale, en le devan\u00e7ant. Monstre du monde spectaculaire, donc : spectacle auquel la mise en sc\u00e8ne de T. Millot arrache la pompe pour, dans une certaine \u00e9pure en d\u00e9voiler une sorte de th\u00e9or\u00e8me.<\/p>\n\n\n<p>Nous n\u2019avons donc pas, certes, la pr\u00e9sence rageuse des corps&nbsp;: celle-ci est-elle seulement possible&nbsp;? Sauf \u00e0 illustrer la trag\u00e9die, et \u00e0 l\u2019imiter, c\u2019est-\u00e0-dire, \u00e0 la d\u00e9grader, on ne voit pas ce que <em>dirait<\/em> th\u00e9\u00e2tralement l\u2019irruption de corps triomphants. Au contraire, le fr\u00f4lement des pr\u00e9sences&nbsp;; au contraire l\u2019incertitude des mots par ceux qui les tiennent comme des animaux bless\u00e9s et qui peuvent blesser encore&nbsp;; au contraire la fragilit\u00e9&nbsp;: comme elle para\u00eet ouvrir tant en soi des possibles tragiques. B\u00e9n\u00e9dicte Cerruti, affol\u00e9e, affolante, non pas pr\u00eatresse du rite noir, mais plut\u00f4t elle aussi errante, \u00e0 la recherche de son ombre, ou ombre \u00e0 la recherche de son corps, \u00e9volue suivant cette fragile courbe, elle-m\u00eame pr\u00e9sence fragile et comme <em>dense de sa fragilit\u00e9 <\/em>semble en effet le contraire de cette monstruosit\u00e9 qui a pris corps jusqu\u2019\u00e0 nous dans le nom de M\u00e9d\u00e9e. De cette fragilit\u00e9 s\u2019\u00e9chappe comme une ligne de fuite&nbsp;: cette conqu\u00eate de l\u2019identit\u00e9 (\u00ab&nbsp;Medea Fiam&nbsp;\u00bb) n\u2019est pas celle de son propre mythe ancien, mais comme un saut au-devant de l\u2019inconnu qui l\u2019attend&nbsp;; elle en passe non par le sacrifice tragique de ces enfants, mais en se lib\u00e9rant des liens qui l\u2019un apr\u00e8s l\u2019autre la d\u00e9livrent d\u2019elle-m\u00eame. Une telle lecture n\u2019efface pas la premi\u00e8re&nbsp;: l\u2019une et l\u2019autre viennent entrer en r\u00e9sonance, s\u2019engendrer peut-\u00eatre dans leurs contradictions.&nbsp;<\/p>\n\n\n<p>Sur la sc\u00e8ne de la Cri\u00e9e, le dernier vers de la trag\u00e9die de S\u00e9n\u00e8que lance \u00e0 notre pr\u00e9sent comme un dernier et puissant renversement\u00a0: \u00ab\u00a0Va t\u00e9moigner partout o\u00f9 tu iras\/ que les dieux n\u2019existent pas\u00a0\u00bb, jette Jason \u00e0 M\u00e9d\u00e9e comme une derni\u00e8re condamnation de son impi\u00e9t\u00e9\u00a0: mais c\u2019est justement peut-\u00eatre sur les cadavres des dieux que M\u00e9d\u00e9e accomplit ses actes, sur quoi elle s\u2019envole finalement \u2014 et ce vers r\u00e9sonne contre la trag\u00e9die elle-m\u00eame : c&rsquo;est parce que les Dieux n&rsquo;existent pas que nous pouvons encore lire et voir cette trag\u00e9die ici et maintenant, comme une qu\u00eate puissante de soi, un refus sauvage des pouvoirs au nom de quoi s&rsquo;insurger. De m\u00eame, s\u2019entendent, contre S\u00e9n\u00e8que, ou malgr\u00e9 lui, au-devant de lui presque,comme s\u2019entend d\u2019\u00e9tranges allusions aux d\u00e9couvertes \u00e0 venir par-del\u00e0 la mer\u00a0: \u00ab\u00a0Bient\u00f4t viendra le si\u00e8cle o\u00f9 sautera la derni\u00e8re barri\u00e8re\/ L\u2019oc\u00e9an r\u00e9v\u00e9lera un continent immense\/\u00a0 Sur l\u2019horizon marin se l\u00e8vera un nouveau monde\/ Au-del\u00e0 de l\u2019Islande, il y aura d\u2019autres terres\u00a0\u00bb. On a longtemps cru que M\u00e9d\u00e9e \u00e9tait une magicienne de l\u2019antiquit\u00e9, lan\u00e7ant ses mal\u00e9dictions par-dessus les autels des rituels anciens, et la voil\u00e0 devenir cette Chamane des Grandes Plaines, d\u00e9barrass\u00e9e enfin des dieux et chantant la danse de la pluie parmi les esprits immanents des Premi\u00e8res Nations.\u00a0<\/p>\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2021\/09\/Capture-de\u0301cran-2021-09-29-a\u0300-23.07.51-1024x343.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-4769\"\/><\/figure>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>M\u00e9d\u00e9e, de S\u00e9n\u00e8que (trad. F. Dupont), mis en sc\u00e8ne de Tommy Millot \u2014 Cie Man Haast. Par Arnaud Ma\u00efsetti Quelle trag\u00e9die pour aujourd\u2019hui&nbsp;? Question dont chaque \u00e9poque \u00e9prouve le scandale, celui du d\u00e9sespoir, de l\u2019impuissance, du poids des cadavres comme solde de tout compte. La trag\u00e9die, qui est autre chose que l\u2019absence de choix, ou la confortable contradiction paralysante, mais plut\u00f4t l\u2019exp\u00e9rience de notre finitude, para\u00eet pourtant d\u2019autant plus urgente \u00e0 penser maintenant que nous sommes d\u00e9sormais d\u00e9poss\u00e9d\u00e9s de notre<\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":4765,"menu_order":0,"template":"","categorie_article":[27],"class_list":["post-4768","article","type-article","status-publish","has-post-thumbnail","hentry","categorie_article-critique"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/article\/4768","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/article"}],"about":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/types\/article"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/media\/4765"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=4768"}],"wp:term":[{"taxonomy":"categorie_article","embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/categorie_article?post=4768"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}