


{"id":479,"date":"2014-07-24T16:51:00","date_gmt":"2014-07-24T14:51:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/wordpress\/?p=479"},"modified":"2014-07-24T16:51:00","modified_gmt":"2014-07-24T14:51:00","slug":"matter","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/matter\/","title":{"rendered":"Matter\u2026"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"><a href=\"http:\/\/www.festival-avignon.com\/fr\/spectacles\/2014\/matter\">Matter<\/a>, chor\u00e9graphie de <a href=\"http:\/\/www.festival-avignon.com\/fr\/artiste\/2014\/julie-nioche\">Julien Nioche<\/a> \u2014\u00a0Festival d&rsquo;Avignon 2014<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" aligncenter size-full wp-image-478\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2014\/07\/matter_nioche.jpg\" alt=\"matter_nioche.jpg\" align=\"center\" width=\"920\" height=\"613\" \/><\/p>\n<hr \/>\n<p><em> <strong>Matter\u2026 pi\u00e8ce qui, explique Julie Nioche, serait davantage une chor\u00e9graphie qui interroge la notion de construction identitaire que l\u2019identit\u00e9 f\u00e9minine. Matter, comme la matrice (ajoute-t-elle), mais aussi en anglais \u201cprobl\u00e8me\u201d, \u201caffaire\u201d\u2026 Un spectacle qui r\u00e9unit quatre interpr\u00e8tes de nationalit\u00e9s diff\u00e9rentes. La norv\u00e8gienne Mia habib, la turque Filiz Sizanli, la marocaine Bouchra Ouizguen et la su\u00e8doise Rani Nair\u2026 toutes ayant eu \u00e0 constituer leur identit\u00e9 de femmes chor\u00e9graphes et danseuses en r\u00e9action ou en lien avec leur contexte de vie.<\/strong> <\/em><\/p>\n<hr \/>\n<p><em><quote>Avant Matter\u2026 et tous les jours dans le festival<\/quote><\/em><br \/>\nC\u2019est au terme de Matter que les interpr\u00e8tes venus de diff\u00e9rents pays formuleront une demande \u00e0 destination du public. Il s\u2019agit de participer \u00e0 une action pour soutenir les salari\u00e9s fragilis\u00e9s par la remise en cause du statut des travailleurs pr\u00e9caires. Et de voir une salle enti\u00e8re se donner la main et lever les bras\u2026 Avant, vers 18H00, rue des Teinturiers qui abrite le th\u00e9\u00e2tre Benoit XII o\u00f9 sera donn\u00e9e la pi\u00e8ce chor\u00e9graphique de Julie Noche, une annonce faite par haut-parleur pr\u00e9vient que \u201cSi un membre du gouvernement est dans la salle le spectacle sera interrompu jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019il sorte\u2026\u201d. La rue applaudira fortement.<br \/>\nInterdits de salle jusqu\u2019\u00e0 quand les \u00e9lus de la nation ? L\u2019automne, l\u2019hiver, le printemps\u2026 jusqu\u2019au prochain festival\u2026 le temps risque de para\u00eetre long et hostile, aux uns et aux autres qui, au pr\u00e9texte du \u201cpacte de responsabilit\u00e9\u201d oublient Gramsci : \u201cgouverner ce n\u2019est pas mutualiser les pertes et privatiser les profits\u201d\u2026  Que le MEDEF feigne de l\u2019ignorer au pr\u00e9texte de faire miroiter la sauvegarde des emplois passe encore, mais pas un salari\u00e9, pas un \u201ctravailleur\u201d (au risque de passer pour un rouge r\u00e9ac et arri\u00e9r\u00e9) ne l\u2019a oubli\u00e9. Ce ne sont pas les \u00e9lections que vous perdrez et que vous avez perdu\u2026 ce sont les \u00e9lecteurs. Et c\u2019est un point de non-retour : une fracture et une rupture.