


{"id":4790,"date":"2021-10-01T17:23:38","date_gmt":"2021-10-01T15:23:38","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/?p=4790"},"modified":"2021-10-01T17:23:38","modified_gmt":"2021-10-01T15:23:38","slug":"farm-fatale-ou-un-tendre-cynisme","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/farm-fatale-ou-un-tendre-cynisme\/","title":{"rendered":"Farm Fatale ou un tendre cynisme"},"content":{"rendered":"\n<p><strong><em>Farm Fatale<\/em> est repris \u00e0 La Commune du 29 septembre au 3 octobre 2021. Avec une grande douceur nous naviguons entre le risible et le n\u00e9cessaire de nos actions dans un monde d\u2019apr\u00e8s mort.<\/strong> Par Malte Schwind<\/p>\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/farm_fatale_1-1024x559.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-4791\"\/><\/figure>\n\n\n<p>Quatre bonhommes, des sortes de clowns, avec des masques en tissus, des mouvements grossiers et brusques, des sortes d\u2019idiots touchants, \u00e9coutent les oiseaux. L\u2019une d\u2019eux dit&nbsp;: \u00ab&nbsp;Oh comme cela me rend m\u00e9lancolique. Vous pouvez \u00e9teindre&nbsp;?&nbsp;\u00bb On \u00e9teint les oiseaux et le silence se fait. Apr\u00e8s, elle propose de sortir un instant pour que les autres puissent quand m\u00eame continuer \u00e0 \u00e9couter les oiseaux.<\/p>\n\n\n<p><em>Farm Fatale <\/em>nous met devant une communaut\u00e9 autonome d\u2019\u00e9pouvantails qui semblent \u00eatre parmi les derniers survivants dans un monde post-apocalyptique. Il n\u2019y a plus d\u2019oiseaux (\u00e0 moins qu\u2019ils ne les chasses \u00e9tant des \u00e9pouvantails?), tous les paysans pour lesquels ils travaillaient auparavant semblent morts. Il arrive par miracle une derni\u00e8re abeille, une reine,<em> a bee<\/em> (nos \u00e9pouvantails parlent beaucoup anglais, mais aussi parfois fran\u00e7ais et allemand). Pour une \u00e9mission de radio qu\u2019ils ont fond\u00e9, on interview cette <em>bee<\/em>. Elle r\u00e9pond \u00e0 divers questions, que la vie a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s dure ces derniers temps, notamment la solitude, etc. Mais quand il s\u2019agit d\u2019aborder la question de sa <em>bee-<\/em>sexualit\u00e9, elle se tait. Culpabilit\u00e9&nbsp;! Ils sont all\u00e9 trop loin. Oh, sorry, sorry. Et on chante en consolation <em>Stay by me<\/em>.<\/p>\n\n\n<p>C\u2019est ainsi que des chansons pop ou rock rythment de temps en temps les \u00e9lucubrations de nos \u00e9pouvantails, \u00e9videmment r\u00e9\u00e9crit pour la situation. Tom Waits, Beatles, et d\u2019autres y ont droit. Un nouveau membre vient de les rejoindre, un activiste, qui \u00e9coutait la radio de loin.<\/p>\n\n\n<p>Alors bien que nous sommes devant les st\u00e9r\u00e9otypes risibles d\u2019\u00e9cologistes, bien qu\u2019ils parlent parfois comme des hippies new age ou autres \u00e9sot\u00e9riques, bien que nous rions des sujets de cette radio et les enjeux moraux g\u00e9n\u00e9raux que cette communaut\u00e9 traverse (Par exemple de faire une \u00e9mission sur les carottes OGM, mais de la <em>carotte-perspective<\/em>, \u00e9tant donn\u00e9 qu\u2019on a toujours trait\u00e9 les carottes OGM de la perspective dominante, et qu\u2019ainsi on pourrait faire des \u00e9mission \u00e0 partir de la perspective des patates OGM, du lait OGM, etc.), bien qu\u2019on rit de leur mani\u00e8re de produire une pens\u00e9e par des <em>sententiae <\/em>bien-pensants, nous sommes devant un endroit tr\u00e8s \u00e9trange o\u00f9 le rire n\u2019est jamais un cynisme condescendant et complaisant, mais peut-\u00eatre un certain cynisme qui maintient une tension avec une \u00e9norme tendresse envers ces bonhommes, ces clowns, ces \u00e9pouvantails. Nous ne pouvons ne pas les aimer, alors bien que ce qu\u2019ils disent et font pourrait nous agacer profond\u00e9ment.<\/p>\n\n\n<p>Le monde qu\u2019ils habitent n\u2019est pas un ailleurs de ce plateau devant nous. La fausset\u00e9 du th\u00e9\u00e2tre est devenu dans ce monde post-apocalyptique la fausset\u00e9 du monde. Et c\u2019est ainsi que Philippe Quesne construit un th\u00e9\u00e2tre immanent \u00e0 partir des \u00e9l\u00e9ments th\u00e9\u00e2traux. Il y a les tapis de danse, il y a les tours de r\u00e9gie. Et m\u00eame les \u0153ufs avec les LED de couleur changeant qui pourraient sortir d\u2019un catalogue IKEA, on leur dit oui&nbsp;! L\u2019alt\u00e9rit\u00e9 et l\u2019ailleurs est construit devant nous sans qu\u2019on doit nous faire croire qu\u2019on est ailleurs. On plie les tapis de danse, on roule dessus comme quand on travaille dans un th\u00e9\u00e2tre, et cela n\u2019enl\u00e8ve rien \u00e0 un image qui aurait voulu \u00eatre propre.<\/p>\n\n\n<p>Dans ces \u0153ufs, il y a le grand projet sinon transhumaniste (?), du moins encyclop\u00e9diste d\u2019un genre nouveau, de nos \u00e9pouvantails, enfin, un r\u00eave quelque part totalitaire o\u00f9 serait r\u00e9uni dans chaque \u0153uf tout ce qui existe. Vers la fin, ils aper\u00e7oivent un voisin qui \u00e9met des pesticides, herbicides, insecticides. L\u2019ancien activiste appelle \u00e0 l\u2019assassinat, on s\u2019appr\u00eate d\u00e9j\u00e0 \u00e0 tirer sur lui qu\u2019une autre \u00e9pouvantail a une meilleur id\u00e9e&nbsp;: lui faire peur avec de la musique. \u00c7a marche. Il s\u2019enfuit et il pleure. C\u2019est la victoire. L\u00e0 encore, on ne peut pas dire o\u00f9 on est exactement. On rit d\u2019une na\u00efvet\u00e9, mais les na\u00efvet\u00e9s semblent \u00eatre des deux c\u00f4t\u00e9s. D\u2019ailleurs, on rit des deux. Il est impossible de dire que la morale de l\u2019histoire serait d\u2019\u00eatre des pacifistes \u00e0 faire peur avec de la musique, on est plut\u00f4t suspendu avec ces \u00eatre \u00e9tranges, moches et attachants dans leurs tendresses au milieu d\u2019un monde mort sans aucune certitude de ce qui faudrait faire de nos vies et de ce monde.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Farm Fatale est repris \u00e0 La Commune du 29 septembre au 3 octobre 2021. Avec une grande douceur nous naviguons entre le risible et le n\u00e9cessaire de nos actions dans un monde d\u2019apr\u00e8s mort. Par Malte Schwind Quatre bonhommes, des sortes de clowns, avec des masques en tissus, des mouvements grossiers et brusques, des sortes d\u2019idiots touchants, \u00e9coutent les oiseaux. 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