


{"id":4834,"date":"2021-10-22T09:14:42","date_gmt":"2021-10-22T07:14:42","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/?p=4834"},"modified":"2021-10-22T09:14:42","modified_gmt":"2021-10-22T07:14:42","slug":"nous-sommes-une-solitude-de-ce-cote-par-dieudonne-niangouna","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/nous-sommes-une-solitude-de-ce-cote-par-dieudonne-niangouna\/","title":{"rendered":"\u00ab Nous sommes une solitude ! \u00bb : De ce c\u00f4t\u00e9, par Dieudonn\u00e9 Niangouna"},"content":{"rendered":"\n<p><em>De ce c\u00f4t\u00e9<\/em>, texte, mise en sc\u00e8ne et jeu Dieudonn\u00e9 Niangouna, Festival Sens Interdits, Th\u00e9\u00e2tre des C\u00e9lestins, la C\u00e9lestine (Lyon), 19-21 octobre 2021<\/p>\n\n\n<p><\/p>\n\n\n<p><em>De ce c\u00f4t\u00e9<\/em>, c\u2019est d\u2019abord l\u2019immobilit\u00e9 d\u2019un acteur sur sc\u00e8ne, asc\u00e8se qui donne contenance \u00e0 une parole-fleuve, sobri\u00e9t\u00e9 qui est la patience de l\u2019ivresse et l\u2019endurance du dionysiaque. Son monologue n\u2019a rien de monotone, de monocorde ou de monologique, il est habit\u00e9 par des voix spectrales, traverse un d\u00e9chirement int\u00e9rieur, alterne paraboles et souvenirs, une cacophonie d\u2019injonctions contradictoires o\u00f9 manque de s\u2019emp\u00eatrer le \u00ab&nbsp;chemin&nbsp;\u00bb ardemment recherch\u00e9 vers une premi\u00e8re respiration.<\/p>\n\n\n<p>Exil\u00e9 en France depuis une lettre ouverte \u00e0 Denis Sassou-Nguesso, militaire qui occupe le pouvoir au Congo-Brazzaville depuis 1979, cofondateur l\u00e0-bas du festival \u00ab&nbsp;Mantsina sur sc\u00e8ne&nbsp;\u00bb, o\u00f9 il aura fallu \u00ab&nbsp;boxer la situation&nbsp;\u00bb et faire th\u00e9\u00e2tre de tout, ou plut\u00f4t de rien, artiste associ\u00e9 d\u2019Avignon 2013, dramaturge publi\u00e9 aux Solitaires Intempestifs, p\u00e8re grammairien \u00e0 l\u2019universit\u00e9 de Nice, grand-m\u00e8re conteuse intarissable, adolescent adulant Moli\u00e8re et Sony Labou Tansi, se d\u00e9cidant pour le th\u00e9\u00e2tre en pleine guerre civile&#8230; Voil\u00e0 pour un \u00e9tat-civil de l\u2019\u00e9nergum\u00e8ne rapidement bross\u00e9.<\/p>\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=udONa85LcLA\">https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=udONa85LcLA <\/a><\/p>\n\n\n<p>Mais le th\u00e9\u00e2tre de Dieudonn\u00e9 Niangouna, justement, ne cherche pas \u00e0 concurrencer l\u2019\u00e9tat-civil, ni \u00e0 documenter, apprendre, inculquer quoi que ce soit. Il est au contraire l\u2019espace des r\u00e9inventions, des renaissances, des m\u00e9taphores&nbsp;: \u00ab&nbsp;Au fond de moi reste la certitude qu\u2019il nous faut bien mourir pour f\u00e9conder une nouvelle existence sans ici, sans l\u00e0-bas, sans ailleurs, sans partout.&nbsp;\u00bb Lieu de ceux qui n\u2019ont plus de lieu, son th\u00e9\u00e2tre d\u00e9joue les assignations \u00e0 r\u00e9sidence, il propose la seule autochtonie qui ne nous fasse propri\u00e9taire de rien.<\/p>\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Je me suis mouch\u00e9 sur mon destin, j\u2019ai d\u00e9chir\u00e9 mon acte de naissance derri\u00e8re le comptoir et j\u2019ai dit aux origines d\u2019aller se faire foutre.&nbsp;\u00bb Et D. Niangouna de r\u00e9\u00e9crire dans cette pi\u00e8ce son acte de naissance, de se surnommer \u00ab&nbsp;Dido&nbsp;\u00bb, abandonn\u00e9 enfant par une \u00ab&nbsp;femme qui pesait deux-cent-cinquante kilos&nbsp;\u00bb et un \u00ab&nbsp;v\u00e9t\u00e9ran du Vietnam&nbsp;\u00bb, exil\u00e9 apr\u00e8s que son th\u00e9\u00e2tre a explos\u00e9 dans son pays, ouvrant un bar o\u00f9 il se produit et subit des visites de toutes sortes: fant\u00f4mes de la m\u00e8re et du p\u00e8re qui l\u2019enjoignent d\u2019arr\u00eater la boisson et de se repentir, \u00ab&nbsp;s\u0153ur du pays&nbsp;\u00bb&nbsp; et sa \u00ab&nbsp;bande de combattants afro-africains&nbsp;\u00bb opportunistes et inquisiteurs l\u2019intimant de \u00ab&nbsp;remettre l\u2019id\u00e9ologie dans toutes les sauces artistiques et culturelles, en toute chose communautarisme oblige&nbsp;!&nbsp;\u00bb. Esseul\u00e9, essor\u00e9, il finit par converser avec lui-m\u00eame. \u00ab&nbsp;L&rsquo;exil est un d\u00e9sert.&nbsp;\u00bb <\/p>\n\n\n<p>Coinc\u00e9 entre, d\u2019un c\u00f4t\u00e9, le pays d\u2019accueil qui attend de lui qu\u2019il \u00ab&nbsp;fasse dans le moule&nbsp;\u00bb et qui est gagn\u00e9 par une extr\u00eame droitisation des esprits, de l\u2019autre, ces activistes \u00e9rigeant la n\u00e9gritude en dogme et pr\u00f4nant un \u00ab&nbsp;th\u00e9\u00e2tre qui doit se salir les mains&nbsp;\u00bb, Dido tente de frayer une ligne de fuite, oblique, dialectique, fin de non-recevoir pour qui voudrait le situer, ou le ramener \u00e0 un th\u00e9\u00e2tre de situation&nbsp;: \u00ab&nbsp;Nous sommes une solitude&nbsp;!