


{"id":482,"date":"2014-07-23T16:58:00","date_gmt":"2014-07-23T14:58:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/wordpress\/?p=482"},"modified":"2014-07-23T16:58:00","modified_gmt":"2014-07-23T14:58:00","slug":"solitaritate-de-la-lutte-des-classes-aux-classes-mortes","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/solitaritate-de-la-lutte-des-classes-aux-classes-mortes\/","title":{"rendered":"Solitaritate\u2026 De la lutte des classes\u2026 aux classes mortes"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"><em>Solitaritate<\/em>, spectacle de <a href=\"http:\/\/www.festival-avignon.com\/fr\/artiste\/2014\/gianina-carbunariu\">Gianina Carbunariu<\/a> \u2014\u00a0Festival d&rsquo;Avignon 2014<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" size-full wp-image-480\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2014\/07\/arton7.jpg\" width=\"920\" height=\"613\" \/><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" aligncenter size-full wp-image-481\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2014\/07\/solitarte.jpg\" alt=\"solitarte.jpg\" align=\"center\" width=\"920\" height=\"613\" \/><\/p>\n<hr \/>\n<p><em> <strong>Dans la foul\u00e9e de Stop the Tempo et Kebab, Gianina Carbunariu poursuit son exploration des r\u00eaves et des d\u00e9sillusions que g\u00e9n\u00e8rent la ville et la soci\u00e9t\u00e9 contemporaine. Territoire de cette exploration : la Roumanie, qui fut un temps happ\u00e9e par la spirale du r\u00eave europ\u00e9en et se r\u00e9veille frapp\u00e9e par la crise, les limites de l\u2019id\u00e9al, le repli identitaire et communautaire. Solitaritate, pr\u00e9sent\u00e9 au gymnase du lyc\u00e9e Mistral, rel\u00e8ve de ces th\u00e8matiques inscrites dans le projet europ\u00e9en \u201cVilles en Sc\u00e8ne\u201d. Enjou\u00e9, un rien surjou\u00e9, le spectacle se veut une satire des nouveaux mythes contemporains apr\u00e8s que la divinit\u00e9 \u201cCroissance\u201d est aux abonn\u00e9s absents. Ou une Histoire du monde en marche qui, apr\u00e8s la lutte des classes \u2013 qui se foutait royalement de cette \u201cdivinit\u00e9\u201d \u2013 voit se pointer le spectre du privil\u00e8ge des classes qui reposerait en elle en son entier.<\/strong> <\/em><\/p>\n<hr \/>\n<p>Si le public sait qu\u2019il existe autrement qu\u2019en r\u00e9fl\u00e9chissant \u00e0 ce qu\u2019il voit et entend au th\u00e9\u00e2tre, c\u2019est parce que de temps \u00e0 autre on le sollicite directement. Dans le prolongement des questionnements dont il fut le th\u00e8me \u00e0 travers l\u2019Histoire du th\u00e9\u00e2tre, apr\u00e8s que le spectateur a \u00e9t\u00e9 une cible \u00e0 \u00e9duquer, puis un spectateur-acteur, il serait aujourd\u2019hui, selon les dispositifs, un spectateur-t\u00e9moin. Cette place de t\u00e9moin lui conf\u00e8re un r\u00f4le dans le d\u00e9veloppement des dramaturgies qui a \u00e9t\u00e9 probl\u00e9matis\u00e9. Chez Grotowski, par exemple, on peut ainsi lire  \u201cLe destin du spectateur, c\u2019est d\u2019\u00eatre un observateur, mais c\u2019est d\u2019\u00eatre plus, c\u2019est d\u2019\u00eatre un t\u00e9moin [\u2026] de participer \u00e0 une c\u00e9r\u00e9monie [\u2026] c\u2019est la fonction du t\u00e9moin authentique [\u2026] \u00eatre le t\u00e9moin c\u2019est ne pas oublier [\u2026]\u201d[[Conf\u00e9rence de Jerzy Grotowski parue dans le Journal France-Pologne peuples amis, n\u00b028-29, hiver 1968, p. 16.]].<br \/>\nDans la parent\u00e9 de cette d\u00e9finition, mais prenant appui sur l\u2019Histoire, Giorgio Agamben augmente cette approche en rappelant l\u2019\u00e9tymologie du \u00ab t\u00e9moigner \u00bb. Je cite : \u201c Le latin a deux termes pour d\u00e9signer le t\u00e9moin. Le premier testis, dont vient notre t\u00e9moin, signifie \u00e0 l\u2019origine celui qui se pose en tiers entre deux parties (testis) dans un proc\u00e8s ou un litige. Le second superstes, d\u00e9signe celui qui a v\u00e9cu quelque chose de bout en bout, a travers\u00e9 un \u00e9v\u00e9nement et peut donc en t\u00e9moigner\u201d[[Giorgio Agamben, Ce qui reste d\u2019Auschwitz.]].