<br \/>\n<em><quote>Le patron\u2026 de Matter<\/quote><\/em><br \/>\nEn couture, dans les ateliers de confection ou sur la table de la cuisine des maisons modestes pour les particuliers, pr\u00e9alablement \u00e0 l\u2019assemblage des \u00e9toffes et des tissus, puis aux finitions, il y a une phase de dessin sur un papier calque. C\u2019est le moment o\u00f9 chaque pi\u00e8ce du v\u00eatement est reproduite, en pointillet, avec une craie, le plus souvent blanche. Tout le v\u00eatement y figure sous une forme insoup\u00e7onnable pour un \u0153il non averti. C\u2019est ce que la couturi\u00e8re nomme un \u201cpatron\u201d, et c\u2019est en soi le spectre du v\u00eatement qui sera port\u00e9. Et rien n\u2019est imaginable sans ce dessin, car il est comme les diagrammes de Duchamps. C\u2019est la premi\u00e8re \u00e9tape, l\u2019origine, la fondation\u2026 d\u2019un v\u00eatement \u00e0 venir. C\u2019est en soi une esquisse et le patron peut ainsi \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme le premier geste d\u2019un mouvement qui s\u2019accomplira dans le v\u00eatement port\u00e9. Geste qui dispara\u00eet mais qui est dans le v\u00eatement fini. Geste inesth\u00e9tique en soi, il est pourtant un geste technique ind\u00e9passable. Ces \u201clambeaux\u201d d\u00e9coup\u00e9s, avant d\u2019\u00eatre cousus, sont souvent agraf\u00e9s sur un mannequin humain. Bien avant le file et la main experte de la couturi\u00e8re, c\u2019est une s\u00e9rie d\u2019\u00e9pingle qui sert \u00e0 tenir ensemble ce qui n\u2019est que pi\u00e8ces d\u00e9tach\u00e9es.<br \/>\nDans la salle Benoit XII, le plateau de Virginie Mira qui signe la sc\u00e9nographie de la pi\u00e8ce chor\u00e9graphique de Matter de Julie Nioche s\u2019apparente \u00e0 ce \u201cpatron\u201d. De couleur verd\u00e2tre, la surface lisse et brillante offre ici et l\u00e0 quelques bourrelets\/ourlets. \u201cS\u2019apparente\u201d seulement, dis-je, mais l\u2019image est persistante et les interpr\u00e8tes en costume de papier suspendent toutes autres repr\u00e9sentations. Sur le plateau, une puis deux puis trois, puis quatre interpr\u00e8tes f\u00e9minines viendront tour \u00e0 tour ex\u00e9cuter un solo convulsif. Habill\u00e9es dans des feuilles de papier, elles semblent se d\u00e9battre dans ces cocons informes et s\u2019affrontent \u00e0 l\u2019eau qui vient tout d\u2019abord plaquer ces mati\u00e8res sur leur peau, avant que leurs corps, leurs muscles et une \u00e9nergie physique rageuse ne parviennent \u00e0 s\u2019en d\u00e9barrasser. Moment de lib\u00e9ration, de mue et de m\u00e9tamorphose o\u00f9 leur corps nu finit par sortir de ces chrysalides et s\u2019immobiliser dans des formes de prostration. Le corps sculpt\u00e9 est n\u00e9 de ce premier temps physique et violent, o\u00f9 par soubresauts, par percussions, par chutes gliss\u00e9es\u2026 le corps a fini par gagner, \u00e9puis\u00e9 ou calm\u00e9, un \u00e9tat de qui\u00e9tude. Et de souligner que l\u2019eau projet\u00e9e par aspersion fine ou s\u2019\u00e9chappant myst\u00e9rieusement en mar\u00e9e noire se r\u00e9pand sur la sc\u00e8ne devenue glissante. Territoire hostile qui rendait le pas et le geste fragiles, incertains\u2026<br \/>\nPuis, et c\u2019est le second de Matter, les quatres danseuses sont \u00e0 nouveau habill\u00e9es par une \u201ccouturi\u00e8re\u201d tout en noir qui, munie d\u2019une agrafeuse, vient assembler ce qui ressemble \u00e0 des robes futuristes (Nino Chubinishvili conceptrice des robes). \u00c0 genoux, comme supplici\u00e9s, les quatre mod\u00e8les se laissent \u00e0 nouveau enfermer dans des costumes travaill\u00e9s, aux formes cyclindriques qui vient, de la t\u00eate aux pieds, les figer. Jusqu\u2019\u00e0 ce que sur une musique brutale, aux sons rock, elles reprennent pied avec la violence et l\u2019\u00e9nergie indestructible qui semblent les innerver. Au solo s\u2019est substitu\u00e9 un \u201cballet\u201d bris\u00e9 et chaotique o\u00f9 les masses musculaires finissent par s\u2019\u00e9chapper et avoir raison de ces v\u00eatements sociaux qui avouent leur rapport aux \u00e9tats domestiques.<br \/>\n<em><quote>La libert\u00e9 ou rien<\/quote><\/em><br \/>\nPoint de trace de sens ou de signification dans Matter. Rien qui ne permette, au pr\u00e9texte d\u2019un code commun entre la sc\u00e8ne et la salle, de lire cette chor\u00e9graphie. Julie Nioche a \u00e9crit Matter comme un po\u00e8me surr\u00e9aliste o\u00f9 le geste \u00e9nigmatique, la projection de couleur et l\u2019organisation de mat\u00e9riaux rel\u00e8vent d\u2019une impulsion psychique. C\u2019est avant tout une \u0153uvre plastique qui s\u2019organise selon les r\u00e8gles de l\u2019improvisation et de l\u2019impulsion organique. C\u2019est une vibration sonore et corporelle qui se compose presque selon les lois de l\u2019\u00e9puisement de ces athl\u00e8tes que sont les quatre danseuses. Dans cet intervalle temporel, c\u2019est le mouvement qui r\u00e8gle la sculpture de cette forme secr\u00e8te. Et de regarder Matter comme une pi\u00e8ce o\u00f9, de toutes les mani\u00e8res, une lutte \u00e9tait engag\u00e9e entre l\u2019immobilit\u00e9 et le mouvement, le silence et le sonore, le domestique et la libert\u00e9, la solitude et la communaut\u00e9.<br \/>\nDans Matter, c\u2019est peut-\u00eatre juste un \u201c\u00e9tat\u201d qui \u00e9tait \u00e0 observer. Quelque chose qui rel\u00e8verait de l\u2019instant o\u00f9 le corps est pris dans les \u00e9nergies du passage. Passer d\u2019un \u00e9tat \u00e0 un autre, d\u2019une transe \u00e0 une m\u00e9ditation, d\u2019une explosion \u00e0 une inertie\u2026 soit un temps o\u00f9 Matter donnait \u00e0 voir, en lieu et place des corps, un amalgame qui reposerait sur le jeu entre \u00e9quilibre et d\u00e9s\u00e9quilibre. Matter\u2026 o\u00f9, disons-le avec prudence, il \u00e9tait donn\u00e9 \u00e0 \u201cmater\u201d (regarder) ce qui ne peut \u00eatre \u201cmat\u00e9\u201d (soumis).<br \/>\n<iframe loading=\"lazy\" frameborder=\"0\" width=\"480\" height=\"270\" src=\"http:\/\/www.theatre-video.net\/embed\/DF6gR00i\"><\/iframe><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Matter, chor\u00e9graphie de Julien Nioche \u2014\u00a0Festival d&rsquo;Avignon 2014 Matter\u2026 pi\u00e8ce qui, explique Julie Nioche, serait davantage une chor\u00e9graphie qui interroge la notion de construction identitaire que l\u2019identit\u00e9 f\u00e9minine. 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