&nbsp;\u00bb C\u2019est faire ainsi sourdre une voix quasi inaudible \u00ab&nbsp;au c\u0153ur du populisme ambiant&nbsp;\u00bb, que celui-ci soit \u00e0 cour ou \u00e0 jardin. C\u2019est \u00e0 sa mani\u00e8re pr\u00e9server la possibilit\u00e9 d\u2019une \u00ab&nbsp;quatri\u00e8me personne du singulier&nbsp;\u00bb (J.-M. Maulpoix, Novarina) ou d\u2019un \u00ab&nbsp;\u00eatre singulier pluriel&nbsp;\u00bb (J.-L. Nancy).<\/p>\n\n\n<p>Dido passe des \u00c9rinyes aux Eum\u00e9nides, de la \u00ab&nbsp;<em>trag\u00e9die<\/em>&nbsp;\u00bb, qui r\u00e9clame \u00ab&nbsp;<em>du sang pour du sang<\/em>&nbsp;\u00bb dans un cycle incessant, \u00e0 <em>La Fin de la col\u00e8re<\/em>, pi\u00e8ce que lui propose de jouer un inconnu venu boire un coup dans son bar. <em>De ce c\u00f4t\u00e9<\/em> est un \u00ab&nbsp;rituel&nbsp;\u00bb qui permet d\u2019exorciser angoisses intimes et politiques. \u00c0 la sauce id\u00e9ologique, insipide \u00e0 force de puret\u00e9, Dido pr\u00e9f\u00e8re un fran\u00e7ais \u00e9crit et prof\u00e9r\u00e9 avec \u00ab&nbsp;la froideur du manioc sur sa langue et la percussion du tam-tam dans sa bouche&nbsp;\u00bb, en somme un \u00ab&nbsp;bouillon de culture&nbsp;\u00bb (<em>La Patience de l\u2019araign\u00e9e<\/em>), qui se nourrit d\u2019expressions proverbiales, pique la sagesse populaire, met son grain de sel dans nos lieux communs&nbsp;: \u00ab&nbsp;comme on fait son histoire on se couche dessus&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;Les com\u00e9diens aguerris touchent du bois, boivent la tasse et coulent&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;Bon vent ou mal gr\u00e9, l\u2019acteur est le premier d\u00e9biteur des pots cass\u00e9s&nbsp;\u00bb, \u00ab Je ne dis mot mais ne consens point \u00bb (face \u00e0 la \u00ab&nbsp;s\u0153ur du pays&nbsp;\u00bb et sa clique), mais les autres artistes exil\u00e9s et tent\u00e9s eux aussi par l\u2019activisme sont-ils \u00ab&nbsp;pass\u00e9s du c\u00f4t\u00e9 du lard ou [&#8230;] rest\u00e9s dans le cochon&nbsp;\u00bb&nbsp;?, \u00ab&nbsp;Ma m\u00e8re me disait toujours&nbsp;: \u201fDido, tu dois apprendre \u00e0 transformer le fond en comble\u201d&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;Le vent a cess\u00e9 de tourner. Les morts peuvent dormir en paix&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"474\" height=\"758\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/Couverture-La-Patience-de-laraignee.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-4836\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"400\" height=\"521\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/Theatre-Public.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-4837\" \/><\/figure><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>De ce c\u00f4t\u00e9, texte, mise en sc\u00e8ne et jeu Dieudonn\u00e9 Niangouna, Festival Sens Interdits, Th\u00e9\u00e2tre des C\u00e9lestins, la C\u00e9lestine (Lyon), 19-21 octobre 2021 De ce c\u00f4t\u00e9, c\u2019est d\u2019abord l\u2019immobilit\u00e9 d\u2019un acteur sur sc\u00e8ne, asc\u00e8se qui donne contenance \u00e0 une parole-fleuve, sobri\u00e9t\u00e9 qui est la patience de l\u2019ivresse et l\u2019endurance du dionysiaque. Son monologue n\u2019a rien de monotone, de monocorde ou de monologique, il est habit\u00e9 par des voix spectrales, traverse un d\u00e9chirement int\u00e9rieur, alterne paraboles et souvenirs, une cacophonie d\u2019injonctions<\/p>\n","protected":false},"author":35,"featured_media":4835,"menu_order":0,"template":"","categorie_article":[27],"class_list":["post-4834","article","type-article","status-publish","has-post-thumbnail","hentry","categorie_article-critique"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/article\/4834","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/article"}],"about":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/types\/article"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/users\/35"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/media\/4835"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=4834"}],"wp:term":[{"taxonomy":"categorie_article","embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/categorie_article?post=4834"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}