<br \/>\n\u00c9voquer le t\u00e9moignage alors que se donne Solidaritate nous conduit donc \u00e0 pr\u00e9ciser ce qu\u2019est un spectateur-t\u00e9moin. Pour \u00eatre \u00ab t\u00e9moin \u00bb, il est n\u00e9cessaire d\u2019\u00eatre dans la proximit\u00e9 de l\u2019\u00e9v\u00e9nement et d\u2019y \u00eatre attentif. De la distance et de l\u2019attention d\u00e9pend le \u201cDevenir-t\u00e9moin\u201d qui conf\u00e8re au sujet un r\u00f4le de m\u00e9moire. C\u2019est-\u00e0-dire l\u2019enregistrement de l\u2019\u00e9v\u00e9nement qu\u2019il peut convoquer par une parole qui transmet celui-ci. La qualit\u00e9 de l\u2019enregistrement induit la p\u00e9rennit\u00e9 de l\u2019\u00e9venement contre l\u2019oubli.<br \/>\n\u00catre t\u00e9moin, c\u2019est encore comme le souligne Agamben, pouvoir intervenir sur une situation. C\u2019est-\u00e0-dire participer \u00e0 l\u2019\u00e9v\u00e9nement et pouvoir exercer un r\u00f4le dans une d\u00e9lib\u00e9ration. Le t\u00e9moignage se charge alors d\u2019une charge \u00e9thique puisque le t\u00e9moin devient un arbitre. Son r\u00e9cit (la parole qui t\u00e9moigne) est alors possible parce qu\u2019une certaine forme de neutralit\u00e9 (c\u2019est-\u00e0-dire une distance par rapport \u00e0 l\u2019\u00e9v\u00e9nement) lui conf\u00e8re un r\u00f4le de sage ou d\u2019objectivit\u00e9.<br \/>\nLa sollicitation, dans Solitaritate, n\u2019a \u00e0 voir ni avec l\u2019une, ni avec l\u2019autre de ces d\u00e9finitions, mais emprunte une forme hybride. Celle qui fait que le spectateur est une sorte de t\u00e9moin, ou du moins un spectateur qui est \u201cpris \u00e0 t\u00e9moin\u201d. C\u2019est-\u00e0-dire, au sens premier de cette expression, qu\u2019il est interpel\u00e9, voire mis en demeure de r\u00e9agir \u00e0 des formes injonctives qui concernent des sc\u00e8nes de jeu. \u00c0 deux reprises au moins, l\u2019une visible d\u2019entr\u00e9e de jeu, l\u2019autre r\u00e9currente tout le temps de la repr\u00e9sentation, le spectateur est ainsi l\u2019objet d\u2019une adresse (ou pr\u00e9cis\u00e9ment un cabotinage) qui l\u2019oblige \u00e0 matiner son r\u00f4le d\u2019observateur et de figurer, plus ou moins, une sorte d\u2019acteur du processus sc\u00e9nique qui rel\u00e8ve d\u00e8s lors du sketch\u2026 une forme th\u00e9\u00e2trale mineure\u2026<br \/>\n\u00c0 la premi\u00e8re sc\u00e8ne, il lui sera demand\u00e9 \u201c s\u2019il est bien install\u00e9\u201d, \u201csi la place n\u2019est pas trop cher \u201d, \u201c si le si\u00e8ge X est confortable \u201d, etc. Les r\u00e9ponses sont donn\u00e9s des rangs occup\u00e9s et le spectateur invit\u00e9 \u00e0 se lever se l\u00e9vera\u2026 Mani\u00e8re d\u2019entrer en mati\u00e8re et qui permet aux acteurs sur sc\u00e8ne de faire valoir leur droit sur la salle (y compris sur le spectateur), puisqu\u2019ils se sont r\u00e9partis les si\u00e8ges. Fa\u00e7on d\u2019entrer dans le vif du sujet puisque le syst\u00e8me de la propri\u00e9t\u00e9 est mis en accusation et qu\u2019il s\u2019agira pour Solitaritate de pointer les travers de la soci\u00e9t\u00e9 roumaine qui s\u2019adonne comme tout les reste de l\u2019Europe \u00e0 l\u2019\u00e9conomie de march\u00e9.<br \/>\nLa r\u00e9currence de ce principe sera att\u00e9nu\u00e9 ult\u00e9rieurement et prendra une forme sc\u00e9nique diff\u00e9rente. En effet, r\u00e9guli\u00e8rement, les com\u00e9diens sur le plateau s\u2019installent en rang (assis sur des fauteuils confortables rouges) devant la salle et ils exposent leur \u201cprobl\u00e8mes\u201d. Si le proc\u00e9d\u00e9 est courant au th\u00e9\u00e2tre, l\u2019accumulation de ces formes d\u2019adresse semble inscrire la mise en sc\u00e8ne dans un processus de dialogue o\u00f9 les com\u00e9diens \u201cnous\u201d parlent.<br \/>\n<em><quote>De quoi \u201cnous\u201d parlent-ils ?<\/quote><\/em><br \/>\nDe leur vie difficile, du m\u00e9tier d\u2019acteur, de th\u00e9\u00e2tre, de la bonne qu\u2019ils ont r\u00e9cup\u00e9r\u00e9, de la grande actrice Eug\u00e9nia Ionesco (copie parodi\u00e9e de l\u2019auteur de Rhinoc\u00e9ros qui vaut pour une critique de l\u2019adulation des roumains pour les Monstres sacr\u00e9s), de la collusion d\u2019int\u00e9r\u00eats entre le maire du village et un entrepreneur, d\u2019un mur \u00e0 construire pour s\u00e9parer la communaut\u00e9 Tzigane du citoyen roumain, etc. S\u2019affichera d\u2019ailleurs l\u2019adresse internet pour consulter le projet de construction : ligneded\u00e9marcation.com.<br \/>\nLe tout se donne sous la forme de tableaux o\u00f9 l\u2019hymne national roumain retentit, o\u00f9 le drapeau roumain sert de manteau d\u2019arlequin, o\u00f9 un mur en mousse et un mur de n\u00e9ons habillent le plateau et participent \u00e0 ces p\u00e9rip\u00e9ties.<br \/>\nD\u2019un bout \u00e0 l\u2019autre du processus mis en place, il est bien \u00e9videmment question de faire jouer au th\u00e9\u00e2tre la place qui lui revient de droit. \u00c0 savoir une place de choix o\u00f9 le principe du \u201cth\u00e9\u00e2tre dans le th\u00e9\u00e2tre\u201d permet la navigation entre une r\u00e9alit\u00e9 quotidienne qui constitue le coeur de la fable, et une mise en sc\u00e8ne qui voit les com\u00e9diens subir celle-ci au point de les perturber dans leur jeu. Ce qui donne mati\u00e8re au \u00ab joue \u00e0 jouer \u00bb, en quelque sorte. Principe mat\u00e9rialis\u00e9 par une ligne transparente que le com\u00e9dien peut franchir sans que le spectateur puisse la transgresser.<br \/>\nAinsi sommes-nous pris \u00e0 t\u00e9moin d\u2019un monde qui va \u00e0 vau l\u2019eau. Et de souligner que Gianina Carbunariu souhaiterait, via sa pratique de mise en sc\u00e8ne, faire de son th\u00e9\u00e2tre un moyen d\u2019alerte sur ce qui est menac\u00e9, sur ce qui se met en place, sur ce qui d\u00e9raille\u2026 l\u2019observation de ces d\u00e9faillances id\u00e9ologiques ayant pour territoire l\u2019Europe et les repliements qu\u2019elle conna\u00eet : nationalismes et \u00e9goismes, individualismes et exclusions, racismes et sectarismes, go\u00fbt du bouc-\u00e9missaire\u2026<br \/>\n<em><quote>Soit un th\u00e9\u00e2tre pav\u00e9 de bonnes intentions.<\/quote><\/em><br \/>\nDeux heures plus tard, coinc\u00e9 sous un abri de fortune \u00e0 cause d\u2019un orage diluvien, j\u2019ai eu la chance, finalement, d\u2019\u00eatre \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d\u2019une jeune femme roumaine qui parlait de ce th\u00e9\u00e2tre. L\u2019oreille trainante en attendant que les cordes fassent place au ciel bleu, elle disait son plaisir pour ce th\u00e9\u00e2tre et son enthousiasme pour ce qu\u2019elle appelait \u201cle nouveau th\u00e9\u00e2tre roumain\u201d. Visiblement, elle \u00e9tait t\u00e9moin d\u2019une histoire qui n\u2019\u00e9tait pas la mienne et qui la ravissait. Elle en parlait avec une r\u00e9elle joie, l\u00e0 o\u00f9 j\u2019avais \u00e9t\u00e9 juste d\u00e9pit\u00e9.<br \/>\n<iframe loading=\"lazy\" frameborder=\"0\" width=\"480\" height=\"270\" src=\"http:\/\/www.theatre-video.net\/embed\/FT9Cn0jL\"><\/iframe><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Solitaritate, spectacle de Gianina Carbunariu \u2014\u00a0Festival d&rsquo;Avignon 2014 Dans la foul\u00e9e de Stop the Tempo et Kebab, Gianina Carbunariu poursuit son exploration des r\u00eaves et des d\u00e9sillusions que g\u00e9n\u00e8rent la ville et la soci\u00e9t\u00e9 contemporaine. 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